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mercredi 8 décembre 2010

Simone Pacot

Ma vie a connu plus d'une rencontre présentant un point commun: venant au bon moment, ces rencontres m'ont orienté vers des voies inconnues, mais qui me correspondaient très justement.

Est-il possible de vivre pleinement serein, libéré, si l'on traîne au fond de soi, depuis longtemps parfois, des blessures qui ne parviennent pas à se refermer, de la culpabilité, de l'insécurité, de la peur, de la tristesse infinie, de la honte parfois, de la haine même? On peut alors se sentir, puis se retrouver, fort seul, enfermé.

Seul? C'est sans compter que d'autres, que nous ne connaissons pas personnellement, ont vécu la même chose avant nous et que d'autres l'expérimentent sans doute au même moment que nous.

Découvrir que d'autres ont franchi l'expérience et ont des choses à nous en dire est salutaire. Soeur Madeleine, à l'abbaye de la Paix-Notre-Dame, boulevard d'Avroy, m'a dit, il y a quinze jours: "ce que tu me dis de ta vie me fait penser à quelqu'un ... Simone Pacot; cherche sur internet, peut-être trouveras-tu là quelque chose qui te correspond".

De Simone Pacot, on sait fort peu de choses, juste ce qu'elle veut bien nous dire. Elle a été avocate au Maroc, où elle est née, puis à la Cour d'appel de Paris. Elle est de confession protestante. Issue d'une famille tolérante, et non pratiquante. Assez jeune, elle a pris conscience d'une part de la vie qu'on peut appeler la vie spirituelle. Elle a essayé de vivre sa foi, mais la vie l'a confrontée à des crises intérieures, des problèmes de vie qu'elle qualifie elle-même d'incompréhensibles et désespérants.

Elle s'est alors tournée vers la psychologie et confesse que le trajet de la psychothérapie a été pour elle irremplaçable, pour entrer en familiarité avec elle-même. La conviction est toutefois née en elle qu'il manquait un maillon à la chaîne, celui qui pourrait relier son travail sur les profondeurs, dans la psychologie, et son intuition de la vie spirituelle.

De là est né son projet d'une évangélisation des profondeurs. Considérant que la parole de Dieu (la Bible dans la religion chrétienne, mais il est évident qu'il peut en être de même pour d'autres textes dans d'autres traditions) est une parole qui peut libérer, permettre de quitter les chemins destructeurs ou de mort pour goûter à la vie, elle a donc tenté de concilier les techniques de la psychologie et de la spiritualité.

Ce n'est pas si original. Cela semble même évident.

Le résultat pourtant est là: les sessions qu'elle anime (d'autres qu'elle aujourd'hui ont en partie pris le relais à sa suite) ont mené à la guérison de très nombreuses personnes et les listes d'attente sont longues aujourd'hui pour les suivre en France, en Belgique ou en Suisse.

Je ferai partie de ceux-là, un jour.


L'ouvrage de base:




Le site de la fondation créée par  Simone Pacot:

http://www.bethasda.org/

lundi 6 décembre 2010

Personnes croisées ce jour

De chez moi au coin la rue des Anges, il me faut entre 20 et 25 minutes à pied. J'avais rendez-vous, pour la deuxième fois ce matin, chez mon chiropractor. Ce trajet-là, je veux le faire à pied, malgré la douleur à chaque pas.

Pour un peu changer, je décide, ce jour, de ne pas remonter la rue Saint Gilles, mais de suivre le Boulevard d'Avroy. A hauteur du n° 54, se profile un petit personnage plein d'énergie, en jeans avec un bonnet sur la tête en train de balayer la neige. Je l'avais reconnue à 50 mètres de distance. "Quelle énergie Soeur Jean-Baptiste!". "Oh, Xavier!" Petit moment de gêne. Ma vie passée a laissé des traces et sans doute brisé quelques illusions. "C'est la troisième fois depuis ce matin. J'ai balayé à 5 heures du matin, puis après la messe, et maintenant. En plus, quand on a pignon sur rue, comme nous, cela en représente des mètres de trottoir!". Oui, en effet. Soeur Jean-Baptiste est de ma génération, mais plus vaillante que moi. Vivre au couvent conserve, semble-t-il. Rassurez-vous, je n'ai pas croisé Frère Simone au coin de la rue Darchis.

Mon chiropractor, toujours aussi bourru - mais j'arriverai à le détendre un peu: juste retour de choses - m'a manipulé, trituré, fait craquer, mis la main là où ça fait vraiment mal. Le plus étonnant, c'est que ça marche!
Voilà un métier extraordinaire qui s'intéresse à notre architecture corporelle et à tout ce qui a pu la perturber. Que de choses par conséquent. Au coeur du cabinet, une énorme machine où tout est manuel. Elle m'impressionne. Est-elle là pour impressionner? J'y adhère, en tenant soigneusement les poignées, et hop ... me voilà dans une position que je ne pouvais prédire.

Deuxième rendez-vous médical de la journée: radios de ma colonne vertébrale et de ce qui va avec. Le docteur qui me reçoit ressemble un peu au Comte de Saint Germain. Longs cheveux grisonnants, coiffés dans un savant brushing. Il me reçoit 10 minutes avant l'heure, ce qui est en soi exceptionnel. Je me retrouve confronté à une machine, similaire à la première, mais plus sophistiquée.  Je me suis retrouvé couché à plat, de moitié, de trois quart, de cinq huitième, à gauche, à droite, le bas en haut et le haut en bas, entouré de bruits inquiétants entre chaque prise. Le comte de Saint Germain, bon prince, m'a remis les clichés, alors même que je n'avais pas de prescription médicale ... ah oui, je dois encore appeler, à ce propos, mon cher docteur Federico Ruiz Sanchez.

Traversant la ville, une deuxième fois,  j'ai rencontré de nombreux jeunes gens qui urinaient partout (les filles entre deux voitures, les garçons sur les murs de l'Université ou sur la devanture de  commerces privés). Je me suis dit que ces jeunes-là manquent d'éducation. J'avais oublié: c'est la Saint Nicolas des étudiants. Ils n'ont donc pas d'autre moyen de faire la fête? Puis, une petite voix m'a dit: "tu ne vas pas devenir un vieux grognon quand même".

Le refuge

Aucun des films de François Ozon ne m'a déçu, aucun non plus ne m'a laissé indifférent.

Hier soir, étant seul, j'ai regardé un film que je n'avais pas vu lors de sa sortie en salle. A la fin, j'avais les larmes aux yeux. Certes, il ne me faut pas grand chose ... mais là.

Hier soir, j'ai regardé Le Refuge de François Ozon (2009). J'en avais retenu ce qu'en disaient les media: Isabelle Carré, vraiment enceinte et lumineuse. Il est vrai qu'elle habite le film. Louis-Ronan Choisy tout autant.

Tout dans cette histoire me renvoyait à du vécu proche, ou plus ou moins proche:
- l'addiction, la drogue;
- l'enfant né d'une relation qui avait sombré dans le chaos;
- le poids de la famille (une seule, en l'espèce): il vaut mieux un avortement; nous ne souhaitons pas que notre fils ait une descendance post mortem ... nous vous aiderons: "Voici l'adresse d'un bon médecin";
- la mère, Isabelle Carré, qui décide néanmoins de le garder et de se libérer de la drogue à l'occasion;
- l'adoption et l'homosexualité: le frère du géniteur, adopté et homo, qui vient et promet de revenir ... et cette scène sublime où sur la plage, il carresse le ventre de la mère, puis passe la nuit dans ses bras;
- le final, à la maternité: la mère qui finit par reconnaître qu'elle n'est pas prête à être mère, s'enfuit, avec l'assurance que sa petite sera mieux aimée par ce beau-frère, adopté et homo, que par elle-même.

Comme toujours, chez François Ozon, diront les critiques, on assiste à un essai de dé-construction des conventions bourgeoises et des schémas attendus. Ce qui fait la force de ce film, c'est son humanité, à la fois dans ce qu'elle peut avoir de fragile, de fort, d'instable et  finalement d'amour.



dimanche 5 décembre 2010

Chanter ensemble

Je chante depuis toujours et mon plus grand plaisir a toujours été de chanter avec d'autres. Etre une voix entourée d'autres voix et chanter ad libitum-. Je n'aime pas chanter en solo. Assurer l'équilibre des voix dans l'ensemble, c'est cela qui me plaît. Chanter, en d'autres termes, en étant sans cesse attentif à la voix et à la respiration de l'autre. Se fondre dans un tout, ce qui appelle une attention de chaque chanteur pour ceux qui chantent avec lui et une attention plus soutenue encore du chef de choeur.

Un souvenir me revient. Quand j'avais 17-18 ans, mes parents m'avaient une fois de plus envoyé en séjour linguistique (on appelle cela aujourd'hui une "immersion linguistique") dans une famille à La Haye, aux Pays-Bas. J'étais passé devant une église, ou un temple; il y avait une invitation sur la porte de l'église, ou du temple,  je ne sais plus: "Chor en samenzang".

Une église gigantesque. A l'entrée, on recevait des partitions. Il devait bien y avoir, ce soir-là 1.000 personnes. Le programme était fait de chorals anciens du vieux fonds protestant qui a inspiré J.S. Bach. et G.F. Haëndel. Un choeur et la foule chantaient, parfois séparés, parfois ensemble. Ces mille personnes, plus moi, chantant à 4 voix, suscitaient en moi une grande émotion. Il n'y pas si longtemps ces soirées-là étaient retransmises à la télévision hollandaise. Des soirées de ce genre existent aussi aux Etats-Unis et des chaînes de télévision les retransmettent. Comme toujours, l'émotion n'est plus au rendez-vous, car tout cela est scénarisé, orchestré, monnayé. Dans les Pays-Bas de mon adolescence, on entrait gratuitement pour chanter avec d'autres.

J'aimerais une fois dans ma vie assister à un office dans une de ces paroisses noires du Sud des Etats-Unis, dont les offices sont bercés de gospel.

Chanter ensemble est une expérience unique. Chanter ensemble finit toujours par créer une cohésion. Pour le meilleur, le plus souvent, pour le pire parfois. Parions sur le meilleur.

On arrive aujourd'hui à réaliser des flash-mob, soit des chorégraphies de masse. Je m'étonne qu'on ne parvienne pas à proposer la même chose sur la base d'un projet chantant.



samedi 4 décembre 2010

Lieux de culte

Partout, dans le monde, des lieux sont dédiés au divin, dieu unique ou dieu aux multiples visages, dieu personnel, dieu abstrait ou non-dieu (ce qui revient à peu près au même).

Certains de ces lieux sont ouverts à tous, d'autres pas. Je me demande pourquoi. Tous les lieux qui parlent du divin ne devraient-ils pas être ouverts à tous?

Avec Az., nous avons beaucoup visité les lieux de culte, de tous les rites, de toutes les traditions. Pour l'art, pour l'architecture, pour le message, mais surtout pour le divin qui pouvait y être ressenti. Deux types de lieux m'étaient interdits les loges maçonniques et les mosquées. Az. avait un avantage sur moi, étant musulman, lui, pouvait entrer dans les mosquées (et même les synagogues!). J'aurais pu frauder et me faire passer pour musulman. Le rapprochement est néanmoins surprenant: les lieux d'exclusion, en ce qui me concerne, relevaient donc, d'une part, de la libre pensée et des Lumières, et, de l'autre, de la religion musulmane.

Az., par contre, a pu visiter, avec moi, des églises, des temples protestants, des monastères, des synagogues, des temples hindous ou bouddhistes thibétains.

A Cordoue, existe une mosquée-cathédrale, fruit de l'histoire, où le culte musulman n'est plus permis. A Istambul, Sainte-Sophie est une église devenue mosquée, où le culte chrétien n'est plus permis.

Permettre et interdire? En vertu de quoi?

Jeudi dernier, je renouais avec le chant choral. Le groupe répète dans les locaux d'un ancien couvent, jadis prospère, comme séminaire d'un congrégation religieuse. Il y fait froid. L'église gigantesque est désespérément vide. Une crypte accueille les derniers fidèles autour d'une poignée de prêtre chenus. C'est N. qui a lancé l'idée: permettre aux très nombreux musulmans du quartier de pratiquer leur culte en ce lieu ne serait-il pas à la fois une manière de rendre à ce lieu sa fonction première et de résoudre la question des mosquées "dans des garages"?

Iconoclaste?

jeudi 2 décembre 2010

A quoi cela tient

Je revenais, ce jeudi, pataugeant dans la gadoue et la "flafloutche" hivernale, de mon premier rendez-vous chez le chiropractor. Diagnostic étonnant: on me soigne pour des douleurs à droite, alors que le problème est à gauche. Plus étonnant encore, je n'utiliserais mon côté gauche qu'à 40 % de ses possibilités, et ce, depuis tellement d'années, que les dégâts aujourd'hui sont tels qu'en 41 ans de carrière mon thérapeute n'a jamais vu ça. Seul élément positif: tout va bien du côté des cervicales. Encore bien.

Passant rue Bonne-Fortune (j'aime cette rue, autant que son nom), je vois que des flambeaux ont été disposés à l'entrée du cloître de la cathédrale. Un jeune homme, un peu frigorifié, se tenait à l'entrée pour accueillir les visiteurs. Après être passé, non sans l'avoir remarqué, j'ai fait demi-tour. Que se passait-il donc là? Son sourire, ses yeux, sa gentillesse toute maghrébine ont retenu mon attention et m'ont décidé à entrer.

J'ai ainsi eu l'occasion de visiter, juste avant son vernissage, une expo que je vous recommande.

Vous y verrez Liège, en 3 D, telle qu'on peut l'imaginer au XVIème siècle, sur la base des documents anciens.

Le procédé technique est époustouflant. Il a été utilisé ailleurs, je crois, notamment pour restituer l'abbaye de Cluny au temps de sa splendeur. Certes, il faut se promener avec des lunettes ad hoc, ce qui donne aux visiteurs des allures d'extra-terrestres. Je me suis amusé à imaginer nos édiles communaux et provinciaux et autres gens qui comptent, réunis par les lunettes, toutes tendances politiques confondues, lors du vernissage qui allait suivre.

C'est beaucoup mieux que le View Master de mon enfance! Ici, on a le relief mais aussi l'angle de vue. La perspective change selon l'endroit où l'on regarde.

Les liégeois prendront plaisir à reconnaître tel ou tel endroit, tel ou tel édifice.

J'ai été frappé par ceci: la présence de l'eau et ses méandres, les clochers et les palais. A la renaissance, Liège n'avait rien à envier à Florence ou à Venise. Ma ville avait de l'allure!

Les auteurs de l'exposition n'ont-ils pas toutefois un peu embelli la situation? Il devait bien y avoir aussi quelques bouges et cloaques.

Néanmoins, allez voir cette exposition. Ne vous contentez pas de fréquenter le marché de Noël et ses agapes.

Je ne pouvais pas quitter l'expo sans remercier le gentil garçon qui m'avait accueilli. Quelques mots, des regards échangés, une poignée de mains. Comme un début de quelque chose ... Non, Xav, tu rêves encore ...

http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_284592/liege-xvi-3d?portal=j_55

mercredi 1 décembre 2010

Superpositions et remix

Un ami cher, à l'occasion d'une semaine passée ensemble, avait réuni la musique qu'il aime en espérant que je l'aime aussi. Ce fut presque toujours le cas. Notre seul désaccord portait sur  Cocorosie; je l'ai d'ailleurs taquiné pendant tout le séjour à propos de cet improbable duo féminin, nord-américain.





Il y avait une musique qu'il n'osait pas trop me faire entendre, parce qu'il craignait qu'elle soit trop violente pour mes oreilles. Il se trompait. Il s'agissait avant tout d'une démarche musicale que les moyens électroniques décuplaient: celle consistant à superposer deux (trois, quatre ...) musiques indépendantes l'une de l'autre avec pour résultat d'étonnants moments d'harmonie et d'autres de friction, de tension (ce que mon ami avait sans doute jugé trop violent pour moi).

Je ne me rappelle plus ce qu'il m'avait fait entendre alors et je n'en trouve pas de trace dans ma bibliothèque iTunes. Je l'interrogerai à ce propos. Cela ne m'avait pas paru violent, plutôt intéressant.

Comme il aime bidouiller, il s'est livré à sa première expérience, offerte sur internet.

http://soundcloud.com/mharinho/mix-ape-001-mharinho?utm_source=soundcloud&utm_campaign=share&utm_medium=facebook&utm_content=http%3A%2F%2Fsoundcloud.com%2Fmharinho%2Fmix-ape-001-mharinho

Le résultat est, je trouve, plutôt séduisant.

Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas ici de recycler, d'arranger autrement, des choses existantes. L'emprunt et le recyclage en musique ont toujours existé. J'invite mes amis plus compétents que moi à en faire l'illustration. Il s'agit, pour mon ami, de superposer.

Pour bien comprendre, je vais prendre quelques exemples.

Le célèbre Ave Maria  de Gounod est né d'une improvisation de Gounod sur le Premier prélude du Premier livre du Clavecin bien tempéré de J.S. Bach. La suite harmonique du célèbre Canon de Pachelbel a inspiré, depuis qu'elle existe, tout ce que la musique compte de compositeurs, qui n'ont cessé de broder au départ du même matériau, jusqu'à Charles Trenet et Michel Sardou ... Dans tous ces cas, l'intervenant prend une base et la ré-utilise. Ce n'est pas de cela que parle mon ami.

Plus proche de cette idée de superposition, me revient en mémoire une pièce chantée par les King's Singers sur un disque consacré aux mélodies anglaises traditionnelles. Une mélodie y est associée parfaitement à ce qui ressemble fort à un prélude de J.S. Bach pour violoncelle. Il y a ici un souci de superposition harmonieux jouant sur les éléments constants de la musique (Oh Waly, Waly, sur le  CD Whatching the white weat).





Une autre forme est celle du métissage. Yehudi Menuhin et Ravi Shankar, par exemple. Ici, l'objectif est d'aboutir à une fusion, malgré les traditions différentes. Cela est d'une grande richesse, mais il s'agit encore d'autre chose.







Ce qui est intéressant, dans la démarche de mon ami, c'est de considérer que la superposition puisse ne pas aboutir, dans tous les cas, à une fusion harmonieuse et que la tension et la friction puissent être aussi un message à écouter.

Bien entendu, je dis tout cela en étant bien conscient de mon incompétence.