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vendredi 11 novembre 2011

De belles rencontres

Comme toujours, je reviens de mon séjour d'une semaine au monastère de Wavreumont totalement serein, ragaillardi, plus fort. Pour combien de temps ?

J'ai retrouvé, à peine un instant, Bruno. Entre un voyage au Niger et un autre encore à définir, pour Caritas international, il est revenu au port, ce port qu'il a découvert, il n'y a pas si longtemps. Le jour où j'arrivais, il repartait. Nous avons trouvé le temps de parler un peu. Il était venu avec son accordéon. Il dirige en effet deux chorales chantant des musiques du monde. La veille de mon arrivée, quelques moines l'avaient rejoint pour chanter un peu de tout, le frère prieur ayant apporté un casier de bières d'Orval, de Chimay et de Rochefort. Rien que des bières monastiques. Pour avoir bonne conscience ? Je ne crois pas. Mes frères de Wavreumont sont simplement ancrés dans la vie et ils cultivent la mesure, le juste équilibre.

Quand je séjourne à Wavreumont, je fais bien plus de rencontres que dans ma vie habituelle. Il y a eu Sophia, venant d'Angola, qui demande l'asile, et que les moines hébergent, parce qu'il n'y a pas assez de place dans les centres officiels pour ceux qui sont comme elles. Il y a eu Albert et Anne. Un couple de sexagénaires à l'humour ravageur. Elle est dessinatrice et toujours demandeuse d'emploi, m'a-t-elle dit. Lui, était prof de français et écrit maintenant des ouvrages sur les vitraux modernes en France ou sur les "sotays", ces petits gnomes de nos régions qui ont leur correspondant un peu partout en Europe, voire ailleurs (les djinns). A eux deux, ils ont huit enfants et une multitude de petits enfants, comme Abraham. Ils m'ont fait rire. Et puis, Conrad, 22 ans, chevelu, étudiant à Saint Luc ... qui se pose des questions sur son avenir. Il a l'impression d'être plus attiré par la musique que par ses études (installateur d'installations). Et puis soeur Pascale, qui est comme moi boulimique d'informations ; une soeur "à la mode", d'après des jeunes qui lui faisaient face dans le train. "T'es une soeur, toi ? Oui ! Alors, t'es une soeur à la mode". Je suis heureux d'avoir parlé avec eux, d'avoir échangé des adresses ou la promesse qu'on se reverra un jour. C'est étrange, mais quand je suis au monastère, je suis bien plus doué pour nouer des contacts que dans ma vie dans le siècle.

Les moines de Wavreumont sont très ouverts au monde et aux autres. Il existe vraiment autour des moines comme une famille. Ainsi, cette communauté d'hommes donne une place importante aux femmes pour l'accueil à l'hôtellerie, pour la cuisine, pour le partage, pour la prédication des retraites. Je trouve cela rassurant. Et il n'est pas dit que l'un ou l'autre moine ne compte pas sur cette présence féminine, le jour où il doit acheter une nouvelle paire de lunettes ou un nouveau vêtement ... Les moines, en effet, ne portent pas d'habit religieux en dehors du choeur.

Et puis, il y a l'autre rencontre. Celle que l'on fait avec soi-même. Celle qui se fait dans le silence et que parfois on ne sait pas nommer. Les moines nous offrent cette possibilité et acceptent, si on leur demande, de nous accompagner.

Il faut comprendre ceci. Un moine n'est pas un saint. Il est à jamais un homme en chemin, et d'abord un homme. Il vit sa vie avec ses faiblesses, ses interrogations, ses fantasmes, ses désirs, ses émotions. Il a choisi un mode de vie et une référence. Il a décidé de mettre sa vie entre les mains de Dieu. Il croit fermement que la parole de Dieu, dans toutes ses manifestations, et bien sûr avant tout dans la Bible, a un réel pouvoir de guérison et de transformation. C'est pourquoi il choisit de la fréquenter quotidiennement. Il serait erroné de croire que le moine ne vit que pour lui-même, pour sa réalisation personnelle. Il prie bien sûr pour le monde et pour ceux plus proches qui sont confiés à sa prière. Plus fondamentalement, cependant, il est le témoin d'une certaine manière de vivre avec les autres, avec la terre, avec l'économie du monde. Il est peut-être le témoin, l'exemple, d'un autre monde. De l'autre monde, celui que Jean-Caude Guillebaud évoque ainsi :

"Le vrai défi est le suivant : comment reconfigurer nos démocraties pour les adapter à cette perspective de croissance faible ou nulle ? On sait déjà qu'il faudra plus d'éthique, plus de partage, plus de justice, plus de cohésion sociale. Bref, un autre monde. Les "indignés" et les écolos - tant moqués - le pressentent et le disent. Avec vingt ans d'avance ". (J.C. Guillebaud, " Le mythe de la gouvernance ", Nouvel Observateur, 10 novembre 2011, n° 2453, p. 38).

lundi 31 octobre 2011

Menu végétarien (semaine 5)



Lundi 


- Petite salade fraîche (tomates, oignons, concombres, poivrons, maïs)
- Tarte au potiron
- Crotin de Chavignol gratiné sur toast
- Flan caramel
- Pain complet

Mardi


- Soupe verte (céleri, courgettes, épinards, cerfeuil, oseille)
- Omelette aux champignons
- Camembert fermier
- Fruit de saison
- Pain complet

Mercredi


- Feuilleté au fêta
- Poêllée de jeunes légumes à volonté
- Yaourt aux fruits
- Pain complet

Jeudi


- Potage Crécy (carottes, céleri vert)
- Gratin de pâtes aux brocolis
- Fromage de Wavreumont
- Crème au chocolat
- Pain complet

Vendredi


- Loempia végétarien (sauce au choix)
- Ratatouille provençale et son accompagnement discret de pâtes
- Petit suisse
- Banane
- Pain complet

Samedi


-  Petite salade de lentilles vertes à la menthe et aux dés de tomates et poivron rouge
-  Chou fleur au gratin
-  Fromage d'Orval
-  Compote de pommes à la cannelle
-  Pain complet

Dimanche


- A l'apéro: légumes à croquer (carottes, céleri en branche, chou fleur) et à déguster (tomates confites, olives)
- Minestrone
- Gratin d'aubergines (aubergines, mozzarella, oignons, tomates fraîches, herbes)
- Comté mi-vieux
- Tarte aux prunes
- Pain complet
- Pousse-café : alcool de poire ou de mirabelle

vendredi 28 octobre 2011

A propos des impôts et autres calembredaines

La TVA, l'impôt calculé sur la valeur ajoutée par les entreprises, est l'impôt le plus mensonger qui soit.


Dans son principe même, en effet, il ne frappe pas les entreprises, mais les consommateurs. Quand une entreprise crée de la valeur ajoutée, ce sont les consommateurs qui payent. Dans quelle mesure profitent-ils de cette valeur ajoutée, la question n'est même pas posée. Par leur travail, par contre, ils ont contribué à la production de cette valeur ajoutée ; puis, après, on leur fait changer de casquette : de travailleurs, ils deviennent consommateurs. Quant à l'entreprise, en bonne économie libérale, il ne faut surtout pas qu'elle paie d'impôt sur son chiffre d'affaires, et le moins possible sur ses bénéfices.


Soyons de bon compte, il n'y a pas que les travailleurs qui soient taxés comme consommateurs : le sont aussi les allocataires sociaux, les chômeurs, les retraités, les dirigeants d'entreprises, les professions libérales, les rentiers. Quel bel exemple de justice fiscale, n'est-ce pas, de considérer que tout qui va acheter un pain paie la même chose ! Plus de riches, ni de pauvres, une juste égalité. Les riches ne manqueront pas de répondre cependant qu'ils paient plus de TVA que les autres, vu qu'ils consomment plus et souvent des biens plus taxés, car ils ont tendance à apprécier le luxe. Ainsi, justice serait faite. La capacité à contribuer à l'impôt serait donc révélée par le niveau de consommation. Celui qui ne bénéficie que d'allocations sociales ou du chômage ne devrait-il pas dès lors être exonéré de tout impôt, au moins pour la consommation des biens de première nécessité ? On voit bien que cet impôt appartient à un modèle précis de société, celui qui a érigé la consommation en dogme. Le fait que la TVA européenne ait été introduite au début des années 1970 en témoigne. Une question d'ailleurs taraudait ses concepteurs : acheter un immeuble à un promoteur, est-ce un acte de consommation (portant sur un bien) ou un investissement ? Souscrire à une assurance-vie est-ce un acte de consommation (portant sur un service) ou un investissement ? Système fragile donc sur ses bases mêmes. Mais que cela soit dit, le travailleur est taxé deux fois sous deux casquettes différentes : son salaire étant un revenu, il est imposé à ce titre, pour l'avoir perçu ; son salaire faisant partie de la valeur ajoutée de son entreprise, on le met à contribution une deuxième fois quand il en consomme les produits.


Petite explication : à quoi correspond donc cette fameuse valeur ajoutée ? Lorsqu'une entreprise vend un produit ou fournit un service, elle n'est pas la créatrice de tout ce qui compose le produit ou le service. Le plus souvent, elle a acheté des matières premières, des produits semi-finis ou finis et elle utilise de l'énergie et des services produits par d'autres (ce sont les consommations intermédiaires). Elle effectue une production ou une revente à partir de tous ces éléments en les transformant, et elle utilise pour cela du travail (des ouvriers et des ingénieurs par exemple) et son capital productif (par exemple des chaînes de production). Elle crée alors de la valeur car la valeur du produit obtenu est plus élevée que la somme des valeurs des consommations intermédiaires : la différence entre le prix de vente de son produit et la valeur totale des biens et services qu'elle a achetés, qui sont contenus dans ce produit (après transformation), représente la valeur ajoutée. Bref, la valeur ajoutée, c'est ce qui permet à l'entreprise de vendre un bien ou un service plus cher que ce qu'il lui coûte, ce qui comprend des coûts supplémentaires (amortissements, salaires), mais aussi la marge bénéficiaire qu'elle s'octroie. Bref, le travailleur-consommateur paie, suite à la TVA, un impôt sur les marges bénéficiaires des entreprises.


Bien entendu, pour consommer, il faut disposer de ressources, avoir une capacité à dépenser. On peut dépenser les revenus que l'on gagne par son travail, les revenus de son épargne, des plus-values que l'on réalise, les ressources provenant d'une aide sociale ou encore un capital que l'on a acquis par succession, par donation ou en gagnant au Lotto. L'acquisition de ces différentes ressources donne lieu aussi à un prélèvement fiscal dans des proportions absolument sans comparaison. Aucun impôt sur le gain au Lotto ou sur l'allocation sociale de base (en l'absence de tout autre revenu). 15 % sur les revenus des placements "sans risque", les intérêts, avec une exonération importante pour l'épargne simple. 25 % sur les dividendes. Des droits de succession ou de donation variables en fonction des régions et en fonction des patrimoines transmis, avec une exonération pour les transmissions d'entreprises. Une impunité presque totalement assurée en ce qui concerne les plus-values (mobilières, en tout cas).


Bref, avant un impôt général sur la consommation dont les aptitudes à satisfaire la capacité contributive sont déjà douteuses, on trouve au niveau antérieur une situation parfois difficile à justifier.


Pourquoi ne taxe-t-on pas les gains au Lotto ? 


Pourquoi perçoit-on 25 % sur les dividendes versés aux actionnaires et seulement 15 % sur les intérêts ? Le ministre M. Wathelet Jr a déclaré qu'il n'était pas justifiable qu'un placement sans risque (intérêts) soit moins taxé qu'un placement à risque (dividendes). Il préconise dès lors un alignement à 20 % pour les deux catégories. C'est oublier un peu vite que l'on ne trouve pas exactement les mêmes investisseurs dans les deux catégories. Des bons pères de famille prudents se trouvent dans la première ; ils constatent que les taux d'intérêts offerts sont de plus en plus misérables, couvrent à peine l'inflation, se demandent si cela vaut encore la peine de confier leur épargne aux banques et sont prêts à la retirer. Une augmentation du précompte mobilier de 15 à 20 % aurait sans doute pour effet de les amener à choisir de thésauriser chez eux ou à investir en or ... Depuis qu'ils ont rapatrié leurs capitaux d'épargne en Belgique, pour bénéficier d'une amnistie fiscale ou sous la menace d'être surtaxés, ils n'ont plus beaucoup le choix.


Quant aux investisseurs en actions,  il faut souligner non seulement qu'ils choisissent de prendre un risque et, que, pour cela, il faut d'abord disposer d'un capital suffisant, pour pouvoir absorber le risque, mais aussi qu'ils ont deux manières distinctes de retirer un profit de leur investissement : ils peuvent en effet espérer un dividende, taxable en effet à 25 %, ou espérer réaliser une plus-value en bourse, en règle non taxée. Certes, ils peuvent aussi subir de lourdes pertes, notamment dans le contexte actuel, mais combien de plus-values réalisées sans qu'il y ait eu la moindre imposition ? Que sait-on de l'affectation de ces plus-values, qui ont échappé à l'impôt, de leur utilité sociale ?


Le jeu fiscal est tellement complexe dans la forme et dans la possibilité de le présenter de toutes les façons possibles qu'il n'est plus vraiment maîtrisable.


Prenons un exemple, la Région wallonne vient de décider d'augmenter la taxe réclamée aux banques sur leurs appareils automatiques distributeurs et autres self banking. Argumentation assez sotte du ministre-président Demotte : on a assez fait pour les banques, ces derniers temps, en ce qui concerne leur sauvetage par des deniers publics, à elles de contribuer un peu maintenant. Ne vous étonnez pas, après cela, de voir augmenter vos frais bancaires l'année prochaine ! Pour augmenter leurs bénéfices, les banques ont remplacé du personnel par des machines, elles ont détruit de l'emploi, leurs décisions n'ont pas eu d'utilité sociale. Certes, l'usager a pu bénéficier d'une certaine commodité dans les services, mais n'oublions pas que les banques le lui font payer. Où est la valeur ajoutée ? Toute taxe sur une entreprise est toujours finalement une taxe sur l'usager ou le consommateur. Un pas nouveau a été récemment franchi : une taxe sur la rente nucléaire dont bénéficie Electrabel (l'amortissement des centrales nucléaires a été facturé aux consommateurs, les centrales sont maintenant amorties, mais les prix n'ont pas baissé) a donné lieu à une réaction hallucinante du patron de GDF-Suez, maison mère d'Electrabel : si vous nous taxez, nous ne ferons plus d'investissements et nous fermerons certaines activités. Situation surréaliste : une grande entreprise estime pouvoir faire du chantage vis-à-vis d'un Etat. C'est dire jusqu'où va l'idéologie libérale, depuis le néo-libéralisme.


L'impôt juste, à mon avis, devrait répondre à deux critères simples, en ce qui concerne les personnes physiques, les usagers, les consommateurs :
- il devrait être uniquement fonction des ressources (donc un impôt unique au lieu de plusieurs). On taxerait de manière égale toutes les ressources, soit l'aptitude à dépenser, quelles que soient les dépenses faites et quelles que soient les ressources, selon un taux progressif, très faible, voire nul, chez ceux qui ont peu de ressources, et très élevé chez ceux qui ont une grande capacité à dépenser. On peut, à cet égard, trouver des mécanismes pour convertir un capital acquis en une fois en rente périodique, par exemple ;
- par dérogation, l'affectation de ces ressources à des fins dont l'utilité sociale est démontrée (création d'emplois, investissements dans la recherche ou le développement, soutien à des oeuvres sociales, culturelles ou relevant de l'enseignement, par exemple) pourrait donner lieu à une exonération d'impôt ou à un allègement de l'impôt. 


Un impôt sur la dépense ? Non, un impôt sur la capacité à dépenser tenant compte de la finalité des dépenses faites.


Ainsi, le profit pour le profit pourrait être lourdement taxé et le système fiscal serait fort simplifié.


Cette idée simple doit bien sûr être éprouvée, au risque de devenir simpliste, et se heurte bien entendu au constant besoin de complexité qui anime étrangement les hommes au pouvoir ... et je ne suis pas économiste. Je suis, comme toujours, un candide.


L'idée de simplifier le système fiscal ne date pas d'hier. Je me réfère au marquis de Vauban, dans son ouvrage "Une dîme royale" (1707).






" Pour jouer pleinement son rôle, cette dîme sera claire et compréhensible par tous, facile à appliquer et stable. Mais les rois veilleront à ce qu'elle n'excède pas le nécessaire, en ce que tout ce qui sera tiré au-delà jettera les sujets dans le malaise, et appauvrira finalement le royaume tout entier ".


" ... il me semble que je dois commencer par définir la nature des fonds qui doivent les produire (les ressources de sa Majesté) tels que je les conçois. 

Suivant donc l'intention de ce Système, ils doivent être affectés sur tous les revenus du royaume, de quelque nature qu'ils puissent être, sans qu'aucun en puisse être exempt, comme une rente foncière mobile, suivant les besoins de l'Etat, qui serait bien la plus grande, la plus certaine et la plus noble qui fût jamais, puisqu'elle serait payée par préférence à toute autre, et que les fonds en seraient inaliénables et inaltérables. Il faut avouer que si elle pouvait avoir lieu, rien ne serait plus grand ni meilleur ; mais on doit en même temps bien prendre garde de ne la pas outrer en la portant trop haut... ".








































Pourquoi n'y a-t-il pas une programmation musicale concernant les choeurs a cappella ?

Je l'ai déjà dit : j'aime la voix, les voix, même si je ne suis pas amateur d'opéra. J'aime quand les voix se rencontrent, se mettent ensemble pour un "Consort of voices". Il s'agit peut-être de l'expression la plus simple qui soit de la musique. Elle s'y exprime sans aucun support matériel extérieur. Faire passer une émotion avec pour seul instrument des voix qui s'unissent constitue toujours pour moi une expérience fascinante.

Ce plaisir de chanter ensemble est vécu dans une multitude de chorales, de groupes vocaux, composés d'amateurs. Le résultat vaut parfois ce qu'il vaut, mais il est aussi quelquefois excellent et ne serait pas possible sans un travail acharné. En témoigne ce festival des chorales au bord de l'eau, juste en dessous de chez moi, chaque année désormais. On est aussi régulièrement invité à aller écouter, dans des églises, l'un ou l'autre choeur régional.

Mais il existe aussi des choeurs a cappella professionnels. Ils ne sont jamais programmés à Liège, je me demande pourquoi.

Cela fait 25 ans au moins que je suis un grand admirateur des King's singers. Je les ai entendus à Liège, à l'église Saint André, dans les années 80, dans le cadre des Nuits de septembre, je crois que cela a commencé ce jour-là.  Depuis, ils n'ont plus jamais été invités à Liège. Pour les entendre, j'ai dû aller à Maastricht, à Aachen, à Cologne, à Nancy et ... à Malmédy (salle comble au centre culturel).





A écouter :






J'apprécie aussi beaucoup le travail du choeur Chanticleer de San Francisco. Ils tournent dans le monde entier, mais jamais chez nous.




A écouter :




J'apprends que la salle philharmonique de Liège va accueillir, le 7 novembre, " L'orchestre des jeunes de la grande région ", composé de jeunes musiciens des conservatoires et écoles de musique de Metz, Nancy, Reims, Sarrebruck, Luxembourg, Ettelbruck et Liège. Très belle initiative ! J'aimerais beaucoup, pour ma part, que Liège puisse accueillir, dans l'une de ses salles prestigieuses, le Choeur mondial des jeunes (Youth World Choir). Le projet de réunir de jeunes musiciens de multiples origines et d'un certain niveau, pour une aventure commune, avec des chefs prestigieux est commun aux deux initiatives. Pourquoi n'entend-on pas à Liège, le Choeur mondial des jeunes ? D'autant plus que le Centre de chant choral de Namur est un des piliers fondateurs de cette belle initiative.


A écouter :

Il y aurait bien d'autres choeurs ou ensembles à mentionner sans doute. Il y a quelques années, avec quelques amis passionnés, nous avions eu l'ambition de créer un festival "Voix en résonance", mais nos moyens étaient limités, nous n'avions pas accès aux mêmes sources que les professionnels qui organisent des concerts. Nous avons quand même créé l'événement, au moins une fois, en recevant le choeur des moines de Chevetogne et, après, quelques autres choeurs d'excellent niveau de Gand, d'Ukraine et d'Italie.

L'appel est lancé.

lundi 24 octobre 2011

L'étranger, la veuve et l'orphelin

Que l'on soit croyant ou non, il y a toujours quelque chose à apprendre lorsqu'on fréquente les écritures (dites saintes).

Ce dimanche, la parole de Jésus exprimait qu'il n'y a pas d'hiérarchie dans l'amour (Mt, 22, 34-40). En réponse à l'amour divin, censé être le plus parfait, le plus infini, il est dit qu' " il faut aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de tout son esprit ". Fort bien, mais c'est un peu abstrait. Or, pas du tout. Jésus dit qu'aimer son prochain est "semblable" et, que dans nos relations aux autres, il nous est demandé le même engagement : aborder l'autre avec tout son coeur, toute son âme et tout son esprit. Voilà qui est  exigeant, mais bien concret, à l'aune de nos relations multiples. Bien entendu, nos relations avec les autres se passent sur des modes divers et avec des degrés d'engagement différents. A propos de chacune d'elles,  nous sommes invités pourtant à nous demander : as-tu mis tout ton coeur, toute ton âme, tout ton esprit ? Cela est le seul chemin pour qui veut devenir un homme unifié et non un homme fragmenté.

Dans la première lecture aussi, on trouve des paroles extrêmement interpellantes (tandis que, dans la seconde, Saint Paul ronronne une fois de plus sur lui-même sans me toucher d'aucune façon).

On peut lire ainsi dans le livre de l'exode (Ex, 22, 20-26), offert à notre réflexion, les invitations suivantes :
- " tu ne maltraiteras point l'immigré qui réside chez toi, tu ne l'opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Egypte " ;
- " vous n'accablerez pas la veuve et l'orphelin " ;
- " si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n'agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d'intérêts " ;
- " si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu lui rendras avant le coucher du soleil. C'est tout ce qu'il a pour se couvrir ; c'est le manteau dont il s'enveloppe, la seule couverture qu'il ait pour dormir ".


Ces invitations n'appellent aucun commentaire, tant elles sont limpides. Leur actualité aussi saute aux yeux.

Je rejoins de la sorte deux propos lus sur internet :

- " Les religions ont toujours été l'ennemie du progrès " (lecteur anonyme). Il faut tout ignorer des religions pour exprimer pareille ineptie. Sans la religion, la foi, la référence à Dieu, bien peu de choses n'existeraient pas aujourd'hui : des œuvres d'art, des chefs d'oeuvre de l'architecture, de la musique sublime. N'oublions pas que les monastères occidentaux au moyen-âge ont assuré le développement économique de nos régions en fertilisant des marais, en créant les premières forges, en développant des techniques de culture, d'architecture. N'oublions pas que pendant des siècles l'éducation, l'enseignement, la solidarité sociale ont été portés par les institutions religieuses. La religion, ennemie du progrès ? Les idéaux révolutionnaires de liberté, d'égalité et de fraternité auraient-ils seulement vu le jour sans le terreau judéo-chrétien ? C'est pourquoi je crois, pour ma part, que le message religieux peut encore apporter quelque chose.  Bien entendu, les idéologies sans Dieu ont le vent en poupe depuis trois siècles. Celle qui a remplacé Dieu par l'argent est la plus répandue et la plus vieille au monde (Mt, 6, 24). Et ne vous étonnez pas si j'oppose Dieu à l'argent. En choisissant Dieu, je choisis l'homme et le mets à la première place, avant l'argent.

A lire, à ce propos : Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Plon, 2007




- Dans un débat entre philosophes sur le déclin de la civilisation occidentale, Michel Onfray a affirmé, dans une vision à long terme, que la civilisation occidentale s'effondre en fait à partir de la révolution française. Cela est fort intéressant, même si cette référence en fera glousser d'aucuns. Les Lumières, et leur prétention à définir des droits universels et laïcs, auraient-elles échoué dans leur prétention à prendre la place des religions ? On peut se demander en effet qui, en Occident, est prêt à mourir pour des idées ; on disserte des idées, mais on ne meurt guère pour elles, sauf de mort lente comme disait Brassens. Par contre, un peu partout dans le monde des individus sont prêts à s'engager, jusqu'à en mourir, pour leur foi. Ceci devrait nous rendre un peu plus modestes par rapport à eux.

http://www.dailymotion.com/video/x81dh9_onfray-fallait-pas-l-inviter-et-la_news
http://www.youtube.com/watch?v=lLJW0FrQlAM

Si la religion constitue, dans les pays arabes, un moyen de cohésion sociale et politique, quelle est notre cohésion à nous ? Que cela soit au niveau local, régional, fédéral (Belgique oblige), européen ... je ne vois que divisions, replis, égoïsmes ou nationalismes, particularismes et luttes pour s'affirmer. Et pour cause ... vu qu'il n'y a pas (ou plus) d'âme dans nos projets occidentaux, juste des idées et de l'intérêt, mais plus d'idéal.

Qu'en dit Foucault ? Je ne voudrais pas mourir ignorant.

dimanche 23 octobre 2011

L'abbé à l'harmonium

Une trouvaille. Une chanson de Charles Trénet dont je ne connaissais pas l'existence. Une chanson sans équivoque ... bien entendu. Reprise dans un spectacle intitulé "Chantons sous le placard",  à l'affiche à Paris pour le moment au Théâtre des variétés, un florilège de chansons qui en parlent sans le dire ou en le disant. Et dire que j'avais eu la même idée, il y a quelques années, une petite troupe s'était formée, nous chantions bien ... mais, dans ce milieu, comme ils disent, les querelles d'ego sont vraiment ravageuses.




L'ABBE A L'HARMONIUM
Paroles et Musique: Charles Trenet
© - 1971

Chantant nos cantiques
Nous étions p’tits bonshommes
Bercés par la musique d’un bon vieil harmonium
Qui n’était pas électrique
Aussi pour le faire fonctionner
Un ecclésiastique, un Abbé pédalait
Qu’il pédalait bien l’Abbé

Au mois de Marie
Au joli mois de mai
La Vierge notre amie
Le soir nous endormait
Et nous rêvions c’est étrange
Que notre Abbé reçu à Rome
Par le Pape et les anges
Leur jouait de l’harmonium
Mon Dieu comme il pédalait
Qu’il pédalait bien l’Abbé

La vie va trop vite
Parfois même elle s’emballe
Soudain l’Abbé nous quitte
Trouvé mort aux pédales
Et nous pensions en silence
Que ce jour-là s’était enfui
Un peu de notre enfance emporté avec lui
Mon Dieu comme il pédalait
Qu’il pédalait bien l’Abbé.

Souvent c’est bizarre
Il m’arrive de rencontrer
Dans les trains ou les gares
Des enfants escortés
Par un ecclésiastique
Alors oui, c’est plus fort que moi
J’entends un vieux cantique
De tristesse et de joie.


Mariages

Un matin, c'était un samedi, nous étions attablés avec G. à la terrasse de la maison du Péket d'où l'on peut contempler l'hôtel de ville de Liège, côté face. L'escalier d'honneur ne se trouve pas en effet place du Marché, mais à l'arrière. C'est par là que sont invités à entrer les candidats au mariage et leurs suivants.

A cette époque, il y avait encore un peu de connivence entre G. et moi. Nous nous étions intéressés et amusés à comparer les différents groupes qui se préparaient pour la cérémonie. Il y avait une grande effervescence.  Il y avait des couples africains noirs et leurs nombreuses familles, colorés, exubérants, bruyants, tape-à-l'oeil. Des italiens avec beaucoup d'atours et de falbalas comme dans Nous deux. Des baba-cools habillés comme tous les autres jours. Un jeune couple, un peu désuet dans des habits de confection qui semblaient dater des années soixante, accompagnés de ce qu'il nous a semblé être de solides buveurs de vodka et de leurs épouses coiffées de "choucroute", comme dans le film Hairspray. Un très vieux couple enfin, candidat au mariage aussi, entouré de leurs enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et des plus valides de leur maison de retraite. Je trouvais ce mélange attendrissant.

Hier matin, j'étais invité à un mariage à l'hôtel de ville de Bruxelles. Le marié était belgo-français et ... l'autre marié d'origine indienne et allemande. Il s'agissait d'un mariage gay.

Ce n'était pas le premier mariage gay auquel j'assistais. La première fois, il s'agissait d'un ancien étudiant. Ce premier mariage gay avait été une copie conforme d'un mariage classique, marche nuptiale de Mendelssohn et échange des anneaux à l'église y compris. Une initiative qui ne manquait pas d'ambiguité, surtout lorsque, à l'église, les deux mariés ont partagé le pain de l'amitié et l'ont distribué. Le prêtre en civil se tenait lui à l'écart, mais donnait sa bénédiction. Ce jeune couple de trentenaires est un couple épanoui, pères maintenant de deux petites filles qui ont l'air très heureuses aussi dans une grande famille très soudée.

Hier, c'était un mariage d'amour et d'humour. Le ton n'était pas solennel et les deux mariés, en couple depuis plusieurs années, ont réussi à donner un ton un peu décalé à la cérémonie avec la complicité de l'échevin de l'état civil. Tout d'abord, le cortège de la noce pour entrer dans la salle des mariages (l'huissier a indiqué qu'on devait marcher sur le tapis rouge, pas à côté) comprenait un marié, mais pas l'autre, qui a beaucoup de mal à monter des escaliers, il faut dire. Jolie manière aussi de se dire "oui", sans solennité, avec enthousiasme, pas les regards baissés comme la princesse Diana et les joues rouges de confusion. Un oui, franc, nourri de l'expérience d'une vie partagée. Juchés sur un podium, dos à la foule, les mariés n'ont pas hésité de temps en temps à jouer de cette position scénique pour se retourner vers le public. A vrai dire, on devrait inverser la perspective dans les salles de mariage : les mariés devraient être faces à la foule et l'échevin tourner le dos. Désopilant aussi quand l'échevin a demandé : "à qui dois-je remettre le livret de mariage ?" Amusant petit jeu de mains : à moi, à moi, tous les deux l'agrippant finalement.

Je suis toujours ému quand deux personnes parviennent à se dire "oui", parce qu'elles s'aiment et que ce "oui" est libre de tout conditionnement.