Rechercher dans ce blog

jeudi 16 juin 2011

Quel tollé dans ce collège liégeois!

A Liège-ville, trois établissements d'enseignement secondaire, relevant de qu'on appellerait en France l'enseignement privé, en l'occurrence catholique, accueillent de très nombreux élèves, plus ou moins de toutes origines, sur la promesse faite aux parents que leurs enfants y recevront la meilleure formation pour affronter demain des études supérieures ou universitaires. Ces établissements catholiques liégeois ont, pour eux, le mérite d'une certaine tradition. Ils ont été pour deux d'entre eux des collèges jésuites; pour l'un d'eux aujourd'hui, la tradition jésuite s'y est associée à la tradition bénédictine, qui n'est pas moins intéressante.

Des établissements d'enseignement publics ne font pas moins bien que ces collèges et des établissements d'enseignement du réseau catholique, comme du réseau public, assurent aussi la formation des jeunes qui ne feront jamais d'études supérieures.

Un de ces collèges catholiques "pour l'élite" défraye la chronique, depuis quelques jours, en terre liégeoise.

En ce collège, un bal de fin d'année, en tenue de soirée, est organisé, dans le but, explique-t-on en haut lieu, de permettre aux élèves de terminale de rencontrer leur professeurs sur un mode convivial, avant leur grand envol.

L'initiative prend, à ce jour, une tournure inattendue.

Dans un premier temps, les élèves concernés ont joué le jeu d'une rencontre interne à l'établissement. Puis, assez naturellement et légitimement, ils ont émis le voeu de pouvoir venir accompagnés de leur petite amie ou de leur petit ami. Pourquoi devraient-ils fêter leur envol avec leurs professeurs et pas avec celui qui leur est proche affectivement? Le directeur a concédé la chose, à la condition que tout invité extérieur soit accompagné d'un élève du cru.

Cette année, un pas de plus serait franchi. Les élèves qui prétendraient venir accompagnés de leur copain gay ou de leur copine lesbienne ne seraient pas les bienvenus! Le directeur aurait dit que si l'on devait admettre les couples gay, certains professeurs ne viendraient plus à ce bal, et que, dès lors, sa raison d'être, qui est la convivialité entre professeurs et élèves, ne serait plus possible; autant alors supprimer le bal. Voilà qui est puissamment raisonné.


http://www.enseignons.be/actualites/2011/06/15/homosexuels-indesirables-bal-rhetos/
http://arcenciel-wallonie.be/web/acw/infos/235-actu-la-presence-de-couples-homos-menacerait-le-bal-des-rhetos-dun-college-liegeois.html
http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-college-saint-louis-a-liege-est-il-homophobe?id=6274113#.TfmeyOayYgM;facebook

Si tout cela devait être vrai, il y aurait en effet un réel problème de convivialité et lieu de s'interroger peut-être sur l'événement en tant que tel.

Je tiens à préciser que je ne suis pas un ancien de l'établissement scolaire en question.

mardi 14 juin 2011

Les doubles noms et les noms à rallonge

Ceci n'est pas une spécialité française, quoique. En Espagne, au Portugal, le patronyme est bien souvent une espèce d'arbre généalogique. On ne trouve guère de Jacques Dupond ou de Gisèle Durand en ces contrées. On y rencontre des Jose Manuel Oliveira da Silva de Barroso, etc., ce qui est quand même plus chic.

Il ne s'agit pourtant point d'aristocrates ayant additionné particules sur particules. Simplement, le nom doit donner une indication sur la lignée à laquelle on appartient. Il en est de même dans le monde moyen-oriental (sera-t-il un jour permis d'écrire: judéo-musulman?). On y est toujours le "ben" (ou le "bin") de quelqu'un, c'est-à-dire "le fils de".  Comme dans "Ben Laden", qui veut dire à peu près la même chose que  "da Silva de Afaroubeira" ...

Il existe cependant une spécialité française faite de patronymes doubles. Une de mes collègues (pendant fort peu de temps) qui fut surtout mon professeur (pendant un peu plus de temps) signait ses articles:" Irma Moreau-Margrève". Née Margrève, elle était devenue Moreau, par mariage et n'entendait pas que le mariage pût effacer quoi que ce soit de ses origines, tout en se soumettant à celui-ci, d'autant que ses premières publications avaient été rédigées sous le nom d'Irma Margrève. Elle avait été précédée par une grande figure de la faculté, professeur(e) de droit civil, plus audacieuse, qui elle signait "Simone David-Constant" (elle s'appelait David, le baron Constant fut ainsi relégué au second rang, bien qu'il fût nanti, professeur, et son mari).  Deux manières de s'affirmer. On voit bien que, dans le parcours de ces doctes enseignantes, leur mari ne tient pas exactement la même place (je veux dire, la première ou la deuxième). Comment faut-il décortiquer le nom de madame Delmas-Marty, membre de l'Institut et de tas d'autres institutions en France, toute voisine? Elle s'appelle ainsi, mais on ne sait pas pourquoi elle s'appelle Delmas ET Marty.

Quoique féministe, Elisabeth Bleustein-Blanchet, ça commence bien, a choisi d'écrire sous le nom de son mari: Elisabeth Badinter, un atout dans le milieu des media et de la pensée. Badinter est plus simple en effet que Bleustein-Blanchet.

Quand ma mère signe un document, elle ne signe pas M.J. Hermans, elle signe M.J. Parent, du nom de mon père. N'est-ce pas un peu désuet?

Bref, il y a lieu de distinguer les femmes qui ont un nom et cherchent à s'en faire un autre avec celui de leur mari et celles qui se contentent du leur.

Cela n'explique pas tout. Nombre de personnalités françaises masculines se présentent sous un double patronyme. Les exemples sont foison: je pense à messieurs Chaban-Delmas, Poirot-Delpech, Robbe-Grillet, on pourrait en trouver d'autres encore ... Je doute cependant que monsieur Chaban, fût époux Delmas, et ait jugé bon d'adjoindre à son patronyme celui de son épouse.

D'où proviennent dès lors ces doubles patronymes? Une hypothèse: il s'agit peut-être de naissances illégitimes ... ou de surnoms dans la Résistance, comme me l'a rappelé un ami, à propos du sieur Delmas, dit Chaban chez les résistants. Chaban n'est alors toutefois pas son nom, mais un surnom, un nom d'emprunt ou un nom de scène. Annie Cordy n'a jamais demandé à ce qu'on l'appelle madame Cooremans-Cordy ou Cordy-Cooremans, elle sait faire la part des choses.

Finalement, je préfère les noms brefs: Py (comme Olivier Py), mais pas Tron (comme Georges Tron, que ma mère trouve très bel homme cependant ... ma mère et moi n'avons décidément pas les mêmes goûts).

lundi 13 juin 2011

Dans un état critique

Un ouvrage intitulé "Dans un état critique" réunit surtout des critiques, mais aussi des billets d'humeur, écrits par Angelo Rinaldi pour le Nouvel Observateur entre 1998 et 2003 (éditions La découverte, coll. Les empêcheurs de penser en rond, 2010).




La plume acerbe de ce journaliste-critique-chroniqueur, devenu académicien, en a fait trembler plus d'un dans le microcosme parisien.

Il est vrai qu'il peut avoir la plume assassine, notamment à l'égard de Christine Ockrent et de sa biographie de Françoise Giroud (p. 401): "Le livre est rédigé sans soin, et avec un copieux usage des guillemets, puisque composé, pour l'essentiel,  de propos prêtés à des témoins, dans le désordre d'une rafle. Aucune rigueur, sinon dans le parti pris de dénigrement, qui se lit en filigrane. Rien de la distance que le genre impose. Il en résulte un portrait qui est comme craché, où se dénaturent les traits de la Françoise que nous avons connue et aimée. Que Mme Ockrent, pour corser le goût du potage, en arrive à utiliser des articles de Jean-Hedern Hallier donne une idée du sérieux de son entreprise". J'imaginais, dans la foulée, un étudiant, un doctorant, un professeur même, recevoir une telle appréciation. Il n'est pas sûr que tous puissent s'en relever. On ne manquera pas de noter l'absence totale, mais assumée, d'objectivité du critique. L'auteur voue une grande admiration à Françoise Giroud, il l'exprime très bien, et même de manière fort émouvante, dans d'autres pages (voy. par exemple, p. 373, L'hiver, Boulevard La-Tour-Maubourg).

Comme je n'éprouve aucun plaisir à voir assassiner quelqu'un, fût-ce avec raison et brio, je me suis attardé à d'autres aspects.

J'ai ri de temps en temps, mais pas souvent. Je me suis réjoui devant quelques aphorismes, mais souvent il s'agissait de citations insérées dans le texte. J'ai eu le sentiment d'être un désert de savoir face à tant de culture, de lectures, de références. Je me suis rassuré en me disant que je connaissais quand même à peu près 60 % des noms que l'auteur citait et même que j'avais lu quelques ouvrages qu'il mentionnait. Je me suis surtout réjoui d'avoir aussi lu des livres qui ont échappé à sa critique.

Je glane ici quelques exemples.

"A la télévision, M. Giscard d'Estaing astique son intelligence, laquelle exige autant de soin que l'argenterie" ... Faut-il rire à cette saillie (p. 261)? A ce bon mot? A ce prix-là, il faudrait rire à toutes les vannes de Laurent Ruquier, qui n'est pas académicien.

Parodie de Swift: "Pour réduire le problème du logement chez les chômeurs, il n'y a qu'à les rendre culs-de-jatte" (p. 29). Certains doivent aimer cet humour ... à la Desproges.

A propos de Bouvard et Pécuchet: "L'un trop Laurel, et l'autre pas assez hardi" ( p. 47). Pas mal trouvé, mais d'autres en auraient pu être l'auteur.

Bref, dans ce registre, le critique académicien ne fait guère mieux que d'autres sans doute moins cultivés que lui.

Je le préfère quand il dit des choses comme celles-ci:

" ... le sarcasme est chez lui un déguisement de la pitié, une parade contre le découragement et la bêtise" (p. 277), ce qui, à la réflexion, ne veut pas dire grand chose, mais est bien troussé.

A propos des écrits de monsieur Millaut (du guide Gault et Millaut): "un plat de souvenirs à sa façon cuit au doux feu de la nostalgie" (p. 52). Voilà qui est joli.

A propos du plaisir, "En matière de plaisir, on sait toujours ce qu'il y a à faire, surtout quand on ne l'a jamais fait" (p. 349).

Ou encore, "l'important, dans un livre, n'est pas toujours ce que l'auteur croit y avoir développé. L'important est dans l'impression qui perdure, la lecture terminée" (p. 89). On voit ici que l'auteur se préoccupe sincèrement du devenir des auteurs et de leurs oeuvres. Il se peut cependant qu'aucune impression ne perdure, une fois la lecture d'un ouvrage terminée. Finalement, qu'ai-je retenu du recueil des propos de monsieur Rinaldi? Pas grand chose à vrai dire. Quelques étincelles brillantes m'ont brièvement illusionné, mais je dois bien l'avouer: que reste-t-il de ces feux brillants après?

Et enfin, à propos d'Alain Robbe-Grillet, "il fournissait à l'université ce dont elle sera à jamais friande, la théorie. Celle-ci permettait à n'importe qui de se persuader qu'en application d'un mode d'emploi, on devient un artiste" (p. 96) et, plus loin, "reste que, depuis le début, il était évident que sa littérature ne s'annonçait pas très résistante" (p. 97). Pour faire un parallèle, je n'ai jamais douté qu'à partir du moment où l'université se fixe pour objectif l'apprentissage de modes d'emploi, moins elle est résistante.

J'aime l'indignation de l'auteur, datée du 24 janvier 2002, déplorant que les plus hautes autorités de l'Etat français aient été absentes des funérailles de Léopold Sedar Sanghor (p. 307)  et son émouvant hommage à Françoise Giroud (p. 373).


Parmi les auteurs recensés par monsieur Rinaldi, il en est deux que j'ai appris à connaître et que j'ai tout de suite aimés, même s'ils figurent parmi les méconnus: William Cliff (p. 367) et Christian Giudicelli (p. 323).

J'ai découvert William Cliff, dans une chambre de bonnes à Paris, la chambre de bonnes qu'occupait l'ex-ami de mon ex-ami et que nous occupions tous les deux pour quelques jours, avant que nous ne devenions "ex" (vous suivez?) ... Il s'agissait de poèmes et le poète était belge et sa poésie me touchait. Je me suis beaucoup reconnu en lui ensuite dans un roman qu'il a écrit: L'adolescent, dont j'ai, je crois, déjà parlé dans ce blog.

De Christian Giudicelli, j'ai beaucoup aimé Karamel, une pièce à deux voix réunissant un écrivain entre deux âges et un jeune maghrébin. Un texte où la violence et la tendresse se disputent. Un texte que j'aurais aimé jouer sur une scène.

D'autres que moi seraient sans doute ravis d'être présentés à monsieur Rinaldi, car il est possible qu'il représente pour eux un modèle de pensée et d'écriture. Je dois bien avouer que tel n'est pas mon cas.






Je me sens tellement plus proche de William Cliff.



Mais "allez savoir pourquoi", comme chantaient les Compagnons de la chanson: "une chanson, c'est peu de chose ...".

Lire la Bible en hébreu

Comme beaucoup d'autres de ma génération, j'ai découvert l' Histoire Sainte, à l'école et/ou au catéchisme.

Nos enseignants nous racontaient, sur le mode de l'anecdote, tous les grands épisodes de l'histoire du salut: Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé et son arche, Moïse, David et Goliath (mais pas David et Jonathan, ni David et la reine de Saba), le buisson ardent, Jonas dans le ventre de la baleine, Tobit dont les yeux avaient été recouverts d'écailles à cause de fientes d'oiseaux et qui sera guéri par le fiel d'un poisson, Samson qui perdait toute sa force si on lui coupait les cheveux, etc. (mais pas le Cantique des cantiques, un des plus beaux livres de la Bible, parce qu'il chante l'amour humain).

Avec Jésus, on ne dépassait pas davantage le niveau de l'anecdote: il marchait sur l'eau, il guérissait, il multipliait les pains, il changeait l'eau en vin, il vivait les pires souffrances, il était torturé, il était crucifié et puis, disait-on, il ressuscitait et il apparaissait à ses disciples avant de disparaître au ciel dans une nuée et d'envoyer des petites flammes sur la tête de ses disciples, pendant qu'une colombe planait sur l'assemblée.

A mon époque, d'avant internet et d'avant même les photocopies, nous disposions de manuels avec des dessins plus ou moins réalistes destinés à frapper les esprits.

On nous racontait des histoires plus ou moins merveilleuses et j'aimais ça. Mais on ne nous en expliquait jamais le sens profond. On pourrait croire qu'il en était ainsi parce que nous étions des enfants, cela n'est pas le cas. Il en était de même pour les adultes. Je ne parle pas d'un temps si lointain ... j'avais 10 ans dans les années soixante!








L'histoire du salut était mieux racontée au Moyen-Age que dans mon enfance. Au moins, elle pouvait compter sur de vrais artistes (bâtisseurs, sculpteurs, verriers ...) et ne cherchait en rien à sublimer quoi que ce soit. Allez contempler les chapiteaux de la basilique de Vézelay ou les vitraux de la cathédrale de Chartres, vous y lirez,  mais il faut le temps, tout ce qu'il faut connaître de la vie.

Il a fallu que j'arrive au collège/lycée, chez les pères jésuites, pour en apprendre un peu plus, mais juste un peu plus. J'ai appris l'existence de "synoptiques" et d'"apocryphes" (ça tombait bien, j'étais en section latin-grec). Quant au sens profond de tout cela? Les équipes de vie chrétienne n'avaient pas pour objet de nous initier à une lecture intelligente et ouverte de la Bible. Il en fut de même quand, mariés, nous adhérâmes au mouvement des Equipes Notre-Dame (un mouvement pour couples chrétiens). On s'y perdait dans des partages de vie qui, loin de nous faire avancer, nous faisaient patauger, mais avec le sentiment qu'on était chrétiens.

Pendant, toutes ces années, je piaffais d'impatience pour en savoir plus et tout me ramenait dans le rang.

Une ouverture s'est proposée quand, à l'initiative d'une soeur bénédictine de l'abbaye de La Paix-Notre Dame, à Liège, avec A., nous avons animés, à Wavreumont, des week-ends pour enfants et adolescents sur des thèmes bibliques, généralement de l'ancien testament, pendant que leurs parents étudiaient au monastère le même thème. Pour donner du sens aux textes, il fallait bien passer par les symboles que nous tentions d'adapter à chaque âge.

Cela fut pour moi déterminant, malgré toutes mes lectures et le peu de temps que j'avais alors à consacrer à l'étude des textes bibliques.

Je découvre aujourd'hui d'autres perspectives encore.

Depuis que je lis les textes bibliques, il a toujours été question de traductions, plus ou moins fidèles, plus ou moins consensuelles. Bref, je n'ai jamais lu la Bible "dans le texte" et je le regrette. Je comprends mieux aujourd'hui la remarque qui m'a été faite si souvent par des amis musulmans à propos du Coran. Jamais, me disaient-ils, je ne pourrai atteindre le coeur du Coran en en lisant des traductions.

L'hébreu, la langue de l'ancien testament, est une langue sans correspondance avec nos langues modernes, comme l'est aussi l'arabe classique du Coran.  Il faut accepter cette chose étrange que le mot écrit peut dire plusieurs choses. Pas, comme chez les juristes, où l'on aime jouer sur les mots ou avec les mots. Simplement, parce que le mot écrit, en l'absence de voyelles, peut être trituré à l'infini. Les rabbins excellent en ce domaine. Souvent, on commence par lui donner un sens en fonction du contexte. Mais très vite, on découvre, en le lisant autrement, qu'il peut vouloir bien d'autres choses encore et ouvre alors des perspectives insoupçonnées.

C'est une toute autre culture que la nôtre. Chez nous, nous avons le  souci du terme juste. Avant de parler,  il faut tourner sept fois la langue dans la bouche afin de choisir les mots, exempts d'ambiguïté, qui nous assureront d'être bien compris.

Je vais illustrer mon propos par un exemple qu'expliquait Frère Etienne aux fidèles, dimanche dernier, à Wavreumont. Son homélie, qui ne sera pas publiée dans l'immédiat, passait en revue quelques passages de la Bible où l'on parle de l'esprit (l'Esprit), Pentecôte oblige.

J'en retiens un. "Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide et la ténèbre à la surface de l'abîme; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux" (Gn, 1, 1-2). Le "souffle" dit la traduction oecuménique de la Bible (TOB); l'"esprit" de Dieu préfèrent d'autres traductions.

Ces traductions sont toujours maladroites et imparfaites, nous expliquait Etienne. Elles ne rendent pas compte de tout ce que le mot hébreu peut signifier. D'abord, le mot hébreu, qui a été traduit par souffle ou esprit, est une racine qui évoque le féminin. Et plutôt que d'imaginer une immense colombe qui plane au dessus des flots, il serait plus exact de parler d'une oiselle qui couve ses oeufs et les protège de ses ailes.  En d'autres termes, les deux premiers versets de la Bible nous parlent du masculin et du féminin ... de Dieu. Il n'y aurait pas eu de création si Dieu n'avait été à part égale masculin et féminin.

On peut aller plus loin, mais là c'est moi qui le dis: en tout être, en toute chose, en tout débat, il y a du masculin et du féminin, toujours. L'équilibre n'est pas toujours atteint et l'on trouve parfois plus de présence féminine chez certains hommes que chez certaines femmes (et vice-versa bien entendu).

vendredi 10 juin 2011

L'injuste bêtise

On n'imagine pas à quel point la bêtise nous gouverne quotidiennement et injustement.

En voici trois exemples, tirés de mon expérience.

Ce matin, je me suis présenté à l'auto-sécurité. J'étais aussi stressé qu'un étudiant devant passer un examen. Mon garagiste avait fait un check-up général. J'étais paré. Tout était en ordre.Tout, sauf une chose. Une des deux ceintures de sécurité sur le siège arrière ne faisait pas clic, mais plop. Je n'aurais pas pu m'en apercevoir puisque je ne véhicule jamais de passager à l'arrière. Je suis recalé, a décrété l'examinateur. Je dois représenter le véhicule avant le 25 juin. Une faute aussi vénielle ne me paraît pas mériter une sanction aussi lourde. Voilà ce qu'il arrive quand on confie à des privés le soin de sanctionner les citoyens. Ils font du chiffre, puisque leur but est de se faire du pognon et accessoirement d'assurer la sécurité. Bref, je râle. Et qu'on ne vienne pas me dire que je râle sans raison.

Il y a quelque jours, c'était un dimanche ensoleillé, je devais franchir la rue de la Régence de la rive gauche à la rive droite, dirons-nous. J'empruntai un passage pour piétons. Le feu était rouge, mais il n'y avait aucun véhicule à l'horizon. Je n'avais pas vu qu'il y avait deux pandores en patrouille, dont une femme, une grosse blonde, qui doit compenser son manque de charme en jouant au gendarme. "Eh, vous là, vous ne savez pas attendre!". "Euh oui, moi, chère madame l'agente, excusez-moi, j'ai commis une faute, je n'aurais pas dû, pardonnez-moi". J'avais pourtant tellement envie de lui dire autre chose que je n'oserais exprimer ici et surtout d'exiger qu'elle me parle sur un autre ton. Si j'en avais eu le temps, et si j'avais été persuadé que son cerveau fût capable de l'entendre, je lui aurais développé la théorie suivante. Les feux qui gouvernent la circulation des piétons sur la voie publique n'ont pas pour fonction de les faire attendre, mais d'assurer une priorité entre les usagers. Quand deux usagers sont en présence, celui qui a le feu rouge doit céder la place à celui qui a le feu vert. Quand il n'y a qu'un seul usager, le feu ne sert plus à rien, puisqu'il n'y a pas de priorité à assurer. Comment faire comprendre cela à cette grosse blonde déguisée en policier? Pour elle, le feu rouge c'est fait pour faire attendre les piétons. Il va sans dire qu'avec une telle représentante ma méfiance vis-à-vis des forces de l'ordre s'est trouvée décuplée et ... que je ne me sens pas du tout en sécurité. Il devait sans doute y avoir des quotas imposés pour les recrutements à la police, autant de femmes et autant de blondes, comme dans les conseils d'administration désormais. Ca promet!

Mais la bêtise injuste peut tout aussi bien être masculine, rassurez-vous. J'ai connu l'épreuve du service militaire, à un âge (25 ans), où les ordres d'un caporal ou d'un sergent de 20 ans me paraissaient pouvoir être soumis à la critique. Les gamins de 17-18 ans, qui partageaient ma chambrée étant plus soumis que moi, ils se contentaient de protester par des batailles de pelochons. Bref, j'étais pour la seule fois dans ma vie, la forte tête dans un milieu où cela n'est pas bien vu. Avant d'obéir, j'aimais savoir pourquoi et posais donc des questions. Prenons un exemple de bêtise injuste. Une fois réveillés par le clairon, nous avions 15 minutes pour faire notre toilette, faire notre lit au carré et nettoyer la chambrée, horresco referens. Ceci était, par définition impossible, puisque tout était organisé pour que cela soit impossible. Il y avait moins d'éviers que de candidats à la toilette, moins de brosses pour balayer que de chambrées, etc. Après venait l'inspection par le premier sergent, dont le rôle était d'humilier, d'abaisser, de défaire les lits et de vider les armoires mal rangées. Il se murmurait qu'il était homo, ce qui ne m'étonnait pas du tout, mais jamais l'idée ne m'est venue de tenter ma chance auprès de lui. Ce n'est vraiment pas mon trip de me faire humilier.  Avec le sergent, responsable du peloton, nous étions arrivés à un gentlemen's agreement. Il me faisait faire l'appel le matin parce que je savais lire les noms flamands, et puis il me foutait la paix; il me taquinait juste un peu sur mon ceinturon en disant qu'un ceinturon n'est pas une "ventrière". Comment ça, ventrière? Pfffttt

Dans ces circonstances où la bêtise prend le pas, jusqu'à se montrer injuste, j'ai toujours été un petit révolté qui ose à peine clamer sa révolte. Heureusement, il y a maintenant le blog!

Les examens oraux

Depuis que j'apprivoise ma vie de "non-professeur", la chose qui me manque le plus est la période des examens oraux. Une fois encore, je vais me distinguer de mes collègues, surtout les plus jeunes.

Beaucoup (pas tous heureusement) considèrent, en effet, comme une corvée de consacrer une part importante de leur temps à rencontrer individuellement chacun de leurs étudiants pour un échange intellectuel qui ne sera pas qu'une vérification de connaissances, mais un petit défi. Je consacrais, chaque année, 6 semaines par an à interroger oralement mes étudiants. Je prenais le temps: 30 à 40 minutes chacun, mais j'étais à un stade du cursus où ils étaient moins nombreux, la sélection ayant joué. Je considérais, d'une part, que j'étais payé pour cela, et, d'autre part, j'estimais que c'était de ma part une forme de respect pour l'étudiant que de lui consacrer ainsi de mon temps. Ne m'avait-il pas consacré beaucoup du sien? Je prenais le temps aussi, à la fin de l'épreuve, de faire le bilan avec l'étudiant, de l'amener à s'auto-évaluer, à souligner ce qui était bien et ce qui aurait pu être mieux, à chercher avec lui ce qui avait été cause de difficulté. A l'issue de l'examen, je révélais toujours ma note à l'étudiant. Et jamais mes notes n'ont été contestées, car elles étaient expliquées.

Depuis que l'activité des professeurs d'université comporte de plus en plus un pôle extérieur (comme experts, intervenants, conseil, avocat, magistrat, participants à des débats, auteur etc.), l'examen oral n'a plus la cote. Ces nouveaux professeurs, qui ont tellement de choses à faire, n'ont plus assez de temps pour consacrer, comme je le faisais, 6 semaines par an à recevoir, écouter et entendre des étudiants. Ils préfèrent les examens écrits qu'ils pourront corriger à leur guise ou faire corriger par leurs collaborateurs (bien entendu, selon des grilles de correction soigneusement établies).

Les pédagogues en chambre, que l'on rencontre dans les universités, ont par ailleurs dénoncé l'aspect subjectif de l'examen oral où le professeur peut être influencé par des éléments, appelons-les personnels. L'examen se doit d'être objectif (ce qui ne correspond évidemment pas à la vie réelle qui est tout sauf objective). Le QCM a ainsi été instauré, à tout le moins dans les premières années d'apprentissage, comme la solution miracle. Une évaluation objective, anonyme, gérée par ordinateur. Que rêver de mieux? Sauf qu'élaborer les questions d'un QCM est une épreuve redoutable. J'ai été appelé, comme expert, à propos d'un QCM organisé par l'Etat fédéral pour la promotion interne de fonctionnaires: sur 50 questions, 38 étaient ambigües ou mal formulées. Ce test avait pourtant reçu l'aval d'un service en pédagogie très actif en ce domaine de ma propre université. L'examen a fini par être annulé.

L'examen écrit est devenu depuis de plus en plus la règle. On peut admettre que, dans l'exercice des carrières juridiques, l'écrit est plus présent que l'oral. C'est un faux débat. Et je ne crois pas qu'il suffise d'amener les étudiants à s'exprimer devant leurs pairs ou lors de concours de plaidoiries pour ré-équilibrer la question.

L'examen oral "en tête à tête" a de nombreuses vertus, si le professeur accepte de prendre le temps, de jouer pleinement le jeu du dialogue, d'être parfois l'avocat du diable, mais aussi le pédagogue mettant en confiance. Un entretien socratique en quelque sorte.

Une des vertus de l'examen oral "en tête à tête" est aussi, pour le professeur, d'avoir un retour privilégié sur son enseignement, bien plus fin que celui découlant des évaluations pédagogiques par les étudiants, sous forme de questionnaires à choix multiples ... toujours suggérées par le même service de pédagogie de mon université.

L'examen oral est-il subjectif? J'entends déjà les questions insidieuses ... Oui, des étudiantes ont essayé de m'attendrir par leurs larmes, leur fatigue, leurs problèmes familiaux, leur large décolleté, j'ai toujours été ouvert, attentif, mais je n'ai jamais cédé. Des étudiants, il y en a eu aussi, ont joué la séduction; ils devaient croire que je serais plus réceptif, cela ne fut jamais le cas.

Je ne m'énervais jamais, sauf dans un cas: lorsque l'étudiant(e), après 3 questions suivies de réponses lamentables, me disait: "mon avenir dépend de vous, vous ne voulez pas me poser une quatrième question?". Je n'ai jamais accepté ce genre de chantage.

Ces "tête-à-tête" me manquent beaucoup.

mercredi 8 juin 2011

Maman, c'est qui le papa de Dieu?

Je ne sais pas quel âge a Nicolas, il est encore un enfant, mais voilà la question qu'il a récemment posée: "Maman, c'est qui le papa de Dieu". Sa mère s'est trouvée fort dépourvue pour lui répondre, un peu comme le fut au coeur de l'hiver la cigale de la fable narrée par Jean de Lafontaine.

Sa mère étant une amie, ancienne étudiante et collègue de chant, j'ai cru devoir lui répondre le plus simplement possible.

Que son gamin se pose ce genre de question est tout d'abord fort réjouissant. Tout jeune, il met le doigt sur l'essentiel. Ne pose-t-il pas la question que tous les philosophes se sont posée? De l'oeuf et de la poule, qui a été le premier? Ce qui me surprend un peu c'est que le petit Nicolas se demande qui peut être le papa de Dieu, mais qu'il n'évoque pas la maman de Dieu.

Que répondre à un enfant lorsqu'il pose une telle question?

Je ne connais pas Nicolas et mes propositions seront vraisemblablement maladroites.

Moi, je lui expliquerais d'abord que c'est Dieu qui a inventé les papas et les mamans. Et qu'un inventeur peut faire beaucoup de choses. Il peut même créer quelque chose de nouveau qui n'existait pas avant. Je lui en donnerais des exemples: l'invention de l'écriture, l'invention de l'aéroplane, par exemple.

Je lui expliquerais aussi que Dieu, l'inventeur, on ne le connaît pas encore très bien et je soumettrais Nicolas à une double expérience: celle du microscope et celle de la lunette astronomique. Un jeune enfant peut aisément comprendre, me semble-t-il, que le monde ne se limite pas à ce qu'il voit. Il est possible de voir plus loin pour découvrir des choses nouvelles auxquelles on ne pensait pas. Et si on dispose d'un microscope ou d'une lunette astronomique, plus performants, on découvrira d'autres choses encore que l'on n'imaginait même pas. Et, à chaque fois, on peut recommencer. Avec Dieu, c'est un peu comme ça.