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dimanche 27 février 2011

Etre père et gay

C'est l'histoire d'un couple de garçons et d'un enfant Samuel. Un enfant enfin dans les bras de son père, de ses deux pères.

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-02-26/un-couple-gay-belge-a-enfin-recupere-son-fils-adoptif-824754.php

Ils ont eu recours à une mère porteuse en Ukraine. La femme qui a donné le jour à cet enfant peut-elle être appelée sa mère? Elle l'a fait pour de l'argent. Elle a été un ventre porteur moyennant finances. Est-ce bien? C'est un fait. Elle ne peut pas, à mon avis, vraiment être considérée comme la mère de cet enfant.

Je l'ai déjà dit, je suis plus que réticent à l'idée du désir d'enfant "à tout prix". Pour ceux qui veulent un enfant à tout prix, cependant, le moyen importe peu, qu'il s'agisse de l'adoption, de la procréation médicalement assistée ou du recours à une mère porteuse. Peut-on les juger?

Les deux papas auraient sans doute préféré que leur histoire ne soit pas médiatisée. Elle l'a été parce que leur histoire est devenue une affaire diplomatique et l'expression de législations rétrogrades et inhumaines.

J'ai beaucoup hésité à publier la photo d'un des deux papas tenant son fils dans ses bras. Je le fais parce que, dans cette photo, je me revois moi-même, il y a 29 ans, dans un orphelinat de Porto Alegre, au Brésil.




Puis quelques années plus tard, à l'aéroport de Zaventem, quand un deuxième petit est arrivé dans un couffin, tellement petit que je n'avais plus trop ma place. C'était alors bien entendu l'affaire des femmes: A., les grand-mères, les tantes ...

Moi, je n'étais pas un papa gay au départ, mais j'étais déjà un papa gay pourtant.

C'est difficile à expliquer. Pour mes fils, jamais je n'aurai été un "papa comme les autres". L'attachement qu'ils me témoignent me rassure. Pour eux, il valait mieux que je sois moi-même. Je leur offre peut-être des choses que d'autres papas n'offrent pas. Cependant, ils me disent parfois avoir besoin d'un modèle plus puissant, plus ambitieux, plus combatif. Or, je ne puis leur offrir que ma connivence, mon écoute, ma sensibilité, ma présence, mon soutien indéfectible, la sécurité. Je me rassure  parfois en me disant qu'ils trouvent chez moi autant un père qu'une mère et qu'ils trouvent fort bien en dehors de moi des modèles masculins.

Depuis une dizaine de jours, je converse avec un garçon qui ne trouve ni chez son père, ni chez sa mère, l'attention qu'il voudrait. Comme moi je le suis, il n'est pas "comme les autres" et cette différence n'est pas reconnue. Il veut, par conséquent, qu'on le lui dise. Il  doute de lui et des autres: il veut se plaire à lui-même et plaire aux autres. Il attend beaucoup d'interlocuteurs masculins plus âgés que lui pour avancer.

Pourquoi l'évoquer ici? Parce que cette expérience toute récente me conduit une fois encore à réfléchir à mon rôle paternel. Etre père, c'est beaucoup plus qu'être un géniteur. Et on peut être père, sans être géniteur. Je ne suis pas le géniteur de mes deux fils, mais ils m'ont reconnu comme père. N'est-ce pas là le noeud: la reconnaissance. Etre reconnu comme père, être reconnu comme fils.

J'en reviens aux deux papas et au petit Samuel. Je ne connais pas les deux papas, mais je sens que leur amour est grand. Si grand qu'il fera taire les commentaires désobligeants et étroits d'esprit qui malheureusement caractérisent tellement les commentaires des lecteurs sur les sites des journaux.

J'embrasse affectueusement Samuel et ses deux papas.

samedi 26 février 2011

Divers aspects de l'université un peu partout dans le monde

Je ne m'attarderai pas sur l'anecdote suivante: le parlement du Texas est favorable à ce que les professeurs et les étudiants des universités puissent porter sur le campus une arme, seul moyen de se défendre en cas de fusillade. Cela donne vraiment envie d'envoyer ses enfants dans les campus du Texas.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/02/23/flingue-le-texas-veut-autoriser-les-armes-a-luniversite/

En nos Etats, beaucoup plus pacifiques, on se contente, comme à l'Université de Liège, d'interdire l'usage du tabac dans tous les bâtiments universitaires. Cela en dit long sur les priorités des uns et des autres.

En France, la délicieuse (?) Valérie Pécresse a décidé de légiférer à propos des "week-ends d'intégration" au cours desquels certains étudiants, un peu trop imbibés, se livreraient à des excès intolérables ayant parfois des conséquences dramatiques. Ce faisant, elle suit fidèlement le propos présidentiel:  tout fait divers doit être suivi d'une loi. S'agira-t-il de mesures préventives ou répressives et surtout de mesures utiles et efficaces? Ce qui m'a amusé, dans les propos de la ministre, tels qu'ils ont été rapportés dans la presse, c'est le vocabulaire. Le bizutage (en Belgique, "le baptême") devient, sous la plume de celle-ci, un "week-end d'intégration". Décidément inspirée, quand il s'agit d'inventer de nouveaux mots et expressions, elle appelle à une régulation des rapports entre les "alcooliers" (sic) qui sponsorisent parfois ces événements estudiantins et les étudiant eux-mêmes. Le mot "alcoolier" existe-t-il dans la langue française? Mon ami Robert n'en a pas connaissance.

http://www.liberation.fr/societe/01012321979-pecresse-annonce-une-loi-pour-encadrer-les-weekends-d-integration

Elle ne sera pas la première, mais elle entend être à la proue: l'UCL  (Université Catholique de Louvain) a décidé d'une nouvelle orientation dans ses enseignements. Ceux-ci dorénavant seront davantage définis en fonction des "learning outcomes", en clair, des compétences requises sur le marché de l'emploi définies en coordination avec les employeurs potentiels.

http://www.lalibre.be/actu/brabant/article/644431/l-ucl-revoit-ses-programmes.html

L'idée n'est pas mauvaise en soi. Elle est même très tendance. Elle soulève pourtant bien des questions.

Deux réflexions à ce propos, sans prétendre épuiser le sujet:

- il ne faudrait pas que pèse sur l'université tous les défis. A chacun son rôle. L'université doit, selon moi, être, et rester, l'endroit où un certain savoir est détenu et où on réfléchit à propos de celui-ci pour faire, on l'espère, avancer les choses, en toute liberté et indépendance. Chaque filière d'études a sa spécificité. Parlons de celle que je connais le mieux: les études juridiques. Pour accéder à la plupart des professions juridiques, un stage professionnel est requis que ce soit au barreau, pour devenir notaire ou dans la magistrature. On y complète la formation intellectuelle reçue à l'université par une mise en situation. Quant aux professions juridiques, dans le privé, on imagine qu'une période probatoire y est aussi la règle. Ma crainte est la suivante. Il semble bien que l'on attende aujourd'hui de l'université de former de jeunes diplômés "prêts à l'emploi". On présente cela comme le résultat d'un meilleur dialogue entre l'université et le marché du travail. J'en doute. J'y vois plutôt deux effets pervers. Le premier se révèle dans une confusion des rôles. Elle fait peser sur l'université des missions, et une sélection, qui ne devraient pas relever de ses attributions. Le second, qui est le corollaire du premier, est que l'université perd de plus en plus son âme dans cette logique utilitariste et "professionnalisante";

- on s'est souvent amusé du cours de "Droit vétérinaire" organisé à l'université de Liège. Il trouve son origine dans le constat que le vétérinaire, dans sa vie professionnelle, peut être confronté à des questions juridiques (responsabilité, TVA, règles déontologiques, ...). Il s'agit donc bien de répondre à un besoin lié à l'exercice d'une profession déterminée, l'illustration en d'autres termes du dialogue entre l'université et le monde du travail. Mais il faut alors inscrire un cours de droit dans TOUTES les filières de l'université. Les futurs médecins, les futurs kinés, les futurs enseignants, les futurs journalistes,  les futurs psychologues, les futurs philosophes pourront être, un jour ou l'autre, confrontés à un problème juridique. De la même manière, tous ces futurs universitaires seront, un jour ou l'autre, confrontés à des questions philosophiques, économiques, sociologiques, psychologiques ... Cela voudrait-il dire qu'un tronc commun à toutes les disciplines universitaires est nécessaire? Si oui, quand et comment? Je me remémore les débats, à l'occasion des réformes des programmes des études en droit, à la suite du processus dit "de Bologne". Certains plaidaient pour un renforcement des cours de droit positif au cours des trois premières années: après trois années d'études, le diplôme devait avoir une valeur sur le marché du travail. Heureusement, à la faculté de droit de Liège, un compromis a pu être trouvé. Il n'en reste pas moins que ne cessent de se poser à la fois la question du contenu des enseignements proposés à l'université et celle de leur finalité.

La Bible et ma psy (ou, au choix, ma psy et la Bible)

Ceux qui me lisent d'habitude savent un peu ce que je vis et ce que je crois.

Alors que ma vie aborde à nouveau un grand tournant, je me trouve avec un pied dans la Bible et un pied chez ma psy. On pourrait penser que je fais le "grand écart" ... Ma souplesse étant dorénavant ce qu'elle est, cela ne me fait pas rire!

Un article a attiré mon attention: "Le Bible: une parole moderne et psy".

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/642804/la-bible-une-parole-moderne-et-psy.htm

Rien de bien neuf, dans cet article. Cela fait des années que je suis convaincu que la lecture, la méditation et la rumination de la Bible permettent à des gens, très sensés, de devenir eux-mêmes et d'être heureux. Les autres - ceux qui tiennent la Bible en piètre estime - vont voir un psy. Moi, je fais les deux.

Je ne sais pas si "devenir soi, c'est sortir de la matrice maternelle dans notre monde de conformisme" (article cité, initio). Mais, cela ne me semble pas totalement faux.

Je veux témoigner ici d'une chose: tout ce qui figure dans la Bible parle de l'homme, des hommes. L'homme individu et l'homme en société. La Bible parle même beaucoup plus des hommes que de Dieu. Dieu est, dans la Bible, le point extérieur qui permet aux hommes de dépasser leurs conflits et leurs afflictions, mais encore plus celui qui permet de se dépasser soi. Il est une invitation - encore aujourd'hui - à l'unité intérieure.

Tous les conflits sont évoqués dans la Bible, avec des réponses précises ou à inventer.

Quelques exemples:

- la volonté de Dieu exclut tout sacrifice humain. Jamais, la mort d'un homme, même pour une grande cause, voire la plus grande: "Dieu", n'est plus justifiée depuis la Genèse (Abraham et le sacrifice d'Isaac/Ismaël). Certains ne l'ont pas encore compris apparemment. Je ne pense pas ici qu'aux martyrs de la foi, mais à tous ces "sacrifices" d'hommes, de femmes, de jeunes en raison de leur identité, de leur préférence sexuelle, de leur origine ou pour "une cause ou un projet politique";

- toute vie est faite de passages, d'un état à un autre, d'une rive à une autre, d'un état de mort à un état de vie et parfois d'un état de vie à un état de mort (la traversée de la mer Rouge, la traversée du désert, la traversée du lac de Tibériade par Jésus, le symbole de la résurrection). La Bible nous parle de l'avant, de l'après et du pendant. En parlant de l'avant, elle nous rejoint dans notre intimité. Existe-t-il plus belle manière d'exprimer ses sentiments (de révolte, d'affliction, de désespoir, de confiance, d'abandon,  ...) que les psaumes? En nous parlant de liberté et de vie, comme espérance pour aujourd'hui, ne nous dit-elle pas l'essentiel et ne donne-t-elle pas une raison de vivre? En nous parlant des apôtres qui perdent pied, lors de la tempête apaisée, ne nous invite-telle pas à la confiance (Jn 6, 16-21)?

- quand elle nous invite à "rentrer en nous-mêmes" et nous donne comme modèle, par exemple, le fils prodigue et son père (Lc, 14, 11-32), ne souligne-t-elle pas une voie trop souvent absente aujourd'hui, en ce monde où l'extériorisation a pris le pas sur l'intériorisation?

- quand les évangiles nous parlent du bonheur de Dieu, dans les "béatitudes", nos bonheurs médiocres à nous ne sont-ils pas complètement remis en question et, dès lors, nos choix de sociétés les plus essentiels (Lc, 6, 20-21; Mt, 5, 3-10).  Se dire que le "bonheur" de Dieu, la tendresse de Dieu, ce qui réjouit Dieu, concerne en priorité les pauvres, les doux, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, ceux qui font oeuvre de paix, ceux qui pardonnent. J'aime aussi beaucoup les "malétitudes" (l'expression n'est pas de moi,  mais de frère Jean-Marie), qui ne sont pas des malédictions, mais l'expression de la douleur de Dieu (Lc, 6, 24-26): Dieu pense alors  aux riches qui se trompent en croyant tenir leur consolation de l'argent; Dieu pense alors à ceux qui sont repus d'avoir trop consommé, parce qu'il sait qu'ils auront toujours faim; Dieu pense à ceux qui, dans le rire, dans une apparente légèreté et dans l'insouciance, fuient la réalité ou eux-mêmes; Dieu pense à ceux qui aiment qu'on dise du  bien d'eux et s'organisent pour qu'il en soit ainsi. Cette parole date de 2000 ans. N'est-elle pas actuelle?

dimanche 20 février 2011

Ma guitare

Je retrouve aujourd'hui la guitare de ma jeunesse, ma guitare. Je l'avais prêtée à Nordine, le demi-frère (quelle horrible expression!) de Sam et Ben. "Demi-frère", "demi-soeur", père, mère, "beau-père", "belle-mère". Le quotidien de beaucoup de jeunes est aujourd'hui celui-là. Et je ne compte pas ceux qui ont des père-mère, père-père, mère-mère qui ne sont pas biologiques, ou à moitié, ou de manière trafiquée. Comment est-il possible d'être le "demi quelque chose" de quelqu'un? Et être qualifié de "beau" quand rien n'invite à le reconnaître?

J'ai beaucoup de tendresse pour Nono qui n'est en rien mon fils, juste le "demi-frère non biologique de mes deux fils", vous suivez? Je ne regrette pas de lui avoir prêté ma guitare. Aujourd'hui, il est passé un cran au dessus de moi: il joue de la guitare électrique!

J'ai donc retrouvé, ce jour, ma vieille guitare, celle de mes quinze ans et après.

Vieille, elle l'est. Il faut dire que je ne lui ai rien épargné. Elle m'accompagnait chez mon professeur de guitare pour jouer Fernando Sor ou Villa-Lobos, mais aussi - je ne l'ai jamais avoué à mon professeur - sous la tente, lors des camps scouts, dans l'humidité ardennaise. Elle se dévergondait alors avec Hugues Aufray, Michel Fugain ou Maxime Leforestier.

Elle a vécu, ma guitare. Elle ne sonne plus tout à fait comme avant. Un peu comme moi.

Je l'ai sortie de sa housse avec précaution. Je l'ai accordée (non sans avoir démontré à Sam que je n'ai pas besoin d'un diapason, ni du téléphone, pour déterminer le "la" ... il est là, dans ma tête, depuis longtemps, depuis toujours peut-être.

Avec précaution, j'ai fait quelques accords, puis ouvert mon coffre à partitions.

J'ai réussi à jouer quelques danses simples de Robert de Visée, malgré l'arthrose dans les doigts et le manque d'exercice. Cela était un peu maladroit, mais sonnait quand même comme de la musique. Cela m'a ému. Beaucoup.

Du "dû" au "don"

Souvent, sur mon blog, je répercute, et parfois j'amplifie, des propos que j'ai eu le loisir d'entendre ou des lectures qu'il m'arrive de faire.

Voici donc une recomposition de propos que j'ai entendus ce matin.

Le soleil, comme la pluie, sont donnés à tous sans distinction, même à ceux qui souhaiteraient moins de soleil et un peu plus de pluie comme à ceux qui souhaiteraient un peu moins de pluie et un peu plus de soleil. Il en est ainsi de bien des choses en ce monde. Il en est ainsi, par exemple, de la bonne santé et de la maladie. Elles sont réparties selon des critères qui échappent parfois à notre entendement. Pourquoi moi et pas lui? Pourquoi lui et pas moi?

Je ne dois rien aux autres et les autres ne me doivent rien. Provocation? Ce n'est ni plus, ni moins scandaleux que ce que je viens d'évoquer ci-dessus.

Dans nos existences, ne nous arrive-t-il pas très (trop) souvent d'attendre des autres quelque chose que nous considérons comme un dû? Si la réponse ne correspond pas à notre attente, quelle que soit la raison qui nous pousse à mettre notre attente chez un autre, nous pouvons alors nourrir une frustration ou réclamer, jusqu'à la violence parfois, notre dû. Faire peser sur l'autre le poids de nos attentes.

Inversons la perspective, en posant qu'il ne me doit rien et que je ne lui dois rien.

S'il n'est pas tenu et qu'il ne fait rien, je n'ai aucune raison de nourrir vis-à-vis de lui quelque reproche que ce soit. S'il fait, alors qu'il n'est pas tenu de le faire, il le fait alors gratuitement et il m'offre un cadeau.

Ne recevons-nous pas ainsi beaucoup plus de cadeaux que nous le croyons?

Le don prend alors la place du "dû". Et quand on dit "don", on sous-entend aussi "par-don". Un espace est ouvert, en tout cas, pour la gratuité.

Je ne prétends pas que ces quelques considérations soient à même de tout résoudre, mais elles ouvrent une perspective intéressante. Et j'ai toute ma vie, comme d'autres, cherché à voir les choses autrement.

Ce que je viens d'écrire, qui ne relève en rien de la religion, trouve pourtant sa source dans la partie religieuse de ma vie.

Alors, pour ceux qui sont sensibles à cette dimension, ajoutons ceci: "Dieu ne me doit rien et je ne dois rien à Dieu", car Dieu, par essence, est gratuité et don et il attend de moi exactement la même chose.

Une part de ce que je viens d'écrire revient au prédicateur que j'ai entendu ce matin. Il était jeune ... il était beau, il sentait bon le sable chaud. Non, là je m'égare. Ayant cité maître Eckart, je le soupçonne fort d'être dominicain ... un dominicain infiltré dès lors chez les bénédictines!

samedi 19 février 2011

Facebook, le narcissisme et l'humilité

Convenons-en, Facebook est un miroir aux multiples facettes.


Chacun est libre de se montrer sur Facebook comme il l'entend, car il s'agit bien de se montrer quand même, et d'acquérir sans doute par là une certaine existence aux yeux des autres. Ceux qui n'ont pas de profil Facebook ne sont pas à l'abri de ce besoin de reconnaissance par les autres. Ils n'utilisent pas ce media; mais ils en utilisent d'autres.


Les narcissiques trouvent en Facebook un amplificateur de leur narcissisme. Ils estiment, par exemple, intéressant de dire là où ils sont ou ce qu'ils font au gré des jours et des heures. S'ils le font, cela ne peut être que parce qu'ils se disent que cela doit intéresser d'autres qu'eux et ils s'en trouvent toujours bien quelques-uns pour les rassurer sur ce point.


D'autres narcissiques de Facebook aiment faire état de leurs très nombreuses réalisations. Ils s'excusent parfois en disant que Facebook est pour eux un outil professionnel et de promotion; mais le professionnel et le privé s'y mélangent bien souvent. Ils aiment faire étalage des éloges qu'ils reçoivent pour leur action ou leurs publications. Ils communiquent sur Facebook les commentaires, les articles de presse favorables, les distinctions les concernant, les appels à voter pour eux comme homme de l'année. Et quand l'écho n'est pas favorable, ils font, sur leur blog, le cas échéant, leur promotion ... il suffit alors de publier l'article de leur blog sur Facebook.


On peut aussi, grâce à Facebook, entretenir son image, ou une image qu'on aime véhiculer de soi, parce qu'elle est constituante ou simplement rassurante. Le registre, ici, est plus anodin, mais non moins narcissique. Je dois me situer, pour partie au moins, dans cette catégorie.


Et puis, on peut être, sur Facebook, dans le domaine du partage et de l'humilité. Celui où on donne sans penser à soi. Celui où on partage des coups de coeur, des révoltes, des découvertes. Nombre de mes amis Facebook se situent dans ce registre, cela me réjouit.


Parmi les blogs, que je lis grâce à Facebook, il en est un que j'apprécie plus que tous les autres. Il est érudit et humble. Son auteur dit des choses belles et essentielles en ne se mettant jamais lui-même en avant. Il suscite, et trouvant dans des interprètes un relais, il se réjouit de ce que les interprètes ont pu exprimer. Je ne saurai bien entendu pas où l'auteur de  ce blog se trouve ce week-end, ni ce qu'il fera. Et, comme il cultive l'humilité, je ne dirai pas qui il est.



vendredi 18 février 2011

Utile (?)

Je me pose beaucoup de questions depuis que je n'ai plus d'activité professionnelle.

Notamment, celle-ci. Ma vie a-t-elle été, est-elle encore utile?

Heureusement, je reçois de temps en temps le témoignage d'anciens étudiants qui ont gardé un bon souvenir de moi. Je ne sais cependant si je les ai marqués par mon enseignement - ce que j'étais chargé de faire - ou par ce que j'étais. Quelqu'un d'un peu marginal, rétif aux usages universitaires et facultaires, qui ne considérait pas les choses du droit comme les plus importantes qui soient, et avait en horreur tout ce qui ressemble à l'esprit de caste et aux milieux sociaux qui se perpétuent et s'auto-congratulent.

Il est vrai, je n'ai jamais cherché à faire carrière à l'université. Et je me suis vite senti à la marge, moi à qui il semblait que la priorité de mon métier était les étudiants, mes enseignements, en ce compris de longues sessions d'examen oraux. N'étais-je pas payé pour cela?

Je ne correspondais plus au modèle nouveau: être hyperactif, mener au moins deux carrières de front, être présent dans les media, publier à tour de bras, être expert, faire des consultations rémunérées, participer à de multiples commissions, conseils consultatifs et autres comités scientifiques et ... voyager.

Parce que j'étais consciencieux, je ciselais mes syllabus constamment tenus à jour, offerts à prix coûtant aux étudiants, puis ensuite sur internet. Je n'en faisais pas des livres à acheter. Jamais, je ne me suis contenté de fournir à mes étudiants des "slides" ou des "powerpoints".

Quand je prenais la succession d'un ancien, j'avais l'humilité de reprendre, au moins la première année, son syllabus et de m'aider du matériau qu'il me léguait. Il est vrai, j'ai succédé à des professeurs de grand format: Pierre Harmel et Edouard Bours.

Disant cela, j'ai l'impression d'être d'un autre âge. Quand madame Simone David-Constant m'enseignait le droit des obligations, elle suivait pourtant le syllabus d'un illustre prédécesseur, Léon Graulich. Je veux dire par là qu'il y avait une continuité, qui n'empêchait pas les mises à jour, l'évolution, mais où le plus jeune avait un respect pour le plus ancien.

Faisant tout cela, que je croyais être ma mission,  je pensais être utile.

Je pensais être utile et je me suis peut-être trompé.

Les paroles d'une chanson de Julien Clerc (chantée aussi par Juliette Greco) me sont revenues en mémoire. Elles sont de Etienne Roda-Gil, auteur de tant de beaux textes:

Je veux être utile
A vivre et à rêver
Comme la lune fidèle
A n'importe quel quartier,
Je veux être utile
A ceux qui m'ont aimé
A ceux qui m'aimeront
Et à ceux qui m'aimaient
Je veux être utile
A vivre et à chanter
Dans n'importe quel quartier
D'une lune perdue,
Même si les maîtres parlent
Et qu'on ne m'entend plus,
Même si c'est moi qui chante
A n'importe quel coin de rue, 
Je veux être utile
A vivre et à rêver.


http://www.youtube.com/watch?v=HmnVfZslf9A

Et maintenant en quoi suis-je encore utile? Ou puis-je être encore utile?

Le travail ne manque pas: il y a ceux qui m'aiment, ceux qui m'aimeront et ceux qui m'aimaient.

Pour cela, il faut absolument que je trouve le moyen de sortir de ce qui m'enferme sur moi-même.

mercredi 16 février 2011

Maria de Lima

Une chanson - elle date de 1944 et est co-signée par Ray Ventura et Paul Misraki - chantait Maria de Bahia.

J'ai reçu, il y a deux jours, une très belle lettre venant de Lima et signée Maria. Maria de Lima.

Je ne dirai rien du contenu de cette lettre. C'est à moi qu'elle était adressée, pas à vous, amis lecteurs.

Mais je puis partager ceci:

- certaines lettres que l'on reçoit font parfois un bien fou;
- ce qui nous rend proche de quelqu'un d'autre par l'empathie reste pour moi un mystère: c'est comme si on se sentait et reconnaissait d'une même famille;
- la rupture, le plongeon dans un ailleurs, est plus souvent qu'on ne le croit le seul moyen de devenir soi;
- l'attention quotidienne aux petites choses de la vie - "les petits moments de vie", comme dit Maria - est parfois, pour certains, le seul moyen de survivre dans un milieu pour lequel ils ne se sentent pas faits;
- il faut parfois bien des années pour trouver sa juste place en ce monde. Il n'y a pourtant pas d'autre question à résoudre, si on veut être heureux: être là où on doit être, là où on peut être fécond avec tout ce que l'on a en soi.

La lettre de Maria de Lima m'a vraiment beaucoup touché.

mardi 15 février 2011

Le sexe et ...

Deux découvertes, comme toujours, m'ont fait réfléchir.

Un ami Facebook a évoqué, il y a peu, un sujet délicat: la sexualité des personnes handicapées. Il y avait une question, point de réponse, mais quelques témoignages.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/642692/les-personnes-handicapees-ont-aussi-le-droit-a-une-vie-affective-et-sexuelle.html

La vie sexuelle des personnes que l'on dit âgées (voire très âgées)  a aussi été récemment abordée.

Ces deux sujets m'ont interpelé sur ma sexualité à moi.

Le moment où l'on découvre, pour la première fois, un autre corps que le sien, celui d'un ou d'une autre, est sans doute le plus beau moment de la vie. Il arrive que cette première découverte soit aussi déterminante pour l'avenir.

Après, pendant un temps, tout oscille entre la répétition inlassable de cette découverte et le projet d'un couple, car il semble que nous soyons programmés pour vivre en couple.

On trouve alors des célibataires convaincus qui ne jurent que par la répétition de la découverte; des couples, qui osent le pari de la fidélité; des couples "libres", comme on dit, qui se jurent fidélité, mais ne cessent point pour autant de réitérer le premier moment, à gauche, à droite, partout.

Il est vrai, j'oublie tous ceux qui n'ont jamais eu de premier moment et ceux qui voudraient encore, mais ne peuvent plus pour des tas de raisons.

Je n'évoquerai pas les moments - parfois désespérants, parfois tellement lumineux et heureux - qui ont jalonné ma vie. Je vais sauter les étapes.

Il existe une étape de la vie, qui intervient plus ou moins tôt (ou tard), où la sexualité vécue n'est plus d'actualité. Mais il faut que je précise.

A cet âge de la vie, qui est le mien, on a encore du désir. Je reste sensible quand je vois un beau garçon ou une belle fille qui passe. J'imagine alors. Des choses. Mais ce n'est plus qu'un rêve ... Moi, je ne suis plus à la hauteur. Et, quand l'occasion se présente, je m'esquive par manque de confiance.

Que puis-je encore offrir? Ma tendresse, mes caresses, mon admiration pour un corps jeune qui veut bien s'offrir à moi. Comme la première fois?

Il y a une alternative, qui est peut-être une voie de liberté: l'a-sexualité.

lundi 14 février 2011

Parodies

J'ai évoqué, il y a quelques jours, le pastiche à propos de deux exemples actuels et réussis. Il est temps maintenant d'évoquer la parodie. Robert, qui ne cesse de me chuchoter à l'oreille, me dit que la "la parodie est l'imitation burlesque d'une oeuvre sérieuse".

Il arrive, dans certains cas, que la parodie survive à l'oeuvre sérieuse qu'elle moque.

Les anglais sont certainement les meilleurs dans le domaine de la parodie. Le peuple anglais rit volontiers quand on déconstruit les symboles, auxquels il tient pourtant plus que tout: la reine, Shakespeare ...

C'est pourtant un allemand, Gerard Hoffnung, qui a offert aux sujets de sa gracieuse (?) Majesté les plus beaux moments de parodies musicales. Il était un excentrique, comme aiment les anglais, qui a touché un peu à tout avec distance. Il est mort jeune et c'est dommage.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gerard_Hoffnung

En 1956 et 1958, il organisa au Royal Festival Hall de Londres deux concerts symphoniques totalement déjantés avec la collaboration complice et amusée de musiciens sérieux.

Un extrait me met en joie. Haydn, l'andante de la symphonie n° 94 dite "La surprise".

http://www.youtube.com/watch?v=o0mu7Ccrr60

Un autre exemple de parodie musicale. Eine kleine Nichtmusik de P.D.Q. Bach (1807-1742 ?)

http://www.youtube.com/watch?v=enT9oAE0TxM&feature=related

Et ceci, une sonate de Beethoven revisitée par le pont de la rivière Kwai par Dudley Moore. Mais est-on ici dans le pastiche ou la parodie?

http://www.youtube.com/watch?v=GazlqD4mLvw

Un exemple chorégraphique qui date un peu, mais fait-on mieux? Robert Hirsch et Jacques Charon dans le lac des cygnes.

http://www.youtube.com/watch?v=DU-giYm4brg

Le lac des cygnes inspire ... Voici une version masculine

http://www.youtube.com/watch?v=MfKdC6SYcnM

Aujourd'hui, en France, pour faire rire, ou on persiffle, ou on fait dans le "franchouillard". Les amuseurs publics français d'aujourd'hui ont beaucoup de mal à ne pas se prendre au sérieux. Ils sont tellement centrés sur eux-mêmes qu'ils en deviennent lassants. L'hypertrophie de l'ego serait-il un mal français?

dimanche 13 février 2011

La Tunisie, l'Egypte, les cyniques et moi

J'ai suivi de très près les révolutions tunisienne, puis égyptienne, parce qu'il m'a semblé que quelque chose d'important se jouait, et se joue, encore là-bas. N'étant pas sur place, j'ai bien entendu vécu les événements par procuration, à travers les media, mais pas seulement. J'ai beaucoup évoqué le sujet avec des amis d'ici et de là-bas au sens large (par internet).

Pendant ce temps, j'ai enregistré aussi les propos de quelques-uns d'ici, notamment sur Facebook:
- "Je ne partage définitivement pas l'enthousiasme entourant les révolutions arabes. Faire quitter le pouvoir à un cancéreux de 82 ans, est-ce cela la révolution? Quant à ce stupide Obama, il nous donne encore une fulgurante vision de la pensée américaine. Laisser tomber un homme qu'on a maintenu au pouvoir à raison de 1,5 milliards de dollars d'aide par an, puis parler de transition vers la démocratie, c'est lamentable. Franchement, si un régime islamiste en Egypte leur permet de ne plus avoir à supporter les cohortes de touristes en short qui s'extasient devant les pyramides ...";
- "Combien, parmi ceux qui s'intéressent aujourd'hui, parce que les media en parlent, aux révolutions arabes n'ont-ils pas passé leurs vacances en Egypte ou en Tunisie? Moi, je ne fréquente en touriste que les pays qui ne sont pas des dictatures";
- "Le panurgisme révolutionnaire: le panurgisme des révolutionnaires en peau de lapin, ceux qui regardent les autres faire leurs "révolutions" en s'extasiant et en fantasmant depuis le confort douillet d'une vielle démocratie qui n'offre plus la possibilité d'être soi-même révolutionnaire. On projette alors sur d'autres, surtout quand ils nous renvoient l'image que l'on attend, celle d'un peuple qui se libère".

Un commentaire sur internet m'a paru très juste: "symétriquement, il faudrait aussi parler du panurgisme des cyniques, qui se reconnaissent les uns les autres dans ce caractère, en fantasmant d'appartenir à la race des seigneurs; ceux qui par dépit de ne pouvoir en quoi que ce soit présider aux mouvements de la foule, la méprise comme un troupeau de bêtes ...".

Mon analyse à moi, qui vaut ce qu'elle vaut, est la suivante:
- il s'agit d'un mouvement populaire (une manipulation par les grandes puissances étrangères semble peu probable: l'embarras des Etats-Unis en témoigne, l'angoisse dans les autres pays arabes et en Israël aussi);
- le peuple a manifesté pacifiquement et, quand il y a eu violence, elle est toujours venue du pouvoir, pas des manifestants;
- nous occidentaux, avons un peu de peine avec la figure du martyr; en l'espèce, celui qui s'immole par désespoir, mais surtout pour une cause;
- ce mouvement populaire repose sur des revendications simples et claires: la liberté (de penser, d'agir, de s'exprimer), la justice sociale et la démocratie, au sens premier du terme: le pouvoir "par" et "pour" le peuple;
- la religion est restée absente du mouvement. Les aspirations exprimées se situaient en dehors.

Ceci témoigne d'une grande maturité et permet d'espérer dans l'avenir. De quoi, l'avenir sera-t-il fait? Nul ne le sait exactement. J'ai, pour ma part, la conviction que le peuple n'acceptera pas que sa révolution soit récupérée par qui que ce soit (les anciens du régime, les militaires, les religieux, les occidentaux).

Le défi est immense: car il faut créer et structurer un espace pour un libre débat politique en vue d'élections libres, là où cela n'existait pas.

Je fais confiance à la créativité des principaux concernés. Nos vieilles démocraties occidentales semblent tellement enrayées ou dévoyées que je me mets à rêver d'un modèle de démocratie arabe qui puisse nous faire la leçon.

Cela serait une belle page d'histoire. Un retour de balancier. N'oublions pas ce que la pensée musulmane a apporté à la pensée occidentale par le passé.

samedi 12 février 2011

Le jour du Roi

J'ai déjà exprimé, sur ce blog, ma connivence avec Abdellah Taïa et ma tendresse pour ses écrits.

Son dernier roman, Le jour du Roi (Seuil, 2010), se passe, au temps du roi Hassan II, un temps où la peur régnait au Maroc. Il conte l'amitié entre deux adolescents d'un même collège, l'un issu d'une famille riche, l'autre d'une famille modeste. La différence de classes aura raison de cette amitié. Khalid, le riche, sera choisi pour aller baiser la main du roi. Omar en nourrira de la rancoeur et de la jalousie. L'amitié fera place à la guerre des classes et se terminera, entre les deux amis, dans la forêt et dans le sang.

Je retrouve le style simple, direct et juste de A. Taïa et surtout son aptitude à décrire les sentiments contradictoires, le questionnement, le trouble de la sexualité. Bien que le sujet du roman soit politique, son traitement est profondément humain. Il est construit sur les réalités de la vie, les sentiments, les rêves ... Cela le rend attachant et touchant.

Ce roman est un très beau roman.

Je cherchais, cet après-midi, un banc pour le lire au soleil. Je suis passé devant un jeune homme assis sur un banc en train d'écrire et me suis assis un peu plus loin sur un autre banc. Plus tard, il est passé devant moi et m'a dit: "le livre que vous lisez est un très beau livre". Je fus un peu surpris.

Le jour du Roi  a reçu le Prix de Flore 2010.


vendredi 11 février 2011

Pastiches

Un pastiche (de l'italien pasticcio) est une imitation d'un auteur ou d'un artiste, qui ne vise ni le plagiat, ni la parodie, ni la caricature. Il s'agit bien d'une oeuvre de création mais "à la manière de". "La parodie se fonde sur le sujet et exagère les opinions, le pastiche pénètre dans la façon d'écrire et la prolonge. Le pastiche est la forme la plus aboutie de la critique (après la création elle-même), la parodie la forme la plus sympathique de la moquerie" (Ch. Dantzig, Dictionnaire égoïste de la langue française, Grasset, 2005, 642). On ne peut pasticher qu'un auteur qui a du style, explique Ch. Dantzig; on ne peut que parodier les autres. Et ceci, "la parodie est une activité de vieil écrivain paresseux, le pastiche une exaltation du jeune écrivain lettré" (op. cit., 644). Claude Gagnière, quant à lui, dit ceci: "parodie et pastiche ne provoquent pas ... les mêmes réactions parce qu'ils ne visent pas le même public. La parodie provoque un torrent de rires; le pastiche, lui, n'est qu'une source, mais de jubilation!" (Cl. Gagnière, Pour tout l'or des mots, coll. Bouqins, Robert Laffont, 1996).

Patrick Rambaud, qui n'est plus un jeune écrivain par l'âge, mais bien par l'exaltation, offre annuellement au lecteur une chronique du règne de Nicolas Ier (Sarkozy) dans le style de Saint-Simon et avec le vocabulaire de l'ancien régime. C'est brillant, jouissif et souvent cruel: un vrai pastiche très réussi.











... à suivre.





Le pastiche peut se pratiquer aussi en musique.

Dans les années 60, un certain nombre de jazzmen ont revisité, avec des bonheurs divers, quelques grands classiques (Bach, Mozart, Vivaldi, Teleman ...). Je pense ici, par exemple, au Modern Jazz Quartet, à Jacques Loussier, les plus originaux étant sans conteste les Swingle singers de la première génération, vu qu'ils chantaient ce qui avait été écrit à l'origine pour des instruments. L'esprit de leurs inspirateurs était respecté, mais on ne peut parler à leur propos de pastiche: ils s'approprient une oeuvre et l'arrangent autrement.

Il est plus rare de rencontrer la démarche inverse: un thème actuel traité à la manière d'un compositeur du passé. J'ai découvert, grâce au Nouvel Observateur, un vrai pastiche musical: 



All you need - Livre de clavecin
Anders DANMAN
(King, import japonais)


Il s'agit en effet d'un brillant travail d'écriture. Les grandes chansons des Beatles sont ici recomposées à la manière de Couperin et de Rameau. Le résultat est convaincant et même plus que cela.

Je n'ai jamais été un grand fan des Beatles. J'aurais peut-être dû, vu ma génération. Il m'a toujours semblé que leur musique était riche sur le plan mélodique, mais un peu pauvre quant aux arrangements. Je les ai découverts plus tard quand ils ont été arrangés par d'autres. Le matériau premier prenait alors des ailes. La confrontation avec des compositeurs anciens, telle que présentée ici, m'a convaincu qu'il s'agissait de musiciens d'exception.

Reste la question: quelle est la part de chacun dans l'oeuvre proposée au final? 

Qu'en est-il des droits d'auteur, par exemple, dans ce cas précis?



mercredi 9 février 2011

Abondance de sujets: allons à l'essentiel

Aujourd'hui, j'avais, dans la tête, plusieurs raisons d'écrire, de m'interroger, de m'indigner, de m'émouvoir:
- l'image chaque jour plus lamentable de la France depuis et selon Sarkozy;
- l'immobilisme et la stagnation. D'une certaine manière, c'est mon lot et celui de mes deux fils depuis trop de temps ... Comment en sortir?
- les arcanes de la négociation politique en belgitude;
- pourquoi le PACS en France a plus séduit les couples héteros que les couples homos;
- quelle forme prendra, en définitive, le désir de liberté et de démocratie des peuples tunisien et égyptien et au-delà? Quel rôle pouvons-nous jouer, quel modèle leur proposons-nous?

Sur tous ces sujets, j'aurais pu dire bien des choses.

Le chant, sous toutes ses formes, est ma passion. La voix m'a toujours concerné. L'éventail de ce qu'elle recouvre est tellement vaste.

Deux échos:

- j'évoquerai d'abord un couple de grand-parents, avec qui j'aime parler le matin à la terrasse du Randaxhe. Un de leurs petits-fils est en première année primaire. Il est en avance sur les autres au niveau de la lecture et de l'écriture, mais heureux d'apprendre au rythme des autres ce qu'il sait déjà. Jusqu'à l'âge de trois ans, il a refusé de parler. Aujourd'hui, il crie un peu trop souvent et est agité. Des logopèdes et des psychologues prennent soin de lui. Lorsque la grand-mère, qui était enseignante, a suggéré à la logopède de lui apprendre à domestiquer sa voix, celle-ci a répondu que c'était psychologique et que cela relevait donc de la psychologue ...

- J.M. Onkelinx, dans son blog, que je recommande à tous, évoque aujourd'hui la question du "chanter juste". J'ai beaucoup appris en lisant sa contribution. Je me suis rappelé le temps où, faisant partie de l'équipe d'animation d'une manécanterie, des parents nous amenaient leur rejeton de 7 ou 8 ans - parce qu'il s'agissait avant tout d'une structure catho et un peu élitiste - et où la première audition pouvait se révéler catastrophique. A peu près tous ces gamins ont fini par chanter juste. Par quel miracle, je ne sais.  Nous ne disposions pas des données scientifiques exposées par Jean-Marc.

http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2011/02/09/justesse-artificielle.html

Et puis, j'ai fait, ce jour, quelques recherches sur internet concernant le chant et le rite liturgique mozarabe. Ce rite catholique, que pratique aujourd'hui encore l'abbaye de Silos, en Espagne, manifeste, dans son chant, des influences arabes, et plus largement orientales. Quand on entend ce chant, on se demande à quoi se rattache la tradition du chant grégorien, telle qu'elle est pratiquée à l'abbaye de Solesmes, par exemple, ou au Vatican. On a alors l'impression d'entendre un ersatz du chant originel.

Il y a quelques années, un ami, peu ouvert a priori à ce type de répertoire, m'avait invité, pour me faire plaisir, à un concert de l'ensemble Organum  (Marcel Peres) associé à des chanteurs soufis. C'était au Beursschouwburg à Bruxelles. Le concert s'inscrivait dans une programmation qui voulait illustrer  les multiples influences culturelles. Ce concert était fascinant. Parfois, ils chantaient ensemble; parfois, ils chantaient séparément, mais on découvrait qu'ils partageaient la même tradition musicale pour deux religions différentes. Différentes (?).

http://www.youtube.com/watch?v=bP2XBfzPq-c&feature=related

Ma recherche de ce jour m'a conduit un peu plus loin encore de la musique à la danse. Convaincu depuis toujours que le multiculturalisme ne peut être que source d'enrichissement, de dépassement, j'ai découvert une video qui me laisse sans voix tellement c'est beau ... Il fallait que Maurice Béjart passe par là.

http://www.youtube.com/watch?v=enOmxQP6JWs

dimanche 6 février 2011

Le vieil homme

Ce matin même, sur le marché de la Batte, j'ai rencontré un vieil homme. Nos regards se sont croisés. Il était dépenaillé. Jamais, je n'avais vu quelqu'un comme lui, ainsi vêtu, avec des vêtements tout troués, faisant ses courses.


Je me suis beaucoup interrogé sur mon regard sur lui et sur son regard sur moi. J'ai été surpris, mais il était déjà parti avant que je ne réalise vraiment. J'étais là avec mes bons fromages, mon poisson, mes charcuteries italiennes. Pas seulement pour moi, je les avais achetées aussi pour Sam et pour N. que j'ai invité à dîner mardi. Qu'a-t-il pensé de moi? A-t-il perçu mes bons sentiments?


J'ai eu honte un instant. Un instant, car il fallait continuer comme avant, comme toujours ...


Je ne suis pas allé à la messe, ce dimanche. Je me sentais mal à mon réveil, fatigué, sans envie, déprimé. J'aurais dû rejoindre ma communauté de Wavreumont, là où mon coeur s'ouvre.


J'ai cherché à lire, cet après-midi, les textes de la liturgie de ce dimanche. Ils disaient: "recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et tes forces reviendront rapidement" (Esaie, 58, 7-8).


Une fois de plus, en plein dans le mille! 


Mais pour quoi faire et comment?


Frère Etienne a dit ceci, ce matin, à ceux qui étaient là:


 "... si Isaïe met bien devant nos yeux la situation dramatique du sans abri, qui n'a pas à manger, il ne nous donne pas le mode d'emploi de la réponse humanitaire à donner. Il nous dit simplement: partage, couvre, ne te dérobe pas. Il ne nous dit pas comment on fait cela dans les différents contextes où nous nous trouvons. Il ne nous dit pas non plus que c'est Dieu qui va nous montrer le chemin et  nous expliquer les règles du jeu. Il se contente de provoquer un face à face et nous dit que nous pouvons chercher dans nos propres ressources les réponses à apporter. C'est de ta lumière et de ta justice dont il est ici question. Dieu, dit-il, t'accompagnera sur ce chemin-là. Il ne te montrera pas le chemin: il marchera à tes côtés, il te fait confiance.


La solidarité n'est pas simplement une question de bons sentiments. Elle ne provient pas non plus d'un désir plus ou moins rationnel d'équilibre des forces économiques ... La vraie solidarité juge le monde, parce qu'elle met le doigt sur ses dysfonctionnements les plus douloureux ... Celui qui ouvre son coeur, d'une manière comme d'une autre, à la détresse de l'autre, quelle qu'elle soit, accepte, je crois, de reconnaître en lui cette blessure fondamentale, qu'il porte lui aussi et qui en fait, différemment mais réellement, un petit".



























jeudi 3 février 2011

La foi, la bonne et la mauvaise, et la musique religieuse

Bonne foi et mauvaise foi, voilà bien deux notions dont les contours sont à peu près impossibles à définir. S'il fallait en effet couvrir d'opprobre tous ceux qui sont de mauvaise foi, en ce monde, il y aurait bien du travail.


Quel rapport me direz-vous avec la musique religieuse? Cette réflexion sur Facebook d'un collègue, plus âgé que moi, qui a acquis le statut de maître à penser, à son corps défendant peut-être, mais cela est un fait.


"Il est amusant de voir comme les mécréants que nous sommes sont sensibles à la (bonne) musique religieuse. N'est-ce pas que celle-ci nous parle moins de la réponse consolatrice (délirante) que de l'état douloureux (inéluctable) qui a suscité la question?".


Il est d'abord réjouissant de constater que les mécréants sont sensibles à la musique religieuse; ils font ainsi preuve d'une grande ouverture d'esprit. Il est tout aussi réjouissant de constater que les mécréants sont capables de s'amuser d'eux-mêmes. Il n'en reste pas moins que le jour où l'on commence à s'amuser de soi-même est souvent le signe bénéfique qu'on est prêt à reconnaître certaines failles dans ce que l'on a construit en soi, sur soi et autour de soi. Les mécréants formulent néanmoins une condition: il établissent une distinction entre la bonne et la mauvaise musique religieuse. N'est-ce pas là l'expression d'un jugement de valeur? Soit, précisément,  ce que ce maître voulait éviter à ses étudiants, puis à ses disciples.

Apparemment, les mécréants partagent avec les croyants un "état douloureux inéluctable"; je veux dire par là qu'ils n'y échappent pas plus que les autres.

Ils parlent aussi d'une question que cet état suscite, mais il y a bien des manières de poser une question. Souvent, la réponse dépend de la manière dont on pose la question. Quelle est la question?

Ils évoquent "une réponse consolatrice délirante", la réponse religieuse, délirante puisqu'ils sont mécréants.

N'est-ce pourtant pas précisément la foi en cette réponse qu'ils qualifient de délirante qui a inspiré des générations d'artistes?

Il y a évidemment une nuance entre ce qui a inspiré l'artiste et ce qui interpelle le spectateur ou auditeur. 

Le mécréant résume sa perception, qui n'est pas moins sensible que celle d'un autre, à l'état douloureux inéluctable à tout homme que véhiculerait le message artistique.

C'est faire peu de cas du créateur de l'oeuvre et de ce qui l'a inspiré. Le spectateur, l'auditeur, ont-ils à calquer sur l'oeuvre leur vision des choses pour s'approprier l'oeuvre, au risque de la trahir? L'ouverture d'esprit n'est peut-être pas dès lors aussi grande qu'on pouvait le croire.

Le mécréant serait d'ailleurs, s'il fallait éradiquer tous les créateurs qui ont été inspirés par des réponses consolatrices délirantes, fort peu pourvu en émotions artistiques et musicales.

Peut-on écouter Bach, par exemple, en dissociant la question et la réponse? Ecouter Bach, sans entendre la réponse, est entendre une petite partie seulement de Bach.






mardi 1 février 2011

Voisinage

De mes études, j'ai retenu entre autres choses que le droit civil se préoccupait des troubles de voisinage et des conflits de mitoyenneté. Le "b-a ba" en quelque sorte de la vie avec son voisin. Il y a aussi une législation pour organiser la co-existence dans un immeuble à appartements des multiples propriétaires et occupants. Je m'en tiens ici à la sphère privée, car assurer la cohabitation dans l'espace public d'individus divers est un tout autre problème.

Le droit ne peut pas tout régir. Heureusement. Appelons cela les limites du droit. Mais là où le droit n'est plus, cela ne peut pas être le vide.

Cela fait dix ans que j'ai une voisine de palier. Elle est étrange, sans âge, peureuse et ne communique pas. Il n'y a jamais de lumière allumée dans son appartement. Parfois, elle sort, rarement. Se trouver dans l'ascenseur avec quelqu'un d'autre semble pour elle une épreuve redoutable.

J'essaye toujours d'être aimable; mais il semble que le simple fait de m'adresser à elle soit ressenti par elle comme une agression.

Voilà plusieurs jours qu'un signal sonore retentit dans son appartement, jour et nuit. Quelques voisins se sont inquiétés avec des motifs fort divers. Cela allait du "C'est insupportable, cela m'empêche de dormir" à "Peut-être lui est-il arrivé quelque chose?".

J'ai appris, ce soir, de la bouche du gérant de l'immeuble qu'elle souffrait d'un cancer et était en soins palliatifs. Son frère a même entrepris de mettre dès à présent son appartement en location.

J'ai depuis un sentiment étrange.

Cette voisine ne m'a causé aucun trouble de voisinage et nous n'avons pas eu de conflit de mitoyenneté. Elle a juste été là et moi à côté. Deux existences parallèles que rien, même pas un peu d'attention, ne pouvaient rapprocher. Elle part après dix ans, sans que je sache rien d'elle, sans avoir réussi jamais à créer le moindre contact. Quelle était sa vie? Quel a été le sens de sa vie?

Il y a donc des vies et des destins qui semblent ne pas avoir de sens, qui sont comme des rameaux éteints qui jamais ne bourgeonnent.

Cela me trouble.