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mardi 24 décembre 2013

Pourquoi fêter Noël ?

Pourquoi fêter Noël ?

Nul tout d’abord n’est tenu de fêter Noël, et il y a bien des manières de fêter, ou de ne pas fêter, Noël.

Certains ne fêteront pas Noël, et c’est leur droit. Que ce soit sans rancœur, sans acrimonie, sans condescendance ou  persifflage à l’égard des autres.

Certains aimeraient pouvoir fêter Noël et ne le pourront pas pour des tas de raisons : solitude, pauvreté, intolérance ou insécurité religieuses … Je pense particulièrement à eux.

Certains fêteront Noël sans savoir ce qu’ils fêtent, juste pour la fête. Puisse l’esprit de convivialité l’emporter chez eux sur la course effrénée aux mets raffinés et aux cadeaux.

Certains aideront les autres à passer Noël en leur donnant un peu de chaleur humaine ou parce que c’est leur travail. A eux aussi, je pense.

Certains quand même savent que Noël est un anniversaire, celui de la naissance d’un certain Jésus, même si leur connaissance du dit Jésus est bien imparfaite. Comme disait une jeune américaine à un père abbé irlandais : » C’est tout de même merveilleux que Jésus soit justement né le jour de Noël ! ».

Certains se réjouiront parce qu’ils aiment en Jésus son message d’amour, ses paroles libératrices, son amour des pauvres et des exclus … Ceux-là aiment peut-être même Jésus sans croire en Dieu, ni en la résurrection.

Certains, moins nombreux sans doute, feront la fête parce qu’ils voient en Jésus plus qu’un homme admirable, peut-être même un homme devenu Dieu, soit parce que Dieu l’a divinisé, soit parce que les hommes l’ont divinisé. On a le droit de croire cela, on ne risque rien : il y a longtemps qu’on ne brûle plus les hérétiques.

D’autres encore professeront quelque chose d’inouï et d’unique : l’incarnation de Dieu, Dieu qui s’est fait homme en Jésus. C’est ce que nous fêterons au monastère ce mardi soir. Personne n’est obligé de croire cela, mais c’est la foi des chrétiens. Ce Dieu-là me plaît. Pour ma part, je ne puis pas croire à un Dieu qui assisterait de son balcon à notre aventure humaine, avec son poids de souffrance et de détresse, sans venir s’y tremper de tout son être. Je ne pourrais pas croire à un Dieu qui verrait nos croix sans être lui-même crucifié. Le Dieu du judaïsme et de l’islam est peut-être très proche des hommes, plus proche de l’homme que la veine de son propre cou, dit le Coran, mais, sans l’incarnation, il reste indemne.

Dieu fait homme. Comment est-ce possible, allez-vous me demander ? Comment pourrais-je répondre ? Il faut être Dieu pour savoir comment on devient homme quand on est Dieu. Que l’Esprit saint et la vierge Marie aient été appelés à la rescousse, comme les évangiles le racontent, est finalement une possibilité et une question de foi.

Oui, en devenant homme, Dieu a voulu abolir toute distance afin d’associer l’humanité, en chaque homme, à sa vie divine. Voilà ce que je célébrerai à Noël. Cela vaut bien une fête.

Heureux Noël à tous.

PS. J’emprunte plusieurs idées et formules de ce texte à notre frère François. Qu’il en soit remercié.

mardi 3 décembre 2013

Poème mystique persan

Poème mystique persan

Quel est celui qui à la fois m'écoute et parle avec mon souffle ?
Quel est celui qui me regarde avec mes yeux et dont la vie est ma vie ?
C'est Toi, Seigneur ; mon âme, c'est Toi.
Tu es là, je Te trouve.
Plus de repos pour moi, ma voix ne pourra plus se taire.
Guide-moi, montre-moi le chemin de Ta demeure,
Je veux goûter l'ivresse de l'Union.
Si tu devais me l'interdire, je briserais tout !
Ma prière n'est pas une prière, Seigneur.
Si mon âme ne te voit face à face,
Quand retenti l'appel, si, tourné vers la Ka'ba je prie,
C'est vers Toi seul, pour Ta seule beauté.
Je prie, gestes vains, paroles inutiles,
Prière d'hypocrite, inerte et monotone.
J'ai honte de ma prière.
Seigneur, j'ai honte.
Je n'ose plus lever les yeux vers Toi.
Pour oser la prière, il faudrait être un ange.
Mais je suis en exil, déchu et perverti.
Silence donc, silence à ma prière,
Seigneur, elle ne peut T'atteindre.
Mais je prie, je le dois, car il faut que je dise
Le tourment de mon cœur s'il est privé de Toi.
Seigneur au regard de pitié,
Pitié pour moi,
Regarde-moi.

in L'Orient par lui-même, Anthologie rassemblée
par Baldoon Dhingra, Paris, Éd. Victor Attinger.

samedi 2 novembre 2013

A ceux qui se posent des questions sur ma vie au monastère ...

Ce blog est resté en veilleuse pendant plusieurs mois.

Plusieurs connaissances se posent légitimement des questions sur ma vie au monastère : le pourquoi, le comment. Je vais essayer de satisfaire quelque peu leurs interrogations.

Le pourquoi.

Il faut remonter assez loin dans mon histoire personnelle, pour comprendre. Déjà enfant, puis adolescent, j’aimais la solitude et surtout le silence, les longs moments de silence. Je recherchais l’une et l’autre dans la forêt, seul face à la mer, dans la pénombre des églises. Le silence ne me paraissait pas vide, creux ; au contraire, je le trouvais dense, pourvu d’une épaisseur, comme « habité ». Je ne trouvais ni le silence, ni la solitude ennuyeux. J’étais un enfant plutôt calme, posé, réfléchi. Je ne recherchais pas particulièrement la compagnie des enfants de mon âge ; je leur préférais les adultes (plus stimulants ? plus rassurants ?). Et, lorsque je me trouvais trop longtemps immergé dans des activités « de mon âge », avec mes congénères, j’éprouvais rapidement le besoin de m’en soustraire, de me retirer. Comprenons-nous bien : il n’y avait là nul mépris de ma part pour les autres ; juste le sentiment d’être étranger  (étrange ?) par rapport à eux, attiré par une autre dimension de la vie, plus intérieure, là où mes compagnons vivaient, davantage dans l’extériorité, la « fureur de vivre ».

A l’âge de 17 ans, j’ai découvert la vie monastique à l’abbaye d’Orval, où j’ai passé une semaine avec un ami. Cela a été un choc, suivi d’un attrait irrésistible. Cela m’a marqué comme au fer rouge pour la vie. Bien entendu, le choc n’était pas que spirituel ; il était aussi et peut-être surtout esthétique. Il n’en reste pas moins que cette manière « alternative » de vivre « à Dieu seul » dans la prière et le travail (« Ora et labora »), dans la solitude et le silence, ne pouvait que me rejoindre et me paraître un chemin de vie parfaitement crédible. D’autant plus que j’ai rencontré là-bas des hommes qu’un feu intérieur habitait, des hommes apparemment en paix, unifiés et heureux. Quand j’ai quitté Orval, après ce premier séjour, je savais que l’idéal monastique ferait à tout jamais partie de ma vie d’une manière ou d’une autre. Cela a été le cas jusqu’à aujourd’hui.

Il faut du temps, beaucoup de temps parfois, avant que ce qui a été un jour semé prenne corps et s’épanouisse. C’est le temps de la maturation. A la réflexion, ce temps fait d’expériences, de rencontres, d’éblouissements, d’engagements, de découragements, de ténèbres, de ruptures, de blessures, de recommencements, de découvertes a échappé en grande partie à toute maîtrise. La seule chose que nous puissions faire n'est-ce pas accueillir ce qui nous est donné. Soyons franc, sur le moment et même après, il n’a pas été toujours commode de discerner une direction dans ce qui pouvait apparaître avant tout, dans ma vie, comme une succession de lignes courbes ou brisées. C’est à ce travail de discernement que je me suis livré ces derniers mois.

Ce travail m’a conduit à demander aux frères de Wavreumont, que je connais de longue date, à pouvoir vivre la vie monastique au sein de leur communauté. Je terminerai, fin de cette année, un stage de six mois. A partir de janvier, je m’engagerai pour un an, avec le soutien des frères, pour un temps de noviciat. A terme, j’aurai la possibilité de m’engager pour des périodes renouvelables en tant qu’oblat régulier. Ce statut un peu particulier de laïc au sein de la communauté repose sur un engagement d’ordre privé et ne comporte pas des vœux au sens strict.

La vie monastique, telle que vécue à Wavreumont, en communauté, selon la règle de Saint Benoît et guidé par un abbé (en l’occurrence un prieur) est un moyen, pas une fin en soi. Le moine est avant tout un chercheur de Dieu. Il entend se décentrer de lui-même, se désencombrer, pour donner la première place à Dieu et unifier son être en lui. Pourquoi ? Par amour, ai-je envie de dire. En réponse à un amour au-delà de tout amour humain qui s’est laissé découvrir, un jour, dans le silence de la prière et a éclairé d'un jour particulier tout mon parcours de vie. Pour m’y aider, je fais confiance à la sagesse bénédictine, longuement éprouvée, et à l’exemple des anciens.

Le comment

Ma  vie est celle de tous les frères de la communauté. A titre indicatif, voici l’horaire type d’une journée de semaine.

6 h 00 :             Lever
6 h 20 :             Office de Laudes chanté (psaumes et lecture)
6 h 50 :             Petit déjeuner
7 h 05 :             Lectio divina (lecture ruminée, méditée et priante de la Bible)
8 h 00 :             Eucharistie
8 h 45 :             Travail ou étude
12 h 00 :           Office de midi chanté (psaumes et lecture)
12 h 30 :           Repas de midi en silence (avec une lecture : actuellement « Congo » de D. van      Reybrouck)
13 h 45 :           Travail
17 h 15 :            Lecture spirituelle
18 h 00 :           Office de Vêpres chanté (psaumes et lecture)
18 h 30 :           Temps de silence
19 h 00 :            Repas du soir en silence (avec de la musique)
19 h 45 :            Papote communautaire
20 h 15 :            Office de complies chanté (psaumes et lecture)
20 h 30 :            Soirée en cellule ou au jardin (pas de télé … mais musique, livres, ordi)
                           Le dimanche, soirée cinéma
22 h 00 :             Coucher

En ce qui concerne le travail,
- je prends ma part dans les différents services communautaires (service à table, vaisselle, lecture au repas, nettoyage)
- j’offre une aide ponctuelle au jardin et à l’atelier de peinture
- j’assure la diffusion dans les media des activités proposées au public par le monastère
- je compte suivre prochainement une formation à la reliure de livres
- et surtout, je réalise et coordonne l’informatisation du fichier de la bibliothèque (plus ou moins 18.000 ouvrages … on est au début) : un vrai travail de bénédictin.

En ce qui concerne l’étude,
- j’ai participé à une session musicale sur les psaumes et la psalmodie,
- j’ai participé à un cours d’histoire monastique (des pères du désert d’Egypte au 3ème siècle jusqu’à Saint François d’Assise)
- je travaille chaque semaine un passage de la règle de saint Benoît en vue d’un partage avec le prieur,
- lecture commentée de l’évangile de Marc et de l’épître aux romains.

En ce qui concerne les lectures :
- Islam, Hans Küng, Ed. du Cerf, 2010 ;
- Noyau d’olive, Erri de Luca, Gallimard, 2004 ;
- Paroles des anciens, Jean-Claude Guy , Ed. du Seuil, 1976
- Mon corps mis à nu, Stéphane Lambert, Impressions nouvelles, 2013
- Mark Rothko : rêver de ne pas être, Stéphane Lambert, Impressions nouvelles, 2011

- Les trois colonnes du monde : un chemin vers l’essentiel, Benoît Standaert, Albin Michel, 2012

A bientôt, pour un prochain partage.

mercredi 19 juin 2013

Les voeux

Nombre de mes amis, surpris par ma décision de tenter une vie nouvelle au sein d'une communauté monastique, m'interrogent sur les voeux.

Dans l'Eglise catholique, les prêtres et religieux font un triple voeu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Leur engagement est public et leur donne un statut particulier en droit canon. Les moines y ajoutent : un voeu de stabilité (par rapport au monastère qu'ils ont choisi et qui les accueille), un voeu de conversion monastique (c'est-à-dire qu'ils choisissent ce mode de vie particulier, comme chemin de conversion) et un voeu particulier d'obéissance à l'abbé (qui ne l'oublions pas doit agir en tout comme un père plein de tendresse et de compassion).

Serais-je capable de respecter ces six voeux ? La question ne se pose pas en l'état actuel des choses.

Ma demande, pour l'instant, est de partager pour un temps suffisant de probation la vie communautaire dans tous ses aspects. A terme, je signerai sans doute un engagement privé avec la communauté, qui ne fera pas de moi un religieux, mais un laïc dans la communauté. Par le passé, les frères lai étaient des hommes pieux, agrégés à la communauté, sans obligation de participer à l'office du choeur, et qui s'occupaient des choses temporelles (pour laisser du temps au profès de chanter l'office). Les choses ont beaucoup évolué.

Sur les voeux religieux et monastiques, on peut lire d'infinis commentaires.

Un des frères de ma communauté s'y est risqué.





Je vais essayer de découvrir, jour après jour, de quoi il s'agit.

J'imagine que, chacun de ces voeux, peut être interprété avec d'infinies nuances.

En tout cas, il en est un qui ne fait aucun doute pour moi, c'est le voeu de stabilité.


lundi 17 juin 2013

Le pape François et les parlementaires français


J'ai commenté trop rapidement les paroles du pape François, hier, sans réflexion, me laissant aller à des choses faciles. Mon texte était très mauvais. Je l'ai supprimé. Comme les commentaires qui l'ont entouré ne le concernaient pas directement, je me suis senti d'autant plus libre.

Ainsi donc, le pape François a accueilli, en audience privée, une délégation de parlementaires français (UMP, surtout, socialistes, un peu). Il avait préparé pour eux un discours ciblé.

Dans ce discours, il appelle les parlementaires chrétiens à donner un surcroît d'âme aux textes, à défendre une certaine conception de l'homme et du monde. Il a invité à tirer les textes vers le haut et à ne pas succomber trop facilement aux idées ambiantes. Des conseils somme toute justifiés, vu sa fonction, à des chrétiens investis en politique.

Un mot a suscité la perplexité : le pape a relevé qu'il appartenait aussi aux parlementaires de demander, le cas échéant, l'abrogation de lois existantes. Beaucoup, à tort ou à raison, ont lu entre les lignes, qu'étaient visées les lois françaises sur l'avortement, l'euthanasie et le mariage pour tous, ce que le pape n'a pas dit explicitement.

Ceci a surpris et choqué d'aucuns, car il semblait révolu le temps où l'Eglise se mêle des affaires de la cité.

Plus que partout ailleurs, la France a développé le principe de laïcité. On a été surpris de voir à quel point ce principe a pourtant peu d'ancrage. Il a suffi du débat parlementaire à propos du mariage pour tous pour voir les religions, surtout leurs ailes conservatrices, sortir du bois. De quoi se mêlaient-elles, s'agissant d'une revendication et d'une réforme purement civiles ?

Cela pose la question de la cohabitation de la société civile et des religions.

Après réflexion, et du point de vue chrétien, j'aboutis à ceci (ce n'est que mon avis).

Bien entendu, le jeu démocratique s'impose aux croyants, que cela leur plaise ou non.

Quant aux trois sujets névralgiques (l'avortement, l'euthanasie, le mariage pour tous), je me demande si c'est bien le le rôle de l'Eglise de formuler des principes, des règles et des anathèmes.

Le rôle de l'Eglise, et partant des chrétiens, n'est-il pas plutôt d'accompagner avec bienveillance, empathie et compassion ceux qui choisissent ces chemins de traverse. Ils peuvent être assaillis de doutes. Ils peuvent être en souffrance ou dans une grande détresse morale. Ils peuvent aussi nous donner des leçons d'amour. Expliquer, comprendre, soutenir, prendre la main, se réjouir aussi.

Loin de la loi, des querelles byzantines sur tout et tout, n'est-ce pas la seule façon pour un chrétien de témoigner réellement et concrètement de son adhésion à Jésus ? Tu vis ta liberté, je la respecte, je l'accueille, je ne te juge pas, je te propose simplement de cheminer avec toi un peu, si tu en as l'envie, le désir ou le besoin

La tentation du juridisme a toujours pesé sur les religions monothéistes. Pourquoi ? Il n'est point besoin de se tourner vers le bouddhisme pour autant. Tout dans le message de Jésus mettait l'attention à l'individu au-dessus de la loi.

dimanche 16 juin 2013

Le pardon et le parfum

L'évangile de ce dimanche (Lc, 7, 36 à 8, 3) rapporte un épisode bien connu : alors que Jésus est invité à un dîner, une femme s'introduit, avec un vase de parfum, et pleurant, elle inonde les pieds de Jésus de ses larmes et de parfum, les baisant et les essuyant avec ses cheveux. On peut imaginer que l'intrusion de cette femme, au beau milieu de ce dîner, et plus encore la réaction de Jésus, qui ne la rejette pas, ont dû faire jaser.

Reprenons quelques éléments du récit pour aller au-delà de l'anecdote et la mieux comprendre.

Jésus avait été invité à dîner par un pharisien, nommé Simon. Ce n'est pas, d'après Luc, la seule invitation chez un pharisien que Jésus a acceptée (voy. aussi Lc, 11,37 et 14, 1). Luc est toutefois le seul à rapporter de tels repas. Nous avons une image déformée des pharisiens. Nous les considérons avant tout comme hypocrites, pointilleux sur les règles et aimant occuper les premières places dans les synagogues. Ah les préjugés sociaux et religieux !

A vrai dire, les pharisiens sont des juifs pieux qui n'ont pas trouvé d'autre moyen que le rappel des règles de la Loi, jusqu'au scrupule parfois, pour s'arcbouter contre l'invasion de la culture hellénistique. Ils cherchaient par là à sauvegarder leur différence et leur identité face à un rouleau compresseur que rien ne semblait pouvoir arrêter. On ne peut manquer de voir là bien des similitudes avec des événements actuels où les crises identitaires se multiplient face à la mondialisation.

Ils sont chaleureux. Ils se réunissent souvent pour des repas fraternels, joyeux, où l'on finit toujours par discuter (ergoter ?) sur une règle de la Thora. Les juifs sont ainsi faits. Nombreux sont ceux qui sont encore comme ça.

C'est à un tel repas que Jésus a été invité.

Apparemment, lors d'un tel dîner, il n'était pas impossible qu'un intrus s'introduise. Les portes de la maison restaient-elles ouvertes ? Pour respecter le sens de l'hospitalité ou accueillir le pauvre qui passait.

Une femme de la ville s'introduit et adopte un comportement étrange.

Elle est désignée comme une " pécheresse ". Certains disent qu'il s'agissait d'une prostituée, impure parmi les impures. Le texte ne permet pas cette conclusion. On ne cite pas son nom, mais ce qui est sûr, c'est que tout le monde la connaît comme étant une pécheresse. Ils la connaissent sous cette étiquette. Quel efforts ont-ils fait pour la connaître vraiment ?

Son comportement est inhabituel : elle s'approche de Jésus et inonde ses pieds de ses larmes et de parfum et les essuie avec ses cheveux (ce qui est scandaleux, les femmes doivent tenir, comme en Islam encore aujourd'hui, leur chevelure voilée). Voilà de quoi interloquer les convives. Ce qui les surprend toutefois le plus, c'est que Jésus se laisse faire. Il aurait dû refuser tout contact avec cette femme impure. Une fois de plus, Jésus brise les convenances au profit d'une rencontre. Jésus a très bien compris le sens de la démarche. Elle ne vient pas à lui pour obtenir le pardon de ses nombreux péchés, mais parce qu'elle a compris, ayant écouté Jésus, comme beaucoup d'autres, que lui seul ne la rejetait pas, qu'il l'aimait malgré son étiquette de pécheresse, qu'il la rejoignait au fond de son coeur et de son attente. Elle a compris que le pardon de ses péchés ne passera pas par des rites au Temple, mais plutôt par un regard.

Le mot qui s'impose est la gratuité : Jésus a offert à cette femme - peut-être inconsciemment - une ouverture, qui la débarrasse de son étiquette, sans rien attendre d'elle. Sans espérer quoi que ce soit, elle vient pour dire sa gratitude à Jésus et brave pour cela une tablée de notables bien pensants. Chapeau.

Restaient les convives et Simon. Jésus leur raconte une petite parabole, comme il en a le secret.

Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cent pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un, ni l'autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera davantage ? Simon répond : " c'est celui à qui il a remis davantage". " Tu as raison ", lui dit Jésus. Puis Jésus lui dit : " Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé de l'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour ".

Quelle leçon pour Simon ! Simon est de toute évidence un brave homme, fidèle à sa femme, qui gère honnêtement ses affaires. Il n'a presque rien à se reprocher. Juste des pécadilles. N'ayant pas grand chose à se faire pardonner, son amour est frileux, timide, tiède. Jésus lui fait prendre conscience que la pécheresse, qui a beaucoup à se faire pardonner, aime davantage. Elle passe ainsi avant lui aux yeux de Dieu.

Ceci n'est bien entendu pas un appel au péché, mais l'invitation à comprendre que beaucoup nous précéderont et qu'ils pourraient bien, à nos yeux, être inattendus.


dimanche 9 juin 2013

Le papa sans maman et la fête des pères

lls l'ont asséné, avec une frénésie dépassant souvent le raisonnable, enfermés dans des schémas qui ne correspondent malheureusement pas à la réalité : les enfants doivent être issus d'un couple marié hétérosexuel, car ils ont droit à un père et une mère, disaient-ils. Pour en convaincre tout le monde, ils ont exhibé leur progéniture, nombreuse, cela va de soi, dans des manifestations contre tous ces autres qu'ils détestent, je veux dire tous ceux qui ne sont pas comme eux.

Et bien, moi, en ce jour de la fête des pères en Belgique, j'entends rendre hommage à tous les pères qui ne sont pas comme ces pères-là.

Commençons par les pères qui élèvent seuls leurs enfants, après que la mère a abandonné le bateau, pour vivre une autre vie, avec un autre, avec qui elles n'hésitent pas à avoir d'autres enfants. Je ne pense pas particulièrement à mon cas. Ma voisine, qui couve ses petits-enfants et est totalement du côté de son gendre, me parlait de lui, hier encore, 57 ans, trois enfants de 13 à 20 ans, la mère, la fille de ma voisine, est partie pour une autre vie plus aventureuse et ne donne plus signe de vie.

Je pense aussi à ces jeunes pères gay de mon entourage qui, dans un couple, inondent d'amour leurs enfants (adoptés ou nés de mère porteuse) et n'ont que le désir de les faire grandir et s'épanouir. Enfants désirés plus encore que d'autres peut-être.

Vraiment faut-il un père et une mère pour que les enfants soient heureux ? Si oui, tous les enfants dont je viens de parler sont voués au malheur ...

Je sais, cela va paraître un peu facile, mais tous les enfants nés de parents fatalement hétérosexuels et élevés au sein d'un dit couple sont-ils heureux ? La réalité ne nous démontre-t-elle pas le contraire ? Il y en a même parmi eux qui finissent par devenir (plutôt naissent) homosexuels, c'est dire. Et d'autres qui subissent les pires atrocités, pas seulement dans des familles déshéritées et paumées, aussi dans des milieux bourgeois et plus.

Combien de familles, au temps de ma génération, où le père était absent tout simplement parce que la famille relevait de la mère et le reste du père ... J'aime d'autant plus la réflexion suivante.

" On est une génération d'hommes élevé par des femmes. Je ne suis pas sûr qu'une autre femme soit la solution à nos problèmes. " (Tyler Durden)

A tous les pères, quels qu'ils soient, et qui tentent, comme ils le peuvent, d'aimer avec toutes leurs tripes les rejetons que la vie leur a confiés, je dis : BONNE FETE DES PERES.




Deux résurrections le même jour

La liturgie nous propose, jour après jour, des textes de la Bible, de l'ancien et du nouveau testament (peut-être devrait-on dire le premier et le second ... le deuxième ?). Elles sont généralement entrecoupées d'un psaume. Le dimanche, l'Eglise catholique y joint toujours un extrait des écrits de Paul de Tarse ou le concernant. S'il y a toujours une grande cohérence entre le récit de l'ancien et celui du nouveau testament, autant les passages concernant Paul semblent complètement décalés.

Ce dimanche, deux récits de résurrection sont proposés, un concernant le prophète Elie, l'autre Jésus. Nous y reviendrons.

Entre les deux, s'interpose un extrait de la lettre de Paul aux Galates (Gal, 1, 11-19). A vrai dire, c'est le texte qui me fait le plus douter de la fiabilité de Paul. Sans avoir jamais rencontré aucun des apôtres et des disciples, sauf ceux qu'il pourchassait et martyrisait, il a tout à coup une révélation sur le chemin de Damas. Jésus lui serait apparu et lui aurait confié la totalité de son message avec mission de le propager chez les païens. Quelle est alors la réaction de Paul ? Si j'avais été à sa place, j'aurais cherché à entrer en contact avec les témoins, les disciples, les plus proches de Jésus. Ce n'est pas ce que fait Paul. Se considérant "mis à part dès le sein de sa mère", il part, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer les premiers et seuls dépositaires du message ; il part en Arabie, puis finit par rejoindre Damas. On ne sait pas ce qu'il a pu raconter, ni quel rôle il a cherché à jouer. On sait cependant, d'après ses écrits, qu'il ne citera jamais aucune parole de Jésus, s'appropriant en quelque sorte le personnage. Il lui faudra trois ans d'errance et de prédications, bien mystérieuses, avant qu'il se décide à rencontrer les vrais témoins. Il n'en rencontrera que deux, nous dit le texte de ce jour, Pierre et Jacques, le frère de Jésus, pendant quinze jours, ce qui est bien peu. Que se sont-ils dit ?

Je le sais, les voies de Dieu sont impénétrables, mais les rapports entre les témoins et cet électron libre ne seront pas toujours au beau fixe, loin de là. Et je ne puis m'empêcher de m'en méfier.

Pour ma part, mais je dois être trop rationnel, je préfère les témoins à ceux qui ont de soudaines révélations. De ce point de vue, Paul et le prophète Mahomet ont au moins deux points communs : la révélation directe et le souci du prosélytisme. Envahir la terre de leur croyance. Paul, convenons-en, agit par la parole et donc de manière plus pacifique que le prophète Mahomet. Les oeuvres de Paul correspondent-elles cependant à la volonté de Jésus qui cherchait avant tout à convertir les juifs autour de lui ?

Venons aux deux autres textes : deux jeunes hommes sont ramenés à la vie (Livre des Rois, 17, 17-24 ; Lc, 7, 11-17). On ne connaît pas leur nom, mais dans les deux récits, on parle de leur mère, dont on ne connaît pas le nom non plus.

Dans le récit d'Elie, il y a une rébellion de la mère : " Qu'est-ce que tu fais ici, homme de Dieu ? Tu es venu pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! "

Dans le récit de Luc, à Naïm, la mère est une veuve, d'autant plus éplorée qu'elle va se retrouver seule, il n'y a aucune révolte en elle, juste du chagrin, un immense chagrin, mais elle est entourée, dit le texte, d'une immense foule qui l'accompagnait.

Deux contextes bien différents donc.

Et une même réponse de la part des hommes de Dieu : rendre la vie, peu importent les moyens et les circonstances. Une immense compassion : "Ne pleure pas", dit Jésus, à la veuve de Naïm.

Qui d'autre que Dieu peut faire passer de la mort à la vie ? Qui d'autre que Dieu peut dire à quelqu'un enfermé dans la mort : "lève-toi" ? Quitte tes champs de mort et retrouve ceux de la vie.

Je connais des psys et des maîtres spirituels qui y arrivent. Mais ne sont-ils pas alors comme des ouvriers de Dieu, même s'ils n'en sont pas toujours conscients ?

Un mot encore : à Naïm, le miracle a suscité la crainte. Faut-il avoir peur quand un homme renaît ? Faut-il avoir peur quand un homme voit la vie circuler à nouveau en lui, alors que tout s'était endormi, sclérosé, figé ? Ou faut-il s'en réjouir ? " Regarde, ton fils est vivant ".

A chacun la liberté de dire, comme la veuve de Naïm : " Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique ".

samedi 8 juin 2013

L'objection de conscience face au mariage gay

Il fallait s'y attendre : un maire de droite, en France soutenu par son conseil municipal, a refusé de célébrer un mariage gay. Il n'invoque pas l'objection de conscience, mais l'illégitimité de la loi.

Quand une loi a été votée, ceux qui sont en charge de l'appliquer ne devraient avoir d'autre choix que de l'appliquer, peu importent leurs sentiments ou opinions. Elus de la Nation, chargés à un niveau local, de l'application de la loi, ils ne sont pas là, pour faire valoir leurs opinions individuelles, mais pour appliquer la loi.

L'objection de conscience a été évoquée, même par le Président Hollande, avant qu'il ne se rétracte. Nous avons connu cela en Belgique quand le roi Baudouin a refusé de signer la loi dépénalisant l'avortement, votée à une large majorité parlementaire. Il a fallu alors trouver une solution à la belge : l'impossibilité de régner pendant un jour. La loi est ainsi passée sans l'accord du roi. Mais elle est passée et depuis appliquée.

La situation qui se présente, en France, est bien plus grave.

L'objection de conscience, si on l'admet, ne peut pas empêcher l'application de la loi. Elle est personnelle et il appartient alors à d'autres d'assumer, en cas d'empêchement, la loi. Une alternative doit être proposée. Ou alors l'élu en désaccord doit démissionner compte tenu de son incapacité à appliquer la loi.

Tel n'est pas le discours de ces maires de droite récalcitrants : ils invoquent l'illégitimité de la loi. Vous avez bien entendu : aux yeux de certains élus de droite, une loi votée à une large majorité parlementaire devrait ne pas être appliquée, parce qu'à leurs yeux, à eux, elle est illégitime. La légitimité n'a rien à voir avec la légalité. La loi ne serait pas tout, selon eux. Il y aurait des présupposés supérieurs susceptibles de rendre la loi caduque. Définis par qui ? Les religions, les idéologies, les sentiments particuliers de quelques-uns.

La vraie question est la suivante : comment, en démocratie, peut-on tolérer de tels élus et voter pour eux  ?

Une chose est claire : de nombreux citoyens préfèrent élire, à répétition, des petits barons locaux, dont le pouvoir repose sur le clientélisme, que d'élire de vrais démocrates. C'est après qu'ils découvrent qui ils ont élu. Et revoteront pour eux de toute façon après.

Tiens, en passant, on pourrait se demander si tous les élus l'ont été légitimement ?


La dame aux dossiers

Tous les belges la connaissent, elle fréquente les allées du pouvoir depuis tant d'années. Elle doit aimer cela : être une femme de pouvoir. Négocier, déposer des notes et contre-notes, ergoter, s'affirmer face aux autres dans les débats, en tant que femme en plus, et le dire dans les media.

On la décrit parfois méchamment, dans des caricatures, comme une espèce d'adepte des jeux cuir et sadomaso. Qui sait ? Peut-être son conseiller en communication en est-il responsable ?

On sait aussi qu'elle est une mère de famille respectable.

Elle est surtout connue pour être la femme qui ne peut pas arriver quelque part sans porter une pile de dossiers sous le bras. J'ai connu, à l'université, des gens semblables. La pile de dossiers n'est-elle pas le signe visible que l'on travaille ? Tandis que le prof, qui vient donner son cours avec juste une craie à la main, ne peut être qu'un fainéant. A voir.

Le dossier profile l'homme, le nombre de dossiers portés (et peut-être supportés) permet d'avoir l'impression d'être au-dessus du lot.

Il va sans dire que je ne partage pas cette option.








J'écris à propos de la dame aux dossiers suite à une de ses répliques aux journalistes, dont elle a le secret. Interrogée, comme ministre de l'intérieur, à propos du nombre de mineurs belges qui seraient partis combattre en Syrie, elle a répondu : "moins que 5". Un, deux, trois ou quatre ? Autant dire qu'elle n'en sait rien et ferait mieux de le dire.

vendredi 7 juin 2013

Les mains du pianiste et les pieds de l'organiste

Lors du concours Reine Elisabeth, année piano, je ne me contente pas d'être attentif à la musique, au charisme des candidats, aux oeuvres proposées ... je regarde beaucoup les mains des candidats.

Les mains des pianistes me fascinent depuis toujours.

Je n'ai pas des mains de pianiste, mes doigts ne sont pas assez longs ... mon répertoire se trouverait dès lors limité.

Et puis je manque de souplesse dans les doigts, c'était déjà le cas pendant mes dix laborieuses années de guitare classique.

Donc, je suis toujours fasciné par ces doigts qui courent sur le clavier, surtout quand ils sont longs et fins. Ils se chevauchent, ils se poursuivent, ils restent en attente dans une élégante suspension, ils frappent avec ardeur le clavier, ils se serrent avant l'entrée en scène, ils se donnent pendant le concert, ils s'ouvrent au moment des applaudissements.

La nature m'a doté d'une certaine souplesse dans la voix, qu'en ai-je fait ? Le résultat actuel est plutôt désastreux. La fin de l'entraînement et l'alcool (mais pas de clope) sans doute.

Mais j'observe aussi avec fascination les pieds de l'organiste. Comment fait-il pour coordonner les mains et les pieds ?

C'est un mystère qui me dépasse, moi qui suis incapable d'attraper un ballon au vol et de chanter tout en dansant.

Merci à tous ces musiciens qui me dépassent et m'offrent tant d'émotions.


jeudi 30 mai 2013

C'est gros et pourtant c'est vrai

Je ne sais pas où certains flamands démocratiquement élus, et dès lors nantis d'une légitimité, veulent conduire la Flandre. J'ai beaucoup de peine à imaginer ceux qui les soutiennent et les ont élus. Ils ne ressemblent pas aux flamands que je connais.

Un événement anodin, mais révélateur, s'est passé à Kortrijk (je n'ai pas osé écrire Courtrai, par peur de représailles). Il y a, à Kortrijk, comme dans beaucoup d'autres villes, une grand-place, qui ne s'appelle pas comme cela cependant. La grand-place de Liège s'appelle bien Saint Lambert. Peut-être s'appelle-t-elle " Guido Gezelle Plein ". Je n'ai pas eu le temps de vérifier. Un entrepreneur entreprenant, mais pas très au courant des usages flamands, peut-être était-il turc ou marocain, a choisi d'y installer une baraque à frites (un fritkot, comme on dit à Bruxelles). Pour faire chic, il présentait sa jeune entreprise sous le label " Frituur Grand Place". Il pensait naturellement à la Grand Place de Bruxelles que même les japonais appellent comme cela. Des cafés, en Wallonie, s'appellent bien, dans le même registre Elysée, Le Grand café, ou le Big Ben, pour faire chic. Cela ne gêne personne. Mais, à Kortrijk, ville flamande, cela ne va pas comme cela. Grand Place, pas question, c'est du français.

L'entrepreneur a donc été contraint par de débiles édiles à modifier l'appellation de son entreprise. Cela donne maintenant : " Frituur Grote Markt ". Génial d'autant que la place ne s'appelle pas Grote Markt ! L'allusion chic a donc disparu.

Mais pourquoi "frituur" et pas " fritenwinkel " ou " fritenkot " (pour flamandiser le brusseleir). J'ai été consulté mon  dictionnaire Van Daele. Il semble bien que, sous je ne sais quelles influences, le verbe "friteren" a évolué vers "frituren", et ses dérivés, même aux Pays-Bas. Ne parle-t-on pas, en français, d'une friture de poissons, s'agissant de petits poissons, légèrement passés à la farine, et cuits dans de l'huile bien chaude (avec juste un peu de jus de citron ou une sauce tartare ou gribiche et une petite salade, un régal). Mais, n'entend-on pas nommer, en France, " friterie " l'équivalent de nos baraques à frites ? Alors qui a raison ? Friterie, pour le lieu; friture, pour le mode de cuisson. La subtilité et la précision du français s'illustrent ici. C'est bien pourquoi le mot " frituur " est, dans le cas d'espèce aussi incongru que les mots " Grote Markt ", si on veut être un peu rigoureux. Appelons donc le résultat final "un régionalisme".

Beaucoup se sont amusés de cette affaire et du ridicule échevin qui en est à l'origine. Le personnage a encore bien du travail en perspective. Pensez au pizzeria, aux restos grecs, aux snacks pitas, aux restos chinois. " La casa della mama " devra s'appeler " Het huis van de moeder ". Le " Metaxa " s'appellera " De griekse genever " et le " De Yuan " s'appellera " Het Jan's hof ". Cela promet d'être drôle.

Cela dit ... Tiens donc, pourquoi les flamands, tellement recroquevillés sur leur identité, n'appellent-ils pas le premier ministre " de Eerste minister ", mais plutôt " de Premier " ? Et pourquoi le Parlement flamand s'appelle-t-il " Het vlaamse Parlement " ? Et pourquoi un parlementaire flamand,  s'appelle-t-il un " parlementair " plutôt qu'un " vertegenvoordiger ".

Du coup, - l'initiative vient de " Slechte vlamingen ", un groupe de flamands un peu rebelles, dont je connais un membre anversois - une invitation a été adressée à certains hommes politiques flamands afin qu'ils changent de patronyme. Ainsi, il faut contraindre Geert Bourgeois à s'appeler Geert Burger (une nouvelle variété pour chez Mac Do) ; Jan Jambon doit impérativement demander à s'appeler Jan Ham. Je vous laisse imaginer les alternatives pour les parlementaires flamands, actuels ou passés, suivants : Ingrid Coppé, Jos Dupré, Cyriel Marchand, Pierre Chevalier, Léona Detiège. Et que faire d'un parlementaire flamand qui s'appellerait Flamant (je crois que cela est déjà arrivé) ?








mardi 28 mai 2013

L'expérience de la dépendance, une voie d'accès à l'humilité


Je suis un peu à bout de nerf, avec cette succession qui n'en finit pas, les informations qui n'arrivent pas, l'inertie des uns et des autres. L'inertie de l'administration n'est pas étonnante, mais ce n'est pas mieux dans certaines banques ... notamment celle que ma mère a choisie.

Mes parents ont eu le génie de se marier sous le régime de la communauté légale et de se comporter comme s'ils étaient mariés sous le régime de la séparation de biens. Chacun ses comptes, chacun son épargne, chacun ses revenus et chacun ses héritages et chacun sa banque. Allez faire comprendre à ma mère maintenant que ce qu'elle a toujours cru lui appartenir à elle seule appartenait en fait pour moitié à mon père ! Ce n'est pas le seul paradoxe financier de mes parents qui recueillaient les intérêts de leurs placements sur leurs comptes à vue, mais leurs salaires ou pensions sur leurs comptes d'épargne. Depuis le blocage des comptes, suite au décès de mon père, les deux pensions de ma mère sont ainsi versées sur un compte bloqué, tandis que le compte à vue se vide, il y a eu peu d'intérêts échus ces derniers temps. Et ma mère s'angoisse et je dois la rassurer. Quel est le banquier sournois qui leur a conseillé ce plan ?

Ah oui, j'oubliais ... Quatre mois après le décès, les comptes ne sont toujours pas débloqués au grand dam de ma mère. Les deux banques ont reçu le certificat d'hérédité établi par le notaire, il y a plus d'un mois. Dans une banque, les choses ont été réglées très rapidement. Dans l'autre, le préposé me donne, dans un premier temps, un rendez-vous, puis me téléphone pour me dire que le siège n'a pas encore donné son autorisation pour le déblocage des comptes (après trois semaines !) et que le service chargé des successions me contactera le moment venu ! J'attends toujours. Réfléchissez bien avant de choisir votre banque.

Et ceci aussi. J'ai  fait moi-même la déclaration de succession. Il faut savoir que la déclaration de succession se présente, depuis des temps immémoriaux, sous la forme d'un rectangle vide ... où des mentions nécessaires doivent figurer. On est en plein 19ème siècle. On se demande si le but n'est pas de réserver aux notaires ou à leurs clercs un office. Modernité oblige : on trouve aujourd'hui sur le site du ministère des Finances un exemplaire de la déclaration avec un guide. Je l'ai suivi. Mais, suivre le modèle proposé par le ministère des Finances ne vous met pas à l'abri de toute surprise. Ce modèle ne dit pas qu'il faut élire domicile quelque part, il demande de renseigner une adresse pour toute correspondance. Ma déclaration a été recalée parce que nulle part ne figuraient les mots "élection de domicile". J'étais prêt à faire une crise et à tordre le coup de la fonctionnaire. Déjà que la banque de ma mère m'a mis hors de moi, voilà maintenant qu'une fonctionnaire chicane. Mes arguments étaient prêts. Avez-vous connaissance des principes de bonne administration ? Savez-vous qu'il existe un principe de confiance légitime, selon lequel une information erronée de l'administration ne peut pas porter préjudice au contribuable. Cette fonctionnaire n'avait jamais entendu parler, de toute évidence, de bonne administration et de confiance légitime. Mais elle a fait preuve de souplesse. Après avoir vérifié que j'étais bien un des déclarants, elle m'a invité à ajouter manu scripto quelques mots "les héritiers faisant élection de domicile à l'adresse ci-devant nommée ". Ouf ! L'honneur est sauf !

Mais venons-en au coeur du sujet.

Voilà quatre mois que gérant la situation, faisant toutes les démarches requises, je me trouve à la merci de tiers qui détiennent le pouvoir, quand moi je n'en ai aucun. Je n'ai d'autre choix que de subir, de m'irriter, de m'angoisser à cause des délais, de renoncer à mes propres projets à cause des autres.

Dépendre des autres.

Dépendre, c'est devoir s'en remettre à quelqu'un d'autre et ne plus être à la barre.

Dépendre, c'est constater son impuissance.

Par conséquent, dépendre, c'est apprendre qu'on n'est pas tout puissant.

D'un point de vue bénédictin, il ne peut s'agir que d'une une étape dans l'humilité.

Je vous invite à un exercice : faire la liste (elle sera longue, à votre grande surprise) de tout ce dont vous êtes dépendant. On en reparlera.






dimanche 26 mai 2013

Michel Fau et miss Knife

Une petite polémique m'a opposé à certains de mes amis à propos de Michel Fau.




Michel Fau est un comédien qui a joué autant de tragédies que de comédies, écrites par les plus grands noms. Ce n'est donc pas son talent qui est en cause. Il a fait un tabac à Paris, dans divers théâtres, en incarnant une diva emphatique.







 On l'a vu, lors de la remise des Molières, il y a un an ou deux, faire grincer des dents les parents de Carla Bruni, gratuitement, dans un show assez pathétique. On l'a vu ensuite chez Laurent Ruquier, tout aussi pathétique ... Monsieur Fau est-il drôle en diva ? Certains rient et d'autres pas.

http://www.youtube.com/watch?v=MAAlxI1i0S4
http://www.youtube.com/watch?v=roiZs-fnc-c

On aime dans certains microcosmes, parisiens ou gay, et souvent les deux, crier au génie pour de tels talents. On peut rire même de leur inaptitude à faire rire. Le bouffon incapable de faire rire est bien plus drôle, n'est-il pas, que celui qui y parvient ? Quitte à ce que le rire soit un peu forcé, conditionné ... rire de certaines choses permet, c'est sûr, d'appartenir à certaines coteries. Et c'est tellement mieux de rire entouré que de ne pas rire, le cas échéant, tout seul.

Le rire suscité par les performances de Michel Fau, en emphatique diva, appelle une analyse que je suis bien incapable de faire. Quels sont les moteurs du rire ? De quoi rient ceux qu'il fait rire ?

Le travestissement met en joie certaines personnes et, à partir de là, tout devient risible pour eux. Il s'agit autant d'homos que d'hétéros, soit dit en passant. Admettons. Je ne fais pas partie de ceux-là.

Les textes de Michel Fau diva sont-ils drôles ? Non.

Sa prestation vocale est-elle drôle ? Non. Mais certains (Josiane Balasko, par exemple) rient de ses dérapages vocaux, manifestant par la-même qu'ils restent au premier degré du personnage.

Ses costumes sont-ils drôles ? Oui.

Donc, il fait rire en n'étant pas drôle. Et c'est le choix qu'il fait. En fait, il est génial, dans la mesure où les rires qu'il suscite sont toujours des rires immérités.

Appelons cela le quatrième degré.

Un tel degré n'est naturellement pas accessible au commun des mortels. Qu'est-ce qu'ils ont l'air con tous ceux qui se situent aux premier, deuxième et troisième degrés. Tout le monde ne peut pas être Josiane Balasko pour se contenter de rire au premier degré. Quant à Laurent Ruquier, il fait, avouons-le, de gros efforts pour rire de la prestation du dit Fau. Mais je ne sais pas à quel degré exactement il se situe, Laurent  Ruquier.

J'aimerais opposer, à la diva emphatique de Michel Fau, Miss Knife, alias Olivier Py. Directeur du Théâtre de l'Odéon (pendant un temps) et aux commandes pour le Festival d'Avignon.





Je n'ai pas vu sur scène Michel Fau, mais j'ai vu sur scène Olivier Py dans un spectacle Miss Knife. Ceci pour dire que je ne m'enfuis pas à la vue d'un travesti.






Dans le spectacle d'Olivier Py, épatant et émouvant, il y avait une présence en scène, de vrais textes, une vraie voix. Sans doute était-il à un degré à ma portée ?

http://www.youtube.com/watch?v=F9Sy3X_lmss




samedi 25 mai 2013

Le pâtre grec

Un homme s'est tu. Il a écrit et chanté de très belles chansons, de ces chansons qui traversent le temps ou qui nous touchent à un moment précis de notre vie. Des mots qui mènent un peu plus loin que soi-même ou rejoignent l'intimité de ce que l'on ne parvient pas à dire et qu'il dit mieux que nous. Il y avait en lui de la nonchalance (on l'a appelé monsieur 1 volt, comparé au monsieur 100.000 volts qu'était son contemporain, Gilbert Bécaud). Doc Gyneco étant à moins d'un volt !

Il avait choisi de s'appeler Georges Moustaki, ce n'était pas son vrai nom. Il nous a parlé de liberté, de solitude, de Joseph, de Judith, de Sarah, du facteur, du temps de vivre, d'un métèque qui n'était autre que lui-même ... entre autres. Il a écrit pour les autres (Milord chanté par Edith Piaf) et a été chanté par d'autres (particulièrement Serge Reggiani).

http://www.youtube.com/watch?v=bGoM7hqWU0Y
http://www.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY
http://www.youtube.com/watch?v=1LkmvFo4i5s
http://www.youtube.com/watch?v=YK9f6DPpul0
http://www.youtube.com/watch?v=k57Zbo_mnWY
http://www.youtube.com/watch?v=Nx3127maunE
http://www.youtube.com/watch?v=E_3ETycRfX0

Je l'ai beaucoup écouté au temps de ma jeunesse, puis je l'ai un peu de perdu de vue.

Non, pas tout à fait. Si je n'écoutais plus qu'épisodiquement ses chansons, je gardais en mémoire ses photos. Elles me parlaient autant que ses chansons.

Oui, ce pâtre grec me parlait autant par ses photos que ses chansons.

Je suis très sensible en effet au regard, à la physionomie, à la manière d'être des hommes ou femmes que je croise dans ma vie.

Contemplant des photos de Georges Moustaki, prises au long de sa vie, je me sens, à chaque prise, en connivence, en communion. Comme s'il était un peu pour moi un modèle ou un ancêtre.







C'est difficile à expliquer. Bien sûr, il y a la barbe, mais surtout les yeux, le regard.

C'est  comme le sentiment d'appartenir à une même famille, lui, l'aîné, moi le plus jeune ... et d'autres, bien sûr, avant et après.


Savon d'Alep et lait d'ânesse

Ce week-end, c'est braderie au centre ville. On peut acheter des fonds de stock, des horreurs le plus souvent, avec d'incroyables ristournes. Les commerçants sont-ils obligés, lorsqu'ils constituent leur stock, d'acheter un certain nombre d'invendables, qui finiront comme invendus ou offerts lors de la braderie ? Même les plus belles enseignes en effet proposent, à l'occasion de cet événement, des choses immondes.

On y retrouve invariablement aussi des vendeurs de bijoux dits "artisanaux", des marchands de saucissons ou de fromages divers, qui, eux, sont souvent vendus à un prix prohibitif et même des marchands de cuberdons, friandise qui n'est plus ce qu'elle était depuis qu'on en fait même au speculoos !



Et puis je succombe toujours au "vrai" savon de Marseille, au "vrai" savon d'Alep (à base d'huile d'olive et de laurier, une recette multi-millénaire). Le commerçant m'a expliqué qu'il était en rupture de stock à cause des événements en Syrie (mensonge commercial ou vérité ?).



 Et puis, pour la première fois, je trouve des produits "bio" au lait d'ânesse.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lait_d'ânesse

On savait que Cléopâtre et la femme de Poppée en étaient friandes, je vais peut-être l'être de même.

http://www.lait-d-anesse.com/news__5_comme-cleopatre-ou-poppee_17.html?PHPSESSID=e2f9029be8f81f907ecab34621478b56

Idéal et efficace (?) contre le psoriasis dont je souffre (il s'étend maintenant sur le front), ayant tout essayé, pourquoi ne pas essayer le lait d'ânesse ? Je suis donc revenu fièrement avec mon pack (shampoing, lait corporel, savon).




vendredi 24 mai 2013

Connaissez-vous Timothy Radcliffe ?

Peut-être connaissez-vous mieux Daniel Radcliffe, alias Harry Potter ? Moi je veux vous parler de Timothy Radcliffe.

Sa chevelure un peu rebelle ne correspondait pas spontanément à la dignité de sa fonction. Ses idées, en revanche, sont celles d'un vrai dominicain. Du dominicain, il a l'aptitude à la parole (les dominicains s'appellent aussi "frères prêcheurs") et une grande liberté de ton et de pensée. Rien que pour cela, il mérite l'attention. Timothy Radcliffe a été maître général de l'ordre des dominicains de 1992 à 2002. Il réfléchit encore et toujours sur le monde actuel et les questions qu'il suscite.





De lui, je lis un livre passionnant surtout à cause des nombreuses références que l'on y trouve, toujours invoquées à propos : pères de l'Eglise, littérateurs illustres, sages de l'humanité, musiciens ...

Oui, l'homme de foi doit pouvoir incarner tout cela. Il doit être un homme libre qui visite et revisite les choses du monde, avec un autre regard, toujours nouveau.  Il doit être un homme relié à la diversité et à la complexité du monde. Et ouvert à l'autre et à l'Autre.

On n'acquiert pas cette liberté comme ça. Il faut avoir vécu. Mais, quand toute cette somme d'expérience de vie s'exprime, elle peut porter beaucoup de fruits.

C'est le cas avec Timothy Radcliffe.

Il aurait pu être aussi un bon pape.





lundi 20 mai 2013

Wagner, d'Indy et les amis

Ma peur d'être confronté seul à une foule, même si je sais qu'il s'y trouve des amis, me paralyse.

Mon ami R. me fait franchir le pas, ces derniers temps. Je l'en remercie infiniment. Il m'a convié, hier soir, au concert de clôture du festival Wagner à l'OPRL. Il avait gagné deux places pour ce concert à l'occasion d'un concours et avait décidé de me réserver cette deuxième place en priorité.

A la réflexion, je ne suis pas du tout convaincu des résultats du concours ... J'ai l'impression que R. et deux autres amis, proches de l'OPRL, ont tout mis en oeuvre pour me sortir de ma tanière. Ils ont réussi.

Je ne suis pas déçu.

Le concert comportait deux pièces : l'une de Vincent d'Indy (concerto pour flûte, violoncelle, piano et cordes) ; la seconde,  un arrangement sur le Ring de Wagner par Henk de Vlieger ... soit tout le Ring en 60 minutes. Un bonheur.

En tant que choriste, j'ai chanté des pièces de Vincent d'Indy. Son oeuvre symphonique m'était tout à fait inconnue. Elle est d'ailleurs peu jouée. J'ai donc vécu une belle découverte.

Wagner, ses longueurs, ses outrances ont toujours suscité chez moi un rejet. J'avais donc une appréhension pour la deuxième partie du concert.

Et bien, ce ne fut pas le cas. D'abord le Ring, sans les voix, c'est beaucoup mieux. Ensuite, le Ring, sans les longueurs, c'est bien aussi. L'arrangeur a respecté l'esprit et fait oeuvre originale. Il a rendu en tout cas une chose : le talent de Wagner pour l'orchestration. On peut écouter l'orchestre sans les voix, chez Wagner. On ne le peut pas nécessairement chez Verdi. Voilà ce que j'ai entendu dire par mes amis plus compétents que moi. Je l'ai ressenti. Ils parlaient d'un électro-choc. Je n'irai pas jusque là.

Cette sortie, à laquelle R. m'a conviée, m'a aussi donné l'occasion de serrer bien des mains que je connaissais et de constater que j'étais un "bien aimé" pour beaucoup de gens.

J'espère pouvoir encore vivre de telles choses, une fois au monastère.


dimanche 19 mai 2013

Pentecôte


On connaît l'épisode de la tour de Babel, cet échec, lié à l'orgueil des hommes, qui voulaient atteindre Dieu par leurs propres forces (Gn, 11, 1-9). Ils avaient oublié que Dieu se donne. On connaît aussi l'issue : plus personne ne se comprenait, chacun utilisait une langue différente. Nous en sommes encore là à bien des points de vue. C'est pour cela que ce récit de la Genèse, comme tous les autres, reste d'une étonnante actualité.

Au Sinaï, Moïse a été confronté à Dieu (Ex, 19, 18). De la confrontation de Moïse avec Dieu, on retient trois choses : un buisson ardent (qui flambe sans se consumer), une nuée tempétueuse et une mission audacieuse, celle de prendre la tête d'un peuple perdu pour le mener chez lui, ce n'est pas rien. Mes amis psychiâtres peuvent en témoigner : ce n'est pas simple de mener quelqu'un au lieu du repos. Un feu et une audace, intimement liés.

La présence de Dieu se manifesterait-elle toujours dans le feu et de manière tempétueuse ? Je le pense, par expérience.

Dans le cénacle, 50 jours après la Pâque et la mort de Jésus, les apôtres, des femmes proches, des disciples étaient réunis. Ils avaient peur. Ils se réunissaient en secret, s'encourageant les uns les autres. Or, un événement se produit : un vent violent secoue le bâtiment et des langues de feu apparaissent sur chacun d'eux. Une fois de plus, le tumulte et le feu (Ac, 2, 1-11).

Le résultat est étonnant.

Ils n'ont plus peur. Ils sortent de leur cénacle. Ils parlent une langue que chacun peut comprendre. Babel est maintenant le passé. Ils parlent à tous quelle que soit sa race, quelles que soient ses croyances. Les barrières et les frontières n'existent plus. Paul particulièrement plaidera pour que le message ne soit pas réservé aux circoncis.

Deux choses me frappent particulièrement :
- l'absence de peur, l'abandon de la crainte et l'audace d'être, et de se dire, soi ;
- l'ouverture à tous, sans exclusive, qui implique l'abandon des faux jugements, des a priori, qui divisent.

Cela bien entendu ne peut que nous interpeler dans le concret de nos vies ; il s'agit tout autant d'un sujet de questionnement pour l'Eglise et tous les croyants.

samedi 18 mai 2013

Les hommes politiques


On dit souvent qu'un peuple a les hommes politiques qu'il mérite.

Quand on dit cela, il s'agit moins de dénigrer l'homme politique lui-même que la capacité du peuple électeur à faire le bon choix.

Ainsi, la Wallonie n'aurait eu, selon certains, que les hommes politiques qu'elle méritait : généralement des socialistes pratiquant le clientélisme, embourbés jusqu'au coup dans des affaires .. comme si les casseroles étaient un apanage de la gauche, singulièrement wallonne. Il suffit de jeter un coup d'oeil en France pour s'en convaincre.

Les flamands ont aussi les hommes politiques qu'ils méritent.

La droite, qui sait se montrer arrogante, répugne souvent à présenter le bilan concret et précis de son action. Jetons une fois de plus un regard vers la France. Des chiffres ont enfin été révélés, faisant le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils sont édifiants. Cela est catastrophique. L'opposition systématique et démagogique que mène actuellement l'UMP ne la grandit par conséquent pas.

http://blogs.mediapart.fr/blog/renelle/010413/les-chiffres-de-la-debacle-sarkozienne-sont-arrives

On ne présente guère, au Royaume de Belgique, de tels bilans. C'est bien dommage. On aimerait disposer en effet du bilan de Didier Reynders pendant qu'il était ministre des Finances. Personne ne le saura jamais, car il n'est pas d'usage, chez nous, qu'un homme politique rende des comptes après son mandat. En l'absence de toute autre sanction que celle de l'électeur, ces politiques par profession sont assurés d'être sans cesse réélus (sauf comportement illicite bien sûr). La sanction politique semble bien illusoire comparée à la sanction pénale.

Il y a heureusement, parmi les politiques, des symboles. Robert Badinter sera à jamais lié, en France, à l'abolition de la peine de mort. Simone Weil sera associée pour toujours à l'interruption volontaire de grossesse. Et Christiane Taubira le sera pour l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, projet qu'elle a défendu avec détermination, brio et humanité.

Didier Reynders restera, lui, à jamais associé aux intérêts notionnels et au sauvetage de banques irresponsables. Des mesures qui ont coûté beaucoup d'argent à l'Etat, donc aux contribuables.  On a beau chercher : on  s'interroge toujours sur les retombées précises en termes d'emploi ou de relance économique des intérêts notionnels. Elles sont impossibles à chiffrer, paraît-il. Les intérêts notionnels nous ont valu par contre le privilège d'être considéré comme un paradis fiscal. Monsieur Mittal en sait quelque chose. Nous sommes devenus, sous monsieur Reynders et ses conseillers, un Etat qui permet à des entreprises étrangères d'éviter l'impôt qu'elles devraient payer chez elle (ce qui ne coûte rien à notre budget), mais n'a manifestement ni créé de l'emploi, ni évité aucune perte d'emploi chez nous (au contraire). Nuage et brouillard et aucun bilan déposé. Le concepteur des intérêts notionnels lui-même (Bruno Colmant), reconnaît aujourd'hui les failles et les limites de ce qu'il avait conçu, malgré les avertissements. Monsieur Reynders continue à s'en prévaloir.

Et bien, de la même manière, en quelque sorte, monsieur Jan Peumans, du parti NVA, président du Parlement flamand (ce qui n'est pas rien), sera à tout jamais associé à François Schuiten. Ce dernier est un dessinateur franco-belge de BD reconnu. Le Parlement flamand a débloqué quelques dizaines de milliers d'euros pour une exposition, en son sein, d'auteurs de BD. Il n'a pas plu au président qu'un phylactère soit en français. Il a exigé que le texte soit effacé sur l'affiche, les programmes, les invitations. Comment accepter, au sein du Parlement flamand, une phrase écrite en français ?  Le phylactère en français a donc été remplacé par une bulle vide ! C'est vraiment le degré absolu de la bêtise.

Qu'en pense François Schuiten ? N'y a-t-il pas atteinte à son oeuvre ?

Il ne semble pas avoir réagi, à l'inverse d'un autre auteur exposé, Kamagurka, qui a décidé de retirer son oeuvre, tant il ne peut plus supporter les dérives des nationalistes flamands.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/816272/censure-au-parlement-flamand-kamagurka-retire-son-oeuvre.html

Kroll a réagi avec intelligence et humour, comme toujours, à ce lamentable épisode.



Je ne sais pas ce qu'on en ont fait les caricaturistes des journaux flamands. On ne lit guère la presse flamande en Wallonie. On lit plutôt Le MondeLibération ou le Nouvel Observateur. Je me suis permis un petit tour d'horizon (De Standaard, De Morgen, Het nieuwsblad). Première constatation : la caricature ne fait pas partie de la tradition dans la presse flamande, ou alors de manière marginale (De Morgen) ; elle est toutefois alors sans mordant, sans décalage, sans distance, sans aucune auto-dérision. Quant à l'affaire Peumans, elle n'est même pas relatée, sauf dans De Standaard.

Oui, vraiment, en démocratie, le peuple a les politiques qu'il mérite. Le peuple et ses élus ne peuvent que se ressembler. Ce n'est pas réjouissant pour les flamands. Mais que les flamands se rassurent, nous avons eu aussi, en Wallonie, Willy Burgeon !

http://www.sudinfo.be/706134/article/fun/tele/2013-04-18/willy-burgeon-la-coree-du-nord-ne-s-apprete-pas-a-faire-la-guerre-aux-etats-unis

Comme des élections auront lieu en 2014, il n'est pas prématuré de s'interroger sur les raisons qui inciteront l'électeur à élever au pouvoir tel ou tel : idéologie, assistanat et clientélisme, haine de l'autre, tradition, sympathie, belle gueule, capacité à couper la parole dans un débat, réalisations ... et peut-être éventuellement un projet politique, qui ne ressemble souvent quant à lui qu'à un catalogue de promesses qui ne seront pas tenues. Pour le reste, aucun bilan n'est jamais présenté à l'électeur, sauf lors de confrontations de campagne où chacun lance des chiffres à la tête de l'autre, tandis que l'auditeur, futur électeur, est incapable de les vérifier, ni de les recouper.

N'y a-t-il pas là un champ de réflexion : la reddition des comptes par les politiques, par rapport à leurs promesses, mais surtout au regard de l'intérêt général : une fois au pouvoir, quel a été leur apport à l'intérêt général, à la société toute entière ?

vendredi 17 mai 2013

Amour excluant ou incluant ?

Je n'avais jamais imaginé qu'il puisse exister un amour excluant, tant les termes me paraissent antinomiques.

J'ai découvert, en lisant Marianne, que sur les sites et les courriers des lecteurs du monde catholique, un malaise, plus que cela un mal à l'âme, de plus en plus grand, s'exprime.

http://www.marianne.net/Mariage-gay-le-mal-a-l-ame-des-Cathos-blesses-par-l-Eglise_a228707.html

Il s'exprime notamment à propos du désir de reconnaissance des couples homosexuels et de leur désir de pouvoir élever un ou des enfants. On devrait se réjouir de voir des couples amoureux et stables avoir des désirs aussi normaux : se marier, avoir des enfants et leur offrir le meilleur pour le futur.

Il n'y a pas plus de dépravés chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, faut-il le dire.
Les couples "bon chic-bon genre", catholiques pour la forme ou par tradition, avec leur nombreuse progéniture, sont loin d'être exempts de turpitudes. Ils feraient donc bien de garder profil bas, plutôt que de se présenter comme des modèles de vertu  pour les autres.

Mais l'article parle surtout des catholiques blessés par l'Eglise.

Oui, il y a de plus en plus de catholiques blessés par l'Eglise et qui se disent malgré tout croyants.
Ils continuent, vaille que vaille, à la recherche de communautés ouvertes et accueillantes.

Il s'agit de chrétiens croyants et engagés qui n'en peuvent plus du décalage entre le discours et les attitudes de ceux qui constituent la hiérarchie de l'Eglise et leur vie à eux, la vie.

Il s'agit de chrétiens croyants et engagés qui se sentent stigmatisés, rejetés, exclus pour des raisons qui n'ont évidemment rien à voir avec l'amour du prochain.

L'amour demandé par Jésus serait-il donc excluant ? La communauté des croyants serait-elle un cénacle fermé ? Rappelez-vous la Pentecôte ... Ce jour, où les apôtres ont reçu l'Esprit saint. Ils sont sortis du cénacle, où ils se réunissaient pour se réconforter, entre eux, car ils avaient peur. Et que se passe-t-il ? Ils sortent du lieu clos. Ils osent, au delà de leur peur, affronter le monde dans toute sa diversité.  Je dis bien toute sa diversité, qui bien sûr n'est pas que de langues et de races. L'Eglise d'alors ne pratiquait pas l'exclusion, mais l'ouverture. Paul n'a-t-il pas dû se battre pour donner une place, dans la communauté, aux non-circoncis ?

Faudra-t-il éternellement se battre comme Paul, pour que l'Eglise tienne un discours incluant et non excluant ?

En s'affichant à la tête des manifestants anti-mariage gay, monseigneur André Vingt-Trois a finalement démontré à tout le monde qu'il ne valait pas mieux que Frigide Barjot. Quelle est
encore la crédibilité de ce prélat ?

On attend beaucoup du pape François. Puisse-t-il ne pas nous décevoir !

P.S. J'écris ceci à quelques jours de la Pentecôte et au jour dédié à la lutte contre l'homophobie.







mercredi 8 mai 2013

Coexistence, communion, irrationnel et Islam


Quelques événements récents ont retenu mon attention :
- dans une ville du nord de l'Angleterre, la communauté musulmane a mis de sa poche pour sauver de la démolition la synagogue que la petite communauté juive (30 personnes) ne parvenait plus à entretenir
http://www.lalibre.be/societe/general/article/813702/une-synagogue-sauvee-par-la-communaute-musulmane.html
- le papa d'Ihsane, ce jeune marocain liégeois homosexuel qui a subi les sévices et les tortures de quelques décérébrés, avant d'en mourir, est venu partager sa douleur de père, mais aussi son pardon, devant quelques homosexuels chrétiens, lors d'une réunion locale de la Communauté du Christ Libérateur. D'après ce qu'il m'a été dit, cette rencontre fut dense en émotion. Il a promis, comme professeur de religion islamique, de revenir, dans un mois, après avoir approfondi la question de l'Islam et de l'homosexualité (http://www.rtbf.be/info/regions/detail_le-papa-d-ihsane-jarfi-ce-jeune-victime-d-un-crime-homophobe-sort-un-livre?id=7981896) ;
- un reportage dans un village de Haute Egypte révèle que, depuis toujours, chrétiens coptes et musulmans, cohabitent sans aucun problème, les enfants jouent ensemble et vont ensemble à l'école, les paysans collaborent, les mères parlent de leurs enfants au marché. Mais des adeptes des frères musulmans, au pouvoir, sont venus détruire des maisons et, au Caire, de violents affrontements opposent régulièrement musulmans et coptes (http://www.lalibre.be/actu/international/article/813751/les-familles-coptes-veillent-desormais-sur-leurs-martyrs.html);
- il existe, en Iran, deux communautés particulièrement minoritaires : les juifs et les arméniens (il doit bien y avoir quelques sunnites et chrétiens aussi). Quel est leur statut ? Un juif dit que la communauté est protégée. On a peine à le croire. On lit pourtant ceci : http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/238634-c-est-quoi-d-être-juif-en-iran

Alors que spontanément les gens se fréquentent, coopèrent, s'apprécient, d'autres n'ont de cesse de  diviser, opposer et stigmatiser. Ils le font pour des raisons religieuses ou politiques,
et plus souvent encore par bêtise, par manque d'éducation et de culture. Parfois les trois se conjuguent. Ils sont partout, même chez nous, et surtout sur les forums des journaux.

Bien du chemin reste encore à parcourir.

Au risque de déplaire, je dois bien constater cependant que des trois religions monothéistes, la seule à inspirer encore la violence, la lutte armée, le terrorisme est l'islam. A partir du moment où l'on qualifie arbitrairement les autres d'infidèles, il y a un ver dans le fruit, ce qu'heureusement de nombreux musulmans modérés concèdent. Les autres, moins instruits ou manipulés, s'engouffrent dans ce qu'il faut bien appeler un vain combat, dont le seul bilan est le nombre de morts.

L'Islam est confronté à un grand défi : sortir de l'obscurantisme. Le premier défi posé aux musulmans est l'éducation, afin que ce qu'il y a lieu de croire ne dépende plus d'imams sans culture et sans contrôle. Il ne s'agit pas seulement de la formation des imams, mais bien du peuple des croyants. C'est ce qui se produit pour les nombreux musulmans vivant en occident qui accèdent à l'éducation. Le deuxième défi que l'Islam devra affronter est le rapport au texte sacré qui doit pouvoir être lu non comme un texte figé, mais comme un texte toujours à revisiter, afin qu'il soit vivant et source de progrès. Si Allah a pris soin de confier aux hommes le Coran, c'était pour les faire avancer et non pour qu'ils stagnent. Enfin, me semble-t-il, le troisième défi de l'Islam est de séparer le religieux du temporel, des traditions, des coutumes, de tout ce qui est culturel et en rien religieux. Ce qui est inquiétant, c'est de voir la religion invoquée pour justifier des pratiques et des usages qui n'ont finalement pas de réel fondement religieux.

Enfin, une chose me frappe quand je parle avec des amis musulmans (j'en ai beaucoup et même de très proches) : ou ils quittent de plus en plus la religion (sans apostasier ... car ils seraient passibles de la peine de mort, que n'importe quel musulman pourrait exécuter), ou ils s'enferment dans une sorte de schizophrénie, où ils ne parviennent plus vraiment à déterminer qui ils sont, à cause de leurs efforts d'ouverture.








samedi 4 mai 2013

Un enfant et deux papas (ou deux mamans)

Un ami gay vient d'être papa, ce jour. Avec son compagnon de longtemps, ils ont vécu et accueilli, ce jour, la naissance d'un petit garçon offert par une mère porteuse, aux Etats-Unis, avec toute l'émotion que l'on peut imaginer.

Retenez ces quelques mots : l'émotion, l'enfant offert, l'enfant accueilli.

Et puis, leur couple qui s'ouvre sur un autre qu'eux, infirmant l'affirmation selon laquelle les couples homos seraient narcissiques, refusant l'altérité dans la recherche perpétuelle d'eux-mêmes dans une espèce de miroir.

Comme les couples hétéros stériles (ou d'autres qui ne le sont pas, d'ailleurs), ils ont fait appel à une procédure alternative de parenté, ni plus, ni moins. L'accueil d'un enfant serait-il plus suspect quand le couple est homo que quand le couple est hétéro ?

Ce que l'on permet aux uns (l'adoption, la GPA), y a-t-il lieu de le refuser aux autres ?

Moi, je ne retiens qu'une chose : l'amour que je constate. Je parle bien d'amour. Il s'agit bien d'amour quand un couple s'ouvre pour accueillir un autre qui va tout bouleverser, qui va demander du temps, de l'attention, des nuits sans sommeil, etc.

Aux opposants, qui, en France, ont brandi le Code civil, considéré comme immuable, je ferai remarquer que ce Code civil ne parle jamais d'amour. Il parle d'intérêts et de devoirs.