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vendredi 13 juillet 2012

Humour belge

On parle souvent de l'humour belge, beaucoup plus décalé, surréaliste, dit-on parfois, que l'humour français.

Je dois bien avouer que les caricatures de Plantu sont souvent justes, mais ne me font pas rire. Petillon et Fred Thouron, dans le canard enchaîné, suscitent un peu parfois mes zygomatiques, mais bien moins que Philippe Geluck et Pierre Kroll.

Philippe Geluck et Pierre Kroll, mes compatriotes, non seulement visent juste, mais ils entretiennent une tendre distance, touchant à l'absurde, que je ne trouve nulle part ailleurs.

Quand les français découvrent ces humoristes belges, ils découvrent un univers qui n'est pas vraiment leur quotidien et cela les séduit parfois  (Michel Drucker  et Laurent Ruquier).

Un ami colombien m'envoie régulièrement des caricatures issues de la presse de son pays, cela n'égale jamais mes deux compatriotes. C'est souvent même assez affligeant.

J'ai demandé à mes amis flamands de Facebook si, dans la presse flamande, des caricaturistes sévissaient aussi et s'ils étaient aussi drôles que Kroll et Geluck. En Belgique, il est vrai, les gens du nord ne lisent pas la presse du sud et les gens du sud ne lisent pas la presse du nord, sauf exceptions.

On m'a ainsi parlé de Gal qui publie ses dessins dans le magazine flamand Knack. J'ai été voir. Je n'ai pas été touché. Ses dessins ne sont pas drôles. Il leur manque quelque chose. Il s'agit de caricatures au premier degré, alors que ce que nous aimons nous, enfin moi, c'est le deuxième (et parfois le troisième) degré.

Rit-on de la même chose sous toutes les latitudes ? Sans doute pas. Est-il possible que ce que certains trouvent drôle ne le soit pas pour d'autres ? Evidemment oui, cela arrive tout le temps. Existe-t-il un humour flamand et un humour francophone en Belgique? Je crois bien que oui. Les destinataires de ces humours ne sont pas les mêmes, cela tient à leur état d'esprit. Il y a donc bien une frontière non pas linguistique, mais humoristique, entre la flamandie et la wallonie. En tiendra-t-on compte dans la réforme de l'Etat ?

Après ces propos, je me dois d'illustrer ceux-ci.

KROLL




 




PHILIPPE GELUCK (Le TOP)


 


Enfin Gal, dans le magazine Knack.


















jeudi 12 juillet 2012

De Vlaamse kust (en toute mauvaise foi)

Je n'ai jamais aimé la côte qui était encore belge, dans mon enfance, et qui est devenue flamande depuis. De Vlaamse kust.

Ayant connu très jeune la Bretagne, je n'ai jamais trouvé aucun charme à cette côte rectiligne, bordée de stations balnéaires qui se ressemblent plus ou moins toutes les unes et les autres, ces barres de buildings en front de mer, comme dans une cité, ces restaurants où les menus sont les mêmes partout, ces terrasses entourées de parasols ou de pare-vents d'où on ne voit même pas la mer. L'absence quasi totale de plages sauvages. Je peux y passer une journée à la condition de marcher le long de la mer, mais pas plus. Cette côte me lasse vite.

Il est vrai, ma famille n'a jamais eu les moyens de s'offrir une villa sur les terres du comte Lippens. Nous allions à Coxyde (Koksijde) ou à La Panne (De Panne). Et je ne pratiquais pas la voile, le surf ou le char à voile, bien trop peureux pour cela. J'aimais les oiseaux du Zwin, le plus loin possible dans la réserve, comme toujours, loin des autres et proche des oiseaux. Je n'ai jamais été un grand amateur de cuisse-taxes sur la digue. Il y avait toujours de petits imbéciles pour faire des collisions par plaisir. Les poissons et crustacés vendus sur place viennent généralement de loin, voire de très loin, alors qu'en Bretagne, on déguste les huîtres au bord même du parc à huîtres. Même les moules ne viennent pas de Flandre, elles viennent de Zélande. Les gaufres que l'on vend à la Vlaamse kust sont, soit de Liège (Luikse wafels), soit de Bruxelles (Brusselse wafels). Comme spécialité locale, il y a bien les "babeluttes", une espèce de caramel dur, qui n'est cependant pas si locale que cela puisqu'on en trouve aussi à Lille (Rijsel pour les flamands), en France.




Bref, cette Vlaamse kust me paraît surfaite, malgré l'abbaye des dunes, la maison de Paul Delvaux, le musée Ensor et quelques manifestations intéressantes qui pourraient tout aussi bien avoir lieu ailleurs qu'à la mer. Je ne sais même pas si, à Oostduinkerke, les pêcheurs à cheval ramassent encore des crevettes ...



Les nouvelles qui en proviennent, ces derniers temps, ne sont pas vraiment rassurantes.

Le comte Lippens, bourgmestre de Knokke, en veut aux météorologues. Leurs prévisions pessimistes découragent le tourisme. Surtout le tourisme d'un jour. C'est amusant, car il y a quelque années, le même avait déclaré qu'il en avait plus qu'assez des touristes "frigo box" dans sa station, propriété de quelques familles fortunées. Bref, lui et quelques autres ont décidé d'introduire une action en justice contre les météorologues. Le ridicule de la démarche n'a pas échappé au journal télévisé de Fr2 qui l'a évoquée. Je dois reconnaître que cette démarche insensée a fait tache d'huile en Wallonie, puisque des patrons de parcs d'attraction ont emboîté le pas. Comme quoi, les flamands et les wallons sont parfois unis plus pour le pire que le meilleur ... Le business contre la météorologie !

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_meteo-belgique-dans-le-collimateur-de-la-cote-belge?id=7800352




Mais ce n'est pas tout, voilà qu'une édile ostendaise veut éradiquer les mouettes, jugées être une nuisance. Or, moi, si je vais à la mer, cela veut dire voir et jouer avec les mouettes. En Bretagne, j'ai même séjourné, à Dinard, dans un tout petit hôtel, qui s'appelait "Les mouettes", où on était réveillé par des mouettes rieuses.



Ici, on parle de systèmes très sophistiqués pour ramener les mouettes vers le large, il est même question d'installer en mer des stations artificielles pour leur offrir de la nourriture. Pauvres amis de la Vlaamse kust, ils découvrent seulement que c'est l'urbanisation de leur côte, avec tous les déchets qu'elle engendre, qui fait venir les mouettes !

http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/401491/la-ville-d-ostende-veut-s-attaquer-aux-mouettes.html

Dans d'autres pays que le nôtre, il existe des instances visant à conserver le littoral et à interdire la construction d'immeubles. Rien de cela chez nous, ou si peu (quelques km de dunes et le Zwin ?). Nous avons 70 km de côte, il fallait évidemment que cela rapporte de l'argent. C'est cela entre autres le miracle économique flamand. Triste.

Et ce n'est pas tout, comme nos amis flamands très entreprenants ont agrandi le port de Zeebruge, un banc de sable se forme au large de Knokke-Heist qui, si l'on ne prend pas des mesures, pourrait déplacer l'accès aux plages de plusieurs centaines de mètres ... Pourquoi sont ils inquiets à Knokke ? Ils créeront un petit train touristique pour rejoindre la plage, cela créera des emplois et générera des bénéfices. J'ai connu cela au Portugal, dans la région de Faro. Les stations balnéaires y sont construites à un km ou plus du front de mer resté sauvage. Mais c'était pour préserver la côte.

http://www.levif.be/info/actualite/sciences-et-sante/l-apparition-d-un-banc-de-sable-devant-knokke-heist-inquiete/article-1194669485719.htm

Et puis de toute façon, avec la hausse programmée du niveau des mers et océans, la Mer du nord qui s'était écartée de Bruges, il y a quelques siècles, pourrait bien y revenir ...

Mes amis flamands devront alors construire des digues, comme leurs voisins néerlandais. Heureusement, les wallons n'auront pas à financer ces digues, l'Etat fédéral (s'il en existe encore un) non plus, les flamands seuls paieront pour sauver la Vlaamse kust !







mercredi 11 juillet 2012

A mes amis flamands, bonne fête

Mes amis flamands, le 11 juillet, fêtent la Flandre, leur nation ( ?). On a beau leur répéter, chaque année, qu'il existe aussi une Flandre française avec laquelle ils ne faisaient qu'un sous le comté de Flandre. On a beau leur dire que la bataille des éperons d'or est une drôle de date pour célébrer la nation flamande, ils n'en démordent pas. En effet,  cette bataille a opposé certes des milices flamandes au Royaume de France, mais rien n'aurait été possible, ce jour-là, sans des troupes namuroises et des troupes zélandaises. La bataille des Eperons d'or, à Courtrai (Kortrijk), n'est pas une victoire flamande comme le croient encore nombre de flamands aujourd'hui en Belgique.

On se crée une identité comme on peut. Demain, peut-être, la fête nationale flamande sera le jour de l'adoption par le Parlement de la scission de B.H.V. Une autre grande victoire flamande !

Chaque année, les flamands saisissent l'occasion de cette fête pour jouer les gros bras.

Bart de Wever, une fois de plus, a clairement dit de quelle Flandre indépendante, il voulait. Une flandre riche qui ne paiera pas pour les moins nantis (la Wallonie, bien entendu .... mais aussi, dans l'Europe, les pays faibles). Le parallèle qu'il fait est saisissant entre la Flandre qui ne veut pas payer pour la Wallonie et l'Allemagne qui n'a aucune envie de devenir les flamands de l'Europe en payant pour la Grêce, l'Espagne ou le Portugal.

Kris Peeters, ministre-président de la Flandre, a fait fort lui aussi. Il estime que la Flandre n'est pas assez représentée au niveau européen. Quand les ministres des finances ou des affaires étrangères de l'Etat fédéral Belgique siègent dans les instances européennes, la Flandre ne se sent pas assez représentée. C'est pathologique. Les flamands ont toujours l'impression qu'on les prive de quelque chose, qu'on les empêche d'exister.

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_fete-de-la-communaute-flamande-les-declarations?id=7803255

La Belgique est un Etat fédéral. Ce n'est pas le seul en Europe. L'Allemagne et l'Autriche sont aussi des Etats fédéraux. Les ministres-présidents des länder allemands et autrichiens ont-ils les mêmes revendications que Kris Peeters ? Imagine-t-on un seul instant les 16 présidents des länder allemands représentant l'Allemagne, en plus du représentant fédéral ? Déjà, l'Europe à 27 patine ...

Alors que les politiques flamands, de moins en moins d'accord entre eux, font les gros bras, il est intéressant de savoir ce qu'en pensent les flamands tout court.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/749225/eric-van-rompuy-de-wever-est-une-menace-pour-notre-prosperite.html

Une enquête auprès d'ados flamands révèle que ceux-ci se sentent plus belges que flamands et que leur attache locale (commune ou ville) passe avant leur sentiment d'être flamand.

http://www.levif.be/info/actualite/belgique/l-adolescent-flamand-se-sent-plus-belge-que-flamand/article-4000135917036.htm

Enfin, certains flamands sont bien éloignés du discours de leurs matamoresques représentants.

Ainsi, un ami flamand de Facebook n'a pas hésité à publier sur son mur, cette virile chanson de Jacques Brel sur les flamingants. Moi, en ce jour de fête flamande, comme wallon, je n'ai pas osé.

http://www.youtube.com/watch?v=fGpV8rX-9oA









lundi 9 juillet 2012

Le "point godwin" et ma lettre ouverte au bourgmestre

On apprend des choses tous les jours. J'aime apprendre des choses que je ne connais pas. C'est une de mes qualités : ne me considérant pas omniscient, je sais que j'ai toujours quelque chose à apprendre. Je le reconnais bien humblement, surtout vis-à-vis de ceux qui aiment me faire savoir qu'ils en savent plus que moi.

Ainsi, un lecteur apparemment régulier de mon blog aime le commenter de manière anonyme. C'est la règle du jeu dès lors qu'on ouvre son blog à tous et aux commentaires. Ce n'est pas très courageux de sa part pourtant. D'autant que ses commentaires ont généralement pour objet de souligner mon insuffisance intellectuelle, mes sophismes ou de qualifier mes réflexions de propos de comptoir. Je ne dis pas qu'il n'a pas raison, mais je ne me vois pas engager une discussion argumentée avec un inconnu, qui plus est, anonyme.

Grâce à lui, j'ai appris quelque chose : ma lettre ouverte au bourgmestre aurait montré mon aptitude à atteindre le "point Godwin" et à y succomber. Beaucoup plus ignorant que mon commentateur, j'ai immédiatement entrepris une recherche pour savoir de quoi il s'agissait. Il nous arrive en effet de faire des choses que nous ne soupçonnons même pas.

Voici ce qu'en dit Wikipedia : la loi de Godwin provient d'un énoncé fait en 1990 par Mike Godwin, que sont censés connaître tous les adeptes d'internet, sauf moi : "Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s'approche de 1". Celui qui atteint le point Godwin se discrédite dans une discussion, signifiant par là qu'il est à court d'argument et signifie de la sorte à son interlocuteur que le débat est clos et n'appelle pas de suite. L'énoncé même de cette loi témoigne de son insuffisance : à partir de quand est-ce longtemps ?

Le sieur Godwin n'a rien inventé pourtant, semble-t-il. Il ne ferait que stigmatiser une variante très spéciale (référence à Hitler et au nazisme) de l'argument ad hominem et plus encore de l'argument ad personam.  Notions bien connues dans l'art de la rhétorique.


En relevant une analogie entre la démolition des bancs publics chez moi et une décision similaire prise en France par un maire du Front national, j'aurais franchi le point Godwin.

A vrai dire, peu me chaut. Mais j'ai quand même cherché à savoir la raison de cet opprobre.

Je n'ai pas les qualités intellectuelles de mon commentateur, mais je trouve qu'il invoque fort légèrement la dite loi de Godwin.

Tout d'abord, ma lettre ouverte est une réaction d'humeur, pas un exercice de rhétorique. De plus, je ne clos en rien la discussion avec monsieur le Bourgmestre, par un argument définitif, j'attends même sa réponse et ses arguments.

En relevant la coïncidence de deux décisions municipales sur les bancs publics, je ne vois pas en quoi j'énonce un argument ad personam. L'actualité fournissait simplement une inattendue coïncidence. De plus, il ne s'agit pas d'un argument dans mon discours, mais d'une information, d'un éclairage. En outre, si j'écris au bourgmestre, ce n'est pas lui que je vise mais une décision qui a dû être collégiale. Je lui écris comme premier magistrat de la ville.

Je m'étonne que mon commentateur ne dise rien de l'essentiel, car mon propos tenait avant tout à la manière dont on choisit de vivre ensemble et à l'exercice de la démocratie à ce propos. Cela ne l'intéresse peut-être pas, trop préoccupé à traquer les failles dans le discours des autres.

Je le remercie néanmoins de m'avoir fait découvrir le fantaisiste "point Godwin". Sans lui, je risquais de mourir un peu plus idiot que je ne le suis maintenant.










dimanche 8 juillet 2012

Nul n'est prophète en son pays

Les lectures de ce dimanche (Mc, 6, 1-6) nous parlent de Jésus de retour chez les siens, dans son pays, à Nazareth. Là, ce qu'il parvient à faire chez les autres - transmettre une parole et porter la guérison, plus intérieure que physique d'ailleurs - s'avère impossible. Il n'est pas entendu et il n'opère aucune guérison. Pourquoi ?

Jésus, ne l'oublions pas, a transgressé l'ordre établi du village : il  a quitté, un beau jour, son établi de menuisier, sans donner d'explication, pour aller écouter Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain; il a laissé là sa mère, sans doute veuve, ses frères et ses soeurs ; après, il s'est isolé dans le désert et, depuis, il sillonne les routes, avec une poignée de disciples un peu vagabonds. Il y parle d'un Royaume méconnu, il guérit et il relève, plus les âmes que les coeurs, l'un n'allant pas sans l'autre en fait chez lui.

Sa mère et ses frères s'étaient déjà inquiétés de son parcours marginal ... surtout quand s'étant présentés à lui, sans entrer dans le lieu où il se trouvait, ils s'étaient vu répondre par des intermédiaires : " Qui sont ma mère et mes frères ? " et à propos de ceux qui étaient assis autour de lui " Voici ma mère et mes frères  " (Mc, 3, 31-35). Celui qui renie ainsi sa famille et son village pour on ne sait trop quelle vie doit avoir alimenté bien des commérages et des réactions indignées.

Quand Jésus revient, un beau jour, vers les siens, il n'est pas vraiment accueilli comme le fils prodigue de la parabole ! Tous sont au courant des conditions de son départ et de ce qu'il a répondu quelque temps auparavant à sa mère et à ses frères ; ils ont entendu aussi des rumeurs sur sa prédication et ses guérisons. Ils sont, par rapport à lui, remplis d'a priori. Pour qui les prend-il donc ? Et ne voilà-t-il pas que le chef de la synagogue invite Jésus à commenter la Parole. Cela est, à nos yeux, surprenant d'inviter le charpentier du village à cet exercice, mais, à cette époque, chacun pouvait être appelé à prouver devant tous sa connaissance de l'écriture. Pour être un bon croyant, il fallait démontrer que l'on était dans la droite ligne de la tradition et, si possible, citer l'un ou l'autre rabbi compétent. Or, Jésus s'en dispense, on le sait (Mc, 1, 27), il ne fait pas comme les scribes, il parle d'autorité. Le scandale est accompli. Tous sont frappés d'étonnement ou de stupeur, certains sont sans doute choqués, scandalisés. D'après Luc (4, 28-30), ils le pousseront même hors du village jusqu'à une roche escarpée. Mais Jésus, fendant la foule, reprendra son chemin.

Jésus dira aussi que " un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison " (Mc, 6, 4). Cette parole inspirera le proverbe " Nul n'est prophète en son pays ".

Deux axes de réflexion :
1. - Jésus se définit lui-même comme prophète ;
2. - Des conditions doivent être remplies pour entendre la voix des prophètes.

Enzo Bianchi explique très justement ce qu'est un prophète : " A partir de l'Ecriture et de la grande tradition, le prophète apparaît comme un porte-parole de Dieu. Ce n'est pas celui qui prédit le futur grâce à des qualités divinatoires, mais celui qui sait lire l'action de Dieu, même dans le futur. Ce n'est pas celui qui conteste l'institution pour le plaisir de contester, mais celui qui discerne et dénonce l'infidélité et le péché. Ce n'est pas celui qui vient avec ses propres paroles, mais celui qui n'a d'autre parole que celle qui surgit de Dieu qui l'inspire, et dont - d'une manière qui l'écrase presque - il serait l'écho. C'est surtout celui qui fait sentir la présence de Dieu, non seulement par la parole, mais par toute sa vie, par un style, par son langage et par son silence " ( in Si tu savais le don de Dieu, éd. Lessius, 2001). Celui qui écoute Jésus écoute le Père. Si être prophète, c'est faire sentir la présence de Dieu, alors tous les croyants sont appelés à être prophètes.

On voit bien, dans le récit de Marc, ce qui prive le prophète Jésus de tout pouvoir de parole et de guérison parmi les siens : les a priori, cette incapacité à voir et à entendre sans le miroir déformant des préjugés, des présupposés, des traditions, de ce que l'on sait déjà de l'autre. Bien des prophètes se sont cassé les dents dans l'histoire face à ces obstacles. D'autres le font encore aujourd'hui.

C'est drôle, mais j'ai l'impression que les prophètes de la Raison n'ont pas moins de mal, de ce point de vue, que les prophètes de Dieu. Dans le fond, ils ne sont peut-être pas si éloignés que ça les uns des autres.









mercredi 4 juillet 2012

Lettre ouverte à mon bourgmestre


Liège, le 4 juillet 2012,

A monsieur Willy DEMEYER,
Bourgmestre de la ville de Liège
Hôtel de Ville de Liège
Place du Marché, 24
4000 - LIEGE
  
Objet : la disparition des bancs publics Quai de Gaulle

Monsieur le Bourgmestre,

Je vous écris, en tant que riverain du Quai de Gaulle.

Il y a un mois, j'ai constaté que les bancs en bois qui se trouvaient au pied de mon appartement ont été enlevés et ne seront pas remplacés, selon l'agent de quartier.

Hier, j'ai constaté, que les bancs en pierre se situant sur le quai des "Marcatchous", le quai de halage en contrebas du quai de Gaulle, ont été démolis par vos services avec des marteaux-piqueurs.

Je tiens à vous faire part de ma consternation et de mon incompréhension.

Une rumeur circule selon laquelle ces mesures auraient été prises à la demande d'un comité de quartier qui ne souhaite pas voir, à sa porte, des populations indésirables.

J'ignore tout de ce comité de quartier qui ne m'a pas consulté.

Je me vois privé de bancs publics où lire en été et engager la conversation avec un voisin de banc, fût-il étranger et sans papier.

Un quartier, un morceau de quartier, sans banc public est un quartier qui s'enferme sur lui-même et meurt.

La destruction des bancs publics sur un espace de 150 mètres, soit de la Passerelle au Pont des Arches est risible. Les "populations indésirables" iront ailleurs, un peu plus loin. Et les riverains "honnêtes" du Quai de Gaulle se voient privés, de commodités qui avaient compté dans leur choix de vivre à cet endroit.

Au destructeur de l'espace public qui sévit actuellement, je signale qu'il peut aussi venir avec ses marteaux-piqueurs démolir tous les rebords en pierre entourant la végétation du quai de halage, là où viennent les pêcheurs et abordent les bâteaux venant des Pays-Bas. Des populations indésirables pourraient s'y asseoir ! Que dire de l'image de la ville, pour nos hôtes étrangers, confrontés à des amas de pierre laissés en l'état.

Je ne sais qui a pris cette décision idiote et qui l'a inspirée. J'aimerais vous faire remarquer néanmoins qu'elle comporte un antécédent.


Or, il s'agit, en France, d'un maire du Front National ! Je n'imaginais pas que de telles idées puissent exister dans ma ville et sous votre juridiction.

J'aimerais, monsieur le Bourgmestre, être éclairé, en tant que citoyen, et riverain, sur les raisons qui vous ont conduit à satisfaire certains et à priver d'autres d'un droit fort élémentaire : profiter du fleuve et de ses abords.

Espérant que vous ne resterez pas sourd à mes arguments, je me réjouis, monsieur le Bourgmestre, de lire votre réponse.

Je vous prie, monsieur le Bourgmestre, d'agréer mes sentiments citoyens.







Xavier PARENT











Fraipont, mon ami, mon fils et moi

Depuis peu, j'ai un nouvel ami. Il est généreux et accueillant. Il l'a été, ces trois derniers jours, pour moi-même et pour mon fils Sam.

Sa fort belle demeure ancienne se situe à Fraipont. Une splendide terrasse. Un grand jardin. Un chemin qui mène à la propriété entre les vergers. Une drève toute proche où se promener, se ressourcer. Un étang et un saule pleureur. Deux poules qui courent partout et un coq un peu ridicule qui tantôt les suit, tantôt les précède. Des arbres centenaires, des fleurs et une étonnante variété d'oiseaux. J'ai toujours aimé observé les oiseaux. En trois jours, j'ai vue une pie, des martinets, des bergeronnettes, des accenteurs mouchets, des verdiers, des rouge-queues, un couple de corbeaux, un rouge-gorge, un épervier, deux buses, un geai. Ils partageaient le même paradis que les deux poules et le coq un peu ridicule.

Mon ami nous a ouvert les portes de sa demeure. Quel bonheur de se lever le matin, d'ouvrir la fenêtre et de voir la vallée et les forêts. Quel bonheur, avant de prendre le café du matin, de marcher en méditant sur le chemin d'accès à la propriété. Quel bonheur de lire sur la terrasse. Quel bonheur de finir la soirée près de l'étang sous le saule pleureur. Quel bonheur de franchir le tunnel de verdure offert par un vieux magnolia.

Mais ces bonheurs-là ne sont rien à côté d'un autre. Celui d'être accueilli. Celui de la rencontre. Celui du partage. Celui du respect du rythme de chacun. Mon ami a tout fait pour qu'il en soit ainsi.

Moi, j'ai toujours la bougeotte et ne sais pas rester sans rien faire. Il faut que je marche, que je lise, que j'écrive, que j'aie une activité. Mon ami et Sam, pouvaient rester toute la journée à parler, le verre à la main, sur la terrasse. Moi, j'allais faire le tour de la propriété, je coupais les fleurs fanées, je parcourais la drève, dans un sens puis dans l'autre, puis je revenais. J'aurais aimé lire, quand ils étaient là, mais m'isoler pour lire aurait été inconvenant.

Bien qu'attentifs, nous n'avons pas entendu passer le tour de France dans le bourg et la victoire des espagnols (à moins qu'il faille parler de la cuisante défaite de l'Italie) n'a donné lieu, dans cet endroit protégé, à aucun concert de klaxons.

Le plus extraordinaire a été l'accueil et la connivence de mon ami pour Sam. Je les ai laissés parler des heures entières. De quoi ont-ils pu parler ? Mon ami m'a dit qu'il avait conclu un pacte avec Sam en vue de l'aider. J'espère que Sam saura se montrer digne de la confiance qui lui a été donnée.

J'ai réussi à faire bouger un peu mes deux compagnons, lundi après-midi. Une petite balade en voiture avec quelques haltes parmi les jolis villages de la rive droite de la Vesdre : Saint Hadelin, Olne, Forêt et surtout Soiron, un des plus beaux villages de Wallonie. Autant de lieux que mon ami, pourtant tout proche, ne connaissait pas.

Soiron, une église remarquable, étonnante par ses dimensions, son mobilier et ses lambris boisés (de style Louis XIV). Soiron, plusieurs belles demeures villageoises anciennes. Soiron, un château qu'on peut juste apercevoir, occupé par la même famille depuis 1647. Soiron, un ensemble homogène.

Nous avons eu de la chance : le sacristain nettoyait l'église (d'habitude fermée) et nous a fait visiter le lieu. J'aurais dû prévenir mon ami avant : les occupants du château sont des amis de sa mère, m'a-t-il dit. Peut-être aurions-nous été autorisés à pénétrer dans le parc ?