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dimanche 30 mai 2010

30 mai 2010 - Homo ?

Il m'arrive de lire, ou d'entendre, des mots et de me dire qu'ils auraient pu être miens. Cela vient d'être le cas avec les propos de Jean-Paul Montanari (directeur de Montpellier Danse depuis 1983) dans Têtu (juin 2010).

"... je n'aime pas le mot gay, c'est une question de génération. Je reste confus à cet endroit-là. La définition simple du désir homosexuel diminue avec la libido qui, elle-même, recule avec l'âge. Alors aujourd'hui, je me pose une question: à partir du moment où l'on n'a plus de pratique homosexuelle, est-on toujours homosexuel? Je n'en suis pas sûr. Je ne fréquente pas les lieux homos et je ne me sens pas appartenir à un groupe ... Je dis souvent aux jeunes gens que je rencontre - comme à ceux qui ont partagé ma vie ... - que je déverse sur eux le surplus d'amour (que j'ai reçu). Comme si j'assouvissais auprès d'eux mes instincts maternels (paternels). Je les protège, je leur apprends à vivre. Puis, un jour, on ouvre la main et ils s'envolent. C'est comme ça ...".

samedi 29 mai 2010

29 mai 2010 - Voiles et langues

Le Courrier international de cette semaine reproduit un article excellent de  Carolin Emcke, paru dans Die Zeit, à propos de l'interdiction du port du voile intégral. Je ne puis qu'en recommander la lecture.

http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/face-a-l-islam-les-europeens-derapent

Citons la conclusion:

"En Europe, les idéaux des Lumières – la sécularisation, la tolérance et les droits de la personne humaine –, semblent de plus en plus tomber dans l’oubli. De fait, ce n’est pas à Paris ou à Berlin qu’ils sont défendus avec le plus de sincérité, c’est à Téhéran. Ce sont les jeunes femmes voilées qui luttent contre un régime religieux fondamentaliste, les jeunes hommes qui, aux cris d’“Allah akbar !” – “Dieu est grand !” –, risquent leur vie dans leur combat contre les despotes. Ils sont la preuve que l’héritage des Lumières, les droits de la personne humaine, la tolérance et la liberté de culte doivent être universels, qu’ils s’adressent aux croyants et aux non-croyants, aux musulmans et aux chrétiens, aux juifs et aux athées. Cela, l’Europe ne doit pas l’oublier."

Je voudrais prolonger cet article par ce que j'ai pu voir au cours des quelques jours que je viens de passer au Maroc.

J'y ai croisé toutes les combinaisons vestimentaires possibles: voile intégral, voilette, foulard sur robe traditionnelle, robe traditionnelle sans foulard, jeans avec foulard, jeans sans foulard ... La combinaison robe traditionnelle et foulard est la plus répandue. Les tenues occidentales sont bien entendu plus présentes dans les villes. A l'exception de quelques femmes très âgées, au visage voilé, je n'ai croisé  des jeunes femmes portant le niqab qu'une ou deux fois. Ce vêtement est donc aussi minoritaire au Maroc qu'il l'est en Belgique ou en France. Je n'ai vu aucune marque d'hostilité de la part de qui que ce soit vis-à-vis de qui que ce soit. Et la question ne semble pas devoir être posée d'interdire l'un ou l'autre extrême de cette diversité vestimentaire que ce soit pour des motifs religieux ou des impératifs de laïcité. Les Fassi seraient-ils plus tolérants que les européens? Je me suis rappelé que, même dans les années 50-60, certaines grands-mères liégeoises n'imaginaient toujours pas de sortir en rue sans chapeau, ni voilette, ni gants ... J'en ai connu. C'était une question de convenance, et donc de pudeur.

J'aurais voulu interroger ces femmes marocaines et leur demander si elles sont malheureuses habillées comme elles le font et si leur habit leur a été imposé ou s'il est pleinement consenti. Est-il vraiment inconcevable pour nos esprits occidentaux éclairés d'admettre que sortir non voilée puisse être pour ces femmes source d'une gêne plus grande que le port du voile? N'en déplaise à nos féministes. J'ai, pour ma part, surtout vu des femmes très présentes dans la vie publique. J'ai croisé des mères de famille qui semblaient heureuses, des couples jeunes qui avaient l'air de s'aimer, des couples âgés qui se tenaient la main.

Il est toujours profitable de tenter de voir les choses avec le point de vue de l'autre.

Remarquons aussi, en passant, que les conversations courantes se font au Maroc en arabe dialectal marocain, mais que le français est la langue des affaires, de la culture, de l'enseignement secondaire et universitaire et des actes administratifs. Les cartes dans les restaurants sont en français. La signalisation routière est dans les deux langues, les publicités souvent aussi. On n'est pas à Kraainem, Wezembeek ou Rhode Saint Genèse là-bas!

22 au 26 mai 2010 - Fes


Samedi 22 mai 2006.

Après un vol sans encombre et quelques vues du ciel dans la tête, tout a commencé, je dois l'avouer, par une bouffée d'angoisse, quand je n'ai pas vu H. dans le hall de l'aéroport. Cela n'a pas duré longtemps. Sa voix au téléphone m'a rapidement rassuré.

Je le guettais à travers les vitres de l'aérogare. Quand il a paru, je l'ai reconnu de suite. Bonheur de le voir, de l'embrasser et de le serrer dans mes bras. Passage du virtuel au réel. Aucune déception. Du bonheur.

Passées les démarches en vue de la remise des clés de "notre chez nous", nos corps n'ont pas tardé à se découvrir en même temps que nos coeurs parlaient.

Petite faim: nous irons manger un panini au "Dix-30". Mon Dieu qu'il fait chaud dans la mezzanine (le temps est à l'orage). Je supplie pour redescendre en terrasse. Et j'oublie mes lunettes sur la table ... Un charmant jeune homme me les apporte gentiment. Je ne cesserai de découvrir, tout au long de ce séjour, à quel point les marocains sont gentils, surtout avec les étrangers.

H. m'emmène ensuite à travers les larges avenues de la ville nouvelle, de fontaine en fontaine, jusqu'aux portes (plus précisément une porte) de la Medina. Première plongée dans ces ruelles grouillantes de monde, où l'on voit les artisans travailler, les étals donner envie, les parfums et les couleurs se succéder. Nous découvrons alors la Medina "par le haut".

Sortis du dédale de la Medina, nous nous asseyons au bord d'une grande place face aux remparts et nous parlons. Haro sur les anti-dépresseurs! On n'a plus besoin d'anti-dépresseur quand on se sent aimé. 

Première visite au Titanic pour une première salade. Nous y retournerons ensuite.

La nuit qui suivra réunira nos deux corps: le sien, sec, musclé, bronzé; le mien, ...? Nous n'avons pas dû chercher longtemps les positions, les attitudes qui nous font du bien, nous apaisent. Elles sont venues spontanément. Doux moments d'intimité.

Dimanche 23 mai 2006.

Nous n'avons pas mis de réveil et voilà le résultat! Après quelques câlins matinaux, nous nous retrouvons à une heure pas possible pour notre premier petit déjeuner.

Direction la Medina "par le bas", cette fois. Nous nous arrêtons dans un quartier animé et populaire. "Es salam alèkhoum". "Merhaba = bienvenue". "Le Maroc est ton deuxième pays, sidi". Je ne suis pas dupe: ces souhaits avaient pour but de m'amadouer et m'entendre dire que je cherchais un guide pour parcourir le dédale de la Medina; or, j'avais déjà un guide et quel guide! Cela fait quand même plaisir à entendre.

Notre périple nous conduira dans deux étapes que je n'oublierai pas:

- sur une toute petite place, une vieille échoppe avec un vieux monsieur. Nous y boirons le meilleur jus d'orange du séjour, puis un thé. Le tenancier nous expliquera que, avant lui, son père, et avant lui, son grand-père tenaient déjà le lieu. Depuis 105 ans, en fait. Le roi y a même fait escale. Touchante étape;

- j'ai été irrésistiblement attiré par une petite boutique où l'on vendait parfums, herbes, potions, huiles essentielles. Le jeune tenancier connaissait bien son affaire et m'a vanté les mérites de ses articles. Le plus bluffant: l'anis noir que l'on sniffe pour lutter contre le ronflement, pour soulager les voies respiratoires et qui est, en plus, légèrement aphrodisiaque. Je repartirai aussi avec des pétales de rose, du patchouli et, en cadeau, le cure-dent local.

J'ai appris ce qu'était le bleu de Fes. Et nous avons acheté aussi à une très pauvre dame chacun une paire de brosses à cheveux comme on n'en trouve pas en Belgique. Qu'il est difficile alors d'offrir le "juste prix"!

Pour rejoindre la voiture, nous nous sommes un peu perdus dans le labyrinthe de la Medina. Mais il est vrai qu'on finit toujours par en sortir. Peu importe la porte. Finalement, c'est un peu comme lorsqu'il s'agit d'entrer au paradis. La porte alors importe peu.

Et un thé, encore un, sur la terrasse d'un café (j'ai bien dit "sur la terrasse" et non "en terrasse"). Nous cherchions toujours où faire nos courses: de l'eau, une brosse à dents, du papier Q. Un seul regret: je n'ai pas pu goûter le lait d'amande promis. Mais la présence de H. était aussi douce que le lait d'amande.

On m'avait dit tant de bien de la cuisine marocaine ... Il est vrai que l'exception confirme la règle. L'exception: un restaurant marocain d'un grand boulevard. Lui, tajine aux boulettes de kefta: soit 5 minuscules boulettes dans du concentré de tomates. Moi, tajine de veau aux pruneaux: il s'agissait bien de pruneaux, mais ce n'était pas du veau. Heureusement, la salade marocaine était délicieuse.

Lundi 24 mai 2006.

Après une grasse mais tendre matinée, nous rejoignons Meknes. Nous n'y resterons guère. Nous y reviendrons un jour peut-être. Il y avait beaucoup à découvrir pourtant à en croire mon guide. Je n'insisterai pas et ne le regretterai pas.

Nous prenons une collation sur la grande place, puis nous rejoignons à travers une très belle campagne le site de Volubilis, cité romaine des 2ème et 3ème siècles. C'est la fin de l'après-midi. La lumière est belle malgré le ciel nuageux. Les pierres parlent. Les fleurs nous accompagnent. Nous multiplions les photos. H. saute, fait de l'escalade de ruines ... C'est un très beau moment. Je retiens particulièrement la maison dite "maison de l'éphèbe"; et pour cause l'éphèbe était là, je l'ai photographié.

Bien décidés à ne pas réitérer l'expérience désastreuse de la veille, nous renonçons aux tajines et leur préférons la pizza.

Mardi 25 mai 2010.

Dilemme: retourner dans la Medina ou pas? La première branche de l'alternative ne réjouit pas H. Nous choisissons de sillonner la région et ses campagnes. Une fois de plus, aucun regret, tant les paysages sont beaux. Nous nous arrêtons à Sidi Harazem. Une ambiance d'oasis. Une source thermale. Aucun touriste, rien que des familles venant des alentours. Nous y mangeons enfin un vrai et délicieux tajine aux légumes. Sur le chemin du retour, nous ferons une halte face au paysage ... non sans avoir accroché le bas de caisse de la voiture aux bords du ravin.

Les voitures peuvent avoir soif dans ce pays de chaleur. Les anciens le savaient bien: c'est pourquoi ils ont, non sans raison, toujours préféré à la voiture l'âne, le dromadaire ou la marche à pied. C'est fou le nombre de marcheurs que l'on peut croiser au Maroc. J'ai vu des ânes, mais point de dromadaires.

Délices de fin d'après-midi. Nous n'avons presque plus d'argent liquide, mais le peu que nous avons nous le buvons (sans alcool) à la terrasse du Central Parc Café. La verdure, la brise du soir, la douce chaleur. Dernière soirée de mon séjour.

Nous nous rejoignons au lit. Pourquoi ai-je toujours des paroles malheureuses? Quand j'ai dit "Merci pour cette belle journée", H. a pris la mouche. Nous nous sommes séparés quelques secondes. Puis il m'a dit: "Viens". Alors, j'ai souri.

H. m'avait dit que j'avais parlé pendant mon sommeil la nuit précédente. J'ai dès lors essayé de me taire.

Mercredi 26 mai 2010.

Mon réveil sonne à 6 heures. Erreur de décalage horaire. Celui de H. à 6 heures 45. Trois quart d'heures de gagné pour terminer la nuit "collés serrés", avant l'arrivée du propriétaire.

Nous rejoignons l'aéroport. Je n'aime pas les adieux. H. non plus. Pas d'effusions en public. Je franchis la porte du contrôle. Je me retourne. H. me fait un signe discret. Il porte la même chemise que le premier jour.






jeudi 13 mai 2010

Quand humour rime avec amour

J'ai déjà évoqué, à plusieurs reprises, l'excellente collection des "Dictionnaires amoureux" chez Plon. Chaque volume, quelque soit le sujet, est au-delà de l'érudition de son auteur le reflet de sa personnalité. Il s'agit donc toujours d'une lecture subjective. C'est ce qui fait la saveur de cette collection. Les thèmes abordés sont on ne peut plus divers: le vin, la chasse, les étoiles, le rugby, Naples, les menus plaisirs ...

Après le Dictionnaire amoureux de l'Islam de Malek Chebel et le Dictionnaire amoureux du Judaïsme de Jacques Attali, je poursuis et ferme la boucle, en quelque sorte, avec la lecture du Dictionnaire amoureux de la Bible de Didier Decoin (2009).




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D'emblée, on est séduit par la manière dont l'auteur raconte la Bible, évoque ses grands noms, revisite ses  thèmes. L'auteur ne s'en laisse pas conter et, ce faisant, il nous fait découvrir autrement bien des choses que l'on croyait connaître. Toujours avec tendresse et humour. Car c'est un livre qui met le sourire aux lèvres. 

Saviez-vous, par exemple, que les chérubins n'ont vraiment rien à voir avec les angelots jouflus auxquels on pense généralement? Allez donc lire la description effrayante qu'en fait Ezéchiel (1, 5-28)! La description de l'Eden - le paradis terrestre - que fait la Bible ne correspond guère à un monde enchanté. On découvre aussi qu'Adam fut peut-être le premier poète, que Abram et Saraï ont fait appel à une mère porteuse (Aggar) et que Isaac n'était sans doute pas un frêle blondinet à peine sorti de l'enfance, mais plutôt un robuste trentenaire dont la soumission à son père, lors de ce qui fut un infanticide avorté, paraît dès lors un peu suspecte.  Chaque page réserve une surprise. 

Pour les amoureux des mots (j'en suis), ce livre est aussi l'occasion de tester et d'enrichir son vocabulaire.  Savez-vous, par exemple, ce qu'est le dictame, l'amome, l'acore, l'onagre, un adamite, un erpétophobe, un valsien ou un passalorynchite ...


Voilà donc un livre où l'on apprend, où l'on révise certaines idées reçues ou des présentations traditionnelles un peu trop embellies, en s'amusant. A recommander donc.

dimanche 4 avril 2010

Mots au coin de la rue

Aperçue sur la devanture d'un magasin du centre ville, cette jolie phrase d'Alphonse Allais: "La nuit tomba; je me penchai pour la ramasser".

Un autre offrait au chaland ce texte célèbre de Voltaire:

"Ce qu'il faut pour être heureux


Il faut penser; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer; c'est ce qui nous soutient;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.


Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.


Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.


Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.


Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.


Parmi les nombreuses initiatives inscrites sous la bannière de "Liège, métropole culturelle", il y a celle aussi de faire figurer sur des bancs publics des phrases du poète liégeois Jacques Izoard.

Cette irruption des mots d'auteurs dans le quotidien, là où on ne les attend pas nécessairement, est une heureuse initiative. Mes déambulations citadines s'accompagnent ainsi de mots qui me trottent dans la tête. Je me réjouis aussi que ces mots puissent être lus par chacun, comme par surprise.









mercredi 24 mars 2010

24 mars 2010 - Douceur printanière

Pourquoi s'obstine-t-on à situer le début du printemps le 21 mars? Cette année encore - c'était dimanche dernier - nous avons eu droit à un premier jour du printemps sous la grisaille et la pluie. Boulevard Saucy  la journée était, à l'initiative de l'Aquilone, dédiée aux alternatives à la grande distribution (ventes directes à la ferme, groupements d'achat, magasins du monde d'Oxfam, éoliennes personnelles ou cogérées ...). Une occasion de s'informer et de déguster quelques produits.  Il n'y avait malheureusement pas grand monde. Je suis revenu de là avec des informations intéressantes et deux jolies jonquilles.

http://www.aquilone.be

Aujourd'hui, on peut dire que le printemps est vraiment là. Certains signes ne trompent pas. Les fenêtres largement ouvertes, les joggers qui commencent à se dévêtir et à dévoiler quelques parcelles de peau, les bancs publics où l'on prend le soleil, les oiseaux que l'on voit ramener de la nourriture au nid pour leur nichée, les amoureux qui se bécotent. J'ai toujours aimé le printemps, la saison de l'éveil, du réveil.

Sera-ce aussi le printemps dans ma vie? Depuis quelques jours, c'est encore tout récent, mon coeur bat autrement, mes pensées vont vers quelqu'un en particulier, le bonheur m'envahit à chaque fois que j'ai l'occasion de lui parler et de l'écouter. Nous sommes loin l'un de l'autre pourtant et notre contact n'est encore que virtuel. Il est plus jeune que moi et tellement proche de moi. Nous nous devinons l'un l'autre. C'est troublant et très émouvant. Lui comme moi, nous attendons avec impatience les moments où nous nous retrouvons par la magie d'internet. S'agira-t-il d'un feu de paille ou de la naissance d'un véritable amour?




Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.


J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Louis Aragon



Je n’ai rien séparé mais j’ai doublé mon cœur
D’aimer, j’ai tout créé : réel, imaginaire,
J’ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m’éclaire.

Paul Eluard



Un  ange est passé dévoilant le passage
Le passage secret pas quelqu'un de passage
Oui j'ai un ami et ensemble on partage
Nos chemins de vie de Tolède à Carthage

J'ai trouvé la clef pour ouvrir le tiroir
Le tiroir secret, un ami en qui croire

Oui j'ai un ami qui fait plaisir à voir
Nos lignes de vie pleines engorgées d'espoir
Oui j'ai un ami et ensemble on partage
Nos chemins de vie de Tolède à Carthage

Le vent s'est levé à nous deux le voyage
Voyage à briser la muraille des nuages
Oui j'ai un ami et ensemble on partage
Nos chemins de vie de Tolède à Carthage

Arielle Burgelin



jeudi 18 mars 2010

18 mars 2010 - Palestine

Alors que ces derniers jours connaissent un regain de tension entre Israëliens et Palestiniens, pendant que Israël poursuit sa politique de colonisation des territoires occcupés, malgré la désapprobation et la pression internationales, un très beau livre m'est revenu en mémoire: Palestine de Hubert Haddad (Zulma, 2007 - existe aussi en livre de poche). Ce roman grave, bouleversant et d'une grande humanité permet de pénétrer au coeur de la situation en offrant un autre regard que celui fatalement répétitif et réducteur offert par la télévision.

Le récit se situe en Cisjordanie entre la Ligne verte et la "ceinture de sécurité". Une patrouille israélienne est assaillie par un commando palestinien. Un soldat est tué, l'autre enlevé. Bientôt le commando et son otage se trouvent en pleine déroute. Seul survivant, blessé, sans papiers, Cham, l'otage, est frappé d'amnésie; il ne sait plus son nom, ni qui il est. Le jeune homme est soigné par deux femmes palestiniennes, la mère, aveugle, et la fille, anorexique.  Falastin, la fille, fera croire à sa mère qu'il s'agit de Nessim, le fils et le frère, disparu depuis plusieurs années. C'est ainsi que Cham devenu Nessim,  découvre et subit les souffrances de la Cisjordanie occupée.

L'auteur écrit dans une langue qui a séduit immédiatement le passionné des mots et de leur musique que je suis.


"Comment dénouer ces liens? Avec l'accentuation du jour dans les fentes, des sortes de mandibules inertes se dessinent le long des parois obscures, des pattes de crabes ou d'araignées géantes. Maintenant que le masque a glissé, il mordille
la cordelette entre ses poings, cherchant les noeuds, l'entremêlement. Nulle hâte dans cette activité: il mâchonne la corde comme l'ouaille un carré d'herbe - sans notion d'évasioon, simplement pour ôter l'entrave. Rien ne l'habite que la stupeur d'être là dans cette fosse à l'odeur de cannelle et de putréfaction. Espèce de remords organique, la  faim et la soif le taraudent. Sans autre image, l'inaccompli l'étreint d'une légère constriction.; il a manqué son rôle dans la suite des jours, mais quel rôle? Une nostalgie au goût de sang pèse sur sa gorge."