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vendredi 13 août 2010

Heureusement, le ridicule ne tue pas

Quelqu'un, que je croyais être un ami, me considère comme ridicule.
Heureusement pour moi, le ridicule ne tue pas.
Je lui souhaite longue vie à lui.
Et je méditerai, qu'il en soit assuré, sur mon aspect ridicule.
Et qui sait, je vivrai peut-être plus longtemps que lui.
Mais, dois-je le dire, je ne vois plus vraiment la raison aujourd'hui,
et depuis quelque temps, de le considérer comme un ami.

Priorités, saupoudrages et mensonges

On le sait, le prochain gouvernement fédéral belge (à supposer qu'il y ait encore demain un gouvernement fédéral belge) sera confronté à un déficit budgétaire de 25 milliards d'euros, à assainir.

Depuis les chiffres tombent, je vous les livre en vrac avec juste ce qu'il faut de commentaires pour ne pas encore être accusé d'être un mauvais esprit.

Les "titres-services", depuis leur création, en 2004, ont connu un succès en croissance exponentielle. N'est-ce pas la preuve qu'ils répondent à un besoin réel? Pour mémoire, le mécanisme vise à rendre accessibles des services de proximité (femmes de ménage, aide au repassage, au jardinage, accompagnement de personnes âgées, par exemple) à un prix concurrentiel, par rapport à l'engagement d'un travailleur en noir, et d'offrir en même temps au travailleur en question un statut social. Pour cela, une intervention de l'Etat est nécessaire. D'après une étude, il en a coûté brut à l'Etat belge, pour l'année  2009, 1,2 milliards d'euros. Je dis "brut", car ces travailleurs ne reçoivent plus d'allocations de chômage, paient des cotisations sociales et des impôts. Net, cela représente 731 millions d'euros pour l'Etat. C'est-à-dire une charge pour chacun d'entre nous. On peut juger cette charge excessive, ou mal répartie, voire dénoncer des abus. S'il en est, il faut les empêcher: un subside de l'Etat ne doit pas permettre à certains en particulier de s'enrichir. Mais les chiffres sont là: 103.437 travailleurs étaient concernés, en 2008; 76.233 étaient sous contrat auprès d'une société agréée pour les titres-services. Le système est également choisi par de nombreux travailleurs qui préfèrent un temps partiel.

Cela coûte trop cher à l'Etat, dit-on aujourd'hui, et il faut diminuer l'intervention de l'Etat.  Cela signifie, en réalité, ceci: il ne faut pas que "tous" paient pour "quelques-uns", qui "profitent" du système. En d'autres termes, une fois de plus, chacun pour soi, et qui paie pour qui? Les experts ne recommandent pas une augmentation de la valeur faciale du titre-service, qui serait ainsi plus cher à l'achat. Ils jugent préférable une suppression de la déduction fiscale à laquelle les titres-services donnent droit, avec l'argument imparable suivant: "la majorité des utilisateurs ne tiennent pas compte de la déductibilité fiscale pour décider du nombre de titres achetés ... le bénéfice n'intervient en effet que deux ans plus tard". Ce qui veut dire ceci: les utilisateurs sont des bovins peu perspicaces, nous savons comment leur faire avaler des couleuvres.

A vrai dire, le problème est toujours le même: l'idée est bonne, mais l'instrument ne l'est peut-être pas. Chaque "niche fiscale", comme on dit aujourd'hui, suscite la même question: pourquoi la réplique belge de Liliane Bettencourt pourrait-elle faire repasser son linge avec des "titres-services"? Chaque "niche fiscale" renvoie, tôt ou tard, toujours à la même question: ne faudrait-il pas assurer une certaine "progressivité" de la contribution individuelle et adapter les interventions de l'Etat selon les situations? Jour après jour, le droit fiscal devient ainsi de plus en plus complexe et souvent de plus en plus perçu comme injuste. Car la très vieille dame, que je croise tous les matins, qui n'est pas une "Bettencourt", et sort, malgré tout, tous les jours, avec une ou un "titre-service", qu'elle tient fermement par le bras, vit encore grâce à eux. Elle, cependant, ne peut pas donner une île pour qu'on lui tienne le bras ou qu'on la fasse rire.

En Belgique, le taux de la T.V.A. a été réduit, dans la restauration, comme en France; mais, contrairement à la France, sans engagement des restaurateurs que la diminution de la T.V.A. sera répercutée dans les prix. L'objectif était, a dit le ministre belge des Finances (en Belgique, la capacité de mensonge est un peu moins grande qu'en Sarkozye), de lutter contre le travail en noir, de la part des restaurateurs autant que de leur personnel, et de favoriser ce secteur de l'économie potentiellement porteur d'emplois. Coût estimé pour le budget 2010-2011: 200 millions d'euros. Tout le monde en Belgique avait espéré pourtant que les prix pour le consommateur baisseraient, mais à tort (à cause du président français dont on parle trop). On avait imaginé que les nombreux travailleurs étrangers, illégaux, qui gagnent dans l'Horeca un salaire de misère seraient un peu moins illégaux.  Je puis témoigner que le travail en noir dans l'Horeca n'a pas diminué, si j'en crois les maghrébins que je croise. Et, quand je vais au restaurant, je ne reçois toujours pas systématiquement un justificatif T.V.A., et, si je le demande, j'ai toujours l'impression d'être, sinon "en faute", "un emmerdeur". J'imagine qu'il en est de même dans le secteur du bâtiment ou lors la cueillette des fruits au Limbourg. Mon fils s'est présenté. Le contingent était déjà assuré ... avec des polonais, des roumains,  des marocains. Moi, je trouve ça bien, sauf que mon fils n'a pas été retenu. Ne me dites pas que c'est parce qu'il est né au Brésil, mais belge? Je ne vous dirai pas ce qu'il ressent, je vous laisse l'imaginer. J'oubliais de dire qu'il est demandeur d'emploi et bénéficie du plan "Activa" de la région wallonne, c'est-à-dire pour l'employeur une réduction des charges sociales. De toute évidence, engager un polonais ou un illégal revenait moins cher au patron flamand. Je ne vois pas d'autre explication.

Des chiffres à propos de la restauration? Difficile d'en trouver. Mais cette estimation d'un économiste belge.

http://www.rtbf.be/info/economie/restauration/baisse-de-la-tva-dans-lhoreca-un-effet-retour-global-de-50-serait-un-succes-23

Saura-t-on, un jour, le rapport coût/bénéfice des intérêts notionnels. J'avais dit que je n'en parlerai plus, toutefois le patron de la F.E.B. (Fédération des entreprises de Belgique) a dit qu'ils ne coûtent rien, mais créent de l'emploi et des "revenus fiscaux".

http://trends.rnews.be/fr/economie/actualite/politique-economique/interets-notionnels-ils-ne-coutent-rien-ont-cree-de-l-emploi-et-des-revenus-fiscaux/article-1194741818950.htm

Je ne sais, à vrai dire, et malgré mon expérience, ce que sont des "revenus fiscaux"; quant à l'emploi, on attend toujours les chiffres. Mais le "gourou" (cfr. un précédent blog) a dit que l'on ne pourra sans doute jamais le mesurer.

Le libéralisme est une religion. On y croit des choses qui ne sont pas crédibles et certains finissent par devenir intégristes ou fondamentalistes dans cette religion, comme dans toutes les religions.

mardi 10 août 2010

Le procès-verbal et la polémique

Tout a commencé comme ceci: un pro justitia à mon nom comme propriétaire de la voiture:
"Le 2 août 2010, à 10 h 30, alors que nous circulons sur notre bande de circulation, le conducteur du véhicule dont question ... fait usage de l'avertisseur sonore durant 3 secondes en continu sans raison valable. La circulation au moment des faits ne présentait aucun danger ne justifiant donc pas l'usage de son avertisseur sonore".

Ce jour-là, je n'étais pas le conducteur; le conducteur était mon fils Ben. Dès réception, je l'ai interrogé. Il m'a répondu: "j'étais avec ma copine; on a aperçu sa grand-mère sur le trottoir, j'ai klaxonné pour lui faire signe bonjour".


Depuis, mon fils est un délinquant. Ceci constitue une infraction au premier degré au Code de la route.

Jugeant tout ceci fort dérisoire, je me suis laissé aller à faire certaines réflexions sur facebook:

- je me demandais comment le policier avait pu mesurer à 3 secondes le coup de klaxon de mon fils. Avait-il un chronomètre? Celui-ci était-il homologué (on demande bien une homologation pour les radars contre les dépassements de vitesse)? Les choses auraient-elles tourné autrement si le coup de klaxon avait duré deux secondes? Ou trois secondes mais avec de courtes pauses ("tût-tût-tût, plutôt que "tûûût");
- je m'interrogeais sur l'opportunité de l'intervention des forces de l'ordre en l'espèce, compte tenu que des choses bien plus graves ne sont pas sanctionnées par elles. A vrai dire, pour ce genre d'infraction, c'est essentiellement une question de chance ou de malchance. D'autres klaxonneurs, au même moment, n'auront pas été sanctionnés et, s'il était passé 5 minutes plus tard, il n'aurait pas croisé les pandores (ni peut-être la grand-mère). Le grand Peter Ustinov aurait dit "Tout le monde fait des bêtises, le fin du fin est de le faire sans être vu";
- je relevais que les policiers liégeois ne sont pas toujours très regardants quant à l'utilisation de leurs sirènes hurlantes; elles ne hurlent pas toujours seulement quand c'est nécessaire: être au volant d'un véhicule rapide, avec des gyrophares et des sirènes acoustiquement agressives, doit donner un certain sentiment de puissance: cela ressemble tellement aux séries américaines;
- je soulignais à quel point l'usage du klaxon pouvait varier d'un pays à l'autre, pour tenter de relativiser les choses avec légèreté.

J'ai reçu des réactions assez agressives qui m'ont étonné et encore plus fait réfléchir.

En gros, je me suis entendu dire ceci:
- la loi est la loi, toute infraction mérite d'être sanctionnée; ce n'est pas parce que la  faute est vénielle qu'elle ne doit pas donner lieu à sanction;
- en défendant en quelque sorte mon fils, par mes propos, je lui apprendrais "qu'il n'a que des droits et pas de devoirs";
- si ton fils aime klaxonner, il n'a qu'à s'installer au Maroc. Le klaxon ne sert pas à dire bonjour.

Je dois avouer avoir été choqué et blessé par ces réactions, surtout la deuxième et la troisième.

Je ne parlerai que de la première.

Bien entendu, la loi est la loi et on peut même l'appliquer de manière aveugle et sourde parce que c'est la loi. Cela ne doit pas empêcher d'être critique.

Quel va être l'impact sur mon fils de la stricte application de la loi? Quelles ont été ses réactions?

Première réaction: il ne voit pas ce qu'il a fait de mal. Je plaide coupable (et je demande à payer l'amende à sa place): j'aurais dû lui apprendre qu'on ne klaxonne pas pour dire bonjour! C'est fondamental dans l'éducation d'un jeune. Il reste difficile pour moi de lui expliquer qu'on devient un délinquant en disant bonjour à la grand-mère de sa copine, en donnant un coup de klaxon.

Deuxième réaction: il y a plein d'autres qui le font et on ne leur met pas un P.V. Comment lui expliquer que l'application des dispositions pénales toujours plus nombreuses de notre système juridique est très aléatoire et n'est pas souvent loin de l'arbitraire, mais que c'est la loi! Allez faire admettre l'arbitraire à un jeune! Ou plus simplement que "c'est comme ça, parce que c'est comme ça". Il vous répondra que "ce n'est pas juste", et il a raison. Comment lui expliquer de manière convaincante le principe constitutionnel selon lequel chaque citoyen est égal devant la loi? Il n'est pas juriste et il ne comprend pas. Peut-être n'est-il pas assez subtil pour être juriste?

Troisième réaction: ces flics sont des salauds, s'ils n'ont rien d'autre à faire que de me foutre un P.V. pour ça, je les hais et je les méprise.

Je m'interroge dès lors sur l'efficacité de la mesure pénale en question et de son application. Ne fait-elle pas plus de mal que de bien? Un avertissement expliquant un peu les choses n'aurait-il pas été plus adapté?

Bien au-delà de cela, je me pose des questions plus fondamentales pour lesquelles je demande les lumières de mon collègue et ami, Nicolas.

J'écrivais récemment que le respect n'est pas un dû, mais qu'il se mérite. Comment celui qui trouve la loi injuste à son égard peut-il la considérer avec respect? Sans doute est-il impossible de faire une loi juste aux yeux de tous. Le pouvoir judiciaire (la "Justice") peut, dans un certaine mesure, arrondir les angles. Pourtant, est-il  raisonnable d'espérer un respect de la loi (et de ceux qui la représentent) si la loi apparaît comme une ennemie?

Je me suis autorisé une illustration à propos des lois d'impôts, celles que je connais le mieux. Répondez-moi sincèrement: s'agit-il pour vous de lois amies ou ennemies? On peut rêver d'un système fiscal où chacun paierait juste ce qu'il doit avec le sentiment de contribuer ainsi librement aux charges de la collectivité, mais c'est un rêve. Dès qu'il en a un peu les moyens, le contribuable s'informe sur les possibilités d'échapper à l'impôt. On explique, dans tout enseignement de droit fiscal, la différence entre la fraude fiscale (illégale et donnant lieu à des sanctions administratives et pénales) et l'évasion fiscale (légale et sans sanction). Je me suis toujours senti mal à l'aise face à cette distinction. Il existe donc un moyen d'échapper à la loi en toute légalité! Essayer de se soustraire à l'obligation de contribuer aux charges communes me paraît immoral et antidémocratique, vu que les lois d'impôt sont votées par le Parlement élu et censé être représentatif de tous. Je ne vois pas en quoi il est plus acceptable de le faire "légalement".  Maintenant que la formation universitaire relève de plus en plus de l'école professionnelle, on intitule dorénavant les cours comme suit "Planification internationale" ou "Planification patrimoniale". On y apprend comment échapper légalement à la loi! Qu'est encore la loi quand elle se mort ainsi elle-même la queue? Certains diront encore que "je crache dans la soupe", celle des juristes  bien entendu.

Allez faire comprendre, après cela, à mon fils que son coup de klaxon est passible d'une amende!

lundi 9 août 2010

Le plaisir des mots à la liégeoise (IV)

D'abord, je dois faire une rectification. Un lecteur anonyme de mon blog m'a indiqué que la signification de "potch è foûr" est "saute dans le foin". On désigne ainsi le criquet, la sauterelle, le grillon. Je l'avoue, j'ai succombé un peu facilement à l'homonymie. "Potchî" veut bien dire sauter.

Voici d'autres mots:

Dorèye: on désigne par là une tarte au riz, spécialité régionale, s'il en est. A Tancrémont, autour du "Vî Bon Dju", on vend des tartes. Des "roues de charrettes",  soit de très grandes tartes que l'on peut acheter par morceau ou entière (notamment à l'occasion de baptêmes, de communions ... ou d'enterrements). Ceux qui aiment le riz coulant aiment la tarte de Tancrémont. Mais " le nègre plus ultra", comme disait la vieille Henriette, c'est à Verviers qu'on la trouve. C'est la tarte "au riz et aux macarons". Précision utile: la vraie tarte au riz et aux macarons comporte des macarons dans le riz et non une espèce de couverture en sucre. Ne mangez pas de tarte au riz en Flandre, vous serez déçu.

Dringuelle: lors du nouvel an, quand j'étais gamin, la famille comptait encore des oncles, des tantes et des cousins. Le jour de l'an, on faisait un circuit familial; à chaque étape, j'avais droit à une "dringuelle" (des étrennes) plus ou moins importante (elle pouvait aller de quelques sous à un billet soigneusement plié en quatre, mais toujours donné dans la plus grande discrétion). Il y a bien longtemps que ma famille ne compte plus ni oncle, ni tante, ni cousin germain. Vivement que je sois grand-père pour donner aussi une "dringuelle" à mes petits-enfants!


Haguette: Malmédy est une petite ville wallonne, très fleurie en été, anciennement prussienne, où l'allemand et le wallon cohabitaient (aujourd'hui l'allemand, le wallon et le français). Elle est célèbre pour son carnaval. C'est le carnaval belge le plus "bon enfant" que je  connaisse, bien différent de celui de Binche et de ses gilles  (qui me laisse indifférent) ou de celui d'Eupen (trop rhénan à mon goût). Les "haguettes" sont munies d'une pince en accordéon et, quand elles vous saisissent, vous n'avez pas d'autre choix que de vous mettre à genoux et de demander "pardon, Haguette". Joli exutoire quand l'ouvrier masqué piège ainsi son patron ...


Macrale: une "macrale" est une sorcière. Elle est généralement fort laide et a trouvé un moyen de déplacement qui pourrait réduire grandement les émissions de CO2: elle voyage sur un balais. Un groupe folklorique de Haccourt perpétue la tradition des "macrales".  Quand j'étais enfant, ma mère me narrait un conte parlant d'une "boûkète emacralée" (une crêpe ensorcelée). J'adorais écouter ce récit. Je le reproduis en annexe ci-après.


Marcatchou: d'après un panneau, sur le quai de halage, en dessous de chez moi: Marcatchou s'appelait en fait José Quitin, il était un pêcheur hors ligne, si je puis dire. Depuis, on utilise le mot "marcatchou" pour désigner un pêcheur.


Potale: la tradition de mettre sa demeure, sa rue, son quartier sous la protection de la Vierge n'est pas que liégeoise. Mais c'est à Liège, dans mon quartier, que la tradition populaire a réservé à la Vierge les plus belles demeures. On les décore particulièrement pour les fêtes du 15 août. Chaque gardien de potale se doit de décorer celle-ci le mieux possible.


Li boûquète emacralée





C'èsteût l'nut dè Noyé, li mame féve dès boûquètes, èt tos lès p'tits èfants,
rasonnés dilé l'feû, rin qu'à houmer l'odeûr qui montéve dèl pêlète,
si sintît l'êwe al boque èt s'ralètchît lès deûts.

Qwand on costé dèl påsse èsteût djusse à l'îdèye, li mame prindéve li pêle,
èl hoyéve on p'tit pô, èt pwis houp ! li boûquète è l'air féve ind dimèye
èt d'vins l'mitant dèl pêle ritouméve cou-z-å haut.

- Lèyîz'on pô sayî, brèya li p'tite Fifine dji wadje dèl ritoûrner d'adreût dè prumî côp.
vos-alez vèyî, mame ! Et volà nosse glawène qui prind l'pêle à deûs mains, qui s'abahe on p'tit pô, èt rouf ! di totes sès fwèces èle èvole li boûquète...

Ele l'èvola si bin qu'èle n'a måy ritoumé. On qwèra tos costés, so l'årmå, po-drî l'pwète, on n'ritrova måy rin. Wice aveût-èle passé ?
Tot l'monde s'èl dimandéve, èt lès k'méres dè vinåve si racontît tot bas, l'al nut', åtout dè feû, qui c'èsteût sûr li diâle qu'èsteût catchî d'zos l'tåve
èt qui l'aveût magnî sins fé ni eune ni deus...

L'iviér passa. L'osté ramina lès vèrdeûres èt les fièsse di porotche ås djoyeûs cråmignons.
Tot l'monde aveût dèdja roûvî ciste avinteûre, qwand li mére d'a Fifine fat r'blanki sès plafonds.
Volà don l'bwègne Colas, blankiheûs sins parèye, qu'arive avou sès breûsses, sès håles è sès sèyês. I k'minça dè bodjî lès p'titès barda'h'rèyes qu'èstît avå l'manèdje; i wèsta lès tåvlès qui pindît so lès meûrs; pwis, montant so s'halète,
i d'pinda l'grand mureû qui hågnîve so l'djîvå...

Et c'èst podrî l'mureû qu'on r'trova nosse boûquète qu'èsteût là d'pôy si meûs, co pus deûre qu'on vî clå, neûre come on cou d'tchapê, reûde èco pé qu'ine bèye, frèzèye come in vèye catche èt, d'zeûr di to çoulà, tote coviète di strons d'mohe, èt tél'mint tchamossèye
qu'èle-aveût dès poyèdjes co pé qu'in angora.



Vrais débats et mauvaises réponses

Deux réflexions aujourd'hui pour prolonger ce que j'ai pu écrire ces jours derniers.

Tout commence avec la lecture, dans La Libre Belgique de ce jour, d'un article de C. Demelenne, intitulé "Les antisarkosystes dérapent".


http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/601257/insecurite-les-antisarkozystes-derapent.html

Je l'avoue, je suis un "antisarkoyste", par les tripes et par conviction. Les "antisarkozystes" accusés de dérapage, par le journaliste, sont, d'une part, les voix politiques de gauche, qui n'en ratent pas une pour s'opposer, vu qu'ils sont dans l'opposition, d'autre part, les intellectuels de gauche, qui pratiqueraient l'angélisme et méconnaîtraient la réalité, quand ils invoquent certaines valeurs de la République.

Je ne suis ni un politique, ni un intellectuel. J'essaye simplement de réfléchir.

Il y a un problème d'insécurité, réel; une escalade même. Même à gauche, on en convient. Le débat est donc légitime.

Les "sarkozystes" et les "antisarkosystes" se différencient sur deux plans: les causes de l'insécurité et les moyens à mettre en oeuvre.


En simplifiant un peu, le "sarkozyste" ne s'interroge pas trop sur les causes; le "sarkozyste" n'est pas un homme de réflexion. La seule chose qui importe pour lui c'est l'action; et même la manière forte, si besoin, et même de préférence, parce qu'elle se voit et qu'on en parle. Le "sarkozyste" parle beaucoup de qu'il va faire et se limite à faire quelques actions d'éclat. Il est un homme qui gère le court terme, selon le principe "Action-Réaction" (le subtil François Berléand, se rattache en permanence à ce principe, dans le film Les Choristes, veule directeur d'une institution d'éducation pour enfants difficiles, plus prompt à chercher les honneurs et la fréquentation des notables du coin qu'à s'intéresser à ceux qui devraient être ses protégés).

L' "antisarkozyste", lui, pense qu'on ne peut pas comprendre le fait, sans s'interroger sur ses causes et que seule la connaissance des causes est capable d'indiquer les réactions à adopter.

Le "sarkozyste" a une vision très réductrice des causes: il y a des populations "à risque" et d'autres pas. Les populations "à risque" sont généralement "d'origine étrangère". Il y a des statistiques qui d'ailleurs le confirment. Compte tenu des statistiques, il faut donc se montrer ferme, et sans pitié, avec les personnes d'origine étrangère.

L' "antisarkozyste", lui, est conscient de choses bien plus fondamentales:
- laissons de côté, la grande criminalité, mafieuse ou en col blanc: celle-ci est étrangement moins visée par la politique sécuritaire du président Sarkozy que la "petite délinquance", les "incivilités" qui deviennent de plus en plus violentes, il est vrai;
- la pauvreté et l'exclusion sont, en réalité, les causes principales de la délinquance visées par le président. Cela n'a rien à voir avec l'origine étrangère. A Glasgow, dont je parlais récemment, les quartiers pauvres ont vu l'apparition de gangs, qui n'existaient pas, quand les pères pouvaient travailler et leurs fils espérer le faire et, dans ces gangs, on y trouve de purs écossais "né-natifs". Qui  a fait le plus preuve d'incivilité? Le patron, lady Tatcher ou les pauvres hères ...  ;
- le sentiment réel, fondé ou non, d'être injustement traité n'a, convenons-en, pas beaucoup de moyens pour s'exprimer;
- des jeunes (beaucoup plus qu'on ne croit) ne reconnaissent plus l'autorité: mais comment admettre l'autorité d'un père qui n'a plus de travail? comment ces jeunes peuvent-ils reconnaître une quelconque autorité à un politique qui ne s'intéresse à eux que pour les punir et vit, quant à lui, dans l'opulence avec un top model? Comment s'étonner qu'en chaque flic ils voient Sarko? Sarko le veut, il aime jouer au superflic. Or, le respect ne s'impose pas, il se mérite;
- il y a bien une violence subie à l'origine (celle d'être exclu); or, la violence n'a jamais engendré que la violence. Le président est donc très mal inspiré en répondant par la violence ou la force. On ne peut attendre d'une telle politique qu'une escalade.

Voilà ce qui distingue le "sarkozyste" de l' "antisarkozyste".


Ceci m'amène à ma deuxième réflexion.


J'ai cité, il y a peu, les propos d'un riche de Glasgow: "Les gens qui ont beaucoup d'argent n'aiment pas du tout qu'on leur dise ce qu'ils doivent en faire. Les taxer davantage serait une erreur. Je pense que les entrepreneurs, les gens qui ont du succès et qui ont beaucoup d'argent, comme moi, doivent être convaincus. Oui, on doit les convaincre de donner davantage à la charité, aux bonnes oeuvres".


On est en droit de se demander pourquoi les gens qui ont beaucoup d'argent devraient être convaincus et les autres pas. Moi, je paie des impôts sans être convaincu, d'ailleurs on ne me demande pas vraiment mon avis (je le donne seulement en votant, une fois de temps en temps, pour des candidats qui me paraissent défendre des idées que je partage). Je suggère dès lors, par souci d'égalité, qu'on ne leur demande pas leur avis non plus.

dimanche 8 août 2010

La chute du British Museum

Si vous cherchez un livre pour les vacances, un livre pour rire, un livre à lire si vous ne partez pas en vacances, je vous recommande chaleureusement celui-ci, qui est hilarant.

La chute du British Museum, David Lodge, en édition de poche, 1993, Payot & Rivages.




Le héros a 26 ans, il s'appelle Adam Appleby (un nom avec lequel on ne fait pas une carrière dans le cinéma), il a une femme et déjà trois enfants, il prépare une thèse, il est catholique, dans les années 60. Leur couple pratique, avec angoisse et frustration, la méthode naturelle de régulation des naissances dite "du docteur Ogino" (un con, soit dit en passant), qui était la référence vaticane.

Le femme catholique était invitée à déterminer sa période fertile en relevant sa température quotidiennement, période pendant laquelle tout rapport devait être évité, si le couple voulait ne pas donner naissance à une progéniture. Il s'agissait d'un méthode naturelle. Comme le raconte l'auteur, on disait aux jeunes couples de ne pas avoir de relations de sexuelles avant le mariage. Et puis après, on  leur disait que, pour ne pas avoir d'enfant, il fallait apprendre à s'abstenir pendant une période floue. L'auteur décrit merveilleusement la situation: "Pendant trois mois anxieux, ils avaient survécu. Malheureusement, l'ovulation chez Barbara semblait arriver tard dans son cycle menstruel, aussi leurs relations sexuelles se voyaient-elles imposer un schéma curieux: trois semaines pendant lesquelles ils traçaient patiemment des graphiques, suivies de quelques nuits de frénésie amoureuses, qui vite tournaient court, cédant la place à l'épuisement et à un regain d'incertitude ...".

Ceci m'amuse beaucoup, car, lors de ma période mariée .... nous devions utiliser la méthode du célèbre docteur Ogino pour être sûrs, à l'inverse, d'avoir un enfant. Il fallait que je concentre toutes mes forces sur quelques jours à peine et multiplier les rapports en ce moment sacré de la période fertile ... Est-il nécessaire de préciser qu'un tel régime tue l'amour, autant que le don de sperme en vue d'une insémination artificielle? Mais ce que femme veut ...

Ouf, j'en suis sorti et je suis très heureux d'avoir deux fils adoptés auxquels je tiens comme à la prunelle de mes yeux.

Glasgow

Je viens de lire un article terrifiant dans la livraison du mois d'août du Monde diplomatique: J. Brygo, envoyé spécial, "Vivre riche dans une ville de pauvres", pp. 4 et 5.

Un record de la plus basse espérance de vie est enregistré dans cette ville: 54 ans pour les hommes ... dans certains quartiers. Le différentiel de vie entre un enfant né dans un quartier riche et un autre mis au monde dans un quartier pauvre de la même ville, d'après un rapport de l'O.M.S. (Organisation mondiale de la santé), est de... 28 ans. Cette même ville compte un fort taux de millionnaires, la plaçant au 7ème rang des villes millionnaires du Royaume-Uni, bien avant  Edimbourg (prononcez: eî-din-bre), capitale de l'Ecosse.

On ne parle pas ici d'un pays du monde que l'on dit "tiers" (le Tiers-monde), mais de Glasgow, une ville d'Ecosse, au sein de l'Union Européenne, qui ne s'illustre pas que par son activité culturelle et ses commerces de luxe, incarnés dans le slogan "Glasgow, l'Ecosse qui a du style", mais aussi par une politique affirmée d' "apartheid social", héritage de la "dame de fer", lady Tatcher, aussi "gaga", paraît-il aujourd'hui, que l'autre.

Dans cet article, on découvre (mais on le savait déjà) le désastre social de la politique néo-libérale de la lady "de fer". S'est-elle jamais rendue compte des morts "sociales" qu'elle a sur la conscience? Aux Etats-Unis, pour un meurtre, de pauvres hères passent  sur la chaise électrique, parfois sans preuve.

Les propos recueillis sur place par le journaliste donnent froid dans le dos. Faisons crédit au journaliste.

"Oui, on sait: à Glasgow, il y a certains quartiers où ils vivent moins vieux qu'en Irak. Le style de vie, la dépravation ... On  sait, Glasgow a toujours été une ville où les pauvres et les riches vivaient côte à côte. C'est surtout les immigrés irlandais qui ont fait baisser les statistiques. Mais bon, ce n'est pas si grave. Ca reste des poches de pauvreté et Glasgow est vraiment une cité vibrante, avec des musées fantastiques, des concerts extraordinaires, des gens exceptionnels!", M. Michael Guy, 62 ans, président du Rotary club local, créé en 1912.

"Je reviens d'Inde (où je fais des affaires) et je peux vous dire que les gens de l'Est de Glasgow s'en sortent très  bien par rapport aux indiens. Et les pauvres de Glasgow sont riches par rapport aux pauvres du Malawi ... Il n'y a pas de famine, ni de problèmes sanitaires dans ces quartiers. Ce ne sont pas des raisons de pauvreté qui expliquent ces mauvais chiffres (taux de mortalité), pas plus que des raisons sociales ...". En effet, "c'est parce que les pauvres mangent mal et qu'ils héritent des mauvaises habitudes de leurs parents". Monsieur William Haughey, 53 ans, patron multimillionnaire de la City Refrigeration Holding.

Mais, avec le Rotary Club,  "nous sommes très fiers de mener des actions dans les écoles des quartiers pauvres de la ville, comme les concours d'élocution (le traducteur aurait dû dire: "d'éloquence"; c'est une spécialité des Rotary Clubs que les tournois d'éloquence; il en existe un à Spa, par exemple). Toujours monsieur Guy.

Et puis ceci: "Les gens qui ont beaucoup d'argent n'aiment pas du tout qu'on leur dise ce qu'ils doivent en faire. Les taxer davantage serait une erreur. Je pense que les entrepreneurs, les gens qui ont du succès et qui ont beaucoup d'argent, comme moi, doivent être convaincus. Oui, on doit les convaincre de donner davantage à la charité, aux bonnes oeuvres". Encore monsieur Haughey.

Glaçant.