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jeudi 8 mars 2012

Qu'est-ce qu'un bon prof de droit pour ses étudiants ?

Le hasard fait que je suis l'ami Facebook d'actuels étudiants en droit, qui ne m'auront jamais comme prof et qui parfois me connaissent à peine. Ce lien me donne accès à certaines réflexions et à quelques états d'âme.

Au risque de paraître ringard, une fois de plus, je définirais le bon prof de droit à l'université comme ceci.

Il peut arriver à son cours les mains dans les poches et user de sa parole, d'une craie et d'un tableau pour faire passer l'essentiel. Il maîtrise la matière et est capable d'improviser son cours. Les cours que j'ai improvisés ont toujours été les meilleurs. Cela ne veut pas dire qu'ils n'étaient pas précédés de longs temps de lecture, de méditation et de prises de note, puis d'une certaine rumination, toute monastique dans le fond.

Je veux dire par là qu'il n'est pas nécessaire de disposer de "power points" ou d'animations sur écran pour  faire un bon cours. Je veux dire aussi que l'on perd beaucoup de temps à s'adonner à ces nouvelles méthodes de communication.

Un bon syllabus pour un cours de 60 heures ne doit pas excéder 150 à 200 pages. Il ne sert à rien de donner à ses étudiants le dernier traité de 800 pages qu'on vient de publier, avec les tout derniers développements jurisprudentiels, les moindres détails du détail. Le public étudiant représente cependant pour certains profs une clientèle obligée. Ces professeurs se trompent de métier. Ils feraient mieux de consacrer leur temps à rédiger pour leurs étudiants un syllabus digne de ce nom.

Ce que les étudiants attendent de leurs professeurs, c'est, outre leur connaissance approfondie d'une matière, d'une part, leur capacité à en faire la synthèse avec le recul suffisant, d'autre part, leur aptitude à discerner dans cette matière ce qui bouge, les fractures annonciatrices de débats à venir, de choix à faire. Ces débats à venir doivent être éclairés à l'aune du passé autant que par les enjeux plus actuels. Il n'incombe pas au professeur, vis-à-vis de ses étudiants, de les informer de la dernière décision somme toute provisoire rendue par un tribunal quelconque dans une question controversée, mais de les sensibiliser au problème posé, d'en mesurer les enjeux, de peser les arguments.

J'ai toujours été surpris par mes collègues qui donnent des dossiers de documentation monumentaux ... comme si l'apprentissage à l'université s'apparentait à une compilation, toujours plus énorme, d'informations.

Je crois profondément aux vertus de l'enseignement ex cathedra, et tout autant aux vertus de l'examen oral. Je ne dis pas que l'enseignement ex cathedra est tout. Il doit évidemment se poursuivre au contact des réalités, quoique la réalité sert tout le temps à illustrer l'enseignement ex cathedra dans la vision que j'en ai. La différence est peut-être celle-ci : le but de l'enseignement universitaire n'est pas d'apprendre aux étudiants des solutions. Il est de les confronter à des questions ... parfois sans solution.

Il est un autre aspect. L'enseignement du droit à l'université doit évidemment doter les étudiants d'un certain bagage intellectuel. Il repose sur deux piliers :

- des bases solides dans les matières juridiques ... mais aussi malheureusement de plus en plus des compétences, qui n'avaient pas leur place à l'université, auparavant, car elles étaient censées acquises, mais qu'il faut aborder aujourd'hui : l'art de la dissertation, l'art de l'argumentation, l'art de la rhétorique. Aujourd'hui, certains étudiants maîtrisent à peine le français et ses subtilités, quant à l'orthographe ! Un jour, je lisais à des étudiants de 2ème bac (licence en France) l'extrait d'un arrêt où figurait le mot "nonobstant", personne dans l'auditoire ne comprenait ce terme. Certains résistent, jusqu'à tenter l'épuration des auditoires. Ainsi, un de mes collègues, disciple de son maître, n'hésite pas à proposer à ses étudiants de 2ème bac, semble-t-il, la lecture d'une phrase comme celle-ci : " ...  mais il faut renoncer à rien comprendre aux sociétés humaines si l'on ne réfléchit sur ce dont l'homme est capable qu'à partir des êtres que l'on accepte de fréquenter " (sic). C'est un étudiant qui me l'a communiquée. Cette phrase est lexicalement correcte, mais obscure. Certains étudiants face à une telle phrase s'avouent vaincus : ils ne comprennent rien. D'autres, les nouveaux disciples, se targuent, eux, de comprendre, et font preuve d'euphuisme : ils partagent le bel esprit et le style particulier de l'auteur et par ricochet du personnage fictif qui donna son nom à cette posture. Ils finissent par s'exprimer de la même manière quitte à n'être compris que par quelques-uns. Horresco referens, comme disait un romain dans Astérix. Il est intéressant de relever que cette posture, car telle est bien le nom, a sévi, dans tous les domaines, au 17ème siècle anglais, avant d'être stigmatisée, un peu plus tard, par  Walter Scott (une brute), qui la couvrit de ridicule. Il parla alors d'individus pédants.

- si on donne à nos étudiants des outils, ne faut-il pas aussi qu'on leur apprenne à s'en servir ? Cela me paraît évident. Pour cela, quand j'étais étudiant, l'université organisait des séances de travaux pratiques où l'on étudiait des casus, souvent un peu tordus, avec un assistant. J'ai toujours pensé que des assistants bien formés auraient pu prodiguer utilement l'enseignement théorique, conçu par le professeur, mais que le professeur devait être là pour les séances de travaux pratiques, car il faut alors canaliser les suggestions diverses, faire le lien avec l'une ou l'autre théorie, et surtout conclure (avec souvent le constat que tout reste possible et ouvert). Dit par un assistant, cela peut paraître un signe de faiblesse ; dit par le prof, cela devient un signe d'humilité. Il n'en a pas souvent été ainsi dans ma faculté.

Quand et comment faut-il apprendre à jouer avec les outils dans un cursus d'étudiant en droit ? Je pose la question parce qu'il existe une ambiguité. Pour devenir avocat, il faut plusieurs années de stage. Pour devenir notaire, itou, plus un concours. Pour devenir magistrat, il vaut mieux avoir été avocat, puis réussir un concours. Si des stages professionnels sont prévus, dans les filières les plus prestigieuses du droit, pourquoi l'université doit-elle faire la même chose, au détriment d'autre chose ?

Je ne parle ici que des carrières prestigieuses : car on ne parle guère, dans les facultés de droit, des juristes qui finissent par travailler comme fonctionnaire aux finances, comme gestionnaire de dossiers dans une compagnie d'assurances, comme secrétaire communal, comme conseiller dans un centre d'accueil aux jeunes en difficulté. J'ai toujours eu l'impression qu'ils étaient considérés comme des juristes de seconde zone. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours eu en horreur la séance de remise des diplômes qui, pour moi, ne devrait pas avoir lieu en présence de magistrats et de membres du barreau et du notariat. Si ces solennités veulent dire quelque chose, il y a lieu de s'interroger sur ce qu'elles veulent dire. Je ne dis pas qu'il faut se contenter d'afficher les résultats ad valvas, comme pour le bac en France, mais une proclamation sobre, digne, sans flonflon, avec juste les parents et les lauréats, et sans mettre toujours les meilleurs en avant me conviendrait mieux. Ainsi, à l'issue, ne verrait-on pas, toujours le même tableau, les parents du sérail, gonflés d'orgueil pour leur progéniture, parfois médiocre, serrant les mains de tous les professeurs, qu'ils avaient croisé au Rotary ou dans d'autres cénacles, deux jours avant, et les autres, hors sérail, qui sont heureux aussi, mais un peu exclus ... à moins qu'un prof n'aille vers eux.

Les femmes de ma vie

Aujourd'hui, c'est la journée mondiale de la femme. Existe-t-il une journée mondiale de l'homme ? Il en existera peut-être une dans quelque temps.

Trève de plaisanterie, on peut s'interroger sur le sens d'une telle journée.

Pour ma part, j'ai  choisi de me remémorer toutes les femmes qui ont croisé et accompagné ma vie (en ce compris celle qui m'a donné la vie bien sûr).

D'abord, je suis frappé par le nombre de femmes qui ont une importance dans ma vie, alors qu'on me prend souvent pour un misogyne. Ce n'est pas parce que je suis un homme "qui préfère les hommes", comme on dit pudiquement dans certains milieux, que je puis me passer des femmes. D'ailleurs, les cénacles totalement masculins, comme il en existe dans le monde sportif, par exemple, mais ce fut aussi le cas à l'armée, m'angoissent. Je me sens vraiment mal quand il n'y a que des hommes autour de moi. Il en est ainsi aussi dans certains bars. Je préfère aller prendre le thé et manger un gâteau avec une amie dans un univers moins étouffant.

J'ai eu la chance, comme militaire, d'être affecté dans un service où régnaient deux demoiselles civiles aimant les voyages et l'opéra. Le lieutenant, directeur des ressources humaines, avait été, me concernant, d'une grande clairvoyance. M'imaginez-vous seulement sur un champ de tir ou en train de faire du rappel à Marche-les-Dames ? Avec ces demoiselles, j'ai bu du thé et mangé des petits gâteaux et un peu commenté les conventions de Genève.

Et puis, je ne suis pas ici l'ordre hiérarchique, il y a eu ma grand-mère et ma mère. Sans elles, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui. Leur caractère particulièrement dominant n'a pas été sans me poser des problèmes une fois sorti de l'adolescence soumise. Mais je dois reconnaître que, en bien ou en mal, elles m'ont marqué à vie et elles l'ont fait par amour, l'amour pouvant être maladroit. Je les aime avant tout et malgré tout.

J'ai connu, dans ma vie, quelques histoires d'amour, plus ou moins intenses, le plus souvent animées de beaucoup d'idéalisme de ma part. Je sais aussi me montrer romantique. Je n'en ai connu qu'une avec une femme. Elle aura été la seule de ma vie ... à ce jour. Rétrospectivement, je me demande si ce qui nous unissait était bien de l'amour ou plutôt un ensemble de contingences, de certitudes sociales, d'évidences. J'ai tenu bon pendant presque 20 années pourtant.

Et puis, il y a mes "accompagnantes". Elles le sont à des degrés très divers. Je voudrais juste leur rendre hommage par leur prénom (Nicole-Claire, Anne-Françoise, Marylène, Monique, Michèle ...). Je les remercie pour l'attention qu'elles me portent, l'écoute qu'elles m'offrent, la compréhension dont elles sont capables. Si je veux me faire comprendre, je sais, par expérience, qu'il vaut mieux m'adresser à une oreille féminine (ou à un moine, ce qui en dit long sur la capacité du moine à unir en lui masculin et féminin).

Voilà pour les "femmes de ma vie". Mais il y a toutes les autres. Je veux penser à elles aussi.

Je me contenterai de reproduire ici le commentaire d'une connaissance (du même bâtiment que moi) qui a écrit ceci sur Facebook : " (je) trouve consternant que ce qui était à la base une journée de défense des droits de la femme soit réduite et assimilée à une fête où l'on offre des fleurs ou du parfum, tout en contrebalançant la générosité d'un jour par de désolantes blagues machistes. C'est même particulièrement triste que des femmes tombent dans ce panneau. Où sont les combats solidaires relatifs au droit de vote ou à l'éducation, à la lutte contre l'excision, les mariages forcés ou la violence conjugale ? ".





lundi 5 mars 2012

Souvenirs horribles

Je l'avoue : je n'ai jamais mis les pieds dans une discothèque. Tout au plus ai-je fréquenté le Cercle Saint Victor de ma paroisse. A vrai dire, je n'ai jamais éprouvé aucun attrait pour cette inconnue qu'était la discothèque. Mais j'ai connu les "boums" et les soirées d'anniversaire parfois dans le garage des parents.

Je ne suis pas un extra-terrestre. Comme les autres, j'ai dansé sur Claude François ("Le lundi au soleil"), dansé et surtout chanté en entendant "Pour un flirt" de Michel Delpech (il y avait une polyphonie sous-jacente) et même dansé des slows, notamment "Tu t'en vas" d'Alain Barrière (sans compter cette danse que l'on dansait à l'envers sur un air de Serge  Gainsbourg : "La décadance").

http://www.youtube.com/watch?v=ZhmMQpjieUg
http://www.youtube.com/watch?v=ARCopWrosW0
http://www.youtube.com/watch?v=Mg6y4O-m7Zc
http://www.youtube.com/watch?v=AnXMyODihKY

Sauf que je n'aimais pas, je me forçais. Je tentais de faire comme les autres. J'ai beaucoup de peine à comprendre l'élan de nostalgie des gens de ma génération pour cette époque: celle de leurs soirées dansantes. Et bien sûr, en ce qui me concerne, toujours ce regret de n'avoir jamais pu être comme les autres.

Le pire consistait dans ce qu'on appelait les "rondes". Une musique à la Patrick Sébastien (ou le Grand Jojo) où l'on devait tourner en rond en faisant "la chenille" avec des inconnus. Il y avait alors un jeu de foulard. Une inconnue pouvait venir me choisir et il fallait alors danser au milieu du cercle avec elle. Pour moi, c'était une horreur absolue. D'abord, parce que je ne supportais pas d'être choisi et puis j ne puis danser avec un(e) inconnu(e). Après, je devais soumettre au même supplice quelqu'un d'autre. Ce quelqu'un d'autre ne pouvait être que du genre féminin. Je restais alors au milieu du cercle avec mon foulard incapable de choisir. On ne peut pas imaginer à quel point j'étais malheureux. Alors, j'allais vers les plus moches, pour leur faire plaisir, ou toujours auprès de la même.

http://www.youtube.com/watch?v=My_3tD0-1Gk
http://www.youtube.com/watch?v=R6AcVgFpGyg&feature=related

dimanche 4 mars 2012

Hommage à Félix

Hier, les victoires de la musique (non classique) ont été attribuées au cours d'une soirée télévisée que je n'ai pas regardée. J'avais mieux à faire.

J'avoue ne pas connaître, ou juste un peu, les grands gagnants : Félix-Hubert Thiefaine, Catherine Ringer, Orelsan. Bref, je ne me sens guère concerné par ce palmarès. Les votants ont au moins eu le mérite d'honorer, paraît-il, des marginaux.

Pour ne pas être idiot, j'ai donc essayé, ce dimanche, d'écouter les oeuvres des promus de première classe.

Félix-Hubert (quel beau prénom aristo) Thiefaine semble avoir des textes subversifs, qui ne manquent pas d'intérêt. Je préférerais les lire, à vrai dire, plutôt que de les écouter par leur auteur et ses acolytes, car, sur le plan musical, c'est pauvre et racoleur. On se croirait à un grand feu de camp où on ne chante plus Bob Dylan, ni Hugues Aufray, mais Thiefaine. Pour les spectateurs, cela doit être sympa, mais cela ne fait pas de Thiefaine un monument de la chanson. Au moins, il est modeste et discret. Pour cela, je lui pardonne.


http://www.youtube.com/watch?v=jiKYhvpBgpw

Catherine Ringer, c'est tout autre chose. Elle est une voix et un personnage. Une voix unique. Elle est l'antithèse de The Voice. Donc, j'aime a priori. Certains commentateurs ont observé qu'elle a été récompensée pour l'ensemble de sa carrière. C'est-à-dire l'époque Rita Mitsuko. Il semble que son dernier album, sans Fred Chinchin, son compagnon, ne soit pas à la hauteur de ses oeuvres passées. A voir. Il lui faut peut-être un nouveau pygmalion.




Quant à Orelsan, je n'ai pas pu écouter plus de 30 secondes, tant le rap m'indiffère. S'agit-il encore de musique ? Une fois de plus, je veux bien lire les textes, qui expriment sans doute bien des choses. Mais je ne puis les entendre. Quelle poésie ! Quand j'entends que ce jeune homme se fait sucer dans le train ... je me dis que son monde n'est pas le mien ! Quel beau texte !


http://www.youtube.com/watch?v=JnqwMPYQiHs

Je vais encore disputer à ma psy ses favoris : Julien Clerc et Thomas Dutronc. Est-ce une question de génération ? De sensibilité ? A moins que nous ne flashions, elle et moi, sur les mêmes mecs !

J'en suis donc revenu pour quelques heures à Félix Leclerc.




Un chanteur à texte, avec une voix correspondant à son physique, un homme mûr, une voix n'hésitant pas à aller chercher dans les graves. Quand je vois tous ces gamins, dans les télécrochets, avec des voix de fausset, cherchant à singer Céline Dion, Chimène Badi, Lara Fabian ... aucune voix mâle, posée ou un timbre particulier qui fasse la différence. Pareil chez les filles. Quelle tristesse ! Quel désert !

Félix Leclerc, que les jeunes ne connaissent pas,  a ouvert la voix de la chanson à texte (avant on chantait beaucoup de calembredaines, même Trenet). Il est venu avant Brassens, Brel, Ferré, Ferrat  ... Aznavour, c'est autre chose. Ces textes qui ont l'air empreint du terroir, de la terre, sont pourtant d'une grande puissance. Et la voix de Félix Leclerc leur donne une profondeur singulière, même lorsqu'elles semblent légères.

Je me console un peu en l’écoutant ce dimanche.


Complainte d'un phoque en Alaska.



Le sentier, sa dernière apparition publique, discrètement soutenu par Jean Lapointe (un autre très grand de la scène au Québec, une génération qui a disparu.

samedi 3 mars 2012

Quand les mots font défaut


La liturgie de ce dimanche juxtapose deux récits : le sacrifice d'Isaac (Gn, 22, 1-18) et la transfiguration de Jésus (Mc, 9, 2-10). Un point commun les réunit. Les acteurs restent sans mot ou parlent maladroitement, parce que les mots leur font défaut.

Abraham reste sans mot, sans voix, quand Dieu le met à l'épreuve et lui demande d'aller sacrifier son fils Isaac sur le mont Moriah. Mais il le fait. Pourtant, la demande est abominable, même dans un contexte culturel où les sacrifices humains étaient sans doute encore en vigueur. Elle est abominable parce qu'elle met en scène un père et son fils. Abraham aurait pu se révolter, dire à Dieu ce qu'il pensait de lui. Pourquoi ne le fait-il pas ? Moi, à sa place, je l'aurais fait. J'aurais argumenté, défendu mon fils, souligné l’injustice divine. La différence entre Abraham et moi est que lui est soumis et moi pas. Notre foi en Dieu doit-elle nous conduire à une soumission comme celle-là ? Cela est difficile à comprendre pour nous aujourd'hui, alors que nous avons appris à dialoguer avec Dieu d'égal à égal, alors que Dieu n’est censé vouloir que notre bien et notre bonheur. Que nous apprend Abraham ?
Qu’il faut répondre à l’appel de Dieu, sans penser aux conséquences. Cela veut dire faire preuve d’un certain abandon. Dieu ne réclame rien d’autre. D’ailleurs, n’envoie-t-il pas un ange pour retenir la main d’Abraham au moment du sacrifice.

Ils étaient là sur la montagne : Jésus, et les trois apôtres proches, Pierre, Jacques et Jean. Jésus leur apparaît alors comme jamais ils ne l’avaient vu. Ils le découvrent. Leur maître et compagnon, Jésus, quand il prie, leur semble quitter le monde d’ici-bas. Ils le diront avec leurs mots : ses vêtements devinrent d’une blancheur resplendissante et Moïse et Elie étaient avec lui. Des mots maladroits pour décrire quelque chose qui les dépassait, d’autant qu’alors ils avaient peur. Ils se sont raccrochés dès lors à leurs références religieuses. Le texte le dit : ils ne savaient que dire.

Je ne serai jamais qu’un néophyte dans la prière, mais il m’est arrivé de ressentir la même chose en voyant certains moines prier.

Il y a aussi cette proposition de Pierre : construisons trois tentes une pour Jésus, une pour Moïse, une pour Elie. Je trouve cette proposition touchante, parce qu’elle est naïve. D’ailleurs, une nuée (signe de la présence de Dieu) va immédiatement tomber sur eux  … et ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Il nous arrive, je le sais, sans doute pas souvent, de vivre un peu l’expérience de Pierre, Jacques et Jean, au détour d’une rencontre, de la visite d’un lieu, du contact avec une communauté. Cela nous marque à jamais et nous portons toute notre vie en nous cette expérience innommable.

Le bon pain

Qu'il est difficile de trouver du bon pain, comme autrefois !

Oui, j'ai la nostalgie du bon pain. Les pains industriels des grandes surfaces, les produits "Point chaud" et autres semblables, m'ont fait perdre le goût du pain. Or, le pain devrait rester la base de notre alimentation, avec les légumes, les produits lactés, et de temps en temps un peu de viande ou de poisson.

D'abord, une précision : on ne peut pas à la fois être boulanger et pâtissier. Ces deux métiers sont différents. Chez un boulanger, on doit pouvoir trouver, outre le pain, du cramique, des gaufres aux fruits, des gozettes, des rombosses, une tarte au riz, aussi délicieuses que le pain. Chez un pâtissier, on trouve de somptueux gâteaux (plus ils sont petits, plus ils sont chers), mais le pain qui y est vendu est généralement médiocre.

Les boulangeries industrielles étant venues à bout de mon goût du pain, je me suis tourné vers le réseau bio.  On y trouve des pains très bons, mais souvent à la mie serrée. Ils sont nourrissants, c'est l'avantage. Mais, je n'ai pas encore trouvé là le pain qui me plaît.

Je viens de le trouver et c'est dans mon quartier.


A l'origine, une A.S.B.L., qui vise à développer le goût des choses du terroir, des produits locaux, des recettes anciennes, des circuits de distribution courts entre le producteur et le consommateur. Autant de valeurs que je partage.

J'y ai acheté, ce matin, mon premier pain. Bonheur total. Juste le pain et un peu de beurre salé ...

Comme les trois boulangers n'ont pas pour objectif de faire du chiffre d'affaires ... il vaut mieux réserver.

La boulangerie n'est pas ouverte du lundi au mercredi, car nos boulangers organisent alors des animations dans les écoles autour du pain. Le magasin se trouve rue de la Loi, dans le quartier liégeois d'Outremeuse.

Beau projet, non ?

Ah oui, un pain d’un kilo coûte 4,40 euros et dure une semaine. Une baguette industrielle coûte un euro et, achetée le matin, est inmangeable le soir.

Pour mes lecteurs non liégeois, je me dois de préciser quelques termes :

- "gaufre aux fruits" : il s'agit d'une gaufre farcie de fruits (pommes, cerises, abricots, rhubarbe, ananas ..), avec du bon jus des fruits et de la cannelle ;





rien à voir avec ceci





- "gosette" : il s'agit d'une préparation à la pâte brisée de forme semi circulaire avec des fruits à l'intérieur et du sucre glacé








- "rombosse" : il s'agit d'une préparation, de plus en plus difficile à trouver, en pâte brisée autour d'une pomme entière préalablement cuite au four avec de la cannelle ;








- "cramique" : il s'agit d'un pain brioché agrémenté de grains de sucre perlé et de raisins de Corinthe ... goûter idéal, avec du chocolat chaud, après une grand randonnée d'hiver.





vendredi 2 mars 2012

Il est très habile François Hollande

François Hollande a lancé une petite bombe en proposant une nouvelle tranche de l'impôt sur le revenu taxable à 75 %, sur les revenus annuels supérieurs à un million d'euros. Un impôt sur les millionnaires ! Pourtant, il ne fait que proposer là une progressivité plus juste de cet impôt. Rien d’étonnant de la part d’un socialiste. Qui sera concerné ? Les artistes en vue, les joueurs de foot, les patrons du CAC 40, des traders, des publicitaires, des grosses fortunes ... que sais-je ?

Cela est très habile, car Nicolas Sarkozy, qui a choisi de se donner une nouvelle image de "président du peuple", ne peut pas décemment contester, sans se contredire, cette mesure dont le but est de déplacer du peuple vers les nantis une part de l'effort. Cela est doublement habile, car les réactions de l'UMP n'ont pas manqué ... et manifesté, comme souvent, l'indigence intellectuelle de l'entourage présidentiel et sa mauvaise foi. On en sait encore un peu mieux, après cela, sur les hommes et les femmes qui entourent le président Sarkozy.

Les caciques de l'UMP ont réagi au quart de tour comme toujours, avec ironie et sarcasme. Ils dénoncent en chœur une annonce improvisée, un impôt aberrant et confiscatoire, une atteinte à la propriété : pensez-vous, réclamer 75 % d'impôt sur les revenus de quelqu'un est inadmissible. Ils font des comparaisons mensongères avec l'étranger et évoquent le spectre d'une délocalisation des grandes fortunes. Comme toujours, des incantations et guère de justifications. On pourrait en dire autant de pas mal des réformes de leur mentor : improvisées et aberrantes.

Pauvres hères du sarkozysme qui n'ont pas suivi mon cours de droit fiscal, où l'on apprenait, parmi les principes élémentaires, la différence, en cas de progressivité de l'impôt, entre le taux moyen d'imposition et le taux marginal d'imposition. A ces millionnaires, on ne réclamera évidemment pas 75 % de leurs revenus ; on imposera au taux de 75 % la partie de leur revenu qui excède un million d'euros (et un million d'euros, ce n'est pas rien) et seulement celle-ci, le reste subira une ponction moins élevée et le taux moyen ne sera au final évidemment pas de 75 %. Parler de confiscation est abusif. Et parler d'une taxation des riches à 75 % un mensonge.

Bien entendu, encore faut-il adhérer à l'idée de progressivité. Certains libéraux radicaux prônent en effet une flat tax, soit un taux unique, quel que soit le revenu, estimant qu’il n’y a pas de raison pour que les moins nantis ne contribuent pas aux charges publiques et qu’il n’y a pas de raison non plus pour que les riches paient pour les pauvres. "Impôt unique, impôt inique", annonçait Voltaire. N'est-ce pas l'exacte politique du président français quand il annonce une hausse de la T.V.A., en la baptisant d'abord, fort maladroitement, "T.V.A.sociale", puis, dans un deuxième temps, "T.V.A anti-délocalisation". Subterfuge grossier. Pour faire payer tout le monde de la même façon ("Impôt unique, impôt inique"), le président des français n'hésite pas à user de termes qui devraient séduire les masses : la T.V.A sera "sociale" ; "voyez, comme je suis du côté du peuple, je lutte contre les délocalisations". Sauf que tout cela est un mensonge, comme presque toutes ses promesses et réalisations d'ailleurs.

Je m'amuse quand on me parle du risque de délocalisation des grandes fortunes. D'abord, elles sont déjà, pour la plus grande part, à l'abri dans des paradis fiscaux, sinon on n'évoquerait pas de manière répétée la nécessité d'amnisties fiscales pour les faire revenir au terroir ! Ensuite, je m'étonne beaucoup quand on parle de garder ces fortunes chez nous (ou de les faire revenir à coup d'amnistie fiscale) ... car cela ne garantit en rien que ces capitaux conservés ou rapatriés vont servir à créer des entreprises et de l'emploi chez nous. Or, n’est-ce pas l’enjeu ? Un capitaliste cherche aujourd'hui le plus grand profit partout dans le monde. Même localisé ici, cela ne l'empêchera pas d'investir ailleurs et vraisemblablement il paiera alors des impôts (le moins possible) là où il a investi, mais pas du tout ici. Tout ce discours est donc du vent.

Il en est de même quand on parle des revenus. Il ne suffit pas d’être résident d’un pays où la fiscalité est basse pour voir tous ses revenus soumis à ce régime favorable, surtout quand l’origine des revenus n’est pas que nationale. Les conventions internationales en effet situent généralement le lieu de l’imposition des revenus d’activités professionnelles là où l’activité est exercée. Il en est particulièrement ainsi des artistes et des sportifs (même lorsque leur rémunération ne leur est pas versée directement, mais passe par un tiers) (art. 17 Conv. Modèle O.C.D.E.). Johnny Halliday l’a appris, à ses dépens ; lorsqu’il a manifesté, sous un prétexte fallacieux, l'intention de s’établir en Belgique. Dès lors, évoquer un exode des artistes et des sportifs, comme l’a fait le secrétaire d’Etat David Douillet, témoigne d’une parfaite méconnaissance de ce dont il parle.

http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20120301.OBS2676/l-imposition-a-75-voulue-par-hollande-va-tuer-le-sport-francais.html

J'en conviens, il sera plus difficile pour les clubs de foot français d'engager des joueurs étrangers, devant, dès lors, se contenter du seul contingent des joueurs véritablement français. Que le foot sombre alors ne me gêne en rien. Cela me réjouit plutôt. Et qu'en pense Marine le Pen ?

Quand l'U.M.P. fait des comparaisons avec l'étranger, c'est généralement risible. Les chiffres ne correspondent à rien. Nicolas Sarkozy et Nadine Morano sont les champions pour balancer des chiffres non étayés, manipulés et qui ne résistent pas longtemps à l'analyse. Se rendent-ils compte qu'ils se ridiculisent et qu'ils donnent à leurs potentiels électeurs le sentiment d'être pris pour des c...

Il faudrait, pour être crédible, d'abord, comparer les taux moyens d'imposition, ou le rapport au P.I.B., et, ensuite, vérifier que les  revenus servant de base taxable sont bien les mêmes dans chaque pays. Ce n’est absolument pas le cas si on compare la France et la Belgique, par exemple.

Voici une belle illustration quant aux taux :


Mais je voudrais m'arrêter un instant à l'argument consistant à dire qu'au delà d'un certain niveau l'impôt devient confiscatoire et constitue une atteinte au droit de propriété.

D'abord, l'impôt est toujours une atteinte à la propriété individuelle. C'est la raison pour laquelle la Constitution définit, dans nos sociétés modernes, un cadre précis : d'abord, il ne peut y avoir d'impôt sans le consentement du Parlement composé des élus du peuple (on l'oublie parfois peut-être) ; ensuite, les lois d'impôt doivent assurer une égalité de tous devant l'impôt. Cela semble évident quand il s'agit de deux personnes dans la même situation. Il est naturellement plus compliqué d'assurer cette égalité fondamentale quand il s'agit de personnes se trouvant dans des situations différentes, voire très différentes. On en revient à la flat tax, qui est un mythe, d'autant que nos systèmes fiscaux sont complexes et comportent une multitude de taxes et impôts divers.

Ensuite, je voudrais évoquer un contentieux belge, dont nos amis français n'ont bien sûr pas connaissance. Il concerne les droits de succession. La Région wallonne a, un jour, introduit un taux marginal de 90 % (!) sur la tranche la plus élevée des successions (hors liens familiaux). Un avocat a plaidé, devant la Cour constitutionnelle, le caractère confiscatoire de cet impôt. La Cour a annulé la disposition contestée, mais sur une autre base : imaginons quelqu'un qui souhaite léguer sa fortune à un étranger à sa famille, peut-être d'ailleurs parce qu'il n'a pas de famille, mais il veut avoir l'assurance que ses biens reviendront bien à son légataire. Avec un taux d'impôt de 90 % sur la part nette de la succession excédant 175.000 euros, il y a un risque que le légataire doive renoncer à la succession ou vendre les biens légués pour pouvoir payer les droits de succession. Le testateur risque ainsi d'être privé du droit de disposer de ses biens comme il l'entend.  C’est pour cette raison que la Cour d’arbitrage a annulé le décret prévoyant le taux de 90 %, et non parce qu’il serait confiscatoire (Cour d'arbitrage, arrêt n° 107 du 22 juin 2005).

Le plus surréaliste est que l’annulation du décret prévoyant le taux de 90 % a rendu à nouveau applicable le taux ancien de 80 %, qui, au vu des motifs invoqués par la Cour, ne me paraît pas moins sujet à caution …