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mardi 11 octobre 2011

La parabole des invités

Voici un texte de l'évangile qui m'a toujours paru étrange et difficile à interpréter.

Mt, 22, 1-14

Il en va du royaume des cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités. Mais eux ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs chargés de dire aux invités : "Voici, j'ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses sont égorgés, tout est prêt, venez aux noces". Mais eux, sans en tenir compte, s'en allèrent l'un à son champ, l'autre à son commerce ; les autres saisissant les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère : il envoya ses troupes, fit périr ces assassins et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs: "La noce est prête, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux places d'où partent les chemins et convoquez à la noce tous ceux que vous trouverez. Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins et rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, mauvais et bons. E la salle de noces fut remplie de convives. Entré pour regarder les convives, le roi aperçut un homme qui ne portait pas de vêtement de noce. "Mon ami, lui dit-il, comment es-yu entré ici sans avoir de vêtement de noce ?" Celui-ci resta muet. Alors le roi dit aux serviteurs :"Jetez-le, pieds et poings liés dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents. Certes la multitude est appelée, mais peu sont élus."


Le royaume des cieux est souvent comparé par Jésus à un festin. Il en est ainsi, par exemple, à la fin de la parabole du fils prodigue (Lc, 14, 11-32). Il doit en être de même ici.

Le roi ne peut être que celui que nous prions en disant : "Notre père".

Il se heurte ici, comment dire, à des hommes de "mauvaise volonté", qui lui opposent un refus.
On ne sait pas ce qu'ils pensent du roi, le texte nous révèle seulement qu'ils invoquent des prétextes pour ne pas se rendre à l'invitation (leurs champs, leurs commerces ...), alors que tout est prêt ; il doit y avoir une autre raison, sinon ils n'auraient pas besoin de prétextes. Ils ont peut-être perdu le sens des priorités, des convenances ; ou laissons la porte ouverte : ils ne se reconnaissent peut-être plus dans le modèle que le roi leur propose ?

Je suis frappé par cette attitude de "mauvaise volonté" et par les nombreux prétextes que l'on peut inventer pour la justifier. N'en va-t-il pas ainsi aussi du fils aîné, dans la parabole du fils prodigue, qui s'exclut lui-même du banquet offert pour son frère, parce qu'il se sent injustement traité : comment le père peut-il offrir un banquet pour ce frère irresponsable et déviant, alors que lui est toujours resté dans la droite ligne ?

Cette mauvaise volonté renvoie aussi à la parabole des deux fils (Mt, 21, 28-32) : invités à aller travailler à la vigne, l'un va dire : "non, je ne veux pas", mais ira quand même, tandis que son frère répond : "oui, j"y vais", mais n'y va finalement pas ... dans l'un et l'autre cas, pour des tas de prétextes, j'imagine.

L'attitude du roi, dans le récit, est paradoxale et me met mal à l'aise.

Dans un premier temps, le roi n'invite que des personnes choisies (comme cela est toujours le cas lors d'un mariage, reconnaissons-le). Quand ces invités ne répondent pas, il envoie une nouvelle fois ses serviteurs pour réitérer l'invitation. Après l'appel, il bat le rappel. Il doit se sentir un peu mal en constatant que personne ne répond.

Le récit évoque alors trois réactions du roi, qui me troublent et et ne correspondent pas exactement à l'image de Dieu que je me suis faite au fil du temps :
- le roi pique d'abord une colère. Le très mauvais accueil offert à ses serviteurs l'amène à répondre "Oeil pour oeil, dent pour dent". Quant aux serviteurs du roi, le texte nous parle de maltraitances et de tueries. Quant à la réponse du roi, le texte nous dit qu'il fit périr les assassins et incendia leur ville ;
- ensuite, le roi demande à ses serviteurs d'aller inviter tous ceux qu'ils rencontreront au bord du chemin et aux carrefours, sans discrimination, sans exclusive, bons et mauvais, riches et pauvres, étrangers et locaux ... Ceci ressemble à une bonne nouvelle, mais on ne sait pas exactement pourquoi le roi réagit comme cela. Par dépit, peut-être ? Pour réparer ce qu'il a fait juste avant ? S'interroger sur les motifs d'action de Dieu, n'est-ce pas l'humaniser un peu trop ?
-  enfin, quand un des péquenauds ramassés au bord du trottoir se trouve au repas, sans vêtement de noces, il se fait exclure comme un mal-propre. Peut-être n'a-t-il pas eu le temps, ou les moyens, de revêtir un habit de circonstance ? Je connais l'interprétation la plus répandue : cela voudrait dire qu'il n'a pas revêtu le Christ pour devenir un homme nouveau (Col., 3, 10). Si cette interprétation est juste, elle me fait un peu peur. Car cela veut dire qu'il y a une condition à respecter pour participer au banquet : avoir revêtu le Christ. Il risque donc en effet d'y avoir fort peu d'élus. On peut risquer une autre interprétation, que suggère Frère Hubert à Wavreumont : cet invité, qui est venu sans manteau de noces, ne peut-il pas être vu à l'égal du fils aîné dans la parabole du fils prodigue. Il est invité, il a sa place à la table des noces, mais il refuse la connivence, la communion, il est là, mais il ne partage pas l'esprit de la fête. Il s'auto-exclut, en quelque sorte, peu importe la raison.






lundi 10 octobre 2011

Menu végétarien (semaine 4)



Lundi


- Crème de brocolis
- Ratatouille provençale et riz de Camargue
- Fromage blanc aux herbes
- Poires cuites à la cannelle
- Pain complet


Mardi


- Salade grecque (tomates, concombre, olives, oignons, fêta, huile d'olive)
- Gratin de pâtes et courgettes
- Petit suisse
- Pudding au chocolat
- Pain complet


Mercredi


- Potage au cresson et ses croûtons
- Omelette et jeunes légumes cuits à la vapeur (jeunes carottes, petits pois, jeune chou-fleur, brocoli)
- Toast au fromage de chèvre
- Tarte aux pommes
- Pain complet


Jeudi


- Potage Crecy
- Tourte aux girolles et à la truffe
- Brie de Meaux
- Flan caramel
- Pan complet


Vendredi


- Oeuf mimosa
- Chou rouge aux pommes, pommes vapeur
- Feuilleté à la fêta et aux épinards
- Mousse au chocolat
- Pain complet


Samedi


- Potage aux poivrons et boursin aux fines herbes
- Potée à la scarole et aux pommes de terre
- Fromage de Maredsous
- Fruits de saison
- Pain complet


 Dimanche


- Apero : dés de Comté, tomates confites, céleri à croquer
- Poireaux à la flamande (beurre fondu, persil, oeuf dur écrasé)
- Pizza (tomates, artichauts, champignons, oignons, mozzarella)
- Curé nantais
- Gâteau au chocolat avec sa crème anglaise
- Pain complet
- Pousse-café : calvados.

samedi 8 octobre 2011

L'argent ruisselle-t-il ?

Une théorie économique, développée aux Etats-Unis,  prétend que l'enrichissement des riches ne doit pas être dénoncé car les pauvres eux-mêmes en profitent. Selon cette théorie, l'argent "ruisselle" (traduction approximative en français de l'expression "trickle-down"). Autrement dit, chaque fois qu'un riche s'enrichit encore un peu plus, les pauvres en profitent aussi un peu plus. On dit : "un riche" et "des pauvres", car il y a évidemment plus de pauvres que de riches. Le meilleur des mondes en somme.

Cette théorie doit avoir été inventée par des économistes à la solde des riches car les pauvres se demandent en quoi cette subtile théorie est crédible. Les économistes aiment la théorie et, comme leur science est encore moins exacte que celle des sociologues, leurs théories peuvent dire tout et son contraire selon le vent qui les soutient. Ils alignent des chiffres et des perspectives souvent vides de sens, sauf pour ceux qui les commanditent.

" Un économiste est un expert qui saura demain 
pourquoi ce qu'il avait prédit hier ne s'est pas produit aujourd'hui " (Laurence PETER).

Ainsi donc, l'argent ruisselle, l'argent des riches sur les plus pauvres. Disent-ils.

Ne faut-il pas des riches pour créer des emplois ? Qui peut croire sincèrement cela ? Le but d'un riche n'est pas de créer des emplois, il est avant tout de devenir plus riche. Le riche ne crée des emplois que pour devenir plus riche, et quand ce n'est plus le cas, il n'a rien à faire de ceux qui ont travaillé pour lui, puisque son but n'était pas de créer des emplois, mais d'être encore plus riche. Et dire, quel scandale, qu'il doit composer avec des syndicats et des gouvernements qui lui imposent des plans sociaux ! Rien que des empêcheurs à être riche, ceux-là, dit le riche !

Je constate que des citoyens, avec relativement peu de moyens au départ, car eux ne sont pas riches, et ont besoin d'un crédit près des banques, créent des petites entreprises, qui leur permettent de vivre et où ils engagent du personnel ; ils sont dans le fond le vrai tissu économique de nos régions. Pourquoi parle-t-on tant des premiers et pas assez des seconds ?

Les riches eux, avec la complicité de gouvernants fort peu éclairés, voire corrompus, ont assuré le démantèlement de nombreux services publics, au profit du privé (on a privatisé à tout va dans les années 80-90, sous des gouvernements de droite comme de gauche). Ils ont libéralisé les marchés, la libre concurrence devant assurer un juste prix, le plus bas, pour le consommateur ...  ce ne fut pas le cas, loin de là. Les institutions, les sociétés, les banques devaient atteindre une taille critique ; cela voulait dire que plus les autres devenaient gros, plus il fallait devenir gros aussi. Qu'est-ce que le recteur Legros (le bien nommé), a pu nous bassiner les oreilles avec ses propos sur "la taille critique" des universités au regard des rankings internationaux ! Certains lui en ont été reconnaissants, puisqu'il est devenu baron, pour avoir tenu des propos qui plaisaient en haut lieu.

Gros ? Regardez la saga Dexia. Il y avait le Crédit communal. Un projet simple : une banque de dépôt, comme toutes les autres banques de dépôt, offrant des crédits aux particuliers, mais avec deux finalités particulières : assurer aux pouvoirs locaux actionnaires, directs ou indirects, des revenus et un interlocuteur privilégié pour obtenir un crédit. Les déposants étaient d'accord sachant que leur argent servirait prioritairement à financer des projets locaux, donc de proximité.

Certains ont dit : quelle horreur ! Privatisons ! Grossissons ! La taille critique toujours, la grenouille qui veut devenir plus grosse que le boeuf. Des partenaires français pas trop honnêtes. Et l'épargne des déposants belges servant en fin de compte à financer les pouvoirs locaux français, aux abois suite à la politique volontariste du président Sarkozy, dont la politique a été d'équilibrer le budget de l'Etat en privant de ressources les pouvoirs locaux. Et puis, des prêts importants, qui mettent aujourd'hui la banque en difficulté, ont été notamment concédés à la Grêce. Le but premier - le financement de projets de proximité -a été ainsi noyé, ruiné, dans une politique de grandeur dont les victimes seront en définitive les actionnaires et les pouvoirs locaux belges.

Aujourd'hui, Dexia explose, comme la grenouille. La branche belge sera sans doute nationalisée, ce week-end (on va donc renationaliser ce qu'on avait privatisé, sans état d'âme, ni remords, ni excuses). Tous les délires (on appele cela aujourd'hui les "actifs toxiques" de cette supercherie) vont être situés dans une "bad bank". Dexia Banque Belgique, devenue banque publique, pour un temps, sera ensuite mise en vente sur le marché au plus offrant, dit-on. Car ce n'est pas le rôle de l'Etat de jouer au banquier, a dit le ministre Reynders. Pourquoi pas ? Des fonds du Qatar ou chinois rachèteront peut-être ce fleuron bancaire, mais, croyez moi, ce ne sera pour les beaux yeux de nos pouvoirs locaux.

Proudhon avait raison : " il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle, mais de la socialiser ". J'ajouterai de la moraliser.

Je laisserai le dernier mot à Jean-Claude Guillebaut, dans le Nouvel Observateur (n° 2446, p. 46) :

" Le "ruissellement" correspond ... à la théorie néo-libérale qu'avait formalisée le philosophe américain John Rawls dans son grand livre "A theory of justice", publié en 1971. Rawls soutenait alors qu'un accroissement des inégalités demeurait acceptable si l'effet dynamique ainsi produit profitait, même partiellement aux plus pauvres (on croit rêver !). Au nom de ce réalisme, certains suggéraient même de renoncer à l'égalité pour lui préférer l'équité (quels faux-jetons !) ... Certains à gauche se laissent encore intimider par ces fadaises. Sans doute ignorent-ils que, depuis la date de parution du livre de Rawls - et plus encore depuis le début des années 1980 -, les faits ont constamment démenti la "théorie". Durant cette longue période, et sauf ces toutes dernières années,  l'économie américaine a fait preuve d'un vrai dynamisme, et la richesse globalement produite (le PNB) a plus que doublé. Les inégalités se sont accrues dans des proportions vertigineuses, car loin de "ruisseler" vers le bas, ce surcroît de richesse a été accaparé par une infime minorité de nantis. Quant aux 20 % des américains les plus pauvres, ils ont vu leurs revenus diminuer alors même que le pays s'enrichissait, et ils ont dû s'endetter en proportion. La crise des subprimes de septembre 2008 - ce hold up légal - trouve là son origine. "



Et , pour finir :  "L'économie c'est la science du sordide, non de la pureté" (Alfred Sauvy).



vendredi 7 octobre 2011

Bilinguisme

Le président de la NVA, Bart de Wever, a tenu, sur "Radio een", des propos musclés à propos de l'accord intervenu quant au sort de l'arrondissement BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde) sur le plan judiciaire. Voici comment la presse flamande les relate :
Franstaligen die geen Nederlands willen leren, worden beloond, in tegenstelling tot de Vlamingen die wel moeite doen om Frans te leren." Dat is voor NVA-voorzitter Bart De Wever de conclusie van het akkoord over het gerechtelijke arrondissement BHV.
Net zoals partijgenoot Ben Weyts vindt hij dat er voor burgerlijke zaken faciliteiten worden ingevoerd in heel België. Dat het detacheren van Franstalige magistraten naar het Nederlandstalige parket van Halle-Vilvoorde de efficiënte ten goede komt, is voor De Wever geen argument. Dan kunnen er ook Turkse magistraten naar Gent of Marokkaanse magistraten naar Borgerhout gestuurd worden, luidde het op Radio 1. "
Dans un pays qui comporte trois langues nationales, les belges usant de l'une ou l'autre de ces trois langues nationales devraient pouvoir être jugés, partout dans le pays, dans chacune de ces trois langues. Parler de magistrats turcs ou marocains à Anvers est vraiment déplacé. Ce que BdW ne peut accepter, c'est que des magistrats francophones puissent être habilités à rendre la justice sur une petite partie du territoire de la Flandre où les francophones sont majoritaires ou pas loin de l'être. Il oublie, ce faisant, que le français est une langue nationale, ce qui n'est pas le cas du turc ou de l'arabe marocain. On retiendra surtout que le belge francophone est, pour cet excellent homme, un étranger sur le territoire belge flamand.  Il faudra bientôt un visa pour se rendre de Waremme à Leuven ! Sans compter que l'on pourrait être renvoyé en bus ou en train de la SNCB vers son pays d'origine ...


Ce monsieur, soutenu par à peine 33 % des flamands, ce qui indique quand même que les deux tiers de la Flandre ne pensent pas comme lui, défend, lui et ses sbires, un territoire flamand fondé sur la langue flamande. Il faut dire qu'un autre parti flamand, le CD&V girouette et en dérive, ne sait trop dans quel camp se situer. Si cela n'était pas le cas, on n'aurait pas passé encore une fois des heures et des heures de négociations à propos de BHV, cet arrondissement entre-deux eaux.


Ce qui est rassurant, d'une certaine façon, c'est de voir le compromis intervenu sur  BHV entre les négociateurs critiqué aussi bien par la NVA que par le FDF : il doit s'agir d'un vrai compromis, vu que seuls les radicaux et les extrémistes ne s'y reconnaissent pas. Il y a lieu de rester vigilant cependant, car le CD&V ne lit jamais les accords conclus comme les autres partis. Ils doivent avoir, au CD&V, un problème avec la sémantique, la linguistique, la langue. Peut-être le flamand est-il une langue tellement originale qu'elle ne permet aucun compromis ? Je ne suis pas loin de le croire. Les flamands comprennent toujours autrement que les francophones les accords obtenus de longue lutte. Pourquoi ? Parce que le français est une langue plus nuancée que le néerlandais. Ce n'est pas pour rien qu'elle est la première langue de la diplomatie. Le flamand n'a qu'un mot quand le francophone en a au moins trois. C'est avec réticence que je le dis, mais, si cela peut faciliter les choses : négociez en anglais ! 


L'originalité de la langue flamande est merveilleusement résumée dans l'article de presse consacré à Bart de Wever, que j'ai cité.
On y découvre que :
  1. - "conclusion" se dit "conclusie"
  2. - "accord" se dit "akkoord"
  3. - "arrondissement" se dit "arrondissement"
  4. - "facilités" se dit "faciliteiten"
  5. - "magistrats" se dit "magistraten"
  6. - "parquet" se dit "parket"
  7. - "argument" se dit "argument"
  8. - "radio" se dit "radio"
  9. - "le détachement" se dit "het detacheren".
La langue flamande manquerait-elle donc d'imagination, au point d'emprunter au français de si nombreux mots en les flamandisant un petit peu ? Car, "asperge" se dit, en flamand, "asperge" ; "arrangement" se dit "arrangement" ; "domination" se dit "dominatie", "délicat se dit "délicaat", "parlement" se dit "parlement", "réparateur" se dit "réparateur", "négociation" se dit "negociatie" etc. (enz.)

On comprend mieux pourquoi les flamands peuvent apprendre le français sans trop d'effort. En fait, ils apprennent le français en apprenant le flamand. La langue flamande ressemble à un sabir.



Selon Wikipedia, les sabirs "ont un lexique sommaire, limité aux besoins des locuteurs, et une syntaxe simplifiée par rapport aux langues d'emprunt". Ainsi, les maraîchers ou les horticulteurs de Tongeren et de Sint-Truiden, parlent un sabir sur le marché dominical de la Batte. Avec eux, je puis parler en sabir, mais pas en néerlandais. Ils ne me comprendraient pas. Tout à coup, je nourris une inquiétude : les négociateurs gouvernementaux parlent-ils entre eux un sabir ?


En Wallonie, à l'école, on apprend le néerlandais (Algemeen Beschaafd Nederlands) qui n'est pas exactement la langue que parlent les flamands de Belgique (je le précise, car il ne faut pas oublier qu'il y a, en France comme en Belgique, des flamands qui parlent le français). Comment faire ? Il faudrait en effet choisir entre le flamand d'Antwerpen, celui de Kortrijk ou celui du Limburg. Ceci est la cause d'un grand handicap pour les francophones. Pour parler en flamand à un flamand, le francophone doit le plus souvent oublier tout ce qu'il a appris à l'école et s'aventurer dans des phrases aléatoires avec autant de mots français que de mots flamands. Pourquoi dire "overeenkomst" quand on peut dire "akkoord" ? Pourquoi parler d'un "Eerste Minister", quand on peut dire le "Premier" ? Par exemple. Parler un néerlandais correct vous fait vite passer, aux yeux d'un flamand, pour une espèce de pète-sec. Les flamands convaincus n'aiment ni les francophones, ni ceux qui parlent mieux qu'eux le néerlandais. 

Ceci dit,  on ne peut que s'interroger sur les revendications flamandes réclamant une homogénéité territoriale fondée sur la langue flamande. La Flandre de Belgique n'existe pas en tant qu'entité linguistiquement pure et homogène, n'en déplaise à mes amis flamands.



A titre de comparaison, une communauté germanophone de 65.000 personnes vit sur le territoire de la Région wallonne, avec des droits qu'aucune minorité au monde n'a jamais obtenu. Jamais aucun wallon ne s'en est offusqué. Pourquoi les flamands ne peuvent-ils accepter, ne fût-ce qu'un qu'un dixième de ce statut, pour les francophones présents sur leur sol, alors que leur nombre dépasse largement celui des germanophones ? 



Finalement, où parle-t-on le néerlandais ?
Aux Pays-Bas, mais on y parle aussi le frison et le platt-deutsch.
En Belgique, sous diverses formes, et sous une forme plus civilisée empruntée aux Pays-Bas, dans une zone territoriale mal définie et fluctuante, où l'on parle aussi (et parfois majoritairement) le français (autour de Bruxelles et à la Côte belge), comme on parle aussi d'abord le français en Flandre française (à Lille, par exemple).
En France, dans l'extrême Nord, sous une forme patoisante déclinante, du côté de Duinkerke.
En Afrique du Sud, sous une forme batardisée (l'Afrikaans), jadis liée à un système d'apartheid.


Je stigmatisais tout à l'heure la pauvreté du vocabulaire flamand, qui n'existe que par ses emprunts au français. Voici un exercice instructif de linguistique comparée :


* Français : Le garçon caressait la fille autour du menton et l'embrassait sur les joues
* Allemand :  Der  Junge streichelete das Mädchen ums Kinn und küsste sie auf die Wangen
* Néerlandais :  De jongen streelde het meisje rond hart kin en kyste haar op haar wangen
* Frison occidental : De joôn streek ut moidje om de kin en smokte heur op de range
* Bas saxon : De Jung stratke dat Wicht ümt't Kinn to un tuujede hör up de Wangen
* Anglais : The boy stroked the girl round her chin and kissed on her cheeks
* Flamand occidental : Den joungen aaide/looide 't meesje/meisje round (h)euren/n(heuren) kin en kuste/poende (h)eur/n(h)sur op (h)/n(h)eure kaaken


Une certaine cohérence existe dans les premières propositions, jusqu'à l'anglais où l'on trouve encore quelques éléments communs. Une fois arrivé au flamand occidental, il faut chercher un peu plus.


On comprend mieux pourquoi des flamands de Belgique peuvent dire, en langue imaginaire :
"Een garçon aaide een meisje rond het menton en kusje heur op hare  kikken".


Et à Bruxelles (j'invente) : 
"Un  zivereir a strouchelé une jonge mèsje tout autour de son menton et lui a donné, une fois, des kuss sur ses bannetjtes. Viva boma, patates met saucisses".











Tristesse

J.M.O. a intitulé un des derniers billets de son blog "Tristesse".
http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2011/09/27/tristesse.html

Pourquoi chez certains la tristesse prend-elle le pas sur la joie ?
Pourquoi, à un moment donné, les choses qui leur donnaient du plaisir et auxquelles ils s'intéressaient,
perdent-elles toute saveur ?
Ils ont la nostalgie de ce temps où ils étaient heureux, où ils rayonnaient, où ils communiquaient, où ils donnaient et se donnaient.
Comment expliquer qu'à un moment de leur vie le fil se soit rompu ?
Leur vie d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec leur vie d'avant.
Sont-ils deux ? Ou est-ce le même ?
Comment expliquer, chez certains, la présence d'envies et en même temps l'incapacité à les réaliser une fois venu le moment de les concrétiser ?

Pour beaucoup d'entre eux, basculer dans la tristesse devient un grand handicap dans la vie. Ils se replient sur leur tristesse jusqu'à ne plus tolérer, à côté d'eux, la société des gens qui sont joyeux, heureux, optimistes. Eux, contrairement aux premiers, évacuent la tristesse (la refoulent ?).

Il n'est rien de pire pour quelqu'un de triste que de croiser un optimiste positif qui, sans rien comprendre, lui dit : "cela va s'arranger", "secoue-toi", "sors", "fais des choses", "fais des rencontres ou du sport", "va dans des groupes, des cours, à la chorale " ... soit, tout ce que le triste ne parvient plus à faire et qu'il faisait avant.

Pourtant, la tristesse, la mélancolie, peuvent être aussi créatrices. Le triste solitaire peut écrire des choses sublimes, composer des oeuvres musicales d'exception ou offrir des toiles interpellantes.

Voici une petite sélection toute personnelle :



Arnold Böcklin
Autoportrait avec la Mort jouant du violon (1872)



Je ne la connais pas, mais j'aimerais tant la connaître
J'aime beaucoup la manière dont elle est habillée


Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
Alfred de Musset (1810-1057)
Je ne parviens plus à prendre au sérieux la célèbre étude de Chopin (Op. 10, n° 3) intitulée  "Tristesse" par un éditeur, depuis la version "Chant d'allégresse" enregistrée par les Quatre barbus :

Version originale


Alors, quand je veux vraiment "avoir bon" d'être triste, j'écoute plutôt mon cher Henry (Purcell), lui seul me comprend : "O solitude"
Mais j'aime aussi les tristesses d'ailleurs : au Portugal, au Cap-Vert, en Afrique. Voici quelques exemples :
Antonio Zambujo m'a touché au plus profond du coeur lors d'un concert à Faro.

J'aime aussi écouter en boucle cette bande son du film "The Constant Gardener"
Et puis, Omara et Ibrahim : Silencio


















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dimanche 2 octobre 2011

Menu végétarien (semaine 3)

Il s'agit du déjeuner, les principes pour le petit déjeuner et le dîner étant établis.

Lundi

- Potage aux tomates
- Gratin de pâtes et courgettes
- Crotin de Chavignol
- Gozette aux pommes et glace vanille
- Pain complet

Mardi

- Petite salade aux germes de soja, chou blanc, carottes, poivrons, jeunes oignons
- Potée aux pommes de terre et choux de Bruxelles, crème moutardée
- Dés de fêta aux herbes
- Melon
- Pain complet

Mercredi

- Minestrone aux légumes de saison
- Tarte au potiron
- Brie de Meaux
- Mousse au chocolat
- Pain complet

Jeudi

- Poêlée de champignons, ail et persil
- Omelette aux pommes de terre, aux tomates et aux bonnes herbes
- Gouda aux orties
- Far breton aux pruneaux
- Pain complet

Vendredi

- Potage Crécy (carottes, oignons, céleri) et ses croûtons
- Chou rouge aux pommes
- Fromage de Chimay à la bière
- Tarte aux reines-claudes
- Pain complet

Samedi

- Crudités : concombre, tomate, poivron, carotte, oignon, à la vinaigrette
- Lasagne végétarienne (tomates, épinard, aubergine, oignon, crème, mozzarella)
- Petit suisse
- Salade de fruits de saison
- Pain complet

Dimanche

- A l'apéro : tomates confites, bâtons de carottes et de céleri vert, dés de gruyère d'alpage
- Flan aux asperges et coulis aux petits pois et à la crème
- Pot au feu de légumes
- Croûte valaisanne et sa salade croquante
- Tiramisu
- Pain complet
- Un petit verre de Chartreuse verte

Bon appétit.

samedi 1 octobre 2011

La parabole du fils prodigue au quotidien

De tous les récits de la Bible, la parabole du fils prodigue est celui qui me touche le plus, depuis toujours, avec aussi mais en seconde position l'épisode de la femme adultère et la rencontre de Jésus avec une samaritaine.




Evangile de Luc, 15, 11-32 :

 Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : " Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien ya-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : " Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : " Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé. "

Je ne connais pas de texte plus dense que celui-ci, si l'on veut bien chercher à comprendre ce qui anime chacun des trois personnages : le père, le fils aîné et le fils cadet. A chaque fois que je me confronte à ce texte, j'y découvre quelque chose de nouveau ; il faut dire que, selon les moments, je suis tantôt l'un, tantôt l'autre des trois personnages.

Ma vie quotidienne avec Sam me renvoie constamment à ce texte. Je m'y réfère à chaque fois que je sens que je risque de vaciller dans mon amour de père.

Longtemps, j'ai été sensible à deux ou trois choses capitales :
- le père ne cesse d'attendre son fils perdu ; oui, les fils plus ou moins perdus ont besoin (un grand besoin) d'être attendus et plus encore de se sentir attendus, espérés, désirés ;
- à son retour, le père ne demande aucun compte à son fils, il ne lui fait aucune morale, il ne lui reproche rien, il ne lui parle pas du passé, ni des tourments qu'il a pu vivre comme père, ni du traumatisme que la famille a pu ressentir lorsque ce fils "indigne" s'est affirmé, en rebelle, comme s'il voulait rejeter cette famille trop belle. On ne dit pas combien de temps le fils s'est éloigné du père, mais le père n'accueille pas son fils en lui disant : "je n'ai pas encore vraiment digéré ce que tu nous as fait ; il me faut encore un peu de temps pour pouvoir te pardonner ... t'aimer";
- en demandant sa part d'héritage, le fils perdu exprime aussi quelque chose d'important : il ne coupe pas totalement les liens. Même s'il anticipe les choses, il sera bel et bien héritier. Il a beau s'affirmer comme rebelle, revendiquant sa liberté d'être comme il a envie d'être, il est l'héritier du père. Le rejet de sa famille n'est donc pas complet. Au contraire même, il n'aurait pas fait tout ce qu'il a fait, s'il n'avait eu la certitude de ce lien qui le relie à sa famille. Qu'ai-je à offrir en héritage à mes fils ?

Une autre dimension me frappe particulièrement aujourd'hui. Certes, le fils est "rentré en lui-même", avant de prendre la décision de revenir vers son père. Mais a-t-il complètement changé suite à ce retour en lui-même ? J'en doute. Le fils, qui se réfugie dans les bras du père, recommencera peut-être demain et après-demain en bon récidiviste qu'il est. L'histoire en effet ne se termine pas avec la dernière ligne du récit, cela serait trop beau. Le père pourtant ne changera rien à son attitude. Il ne cessera d'attendre, d'accueillir, de réconforter, de stimuler, d'encourager, de mettre en garde, d'orienter, de rendre confiance, d'aider et, même s'il le faut, de dire à son fils "tout ce qui est à moi est à toi ".