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mardi 30 octobre 2012

L'homosexualité et la différence

Alors que le débat fait rage, en France, à propos du "mariage pour tous", je retrouve, dans mes archives, un texte du chanoine Pierre de Locht, paru dans le Soir, en 1997.


Pierre de Locht (1916-2007), docteur en théologie, a été, dans les années 1980, la bête noire de l'Eglise catholique belge en raison de ses positions non traditionnelles sur la dépénalisation de l'avortement, le mariage des prêtres, l'ordination des femmes. Il a abondamment écrit sur la morale, particulièrement l'éthique de la sexualité.

Voici ce qu'il écrivait, en 1997, à propos de l'homosexualité :

"Que l'homosexualité ait suscité d'abord en moi un réflexe d'étonnement, de prise de distance, sinon de réaction hostile, je ne puis le nier. Mais, dès que j'ai été en contact direct avec la réalité vécue par certains, parfois très proches, mes idées toutes faites et grands principes abstraits ont fait place à une réflexion et à une recherche quant au respect et au sens de cette situation, dans le cadre des défis que nous posent les relations interpersonnelles. On mesure mal le désarroi, la difficulté de vivre, voire le désespoir des jeunes prenant conscience de leur homosexualité dans un monde qui ne leur fait pas place, qui leur est souvent hostile.

La sexualité concerne la personne toute entière, dans sa morphologie, son affectivité, son mode penser, son être. Plus essentiellement encore que sa fonction procréatrice, elle constitue pour chacun, quel que soit son état de vie, un facteur décisif de réalisation de soi au coeur des relations aux autres.

La différenciation sexuée, si prégnante soit-elle, ne peut absorber l'attention, car c"'est au niveau de l'identité toujours unique de chaque personne que se situe en définitive la rencontre dans la différence.

La spécificité sexuelle n'est qu'une étape d'accès à la différence foncière qu'est la personnalité de l'autre.

En dernière analyse, il ne s'agit pas de la rencontre de la masculinité et de la féminité, mais de telle personne avec telle autre. Ceci nous interdit dès lors de prétendre que l'homosexualité refuse la différence. Elle la rencontre, peut-être plus difficilement, dans ce vis-à-vis de personne à personne.

Si la fidélité des couples homosexuels semble aussi plus difficile, ne serait-ce pas dû pour une large part au contexte social qui leur refuse les multiples éléments de reconnaissance sociale et de stabilité ?

L'absence de fécondité dans les enfants constitue aussi pour eux une difficulté supplémentaire.

Ne nous cachons pas cependant combien nombreux sont les couples, qui bien qu'ayant des enfants, se séparent.

Et pourquoi n'est-on pas prêt  à reconnaître la réalité et les formes de créativité des couples homosexuels.

Des études particulièrement sérieuses indiquent qu'au moins 5 % des humains sont des homosexuels profonds : 5 % cela veut dire en clair au moins 500.000 de nos concitoyens.

L'homosexualité, entend-on dire, n'est pas naturelle.

Que peut signifier une telle affirmation, si ce n'est que nous nous targuons d'occuper la situation que vit la majorité, autour de laquelle la vie sociale s'est organisée, pour dénier aux autres le droit d'exister et d'(être reconnus. Avons-nous vraiment besoin de rejeter la minorité pour être à l'aise, dans notre identité hétérosexuelle ?

Puis-je ajouter, en tant que chrétien, que rien dans l'évangile ne justifie un tel rejet, qui est en opposition avec l'attitude de Jésus qui accueille tout être, quel qu'il soit. "

Comme quoi les hommes d'Eglise ne disent pas que des bêtises ...

Et surtout cette phrase : " Avons-nous vraiment besoin de rejeter la minorité pour être à l'aise dans notre identité (en l'occurrence hétérosexuelle) ". Cette phrase résonne bien au-delà de l'homosexualité.




lundi 29 octobre 2012

L'aveugle



Jésus sortait de jéricho, la dernière oasis sur le chemin vers Jérusalem, étape dans la longue marche qu'il a entreprise depuis le nord de la Galilée pour rejoindre son destin. La foule était massée sur le bord du chemin pour voir et acclamer celui dont tout le monde parlait, celui qui fascinait par ses paroles et ses guérisons. Ce rôle de vedette populaire, on le sait, ne plaisait pas à Jésus, il le subissait.  Lui, voulait toucher au plus profond le coeur de chacun loin de tout événement médiatique.

Noyé dans cette foule, un aveugle, un mendiant, un marginal, vivant de la charité des autres, Bartimée  ( = fils de Timeios), nous dit l'évangéliste Marc. Il se demande pourquoi toute cette agitation, toutes ces clameurs. On lui dit que c'est Jésus qui passe.  Il se met alors à crier " Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! " Il n'est pas à l'unisson des vivats, il clame sa détresse et son malheur, il les crie même, tandis que les autres cherchent à le faire taire.

Cette imploration " Jésus, fils de David, aie pitié de moi (pécheur)", est à la base de ce que l'on appelle la prière du coeur dans la tradition orthodoxe. Une invocation murmurée sans cesse. Un texte anonyme Les récits d'un pélerin russe a fait découvrir à l'occident ce joyau de la tradition orthodoxe (présentation par Jean Laloy en 1974).



On peut s'étonner que Bartimée appelle Jésus : "fils de David". Que savait-il de la généalogie de Jésus ? Pour tous les autres, Jésus était celui qu'on appelait Jésus de Nazareth. Bartimée n'est de toute évidence pas sur la même longueur d'onde que la foule. Autre chose doit le relier à Jésus.

Dans les clameurs de la foule, Jésus va entendre la voix de l'aveugle, la seule qui le touche vraiment peut-être. "Appelez-le", dit Jésus. Bartimée se lève, abandonne son manteau et encouragé par la foule se présente à  Jésus. Suit un bref dialogue. Jésus lui dit : " Que veux-tu que je fasse pour toi ? ". Il répond : " Rabbouni, que je voie. " Et Jésus lui dit : " Va, ta foi t'a sauvé ". Aussitôt, il se mit à voir et il suivait Jésus sur la route.

Il y a beaucoup à dire à propos de cette rencontre. Juste deux choses.

Je suggérerai tout d'abord une  comparaison avec une autre rencontre de Jésus, celle avec le jeune homme riche. Voilà deux hommes, qui, avec détermination, et même une certaine urgence, présentent à Jésus une requête peu banale : "Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? " (pour le jeune homme riche) ; " Rabbouni, que je voie "  (pour Bartimée).

Une chose est commune à ces deux hommes, l'enjeu sera de suivre Jésus et d'affronter avec lui, comme lui, la plongée dans la mort pour renaître.

Bartimée abandonne son manteau, qui lui servait de protection, une des rares choses qu'il possédait, pour rejoindre Jésus et le suivre. Il voit. Le jeune homme riche s'avère incapable d'abandonner quoi que ce soit,  il préfère la sécurité que lui donne l'argent. Il s'en va tout triste.

Quelle leçon !  Commencer par abandonner ce qui nous protège et nous sécurise : notre confort matériel, nos idées ou notre foi toutes faites, nos cocons affectifs. Voilà ce que Jésus attend. Cela implique d'une manière ou d'une autre une mise en danger. La vie spirituelle ne porte des fruits qu'en passant par là.

Je voudrais dire une deuxième chose : le récit de la guérison de Bartimée ne vient pas sans raison dans l'évangile de Marc. Depuis quelques semaines, les lectures du dimanche nous ont confrontés, semaine après semaine, à l'incompréhension des disciples et de la foule à propos du discours de Jésus concernant l'argent, la famille, les enfants, la première place et  la suprématie, sans parler du risque encouru à Jérusalem annoncé à plusieurs reprises. Ils ne "voyaient" pas ce que Jésus voulait dire. Le cycle se clôt avec Bartimée. Lui voit.

Références :
- Bartimée : Mc, 10, 46-52
- Le jeune homme riche : Mc, 10, 17-30

dimanche 28 octobre 2012

Il n'y a plus rien qui va

"Il n'y a plus qui rien qui va", me disait, ce matin, mon octogénaire voisine, qui avait lu le journal la Meuse.

Il y avait de quoi : les bus TEC du dépôt de Jemeppe n'assuraient qu'un service au compte-goutte ; d'autres avaient décidé de ne pas respecter les horaires, et de freiner subitement, pour perturber la circulation ; les postiers de la région de Tournai étaient en grève ; les cheminots annonçaient une grève à cause des projets du ministre Magnette. Il y avait eu au moins deux accidents et trois agressions dans la région. Et ne voilà-t-il pas, en plus, que les écoles catholiques veulent donner des cours de religion islamique ! Pas une semaine, sans que des milliers d'emplois soient perdus (Arcelor Mittal, Ford Genk, La Louvière). Et, en plus, la reine Paola aurait eu une liaison avec Salvatore Adamo (j'ai cru déceler ici un peu d'envie) et aussi avec un ministre (André Cools, Alain Vanderbist, Guy Mathot, à moins que ce ne soit Paul van den Boeynants ?). Et, pour finir, le prince Philippe serait homosexuel ! Trop c'est trop ! Pauvre Mathilde ! Mais je n'ai rien contre les homosexuels, me dit-elle finalement : ils sont souvent très prévenants et délicats ... Euh, oui, sans doute, vous devez avoir raison et en faire un peu l'expérience tous les jours.

Bref, mon octogénaire voisine, qui aime le service public et la famille royale, ne savait plus que penser. Etat d'âme qu'elle a résumé en me disant : "Il n'y a plus rien qui va". Je lui ai conseillé de lire un autre journal que La Meuse, et surtout de ne pas lire le livre du sieur Deborsu sur la famille royale. Je ne trouvais pas d'autre réponse, à vrai dire. Pour la divertir, je lui ai prêté le DVD de Brokeback Mountain, la prévenant qu'elle aurait besoin de kleenex. J'avais peur que le sujet ne la perturbe. Mais elle est très ouverte d'esprit, mon octogénaire voisine. Elle a pleuré, comme moi. Elle, au moins, a su reconnaître l'amour là où il est. Du coup, elle m'a demandé d'autres films où des hommes s'aiment. Le problème avec les films où deux hommes s'aiment, c'est qu'ils finissent souvent mal.

Un autre voisin s'en prenait au facteur, un des derniers facteurs à être encore payé par l'Etat, m'a expliqué ce dernier (un vieux facteur en quelque sorte). Tout le courrier de mon voisin émanant de la banque de BPost est systématiquement envoyé à une autre adresse que la sienne. Il est envoyé rue de Gaulle à 4020 Bressoux, alors qu'il habite Quai de Gaulle à 4020 Liège. Le logiciel de Bpost se montre incapable de faire la différence : il imprime systématiquement la première adresse. La poste livrée à la privatisation ne s'est pas contentée de remplacer les fonctionnaires par des contractuels, des stagiaires et des intérimaires, elle ne s'est pas limitée à imposer aux facteurs des tournées surréalistes, dictées par un logiciel tout aussi surréaliste, elle se montre en outre incapable de faire la différence entre deux adresses : une rue à Bressoux et un Quai à Liège, tous les deux à 4020. Vive la privatisation des services publics !

Evidemment, il y a des choses qui ne vont pas. Il y en a toujours eu. Essayons d'être un peu lucide.

La vie privée de la famille royale n'est pas, à cet égard, le dysfonctionnement le plus important à commenter.

J'en retiendrai quatre parce qu'ils me semblent nous concerner tous concrètement comme citoyens de mon pays. Je ne développerai pas, mais il faudrait un jour avoir le courage de pointer les responsabilités politiques de ce qui apparaît à maints égards comme un gâchis.

Premier sujet d'inquiétude. Les effets peu probants, voire néfastes, de la privatisation et de la libéralisation des services publics. Non, la libre concurrence n'assure pas toujours au consommateur le meilleur service au meilleur prix loin de là. La libre concurrence pratique en outre l'obscurité et non la transparence. Allez donc comparer les tarifs de deux sociétés de téléphonie/internet ! Ce qui est surtout très inquiétant, c'est que le mouvement pourrait s'étendre à des domaines aussi essentiels que l'enseignement, les soins de santé, les pensions, les prisons. Voulons-nous être soumis au même sort que les citoyens américains ? Notons quand même que les républicains américains, tellement opposés à l'Etat sous toutes ses formes, sont les premiers à voter des budgets militaires. On sait le lobby des armes fort puissant aux Etats-Unis.

Deuxième sujet d'inquiétude. La faiblesse (l'impuissance ?) des Etats face au capitalisme mondialisé. Les Etats ne pèsent plus rien face aux groupes financiers ou industriels. Le dieu Mammon,  assure de plus en plus sa suprématie, fait toujours plus de victimes et trouve chez les politiques parfois des alliés, le plus souvent des suiveurs contraints et dépassés. Est-il admissible que les Etats, en principe gardien de l'intérêt général et du bien-être de tous les citoyens, soient ainsi asservis à des intérêts particuliers et doivent en outre supporter les conséquences de leurs errements ?

Troisième sujet d'inquiétude. L'épargne et son allocation. La Belgique, dit-on, aurait un atout considérable par rapport aux autres Etats de l'Union européenne : le niveau de l'épargne y est très élevé. Mais une épargne pour quoi faire ? Je parle ici surtout des fonds appartenant à des épargnants modestes,  ou moyens, ceux qui réussissent à mettre quotidiennement un peu de côté, en se privant parfois. Cette épargne est bien plus importante qu'on ne croit. Rien à voir, avec ceux qui, bien nés, gèrent, plus ou moins bien, un capital acquis. L'épargne des premiers vient de leur travail, celle des seconds d'un capital qui leur a été transmis et a souvent été permis par le travail des autres. Ces seconds investissent, et jouent, en bourse, sans payer aucun impôt sur les plus-values qu'ils réalisent. Le fait de ne payer aucun impôt sur le revenu, ou sur le capital, ne les perturbe en rien : mais je paie la T.V.A. comme tous les autres, m'a répondu, un jour, un de ces rentiers ! Leurs capitaux tournent, de ventes en rachats, mais quel est leur apport pour une économie vivante?

Mes parents, ont toujours cherché la sécurité, pour s'assurer un avenir, et ont confié leur argent à une banque pour en retirer un revenu garanti. Ils voulaient aussi que leur épargne soit utile dans des investissements locaux au service de tous : ils n'avaient pas choisi le Crédit Communal sans raison. Mes parents ont été trahis par les dirigeants de cette banque des communes, quant à l'allocation de leur épargne, sans compter leur revenu de moins en moins garanti. Aujourd'hui, le risque est réel que cette épargne dorme dans des bas de laine : les banques n'offrent même plus un taux d'intérêt de nature à couvrir l'inflation et l'Etat belge ne sachant plus quoi taxer se tourne vers les revenus de l'épargne (on est ainsi passé de 15 % à 21 % sur les intérêts et on parle aujourd'hui de 25 %, tandis que les plus-values sur actions pourraient encore être épargnées). Il est amusant de relever que, lorsque l'Etat émet un emprunt destiné au public, le taux d'intérêt annoncé ne veut rien dire, puisqu'avant même de vous payer les intérêts auxquels vous avez droit l'Etat en remet illico une partie dans sa poche.

Quatrième sujet d'inquiétude, et non le moindre. Le chômage des jeunes. Le sujet est vaste : il concerne la formation et l'adéquation de la formation aux besoins du marché de l'emploi, tout autant que l'offre d'emploi. Les entreprises privées abusent des statuts précaires ou licencient tant et plus (pour des raisons qui peuvent parfois se comprendre, mais pas toujours). L'Etat ne remplace plus ses fonctionnaires qu'au compte-goutte. Quel espoir pour un jeune ? Il se sent lâché par les uns et par les autres, surtout s'il est peu diplômé. A charge de qui va-t-il se retrouver ? Un peu de l'Etat et surtout de ses parents, s'il a la chance d'en avoir pour l'aider. Ou alors à la rue. Chacun assume-t-il alors toutes ses responsabilités ? Il est clair qu'une économie basée sur le profit ne peut pas répondre aux besoins de toute une population, elle finit toujours par ne profiter qu'à quelques-uns. L'exemple américain devrait nous faire réfléchir davantage.

Les démocraties occidentales se sont fondées sur le trio "Liberté, égalité, fraternité". La fraternité semble aujourd'hui bien mal en point. Quant à l'égalité, l'ultra-libéralisme n'en a pas davantage cure puisqu'il crée partout où il est appliqué une société duale faite de riches et de pauvres avec des droits différents. 47 % de pauvres et d'assistés aux Etats-Unis dont le candidat à la présidentielle Mitt Romney estime ne pas avoir à tenir compte, ceux-là ne feront rien pour la croissance de l'Amérique, mais pourront être envoyés comme soldats lors d'un prochain conflit, car on imagine mal des Etats-Unis républicains sans guerre.


lundi 22 octobre 2012

Une trompe n'est pas un cor



Mon beau-père, de la vie d'avant, était sonneur de trompe dans un groupe appelé le Bien aller Ardennes. Mon beau-père sonnait aussi parfois en solitaire dans les bois non loin de la maison de Nivezé, pendant que moi je détruisais en cachette les collets qu'il avait posés par compassion pour les lapins. Mon beau-père n'était pas un grand chasseur, il était surtout un sonneur de trompe, un peu braconnier. Je trouve cela sympathique.


"Sonner", tel est le mot. Celui qui joue de la trompe sonne, que fait le joueur de cor ? Il trompe ? De toute façon, s'il le fait, c'est au fond des bois, de manière à réjouir Alfred de Vigny et Charles Trenet.





Lors de grands rassemblements à Saint Hubert, mon beau-père rencontrait d'autres sonneurs venus d'ailleurs, ils incarnaient tous ensemble la grande tradition de la vénerie française et le marquis de Dampierre les réunissaient. Les trompes sonnaient alors de manière impressionnante dans la grande nef de l'abbatiale et alentour.


Marquis de Dampierre (1676-1756)
Il a été surnommé le "père des fanfares de chasse".


Quand j'entends les trompes, je ne puis m'empêcher de pleurer. Pourquoi ? Je n'aime pas la chasse
et je ne suis pas amateur de chien. Peut-être pour ceci. La trompe de chasse ne permet pas de jouer toutes les notes de la gamme, même si quelques astuces sont utilisées par les plus doués (la main dans le pavillon). Cet incomplet me sied. Et puis, il y a ce vibrato, ces accents, ces messages pour les chasseurs. La trompe dit toujours quelque chose.






Les allemands, à ces rassemblements, ne viennent pas avec des trompes, mais avec des cors, la trompe joue sur le mode de ré, le cor de chasse est accordé en mi bémol, le son est plus lisse, moins rugueux. On y joue davantage "boum-boum-tralala". On y dit moins de choses  aussi.





Mon fils Sam aimerait devenir sonneur de trompe, mais la trompe de son grand-père ne lui est pas destinée dans le projet d'héritage. Elle ira à un fils qui n'en a sans doute rien à foutre. Ainsi sont les familles.

Nouveaux coups de coeur musicaux

Je me suis senti l'âme juive ce week-end. J'ai, en conséquence, fait quelques recherches pour trouver de la musique parlant à mon coeur. Mes recherches n'ont pas été vaines.

J'ai puisé à toutes les traditions et privilégié toutes les formes musicales (à l'exception de la musique chantée dans les synagogues).

Mes coups de coeur sont ceux-ci, par ordre décroissant d'émotion.

A tout seigneur tout honneur, un très très beau disque intitulé Chants juifs (2010), un dialogue violoncelle et piano. Au violoncelle, Sonia Wieder-Atherlon. Plusieurs compositeurs dont ... Jean-François Ziegel et la tradition.



Deuxième découverte : un disque intitulé Mosaic d'Espana (2009). Une chanteuse, Elanara, au service de chants anciens espagnols et séfarades, deux traditions tellement proches qu'on pourrait les confondre. Que dire alors de la musique arabe-andalouse ?




Giora Feidman (que mon correcteur orthographique s'obstine à écrire François Feldman !) est un clarinettiste comme les aime les Hassidim, virtuose et capable de faire lever une assemblée pour danser (hommes et femmes séparés bien entendu). Le disque qui a retenu mon attention est plus mélancolique, plus retenu : Giora Feidman, Dance of joy (2009).







Et puis bien sûr, Itzak Perlman qui n'hésite jamais à prendre des chemins de traverse, surtout quand il s'agit de rejoindre ses racines. Un bel album : Itzak Perlman plays Klezmer (2008).


dimanche 21 octobre 2012

Retrouvailles et désillusions

Ce matin, à la messe à Wavreumont, j'ai revu tout à fait par hasard les membres de l'Equipe-Notre-Dame à laquelle nous appartenions Anne et moi, dans la vie d'avant. Les Equipes-Notre-Dame, un mouvement très catho pour couples catho.

C'est toujours un choc de revoir, après quinze ans, des gens que l'on a fréquentés.

Surprise de découvrir que nos enfants ont aujourd'hui 37 ans, pour le plus âgé, 24 ans, pour les plus jeunes !

Certains n'ont pas changé du tout, ceux, en fait, qui depuis toujours ont fait le choix d'être les plus naturels possible. Il y a bien quelques cheveux gris, mais le sourire et le regard sont intacts, à peine quelques rides. D'autres aussi naturels semblaient s'être un peu ratatinés, chiffonnés. Un des maris semblaient n'avoir en rien vieilli, toujours aussi joli garçon, toujours aussi fringant. On dirait un à peine quadragénaire. Il ne faut pas gommer le temps avec des teintures et deux couches de fond de teint.

Nous avons échangé quelques nouvelles. Le climat était très cordial. Ils participaient à un week-end sur le thème de la violence, un parcours biblique détonnant, m'ont-ils dit.

Ils étaient fort surpris quand je leur ai dit que j'avais pris ma retraite et que j'avais un projet au monastère.

Je me suis un peu attardé avec J., l'aumônier, le seul avec qui j'avais gardé quelque contacts. Il est doyen maintenant. Nous avons parlé à peine plus de cinq minutes. J'avais en face de moi un prêtre usé et désabusé -  il a cinquante ans ! - qui ne voit aucun avenir dans ce qu'on lui demande de faire et n'en perçoit plus le sens. Il se raccroche, comme il peut, aux contacts humains pour survivre.

Il n'y croit plus, ai-je cru comprendre, mais il fonctionne encore. Que pourrait-il faire d'autre à cinquante ans ? J'ai perçu une réelle détresse chez lui. Je ne la laisserai pas sans suite.

Il m'a dit que souvent il succombe à la jalousie, il voulait plutôt dire l'envie. Il pensait notamment au prédicateur de la retraite, un ancien prêtre, bibliste chevronné, qui s'est reconverti en conférencier. Peut-être pensait-il aussi à moi, en retraite anticipée, qui décide aujourd'hui de vivre autre chose ?






Deux textes de Françoise Hardy

Etienne Daho et Jérôme Soligny ont consacré un livre-album à Françoise Hardy, leur référence : Françoise Hardy, Superstar et ermite, Jacques Grancher, 1986. On y trouve des photos, des souvenirs, des déclarations, les paroles de certaines chansons.

Je suis un grand fan de Françoise Hardy, davantage pour ses textes que pour sa voix ou les arrangements musicaux de ses chansons.





Deux de ces textes m'ont touché, un beau jour. Le plus étrange est qu'ils résonnent toujours en moi, des années après, avec parfois une signification, une coloration, différente. Peu de textes peuvent prétendre à cela.

La question

Je ne sais pas qui tu peux être
Je ne sais pas qui tu espères
Je cherche toujours à te connaître
Et ton silence trouble mon silence

Je ne sais pas d'où vient le mensonge
Est-ce de ta voix qui se tait
Les mondes où malgré moi je plonge
Sont comme un tunnel qui m'effraie

De ta distance à la mienne
On se perd bien trop souvent
Et chercher à te comprendre
C'est courir après le vent

Je ne sais pas pourquoi je reste
Dans une mer où je me noie
Je ne sais pas pourquoi je reste
Dans un air qui m'étouffera

Tu es le sang de ma blessure
Tu es le feu de ma brûlure
Tu es ma question sans réponse
Mon cri muet et mon silence


Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin

Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin
Mais le chagrin des autres ne m'intéresse point
Parce que les yeux des autres sont moins bleus que les tiens
Et comme tous les gens qui ont du chagrin
Ton visage souvent a l'air dur et lointain
Mais le visage des autres est moins beau que le tien
A  cause d'un regard, à case d'un chagrin

Je voudrais dire "j'aime" et je voudrais dire "'viens"
Mais ce n'est pas  possible d'être sûr du bien
Ni du mal qu'on va faire alors je ne dis rien
J'aurais peur moi aussi de te faire du chagrin
Et pourtant aujourd'hui c'est à toi que je tiens
Et pourtant toi aussi peut me faire du chagrin
Parce que les yeux des autres sont moins blés que les tiens