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vendredi 17 décembre 2010

Se sentir à l'étroit

Je n'avais jamais connu auparavant cette impression: me sentir à l'étroit dans mon corps. Cela est le cas pourtant, depuis plusieurs années maintenant, et toujours de plus en plus. La cause et le remède, s'ils existent, relèvent de la médecine. Moi, je me contente de gérer le symbole.

Concrètement, cela signifie une résistance moindre, une fatigue plus rapide, une douleur de tous les instants, mon corps rétrécit. Les gestes, les attitudes, les déplacements deviennent limités. La vie sociale aussi, par conséquent.

Il reste le coeur et l'esprit. Puissent-ils trouver, dans cette situation nouvelle, une occasion de se déployer.

J'ai déjà évoqué, dans ce blog, mon rapport à la parole; plus précisément, celle qui figure et est offerte dans la Bible des Chrétiens. Le jour même, où mon esprit nomme ce sentiment de me sentir à l'étroit dans mon corps, un texte de Saint  Grégoire de Nysse (mort en 394) m'est tombé sous les yeux. Et surtout cette phrase: "Et pourtant, lui, si grand, lui tel qu'il est, capable de tenir dans sa main toute la création, devient tout entier contenu en toi; il habite en toi, sans se sentir à l'étroit". 

Zut, alors!

mercredi 15 décembre 2010

Madame Tchoupette


J'ai une grande chance: je vis dans un quartier qui est l'opposé de Neuilly-Passy ou,  pour prendre une comparaison locale, par exemple, Embourg (dans la périphérie de Liège).

Quartier multiculturel par excellence, on y croise en outre, tous les jours, des personnages locaux "hauts en couleurs". On comprend mieux, en les observant, ce qui a inspiré les créateurs des célèbres marionnettes liégeoises. A l'inverse du théâtre de Guignol, qui s'inspire de la commedia dell arte, ici, les marionnettes représentent toujours quelqu'un qui a existé. Seuls les "gens de la haute" sont représentés de manière codifiée.

Ceux "de la haute":






Observez bien la photo ... un petit "de la haute" se cache parmi les autres. Il attend son tour ... Il ferait pourtant tellement mieux de pendre un peu de hauteur ...

Ceux de mon quartier:



Un mélange:



Roger fait partie de ces personnages. Rondouillard et la barbe abondante, Roger est omniprésent dans le quartier: soit il est habillé en vert pour aller défiler avec la C.S.C. (syndicat chrétien), soit il est habillé en cantonnier pour défiler dans les cortèges folkloriques, qui ne manquent pas dans le quartier. Roger aime les cortèges et les défilés. Souvent en tête, avec sa canne, il faut le voir marcher de moins en moins en droit, lors des fêtes du 15 août! Quand on le croise au Carrefour (le magasin), dépouillé de ses attributs, on a peine à le reconnaître. On ne doit pas croiser beaucoup de Roger à Neuilly. Ici, dans mon quartier, tout le monde connaît Roger et aime bien Roger!






Mais Roger n'était pas le sujet de ma contribution. Je dois encore vous parler de madame Tchoupette. On la croise dans les magasins, à la banque, à la pharmacie, au carrefour (le vrai, pas le magasin). Quand elle sort, madame Tchoupette, qui doit avoir un âge respectable, a toujours les joues roses et les cheveux blonds ... au prix de quelques artifices utilisés avec abondance. Partout, elle a besoin qu'on vienne à sa rescousse. Elle est souvent un peu perdue. Alors, on vient à sa rescousse. Comme elle appelle tout le monde "M'tchou" (mon chou) - "Merci, hein, m'tchou" - tout le monde, dans le quartier, l'appelle "madame Tchoupette", même les marocains.


mardi 14 décembre 2010

Mes Colibris

Je ne supporte pas la nostalgie, l'adoration béate du passé, mais je puis être fort touché par la redécouverte d'un passé, d'une partie de mon passé.

L'aventure des Colibris, une manécanterie à laquelle j'ai été associé, entre deux âges (17 ans, lors de mon entrée, 35 ans, quand j'ai quitté), a été une des plus belles expériences de ma vie. Je ne parlerai pas ici des tournées, ni des concerts.

Rassemblant les chants de Noël en ma possession, j'ai redécouvert le CD que les Colibris ont édité pour leur 50ème anniversaire, en 1993.

Je suis frappé par plusieurs choses, que je n'ai plus trouvées dans aucun des choeurs que j'ai fréquentés par la suite: d'abord la justesse extrême (on chantait juste avec les Colibris), la précision des attaques, les nuances (du plus doux au plus fort),  toujours à bon escient, la cohésion des voix, le sens de l'interprétation qu'avait Marcel, notre chef.

C'était vraiment du très, très, bon travail, alors qu'il s'agissait d'abord de gamins (de 8 à 14 ans) et de quelques adultes. Une répétition en choeur, tous les vendredis; une répétition par pupitre, en semaine; trois week-ends de travail par an, des concerts ... et quelques récompenses.

Je n'ai plus jamais rencontré dans les choeurs d'adultes amateurs, que j'ai fréquentés par la suite, la même ferveur, ni le même résultat. Les adultes sont sans doute moins malléables que les jeunes enfants. Ou bien l'engagement n'est plus le même.

Le disque de Noël des Colibris est une vraie réussite.

Je suis ému en l'écoutant. Certes, les ténors "ténorisent" un peu. Il n'y avait pas de vrai ténor, dans le groupe: j'avais été désigné pour faire illusion au sein du pupitre. Résultat: on est plus proche de Tino Rossi que de Roberto Alagna, sauf dans les graves.

Le CD Noël et le CD 50ème anniversaire représentent la période d'excellence des Colibris. Je suis heureux d'avoir participé à l'un et à l'autre. Ils sont surtout l'oeuvre d'un homme d'exception: Marcel Warny, qui a été un ami très cher. Musicien et pédagogue (hors profession), totalement donné au merveilleux projet des  Colibris.

De toutes ces aventures, il subsiste aujourd'hui un réseau étonnant, de par le monde, comptant même des personnes connues.

lundi 13 décembre 2010

Un mauvais procès

Que nous dit la presse? Que pensent les citoyens? Que dit le droit?

Le procès KB et KBLux, initié il y a quinze ans, pour une fraude fiscale présumée de 400 millions d'euros ne sera sans doute jamais jugé au fond. Les avocats des banquiers ont réussi à déceler une faille: certaines preuves n'auraient pas été recueillies régulièrement par le juge d'instruction. Disons les choses comme elles sont: des banquiers, en parfaite connivence avec certains de leurs clients, ont proposé des mécanismes frauduleux, au préjudice de l'Etat, et évidemment pas de manière désintéressée. Pour avoir fait cela, ils ne seront jamais jugés, ni condamnés. Ils ne seront pas non plus blanchis: la justice a refusé de se prononcer à leur sujet. C'est déjà cela: ils resteront, par conséquent, pour toujours suspects et objets de méfiance. L'opprobre, par contre, pèse, en cette affaire, sur le juge d'instruction: il aurait notamment exercé certaines pressions sur des témoins. Les banquiers échappent à un jugement. Le juge d'instruction est, quant à lui, désavoué ; il est même possible qu'il ait à subir des sanctions disciplinaires.

Peut-on dire que justice a été rendue, dans ce cas, si l'on met en balance la faute du juge d'instruction et celle des banquiers prévenus, leur faute étant connue, mais pas assez régulièrement établie pour être finalement prise en compte? Qui a commis la plus grande faute?

Oui, diront les juristes. L'exercice du pouvoir judiciaire trouve sa légitimité dans le strict respect des règles de la procédure. Ils ont raison.

Non, dira le citoyen. Tout le monde sait que cette fraude a existé. Certains clients de ces banquiers ont même été condamnés pour cela. Le citoyen a raison aussi.

On a parlé, dans la presse, à propos de cette affaire, d'un "mauvais procès". Il s'agit en effet d'un très mauvais procès, car il laisse à peu près tout le monde insatisfait, après quinze ans de parcours judiciaire, sauf les banquiers. Le droit est en cause. L'habileté des avocats est en cause. L'application du droit peut donc conduire à une vérité judiciaire qui ne donne pas le sentiment que justice a été rendue. Deux fautes ont été mises en balance: celle du juge d'instruction et celle des banquiers présumés complices de fraude fiscale organisée. On a beau invoquer tous les grands principes du droit, il semble bien que, dans ce procès, on ait eu peu de souci de trancher "en vérité". Et il n'est pas sûr que le citoyen soit au courant  et pleinement convaincu par le concept de "vérité judiciaire".

La vérité, qui n'existe pas, sauf comme un idéal, sort-elle grandie d'un procès comme celui-là?

Mais qui a dit que le droit parlait de choses vraies? Et qui a dit qu'une décision de justice doit être perçue comme juste?


« Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. 
Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité » 
(Jean Giraudoux)

Le juge et l'avocat, selon Benoît XVI

Le texte que je vais reproduire est incompréhensible pour le commun des mortels. Il est offert à la méditation des chrétiens dans certaines publications. Oserais-je ajouter qu'il est aussi incompréhensible pour le commun des chrétiens. Un peu plus averti du christianisme que d'autres, je dois bien avouer que je n'y comprends rien non plus.

L'avènement du Seigneur


Le jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. S'il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question de la justice - question décisive pour nous face à l'histoire et face à Dieu lui-même. S'il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu'un motif de peur. L'incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l'un à l'autre - justice et grâce -  que la justice est établie avec fermeté. Nous attendons tous notre salut dans la crainte de Dieu et en tremblant (Ph. 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d'espérer et d'aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre "avocat" (parakletos).

Ce texte est de Benoît XVI, pape et théologien.

Je ne sais pas ce que mes collègues juristes pensent de ceci.

Et la poésie dans tout cela? Ces paraboles de Jésus, par exemple, qui n'avaient d'autre but que de nous rendre meilleurs.

Quand je fais la vaisselle, je chante toujours. Cela fait rire Sam. Je chante des psaumes. J'invente les mélodies, mais aussi les textes ... j'emprunte des petits morceaux de texte, à gauche et à droite,  je les relie, je les associe, et cela fait un nouveau psaume! Cela a même du sens!

Quand je veux entendre des choses qui ont vraiment du sens, je vais à Wavreumont!

vendredi 10 décembre 2010

Un édicule ... qu'est-ce donc que cela?

Dans la mémoire infaillible de mon ami Robert, le mot "édicule" se trouve entre "édicter" et "édifiant".

Je m'attends donc à un sujet de haut niveau. Le premier sens du mot ne me déçoit pas: "Petit temple, chapelle ou dépendance d'un édifice religieux". A Liège, par exemple, la cathédrale dédiée à Saint Lambert comportait une petite église, Notre Dame-aux-Fonts, jointe à la première, où se trouvaient les fonts baptismaux. Il s'agissait d'un édicule. Cette pratique, on parle alors de "baptistère", est très répandue. On peut admirer, en Toscane, nombre de baptistères, qui sont autant d'édicules. L'édicule n'est pas que chrétien. Robert me chuchote que Pierre Loti, en terre musulmane, relevait la présence "d'édicules secondaires, portiques ou mirhabs dont le sanctuaire est entouré". Parfois l'édicule, surtout quand il s'agit d'un baptistère, peut prendre des proportions importantes.




 




A partir de 1900, le mot désigne de plus en plus, et surtout, de petites constructions dans l'espace public, telles que les colonnes Morris, les kioskes à journaux sur les boulevards, les cabines téléphoniques ou les "abribus". Plus fonctionnelles, elle n'ont pas toujours la grandeur de leurs ancëtres, mais parfois ne manquent pas de charme.


  





Parmi les édicules, on range aussi généralement les "vespasiennes", en voie progressive d'extinction. 


La vespasienne est un lieu dont la fonction est de permettre aux mâles de la société d'uriner là où ils passent dans une intimité plus ou moins relative. Malgré leur fonction fort prosaïque, les vespasiennes se parent parfois d'atours esthétiques.








La vespasienne se distingue de l'urinoir par le souci qu'elle a de garantir une certaine intimité.

La ville de Liège ne compte aucune vespasienne, mais bien quelques urinoirs. Le plus célèbre se situe à l'ombre de la cathédrale Saint-Paul. Les urinoirs liégeois ne dégagent certes pas des effluves plus agréables que les vespasiennes parisiennes. Comment dire? Peut-être sont-ils plus conviviaux ...

L'importance de cet endroit stratégique n'a pas échappé à tout le monde! N'a-t-il pas été proposé pour un classement au patrimoine mondial de l'Unesco!




Bon courage quand même!


Juristes incongrus et économistes atterrés

Il y a quelque temps déjà, sur Facebook, j'avais lancé l'idée d'un Cercle des juristes incongrus. Un jeune collègue français s'y était associé et plusieurs de nos amis, disciples ou étudiants s'y étaient ralliés.

D'après mon cher Robert, qui vit avec moi depuis quarante ans, "congru" veut dire "qui convient exactement à une situation donnée". A l'origine, sous l'ancien régime, il s'agissait pour un prêtre de niveau supérieur de répartir entre ses subordonnés ce qu'il avait pu percevoir en fonction des besoins de chacun de ceux-ci. On peut aussi dire "adéquat, convenable ou pertinent", me chuchote Robert, qui sort à l'instant de la douche. Ce n'est pas le moment! "Va plutôt faire la vaisselle", lui ai-je répondu. Si je puis vous donner un conseil, n'épousez pas un Robert! Qu'il soit grand ou petit, il a toujours réponse à tout et il en sait toujours plus que vous; en plus, il gagne toujours au jeu Questions pour un champion, avec l'inusable Julien Lepers.

Imaginant le concept de "juristes incongrus", j'avais bien entendu cherché à réunir des juristes qui puissent faire preuve d'impertinence et ne pas être toujours convenables. La liste de ceux qui ont souscrit à ce groupe en dit long. A vrai dire, ce qui en dit long surtout, c'est la liste de ceux qui n'y ont pas souscrit.

Récemment, des économistes ont signé un manifeste et organisé un colloque, sous le label d'un collectif appelé Les économistes atterrés. Je trouve réjouissant que des économistes aient l'impertinence de dénoncer la pensée unique qui règne, en économie, plus encore qu'ailleurs. Cela est pire que dans l'Eglise catholique, tant les dogmes qui gouvernent l'économie mondiale semblent résister à toute mise en cause. Dans l'Eglise catholique, par contre, ils ne cessent de s'effondrer l'un après l'autre.

http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html

Quel bonheur d'entendre des économistes atterrés s'exprimer! Enfin! Certes, ils doivent encore fournir quelque effort pour être audibles, compréhensibles, crédibles. Mais c'est un pas dans la bonne direction!

Tous des gauchistes dogmatiques affirmeront ceux de l'autre camp: dogme contre dogme!

On a beaucoup pointé le rôle des écoles de commerce dans la propagation du dogme néo-libéral, aujourd'hui fragilisé par les faits. Ces écoles, souvent financées par des capitaux privés, pouvaient-elles tenir un autre discours que celui de leurs pourvoyeurs de fonds? A Liège, HEC, institution privée à l'origine, fait dorénavant partie de l'Université, institution publique, neutre, soumise à la critique scientifique. Ce mariage,  à l'époque où il a été conclu et consommé, me paraissait contre nature. Il semble que tout le monde s'en accommode aujourd'hui. Je ne cesserai de penser qu'un des deux partenaires de cette union a bien dû vendre un peu de son âme dans l'aventure. Lequel des deux?

Des écoles de commerce, toujours promptes à saisir la balle au bond,  vantent aujourd'hui la responsabilité sociale de l'entreprise. L'enjeu n'est-il pas celui-là?

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/12/08/des-ecoles-de-commerce-vantent-la-responsabilite-sociale-de-l-entreprise_1450462_3224.html