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lundi 6 juillet 2009

7 juillet 2009



Aller jusqu'au bout de l'image.

Certains regards sont bienveillants, d'autres peuvent exprimer une dureté inouïe. Les seconds m'impressionnaient jadis; aujourd'hui, ils m'indiffèrent. Je connais ainsi des individus, que j'ai cru être des amis, qui en fait organisent autour d'eux un univers, dont ils sont le centre, sur lequel ils règnent, avec des vassaux, priés de leur permettre de briller. Un de ceux-ci, Monsieur Grêtry, m'a ainsi indiqué, avec un regard qui ne pardonne pas, que je ne serai plus monsieur Rousseau. J'ai commis une faute. A vrai dire, peu m'en chaut! Les initiés comprendront. De toute façon, la postérité a préféré Rousseau à Grêtry.

6 juillet 2009

Quand les moines se prosternent, ce n'est pas un acte d'adoration; c'est un acte d'humilité. Ils sont des chercheurs et ils savent que la Vérité leur échappera toujours. La Vérité, on peut inlassablement l'approcher, mais on ne peut jamais la posséder. Les moines la cherchent à travers leur vie personnelle, leur vie communautaire, la société et le monde. Ils proposent une grille de lecture toujours mouvante. Mais ils cherchent.

D'autres font presque pareil, mais ils pensent que la raison est le chemin. Ils oublient alors l'intuition, l'émotion, le trouble, l'abandon et la confiance … ou, s'ils ne l'oublient pas, ils ne leur donnent pas la place qui convient.

L'humilité. Même si je suis un grand penseur, un grand esprit, un grand créateur, à un moment donné, malgré mes réalisations, mes pirouettes et mes traits d'esprit, je ne pourrai éviter de me voir confronté au doute, c'est-à-dire à un espace que je ne parviens pas à occuper, la place de l'Autre, de l'altérité.

L'homme est ainsi fait: il n'est pas complet. Il est toujours en manque, en absence d'un autre. Le récit mythique de la Genèse exprime cela fort bien. Eve est née d'une côte d'Adam. Adam aura toujours une côte en moins. Aucun des deux n'est complet. Et ce n'est pas toujours en unissant un homme sans côte à une femme née d'une côte que la plénitude est au rendez-vous!

Etre ouvert à tout ce qui vient.

Et ne jamais faire sienne, cette salutation mauritanienne:

"-Quoi de neuf?

- Rien de neuf!

- Dieu soit loué!"

Mes délicieuses étudiantes m'ont offert, avec beaucoup de gentillesse, un livre de recettes "Délices du Ramadan". Ce soir, je vais préparer une daurade royale à la menthe et au parfum de gingembre. Qui m'aime me suive!

B. Je l'aime bien. Je l'ai toujours beaucoup aimé. Il me fait beaucoup rire. Nous avons passé une nuit à l'hôpital ensemble, aux urgences, unis dans le même amour pour G. Je lui demande de vous adresser mes salutations les plus amicales … Du genre, qu'est ce qu'on attend pour être heureux?

dimanche 5 juillet 2009

5 juillet 2009

Que c'est doux la peau d'un bébé! Ce matin, j'ai fait la connaissance d'Antoine 10 mois. Un bébé "Cadum". Il ne me lâchait pas des yeux et il serrait mon pouce dans sa petite menotte. Le jour où je serai grand-père, je sais que je fondrai sur place.

Je suis allé à la messe ce matin, au monastère de Wavreumont.

Il y avait bien 5 ans que ça ne m'était plus arrivé. Etranges sentiments:

- d'abord, l'impression que rien n'avait changé. Tout était à la même place. Le rituel et le public étaient les mêmes;

- ensuite, le sentiment qu'ils avaient tous vieilli, sauf moi … et qu'un peu de sang neuf, un baroudeur dans mon genre, par exemple, ne leur ferait pas de mal. Quand j'ai connu la communauté, il y a 25 ans, c'était une communauté jeune, c'est-à-dire qu'ils avaient peu ou prou mon âge, sauf quelques plus anciens. Les plus jeunes que moi ont quitté, d'autres se sont mariés (pour le meilleur et sans doute aussi pour le pire);

- pourquoi suis-je attiré par cette communauté, plutôt que par une autre? Pourquoi ai-je toujours l'impression d'une famille à laquelle je reste lié? Au premier regard, ils ne sont pas très sexy et il faut parfois faire le premier pas pour rompre la glace. Depuis plus de 20 ans, c'est là que j'entends les mots justes. Des mots à la fois nourris d'une longue tradition (qui n'est pas la tradition de l'Eglise, mais la tradition monastique, laquelle n'est pas que chrétienne), d'une profonde connaissance de la réalité humaine et surtout d'une totale actualité.

Message de Ben sur Facebook: "Je t'aime, papa".

Luis arrive le 22. J'attends calmement nos retrouvailles. J'avais totalement oublié qu'il a moins de 28 ans, tandis que moi …

samedi 4 juillet 2009

4 juillet 2009

Proclamation des résultats. Cette année est une première et plus grand monde n'y comprend grand chose. Dorénavant, l'Université de Liège n'accorde plus aucun diplôme en droit "tout court"! On proclame des diplômés en master avec finalité (droit privé, droit pénal, droit social, droit des affaires, droit public et mobilité interuniversitaire). C'est un peu comme si, en pharmacie, on ne diplômait plus de pharmaciens, mais des maîtres en anxyolitique et calmants, en homéopathie, en traitements pour maigrir, etc. Comme si, en lettres classiques, on diplômait des maîtres en Virgile sans Xénophon ou en Démosthène sans Cicéron.

Il n'y a que moi qui m'étonne. C'est Bologne qui veut ça. Ah bon! Et on ne doit pas s'étonner quand ça vient du décret Bologne. On doit faire avec. C'est vrai, on ne cesse de me le dire depuis qu'il existe et même avant. Mis à part les bons mots qu'il suscite, on en cherche toujours les mérites. Ainsi, le Recteur a, dans son petit discours, devant les jeunes diplômés et leurs parents affirmé: "On nous avait annoncé qu'avec le décret Bologne, il y aurait le double de travail. Et bien, c'est vrai". Cela fait rire tout le monde, mais réagir personne.

Car, il faut le dire, les étudiants et leurs parents ont eu droit à deux proclamations, et non pas une, sans très bien comprendre laquelle des deux est la bonne, c'est-à-dire celle qui figurera sur le diplôme. A-t-on posé la question au doyen? A-t-il pu répondre? Ainsi, des familles ont pu entendre que leur rejeton avait fait une GD en master 2, mais que finalement, pour le cycle, il n'avait droit qu'à une D. Et dire que le rejeton avait mis le paquet pour sa dernière année. Voilà du travail bien récompensé!

Mais redevenons plus léger. La proclamation, c'est aussi la question de la toge. En fin de délibé, il y a toujours une voix pour demander au doyen: "En toge? Monsieur le Doyen". "En toge, bien entendu … pour celles et ceux qui en ont une". Une telle réponse est fort ambigüe. Celles qui n'en ont pas seraient-elles dispensées? De même que ceux qui n'en ont qu'une? Et si la toge était le moyen de dissimuler ce qu'on a dans la culotte?

Je formulerai, de ce point de vue, quelques réflexions, dont je sais d'avance qu'elles seront mal perçues par certains.

Après le Concile Vatican II, beaucoup de prêtres et de religieux ont laissé tomber la soutane. L'habit ne fait pas le moine, n'est-ce pas? Comment inspire-t-on le respect? Par sa pensée. Par ses qualités humaines. Par l'exemple qu'on donne. Par les graines que l'on sème, sans jamais savoir comment elles germeront. Faut-il porter une soutane (une toge) pour cela? Je préfèrerai toujours être un curé de banlieu plutôt qu'un prélat. Disant cela, je ne juge personne. Mais la question mérite réflexion. Que cherchons-nous à véhiculer par notre comportement vestimentaire?

Un collègue que j'aime bien m'a fait part d'une réflexion qui m'a décontenancé: "Porter la toge, c'est la beauté de notre métier". S'il dit vrai, je dois alors être passé complètement à côté de la beauté de mon métier.

Quand on dit qu'il faut porter la toge, on ne précise jamais ce qu'il faut porter en dessous. Or, cet habit (cet accoutrement) du XIXème siècle a été conçu pour de nobles et respectables vieillards barbus, portant la redingote et la cravate nouée, afin qu'ils ne meurent pas de froid en donnant cours dans des auditoires non chauffés. Deux professeurs de cette époque illustrent la toge "Damart": Edouard Van Beneden et Théodor Schwann

Aujourd'hui, on voit de tout: des toges sur robe d'été et sandales, des toges sur chemise sans veston, des toges sur chemise sans cravate, des toges sur fond jaune, d'autres sur fond rouge, d'autres sur chemise à carreaux … La toge sur bermuda et tongs n'est pas encore apparue, mais cela ne saurait tarder. Vous croyez que je fais encore de la provoc … pas du tout. Observez bien la photo suivante.

Je suggère donc d'organiser un concours de jeunes créateurs et d'organiser un défilé pour une "toge du XXIème siècle".


3 juillet 2009

Les délibérations sur les examens ne se sont pas passées, cette année, dans la même sérénité que les années précédentes. La réforme "Bologne", qu'on appliquait pour la première fois totalement, est un foutoir complet. La Ministre Dupuis, qui a porté cette réforme et lui a adjoint son nom, a été rétrogradée et on n'entend plus parler d'elle. Le recteur LEGROS, qui n'admettait pas la moindre critique sur cette réforme est aujourd'hui déchu, sauf de son titre de baron. Laissons ces sinistres personnages là où iIs sont. Je n'ai pas été le seul, à l'époque, à dénoncer l'absurdité des textes. Et un des rares à oser l'écrire. Les autorités, et leurs relais, ont préféré réduire toute opposition au silence (notamment lorsqu'un projet de recours au Conseil d'Etat a été envisagé). Aujourd'hui, je contemple, avec tristesse, la situation navrante à quoi tout cela a conduit. Ce n'est plus à moi de me battre.



Réfléchissez à deux fois avant de donner un peu de pouvoir à quelqu'un.

Soirée en fanfare: je ne suis pas encore devenu le compagnon de comptoir de Jean-Denys Boussart, mais il me reconnaît et sait que tout le folklore du quartier qu'il porte à bout de bras me fait du bien.

"Moi, on ne me dresse pas" (Jeanne Moreau).

jeudi 2 juillet 2009

2 juillet 2009

ELECTRABEL (GDF-SUEZ) ne paie pas d'impôt (L.L.B. 1er juillet 2009), hors la taxe nucléaire, récement créée par le ministre Magnette (P.S.), et contestée, sur la "rente nucléaire" … c'est-à-dire les profits provenant d'installations depuis longtemps amorties, créées jadis avec l'aide de l'Etat.

J'ai donc bien raison d'expliquer à mes étudiants que le taux de l'impôt belge des sociétés de 33,39 % sur le bénéfice ne veut absolument rien dire, contrairement au précompte professionnel perçu sur tous les revenus professionnels visibles. Cela veut dire aussi que ce n'est pas en baissant le taux de l'impôt des sociétés qu'on redressera l'économie (ce que recommande pourtant l'O.C.D.E. pour la Belgique) car la plupart des sociétés belges ne paient déjà pas, dans les faits, l'impôt annoncé.

Comment se fait-il qu'Electrabel, fournisseur quasi exclusif de l'électricité, en Belgique, ne paie pas d'impôt sur son bénéfice et, mieux encore, ait droit à un crédit d'impôt (ce qui veut dire, en fait, que c'est l'Etat qui va lui verser de l'argent)? Son bénéfice pour 2008, est de 186 millions d'euros, chiffre assez modeste, et composé étonnamment par un crédit d'impôt de 94 millions!

De plus fins analystes que moi pourront discourir à ce propos. Il convient pourtant de relever deux choses:

- le "rachat" (O.P.A.) par Electrabel de Suez Tractebel a augmenté les fonds propres ... et donc ouvert droit à des intérêts "notionnels", qui ne doivent pas être négligeables, vu l'ampleur de la restructuration;

- une "réallocation" de la dette a eu lieu: situant dans Electrabel "new look" une grande partie de la dette brute totale du Groupe GDF Suez.

Ces manipulations financières n'ont apparemment eu aucun impact sur le consommateur d'electricité. Le consommateur belge paie toujours beaucoup plus cher que partout ailleurs, et jamais moins.

Au final, on a une structure, aux dirigeants faussement étonnés, qui détient un quasi-monopole sur le marché belge de l'énergie, pratique les prix les plus élevés d'Europe, et ne paie pas d'impôt des sociétés. Le plus béotien des habitants de mon quartier a compris. Et c'est sans doute pour cela qu'il préfère voter P.S. que M.R.

Il paraît que certaines espèces de requins de haute mer sont en voie d'extinction. Mais, on ne doit pas parler des mêmes requins.

Extraordinaire, j'ai quand même trouvé un requin plus ou moins sympathique: il sourit.



mercredi 1 juillet 2009

1er juillet 2009



L'émission de Frédéric Lopez "Rendez-vous en terre inconnue" est une des meilleures émissions télé qu'offre la télévision française, depuis quelques mois. Hier soir, sur France 2, Frédéric Lopez emmenait Zazie à la rencontre du clan Korowaï, qui vit au coeur de la Papouasie orientale, dans l'archipel indonésien. Des hommes de la forêt. Une question étonnante de l'un d'entre eux: sommes-nous les seuls à vivre comme cela?

Je retiens trois choses, qui m'ont beaucoup ému: d'abord la douceur des regards, des regards totalement dans le don, dans l'émerveillement de l'autre; ensuite, la gêne et les rires étouffés des femmes quand Zazie les interroge un peu sur leur vie sexuelle et affective avec leur mari (cette pudeur-là n'était pas judéo-chrétienne!); enfin, les pleurs d'un des hommes du clan en écoutant Zazie chanter pour eux, avec une vieille guitare. Un son qu'il n'avait jamais entendu. Cet homme, qui a perdu deux enfants, vit avec une blessure enfouie au fond de lui. Puisse la musique l'aider à l'accepter et à l'apprivoiser. Zazie lui a offert sa guitare qu'il a reçue avec un infini respect et une telle gratitude dans le regard.

Les esprits chagrins (on en trouve toujours sur sa route) expliqueront que l'émission est scénarisée, que les "bons sauvages" n'ont pas joué leur rôle pour rien, etc.

Un décès qui me touche: celui de Pina Bausch, immense chorégraphe allemande, qui vient de mourir brutalement à l'âge de 68 ans. Je lis avec émotion les hommages qui lui ont été rendus hier et aujourd'hui:

- Anne-Theresa de Keersmaker: "Il n'y a aucune autre personne qui ait pu amener la danse dans toute son humanité, sa jouissance, sa beauté, ses faiblesses".

- Hervé Guibert: "On tremble, on a la parole coupée, on sort le coeur blessé et pansé, baigné d'un effluve de larmes. Ce n'est pas Pina Bausch qui nous blesse le coeur, il était déjà blessé, seulement cette blessure était tombée dans l'oubli, on s'était employé à nous la faire oublier, à la faire passer pour futile, romantique, narcissique, et Pina Bausch, par l'intermédiaire du corps de ses danseurs nous rappelle à la réalité, à la vitalité de cette blessure. Elle ne nous en tend pas le miroir, ou l'illustration, mais une sorte de radiographie cinglante qu'elle accompagne en même temps d'émolients, d'une trousse de secours pour brûlés du second degré".


Tout ce qui sera encore écrit, dit, montré, et surtout vendu, monnayé, à propos de Michaël Jackson paraîtra du coup toujours plus immonde. Non, ce n'est pas du snobisme d'être plus touché par le décès de l'une quand le décès de l'autre envahit tous les media. C'est le signe que notre coeur sait encore faire la différence entre les vraies étoiles et les fausses.