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mardi 7 juin 2011

Je suis parti de rien pour arriver nulle part (Groucho Marx) - Pastiche

"Je suis parti de rien pour arriver nulle part", aurait dit Groucho Marx (celui qui, comme Staline, avait des moustaches). C'est mon ami Marco qui m'a fait découvrir cette jolie citation.

Qu'en aurait fait Raymond Devos? Oserai-je ici un pastiche?Au risque de me planter ...

Je suis parti de rien pour arriver nulle part.
Et, après bien des galères, mesdames et messieurs, qu'ai-je découvert, au milieu de nulle part?
J'ai découvert qu'il n'y avait rien.
Cela valait bien la peine de faire tout ce trajet.
J'aurais pu m'inquiéter, reprendre mes bagages et faire demi-tour.
Partir de rien pour arriver à rien, au milieu de nulle part!
Mais non, mesdames et messieurs, je me suis dit: s'il n'y a rien au milieu de nulle part, qu'y a-t-il autour?
J'ai alors découvert qu'autour du milieu de nulle part il y avait trois fois rien.
Vous allez me dire, mesdames et messieurs, que ce n'est pas grand chose.
D'autant que si je multiplie rien par trois, cela donne rien, et non pas trois fois rien.
Comment se fait-il dès lors qu'aux alentours du milieu de nulle part,
on trouve des choses qui se négocient pour trois fois rien?
J'ai aussi découvert, mesdames et messieurs, que plus on s'éloigne du milieu de nulle part, plus on donne de valeur à ce qui ne vaut rien et plus on finit avec moins que rien.
Prudemment, étant parti de rien, je me suis dit, mesdames et messieurs, qu'il valait peut-être mieux, pour ne pas tout perdre, que je reparte vers une destination indéfinie quelque part au milieu de nulle part.











Plateau de fromages

Rien ne m'énerve plus qu'un couple de français devant l'étal d'un négociant en fromages belge. Cela est de plus en plus souvent le cas. Quand je fais mon marché dominical, je me trouve en effet fréquemment confronté à de jeunes étudiants français étudiant à Liège, parfois accompagnés de leurs parents, qui font leurs achats chez mon maître fromager.

D'abord, ils ne connaissent d'autres fromages que les français, alors que moi, belge, je connais les fromages belges, français, italiens, suisses et choisis allègrement parmi ceux-ci. Je ne manque jamais d'acheter, outre mes fromages belges, mon gruyère d'alpage, mon gouda de mai et mon Agour, pur brebis, des Pyrénées.

Quand mon maître fromager leur suggère un fromage local, et Dieu sait s'il en existe, au moins autant qu'en France, ces acheteurs français ne font preuve d'aucune curiosité. Ils demandent d'abord à quel fromage français le fromage belge ressemble. Quelle prétention! Le plus souvent, ils finissent par se rabattre sur ce qu'ils connaissent, car on vend, en Belgique des fromages français, alors que je ne suis pas sûr qu'on vende en France les fromages belges. Pour beaucoup de français, tous les fromages qui viennent du nord s'appellent "fromage de Hollande". Et s'ils finissent par acheter un fromage belge, c'est parce que mon maître fromager a réussi à leur expliquer, pour les convaincre, qu'il se rapproche du Maroilles, du Saint-Paulin, du Reblochon ou du Pont-l'Evêque.

Quand mon maître fromager leur vante les produits locaux, le Remoudou, le Chimay à la bière, le Patachouffe,  le bleu de Franchimont, le Bailli, le Bernister, l'Orval, le Bouquet des moines de Val Dieu, le Trou d'sotay, le Boû d'Fagne, les chèvres frais d'Ozo, le Wavreumont,  et qu'il les fait goûter, c'est pour s'entendre dire: ah oui, on dirait du ...

Et puis, cerise sur le gâteau, la question qui finit par tuer le français qui s'aventure chez mon maître fromager belge: "Et votre fromage de Herve, là, il est bien fait?". Ah, s'il savait!

lundi 6 juin 2011

André Malraux, entre être et faire, secrets et égalité: questions pour le bac littéraire

"- Pour l'essentiel, l'homme est ce qu'il cache (...). Un misérable petit tas de secrets ...
- L'homme est ce qu'il fait! (...). Dans l'ombre du secret, les hommes sont un peu trop facilement égaux".

Ce dialogue est d'André Malraux qu'aurait inspiré Nietzche.

Une double belle question pour le bac littéraire:
- que retiendra-t-on de nous: ce que nous avons fait ou ce que nous avons été?
- quelle est la vérité d'un individu, ce qu'il montre ou ce qu'il cache?

Je trouve d'abord, pour ma part, André Malraux fort négatif. Mes petits secrets (en ai-je vraiment un tas, comme il prétend que tout homme en a?) ne sont pas tous misérables.

Si l'on devait percer le secret des hommes, il seraient bien trop égaux. N'allons pas trop vite quand même, mes secrets à moi ne sont pas du tout ceux de mon voisin! De quelle égalité parle-t-on? Il n'y a égalité, en ce domaine, que dans la confidence. Et mon expérience de vie, qui est extérieure à toute forme de pouvoir, me révèle que beaucoup d'hommes ou femmes livrent facilement leurs petits secrets, dès lors qu'ils rencontrent une oreille pour les écouter. Mais, j'ai bien compris le propos: pour être un homme de pouvoir il faut agir et dissimuler ce que l'on est vraiment. Trop de secrets dévoilés ruinent le pouvoir. Je trouve cela tragique, pour ma part. En politique, il n'y a pas d'égaux, rien que des rivaux.

L'homme serait, pour l'essentiel, ce qu'il cache et pas ce qu'il montre, dit, exprime. Comment comprendre cette affirmation? Tous ceux qui cherchent, notamment dans les disciplines artistiques à exprimer ou à rendre visible, ce qu'ils sont ou qui il sont, passeraient-ils à côté de l'essentiel? S'il n'y avait pas une part de narcissisme chez les artistes, existeraient-ils seulement? Il en a toujours été ainsi, même quand ils se mettaient au service d'un au-delà (Dieu, les dieux, l'homme idéal).

Si l'homme est jugé sur ce qu'il fait ou a fait ... je risque de me retrouver tout en bas du classement. Je ne me suis jamais senti appelé à réaliser de grandes oeuvres. Les grandes oeuvres m'angoissent. De plus, j'ai toujours trouvé sans intérêt, voire futile, de laisser des traces de moi par mes oeuvres. Je sais que je suis une exception. J'ai compris, dès mon plus jeune âge, que je n'étais, et ne serai, jamais comme les autres. J'aime être par ce que je suis (pas par ce que je fais). Certainement, c'est plus difficile d'être que de faire. Cela explique pourquoi tant de mes contemporains sont sans cesse dans l'agir et pas (ou peu) dans l'être. Il en faut, parce que si tout le monde était comme moi, on ne ferait pas un monde. Mais il en faut aussi comme moi. Et il n'y a lieu de juger ni les uns, ni les autres.

Le même sujet de bac a inspiré un autre auteur, Philippe Guibert qui, lui publie, dans l'hebdomadaire Marianne,  à propos de l'encombrante affaire DSK. Lisez-le aussi. Je ne vous demande pas de nous noter. J'ai passé l'âge du bac.

http://www.marianne2.fr/Affaire-DSK-eloge-du-secret_a206890.html

Retour aux hymnes (au masculin): l'étudiant et monsieur Grétry

Un ancien étudiant,  à l'esprit délicieux, qui use maintenant ses fonds de culottes sur les bancs des universités parisiennes, ce qui lui offre un environnement culturel qu'il ne pouvait trouver à Liège, me communique des propositions d'hymnes.

J'en conviens, j'avais oublié monsieur Grétry, dont les parents avaient cru bon de l'affubler entre autres du prénom Modeste. Parents, réfléchissez bien avant de prénommer vos enfants. Leur avenir peut en dépendre. Mon beau-père évoquait ainsi toujours, avec un petit sourire, une élève de l'école primaire que ses parents avaient appelée PrudenceJe ne sais si elle finit vieille fille ou si elle réussit à surmonter ce handicap "pré-nominal".

Monsieur Grétry (André-Modeste) ne fut modeste qu'un temps. A la cour de France, il sut trouver bonne oreille. Il divertit le roi de ses opéras-comiques et de ses mélodies légères, mais bien troussées. De mauvaises langues ont dit de ses opéras qu'ils étaient du même niveau que les comédies musicales de monsieur Le Berger, voire pire, de monsieur de Barbe-Livien, toutes proportions gardées heureusement.

Parmi les airs de monsieur Grétry, qui fut l'ami de Rousseau (Jean-Jacques et non Jean-Pierre), il en est un que les oreilles belges connaissent particulièrement: Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille?


Je dois l'avouer, cette connaissance fort répandue est liée à des épisodes peu glorieux. Elle exprimait, à une époque qui n'est heureusement plus la nôtre, la grogne des communicants qui préféraient, par protestation, se tenir cois. Ils nous donnaient alors à entendre quelques mesures de l'oeuvre de monsieur Grétry, sans cesse et à l'infini.

Monsieur Grétry n'a pas eu l'occasion de s'en offusquer; il était déjà au paradis quand ces coquins le récupérèrent ainsi.

Monsieur Grétry n'imaginait pas que son air si gentil, si convivial et si familial pût devenir un hymne. L'expérience m'a appris qu'il suffit souvent d'un rien.

L'excellent étudiant, dont je faisais précédemment allusion, m'a ainsi proposé une version martiale de la mélodie en question. Le support sonore est d'époque. Il crachote un peu de temps en temps, c'est  bien normal. Mais quel bel hymne!

http://www.youtube.com/watch?v=l67fAAaB6dg&feature=related

Mon oeil toujours aux aguêts ne se fit point faute de remarquer que, sur cet antique microsillon, un deuxième titre était proposé à nos oreilles attentives: Le chant des flamands. Je m'enquis donc de ce qu'il en était auprès de mon jeune correspondant bien informé.

Le résultat ne fut point à la mesure de mes espérances.

http://www.youtube.com/watch?v=eWy9BhumEVI&feature=youtu.be

Je ne trouvai point là l'arrogance, la superbe, la suffisance du Lion des flandres ... La mélodie est terne, le propos vaseux et confus. Cela sonne petit, sans grandeur d'âme. Quel est le traître, qu'on l'arrête, qui ose donner une telle image de la Flandre? La Flandre? Les flandres?

dimanche 5 juin 2011

Sermon peut-être un peu hérétique, mais allez savoir s'il ne dit pas vrai

Il a eu une étrange fin de vie, Jésus que l'on dit de Nazareth.

D'abord il a été crucifié, ce qui n'est pas banal, et, qui s'ajoute, dans son cas, à d'importantes tortures préliminaires plus pour ce qu'il représentait en tant qu'élément subversif pour les pouvoirs établis que pour ce qu'il disait. Une fois mis au tombeau, il en a disparu, le lendemain, laissant ses proches un peu perdus, perplexes et même incrédules.


Etait-il vraiment mort quand on l'a mis au tombeau? Après ce qu'il avait subi, on doute pourtant qu'il s'en soit allé tout seul, prenant soin de plier les linges qui l'entouraient avant de partir (Jn, 20, 6-7). D'autres que ses proches sont-ils intervenus, ayant constaté qu'il n'était pas vraiment mort, pour le conduire vers un médecin et lui permettre de survivre, ces hommes-là bravant peut-être la règle du shabbat? Et puis, nous dit-on, le tombeau était gardé (Mt, 27, 62 et suiv.). Ont-ils soudoyé les gardes? Qui cela pouvait-il être? Des notables juifs qui s'étaient opposés à la condamnation de Jésus ou un commando romain payé par l'épouse de Ponce-Pilate, qui était favorable à Jésus?


Pierre et Jean, ses deux plus proches, en tout cas n'en croient pas leurs yeux, ils sont totalement perturbés. Jean dit pourtant qu'ayant vu, il a cru (Jn, 20, 8). Permettez-moi une hypothèse: Jean s'est réjoui, parce que ne pouvant admettre que Jésus fût mort, lui qui était au pied de la croix et l'avait vu à l'agonie (Jn, 19, 25-27), il a été soudain envahi d'une grande allégresse: il n'était pas sûr que Jésus fût bien mort, maintenant il est sûr qu'il ne l'était pas. Le seul fait de découvrir le tombeau vide lui suffit: Jésus n'était pas mort, juste aux portes de la mort. Une absence, un vide, là où il attendait un cadavre, suffit à le convaincre.


Marie-Madeleine est, par rapport à Jean, dans un rapport très différent, alors qu'ils étaient sans doute les deux plus proches de Jésus d'un point de vue affectif et amoureux. On raconte qu'elle l'a vu et qu'il l'a appelée par son nom (Jn, 20, 11). Elle ne l'a pas reconnu cependant, elle l'a pris pour le jardinier. Il est possible que le jardinier, qui la connaissait peut-être de réputation, fût un sacré farceur profitant de la crédulité d'une belle dont le coeur était brisé. On imagine mal Jésus, dans son état, se déguiser en jardinier pour se présenter à elle et se faire reconnaître.


On ne connaîtra jamais le témoignage des deux gardes. Ils nous en auraient appris beaucoup pourtant.

Ce qui est plus troublant, c'est qu'après cette mise au tombeau, Jésus serait aussi "apparu" à d'autres disciples, même des durs-à-cuire, ceux à qui on ne la fait pas, comme Thomas, le jumeau. Et ce qui est frappant dans le récit de ces apparitions, c'est leur aspect incarné. Jésus n'apparaît pas à ses disciples comme la Vierge Marie à Bernadette Soubirou, à Lourdes, ou à Mariette Beco, à Banneux. Il mange du poisson avec eux au bord du lac (Jn, 21). Il se fait toucher par Thomas (Jn, 20, 24 et suiv.). Il partage le pain, et mange, avec les disciples d'Emmaüs (Lc, 24, 13 et suiv.). Comme pour leur dire: oui, c'est bien moi (Lc, 24, 39). Faut-il s'étonner, après tout ce que l'on a raconté de sa mort atroce, qu'ils soient encore un peu incrédules? Et puis, il disparaît. Arrêtons de penser à une espèce d'ectoplasme éthéré qui tout à coup se dissout. Quand Jésus disparaît, cela veut dire qu'il doit aller ailleurs, qu'il ne peut pas, ou ne peut plus, rester (cela peut fort bien se comprendre dans sa situation d'ex-condamné/crucifié amené à se cacher). Ils le prient: reste encore avec nous (Lc, 24, 29). Il doit s'en aller parce que cela pourrait devenir dangereux, même masqué ou déguisé. Jésus est devenu un clandestin. Les deux disciples d'Emmaüs ont raconté qu'après son départ, il était devenu invisible (Lc, 24, 31);  il n'y a point de mystère la-dessous, ils devaient effectivement être le moins visible possible. Le plus important est qu'ils l'avaient reconnu (Lc, 24, 31-32). 


D'après les évangiles, ces rencontres de Jésus avec ses disciples, après les événements de Jérusalem, ont été relativement peu nombreuses. Jésus n'avait guère le choix. Il était sans doute recherché.


Un jour, quarante jours après sa mort et sa prétendue résurrection, dit-on, il va expliquer à ses disciples, qu'il a réussi à rencontrer une fois encore, que dorénavant il ne pourra plus être physiquement avec eux, mais ailleurs. Au ciel? C'est ce qu'évoque spontanément le mot "ascension". Et s'il s'agissait d'un autre ailleurs? D'un défi plus grand encore que le ciel: je dois continuer ma mission ailleurs, continuer, avec les forces qui me restent, après toutes ces épreuves, à partager à d'autres que vous mes intuitions et ce que Dieu dit à mon coeur. Je ne puis plus rester ici, en cette terre où je suis né, ma vie serait perpétuellement en danger. Prenez maintenant ma place ici et autour de vous (Ac, 1, 8).

Déjà, par le passé, Jésus avait envoyé ses disciples sur les routes (Mt, 10, 5), ceux-ci se sentaient soutenus, car Jésus était derrière eux. Maintenant qu'il ne sera plus là, pour les soutenir et les mobiliser, en seront-ils encore capables?

Jésus leur fait alors une promesse (Ac, 1, 8): vous vivrez dorénavant de mon esprit. Je vous donne dix jours pour réfléchir à cela. Si vous acceptez de communier à mon esprit, je serai toujours avec vous. Au bout de ces dix jours de retraite, qu'ils ont vécue en communauté, ils n'avaient plus d'angoisse, ni de peur. Ils étaient prêts. Ce fut la Pentecôte (Ac, 2).


Quant à Jésus, il partit loin. Il avait donné tout de sa vie et, malgré toutes les souffrances subies, il était toujours vivant. On a dit qu'il aurait vécu la deuxième partie de sa vie en Inde, du côté de Shrinankhar. Si c'est vrai, cela me rend particulièrement heureux. 


Voyez-vous, moi, je crois plus en Jésus vivant qu'en Jésus ressuscité. Ses paroles me touchent et me rejoignent même ainsi davantage. Je préfère un Jésus vivant, intime de Dieu, qu'un Jésus, fils de Dieu, mort pour nos péchés et victime sacrificielle pour racheter le péché des hommes, du monde, et puis ressuscité. Ce qu'il n'a jamais prétendu être.


Pour moi être chrétien, c'est cela. Etre dans l'esprit d'un homme hors du commun pour atteindre, sur ses pas, l'intimité avec Dieu. Jésus, comme référence pour ma vie, c'est tellement de choses. Deux particulièrement, avant toutes les autres: tout peut être pardonné; tout est passage, rien n'est jamais figé, arrêté, il y a toujours un possible, un avenir. C'est ce message-là que les chrétiens ont à porter partout où il y a lieu de pardonner et d'ouvrir des portes. Quand on y réfléchit, cela est une tâche immense. Et puis, il y a tout le reste résumé dans les priorités des béatitudes.


Tout ce qui est advenu après l'intervention invasive de Saül de Tarse me parle moins. On ne saura jamais si Saül/Paul a un jour entendu Jésus dire les mots qui jaillissaient de son coeur. Etait-il là au Golgotha parmi les juifs haineux? Dans ses écrits, il ne cite jamais les paroles ou les actes de Jésus. Il parle beaucoup de lui-même et de ses voyages et élabore une théorie/théologie, sans se rendre compte au demeurant que ses moyens intellectuels  sont parfois limités et un peu confus. Il dit pourtant de temps en temps des choses inspirées. Ce qui était simple et parlait au coeur, en peu de mots, dans la bouche de Jésus, se noie avec lui dans une logorrhée souvent incompréhensible. Après sa fulgurante conversion, sur le chemin de Damas, il essaye de s'agréger aux disciples, mais ils ont peur de lui, n'arrivant pas à le croire vraiment disciple (Ac, 9, 26). Les frères et les témoins de la première heure, feront tout pour l'éloigner (Ac, 9, 30). Et quand il reviendra, ce sera pour s'opposer à eux et les déstabiliser.


Pourquoi avaient-ils ainsi peur de lui? Je ne vois qu'une explication: sa conversion subite ne les a pas convaincus. On aurait pu imaginer que Saül, revenu après sa conversion à de meilleurs sentiments, les interroge, demande à entendre leurs témoignages, leurs expériences avec Jésus, pour témoigner à son tour de ce que lui n'avait pas vécu. Or, il n'en est pas question. Il a eu l'illumination de la foi ... le genre de sentiment qui me rendra toujours méfiant. Lui n'a rien entendu, mais il a eu une révélation (Gal, 1, 12), comme le prophète Muhamad, quelques siècles plus tard. Il fondera toute son action sur cette prétendue révélation, bien plus que sur la transmission de l'expérience existentielle vécue par les disciples de Jésus.


On ne trouve, dans les écrits de Paul, aucune allusion aux béatitudes, aux paroles et aux actes libérateurs de Jésus. Et quand les évangiles seront écrits, bien après les lettres de Paul, aucun, même celui de Luc, qui, dans les Actes des apôtres évoque pourtant Saül/Paul, ne fait allusion à lui et à ce qu'il a écrit et répandu comme doctrine pendant les années qui ont précédé la rédaction des évangiles.


Depuis toujours, j'ai le sentiment qu'à partir de l'intervention de Saül/Paul, il y a eu deux christianismes, l'un fondé sur le témoignage, la mémoire, les paroles et les actes de Jésus, qu'il convient de faire vivre encore aujourd'hui, et un autre bien différent, et sans rapport avec le premier, qui a fini par se concrétiser, du moins je le pense, dans beaucoup de choses que je n'aime guère: luttes d'influences, controverses, expansion, morale, théologie, dogmatique, etc ... Il n'y a qu'à faire un tour du côté du Vatican pour voir le résultat. 


Je ne cesse depuis de chercher où mon christianisme à moi est vécu.

















































vendredi 3 juin 2011

Etude comparative: Vlaams leeuw, Bluesette et Chant des wallons

Un hymne, nom masculin, est un chant, un poème lyrique à la gloire d'un personnage, d'une grande idée, d'une nation, d'une patrie. Une hymne, nom féminin, est, dans la liturgie catholique, un poème religieux que l'on chante au cours de l'office divin; il en existe des versions innombrables qu'il s'agisse du texte ou de la musique.

Les hymnes, au masculin comme au féminin, ont un pouvoir fédérateur. Le sujet (ou l'objet) de ce qui donne lieu, grâce à eux, à rassemblement et communion, n'est pas nécessairement noble, loin s'en faut. Mais y a-t-il une réelle différence entre les pélerins de Lourdes qui chantent à l'unisson de plusieurs milliers de voix des cantiques à Marie et les supporters d'un match de football? Oui, une quand même: il y a moins de violence et d'agressivité à Lourdes que dans les stades et à leurs abords.

Quand l'hymne est mis en musique, celle-ci dit beaucoup de ceux qu'il/elle fédère. Prenons, par exemple, le God save the queen, l'hymne national britannique.

http://www.youtube.com/watch?v=AwziS2aE6Ww

La musique évoque la grandeur, la majesté (soumise à Dieu néanmoins) et une certaine permanence (le rythme lent évoque une forme de continuité). Ce n'est pas pour rien que Valéry Giscard d'Estaing a donné ordre, sous sa présidence, de jouer la Marseillaise sur un tempo plus lent, moins martial et moins conquérant. Le peuple britannique peut aussi se trouver réuni autour des hymnes (nom féminin) de la religion anglicane et de quelques tubes: "Rule Britania" et "Land of Hope and glory" de Edward Elgar. Il en est particulièrement ainsi lors des Proms organisés au Royal Albert Hall de Londres. L'ambiance ressemble parfois un peu à celle d'un stade de foot, en plus policé, l'événement n'en est pas moins aussi populaire.

http://www.youtube.com/watch?v=E3sMZbsWLkA&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=LvOtbSqeejg&feature=player_embedded

L'hymne national en Belgique est la Brabançonne ... pourquoi une brabançonne, alors que le Brabant n'est qu'une petite partie de la Belgique? Je sens poindre l'explication: les français chantent bien la Marseillaise et Marseille n'est pas toute la France. Certes, mais les anglais, eux, chantent la reine, Dieu et l'Angleterre. Qui connaît les paroles de la Brabançonne en Belgique? Un premier ministre flamand, interrogé à ce propos, n'a-t-il pas entonné les premières mesures de la Marseillaise?

http://www.youtube.com/watch?v=hixFGwNuIqI&feature=related

Pays complexe faits d'entités multiples, la Belgique dispose aujourd'hui aussi d'hymnes régionaux. Ils sont, comme tous les autres, très révélateurs.

La Flandre, qui n'existe pas ... puisque la Constitution parle d'une région ET d'une communauté flamandes (art. 2 et 3) aime à se serrer les coudes en chantant le Vlaams Leeuw.


Les wallons tentent de se réunir autour du Chant des Wallons, mais c'est un masque: les liégeois dont la principauté couvrait à la fois des territoires sis en Wallonie et en Flandre, et pas les moindres, préféreront toujours le Valheureux liégeois ou le Magna vox millénaire.

Magna vox: http://www.youtube.com/watch?v=2b3fCOmpUtY


Et à Bruxelles? Bruxelles, une région à part entière qui a aujourd'hui permis une fédération Wallonie-Bruxelles ... quand les flamands considèrent encore Bruxelles comme la capitale de la Flandre et une part de leur territoire envahie par trop de non flamands. Seul un hymne surréaliste pouvait convenir. Peut-être: Viva Boma, patates met saucisses. Ou alors Bluesette du "brusseleir" Thoots Thielemans. C'est le choix qui a été fait ...

Bluesette: http://www.youtube.com/watch?v=yKnG_9q4crA

Heureusement, cela aurait pu être ceci:

http://www.youtube.com/watch?v=FhqlXScVaK0&feature=related

Avec le Vlaams leeuw, il est clair qu'on a intérêt à marcher au pas! Et des bruits de bottes surgissent on ne sait pourquoi ...

http://www.youtube.com/watch?v=Yw5Pk-rDjFM
http://www.youtube.com/watch?v=_3L9QJIJepA

Avec le Chant des wallons, on est dans un autre registre. La musique est plus dansante, elle invite à la farandole, au cramignon, comme on dit à Liège. Ce n'est pas de l'insouciance mais de la bonhomie. Le flamand n'est pas bonhomme, en règle générale.

Le Valheureux liégeois  est tout aussi dansant. Les liégeois, qui le chantent, gardent une nostalgie de leurs 800 ans de principauté indépendante. On leur a imposé, depuis, bien des régimes: hollandais, français, belge, wallon mais ils restent liégeois dans le fond de leur coeur et ne rêvent qu'à une chose: qu'on leur rende ce qu'on leur a enlevé, soit un tiers de la Wallonie et une part de la Flandre. L'hymne principautaire est, comme le Chant des wallons, plus dansant que défilant.

Quant à Bruxelles et Bluesette, je trouve que c'est un bon choix: Thoots Thielemans, le bruxellois, a fait une carrière mondiale et sa musique invite à la convivialité, la rencontre et la douceur de vivre. Ne s'agit-il pas des qualités que les étrangers mettent en avant quand ils parlent de la Belgique?

jeudi 2 juin 2011

Gilgamesh

J'ai entrepris de lire l'épopée de Gilgamesh, afin d'élargir mes références littéraires. Je suis déçu.

Ce n'est pas la première fois que des acteurs de la presse offrent à leurs lecteurs de grands textes pour un prix démocratique. Il s'agit ici de la collection L'anthologie du savoir, une collection dirigée par Jean Daniel et co-éditée par le Nouvel observateur et CNRS Editions, et plus particulièrement du volume intitulé Mythes et légendes - Les plus grands textes de Gilgamesh et Shiva à Prométhée. Je me suis arrêté jusqu'à présent au seul Gilgamesh.

Je ne voudrais pas verser dans la caricature, mais aux pages 40 et 41, le Combat singulier, dans sa version hittite, m'est rapporté de la sorte:

"(Lacune de six lignes)


... tout
... ils s'empoignèrent
... au loin.


(Lacune de deux lignes)


(Gilgamesh prit la parole et dit, ajoute le traducteur):

... à Enkidu, " .... ce que ..."


(Lacune de dix lignes)


... le roi (le traducteur ajoute encore: "prit la parole, pour dire"):
... à l'avenir."

Les traductions du CNRS ne me mènent vraiment pas très loin.


Cela dit, Gilgamesh fait des rêves fort troublants, un peu comme moi dans le fond, sauf que mes rêves à moi sont tellement complexes intellectuellement que je me réveille le matin (c'est-à-dire vers 3h30 du matin, épuisé ... le rêve n'évolue plus, il tourne en boucle et je ne sais plus quoi faire).

Gilgamesh a une mère omnisciente (un atout ou un handicap?).

Un passage est saisissant:

"Ma mère, j'ai fait un second rêve. Sur mes cuisses, 
dans la rue d'Uruk-la-Grande-Place,
une hache gisait,
et autour d'elle, les gens se rassemblaient.
Moi, en la voyant, je me suis réjoui.
Je l'ai aimée comme une épouse,
je l'ai couverte de caresses; je l'ai saisie pour la mettre à mon côté.
La mère de Gilgamesh, l'omnisciente (dit à Gilgamesh: 
La hache que tu as vue c'est un homme.
Tu l'as aimée, tu l'as couverte de caresses comme une femme ...)
C'est-à-dire que j'en ferai ton vis-à-vis.
Gilgamesh eut ainsi l'interprétation de son rêve."


Je tiens à souligner que ce qui figure entre parenthèses représente les ajouts du traducteur pour combler les trous du texte.

Que faut-il penser de tout cela?






Il se pourrait que Gilgamesh ait ressemblé à cela, mais, j'en conviens, la photo date un peu.