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lundi 21 novembre 2011

Les chansons d'enfance

Enfant, nous chantions bien des choses sans tout comprendre.

Qui étaient donc cette mère Michel et son chat ? Et surtout ce père Lustucru ? Ce nom m'a toujours fait peur, même après que je l'eusse associé à des pâtes, mais pas des Panzani. Internet me donne aujourd'hui raison. Il était un personnage douteux. Ne parlons pas de la mère Michel, elle sévit encore ! Pourquoi d'ailleurs écris-je spontanément "Michel" et non "Michèle" ? Quant au pauvre chat ?

A la claire fontaine, se passaient bien des choses que je ne pouvais nommer. Mais quand même que venait faire ce rossignol voyeur, qui a le coeur à rire quand la belle a le coeur à pleurer ? Et moi, dans tout ça ? Pourquoi aucun oiseau ne venait-il, quand moi j'étais à la claire fontaine, même pas un corbeau, alors que je n'avais pas le coeur à rire, mais plutôt à pleurer ?

Pourquoi le bon tabac n'était-il pas pour moi, mais toujours pour les autres ? Cette chanson n'arrêtait pas de me dire : "tu n'en auras pas". Je ne savais pas alors qu'il s'agissait d'autre chose que le tabac.

Et puis, il y avait le cerf, le lapin et le chasseur. J'aurais pu m'identifier au cerf ou au chasseur, ce que ne manquaient pas de faire certains de mes congénères, que l'on retrouve aujourd'hui aux plus hautes fonctions. Pas de chance pour moi, j'étais bien entendu le lapin !"Cerf, cerf, ouvre-moi, ou le chasseur me tuera".  Quand un gamin de 8 ans chante cela avec toutes ses tripes, cela doit vouloir dire quelque chose. Il doit, je veux dire, ressentir comme un danger. La peur peut-être de ne jamais pouvoir être lui-même.

Alors, il s'arrête sur une chanson plus douce, plus "dans ses cordes", pourrait-on dire. Il a fini par choisir,  pour compagnons, la lune et l'ami Pierrot.  En cet ami, il finira par trouver l'interprète pour dire en son nom : "ouvre-moi la porte pour l'amour de Dieu". J'enjolive un peu la chanson, ne m'en veuillez pas.


Frère François, dans une homélie inattendue comme toujours, a évoqué cette chanson dimanche dernier. Il devait parler du Christ-Roi pourtant !

Habile, comme toujours, il a évoqué Lacordaire. Lacordaire, dominicain et grand prédicateur (une plaque commémorative dans la cathédrale Saint Paul de Liège, rappelle qu'il y a prêché un jour le carême), aurait dit - il s'agit de ses dernières paroles : " Mon Dieu, ouvrez-moi, ouvrez-moi ". Il ne l'a pas dit une fois, mais deux fois. Pourquoi deux fois ? Pourquoi cette insistance ? On peut imaginer, pourquoi pas, que ses deux invocations ne voulaient pas dire exactement la même chose.

Ouvre-moi la porte de ton Royaume, comme le lapin implore et comme le demande l'ami de Pierrot, qui avait besoin, lui, que les choses soient dites précisément.

Mais aussi, ouvre-moi, ouvre mon coeur, rends moi accueillant ... Car, s'il y a une porte à ouvrir, pour entrer dans le Royaume, n'est-ce pas celle-là : une porte ouverte où on laisse entrer ce qui vient. N'est-ce pas ce que Jésus veut dire quand il nous dit que le Royaume de Dieu est "parmi" ou "en" nous (les traducteurs hésitent) ?

Et pour conclure, avec humour, car c'est un peu moi dans le fond :

http://www.youtube.com/watch?v=CnrtqGRh7vA&feature=related

jeudi 30 juin 2011

Ma grand-mère "teke teke" et mon destin

Mes grands-mères paternelles et maternelles étaient aussi dissemblables que possible. J'ai peu connu la première, que j'appelais "mémère", mais garde des souvenirs très précis dont je parlerai un jour comme d'un patrimoine à sauvegarder.

Longtemps, j'ai appelé ma grand-mère maternelle "teke teke", avant de finir par l'appeler "bonne maman". Elle a joué un rôle considérable dans mon éducation et sans doute façonné une grande part de ce que je suis aujourd'hui.

Parmi mes tout premiers souvenirs, j'aimais que ma grand-mère dessine des lunes .. soit des ronds agrémentés de quelques traits qui exprimaient des émotions diverses. Initiation aux emoticons d'aujourd'hui.

Plus tard, devenu écolier, j'allais faire mes devoirs et dormir chez elle une fois par semaine. Comme elle a été institutrice, puis directrice d'école, elle ajoutait toujours des exercices à ceux que mon instituteur avait donnés. Elle utilisait, à cette fin, un manuel qui s'intitulait "Vite et bien". Je n'avais guère le droit à l'erreur. Son unique petit-fils ne pouvait pas la décevoir. En échange, elle m'autorisait à lui donner des exercices aussi, dans lesquelles elle glissait des erreurs volontaires, à charge pour moi de les repérer!

Son emprise était forte, puisque, quand nous étions en vacances à Saint Lunaire, en Bretagne, elle était parvenue à me convaincre de servir la messe de 7 heures, à laquelle elle assistait quotidiennement. J'ai ainsi appris à servir la messe en latin. Après la messe, nous allions acheter le pain encore chaud chez le boulanger proche de l'église. Ma grand-tante bretonne raillait le petit "cureton" que j'étais déjà.

Pendant plusieurs années, j'ai aussi accompagné ma grand-mère dans ses randonnées pédestres avec le Vieux-Liège. Nous étions trois enfants. J'ai ainsi visité des châteaux, des églises, découvert de vieilles chapelles, des calvaires, parcouru les Fagnes, les champs et les forêts en présence d'adultes éclairés, cultivés et bienveillants. J'ai appris, à cette occasion, qu'on ne devait pas dire: "Bonjour, monsieur" mais "Bonjour, monsieur le professeur" à un professeur d'université et moins encore un "Bonjour" désinvolte.

Ma grand-mère était entretemps devenue oblate de Saint Benoît. Elle portait ainsi un scapulaire, signe de son oblation.

Je n'ai jamais cessé d'aller une fois par semaine chez ma grand-mère, même quand j'étais étudiant à l'université. Elle s'intéressait à mes cours, aux syllabus que je recevais. Et nous parlions souvent de religion.
Elle suivait alors des cours au séminaire qui la perturbaient parfois. Moi, j'étais déjà un chrétien rebelle et en question, mais un chrétien quand même.

Un jour, je lui ai demandé: "Pourquoi n'es-tu pas devenue moniale bénédictine? Je sais que c'est, dans le fond, ton désir". La réponse a été simple: "j'ai trois filles et un petit-fils qui retiennent beaucoup de mon attention".

Il est vrai, ma grand-mère a tout donné à ses filles, même quand elles étaient au loin, et à son petit-fils. Elle devait être là, par exemple, quand ma tante Anne a été hospitalisée à Paris avec une maladie rare. Elle l'a accueillie ensuite chez elle, lui laissant sa chambre et dormant sur le lit pliant prévu pour les invités de passage.

Ne suis-je pas en train de reproduire ce qu'elle a vécu aujourd'hui avec Sam et Ben?

"Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple" (Lc, 14, 26). Cette parole m'interpelle de plus en plus.

mardi 31 mai 2011

C'est une fée du logis, cet homme-là

Omar est venu m'aider à faire le grand nettoyage ce matin.

Il est originaire de Guinée (Conakry), il est arrivé en Belgique, après un passage en France. Il n'aime pas la France, ni les français. Il a des papiers pour trois mois, son dossier de demandeur d'asile est en cours, mais ses chances sont très minces de pouvoir rester en Belgique et d'avoir un permis de travail. Il ne mendiait pas, quand je l'ai rencontré. Il proposait des DVD, bien entendu pas très légaux, contre un peu d'argent, question de dignité. Je préfère encore cela aux nombreux mendiants et leurs chiens, souvent belges, qui, sans rien vous offrir, vous demandent une petite pièce. Je lui ai acheté un DVD que je n'ai bien entendu pas regardé, mon fils Sam, si. Je l'ai invité à boire un verre et à me raconter un peu sa vie. Sam, dans ce genre de circonstances, a toujours l'air de m'en vouloir. Il ne comprend pas comment je peux offrir un verre ou un café à un étranger inconnu. Ne l'était-il pas, quand je l'ai accueilli comme fils?

J'ai revu Omar quelques jours après. Je suis son premier ami belge. Et j'ai assisté en direct à la nouvelle: on l'appelait de Guinée pour lui annoncer qu'il était papa d'une petite fille. Imaginez-vous à sa place! Alors, son seul ami belge a été prié de parler à presque toute la très nombreuse famille ... pour se réjouir avec eux. Des photos arriveront dans quelques jours. La Guinée est trop lointaine pour envoyer des SMS ou des photos avec son portable et, pour avoir accès à internet, il faut aller à Conakry, à 80 km du village où vit sa famille.

Omar m'aide aujourd'hui à faire le grand nettoyage de mon appartement. Rien ne l'arrête. C'est une fée du logis.

Nous avions, mes fils et moi, surnommé entre nous, mon ancienne femme de ménage Bertha, alors qu'elle s'appelait Christine et que je persistais à l'appeler, dans une espèce d'oubli récurrent, Sabine. Bertha, à cause de la "Grosse Bertha". Bertha/Christine était un as du plumeau et de l'aspirateur. Elle garantissait à mon logis, d'homme encore en activité, un semblant de propreté, mais il ne fallait pas aller dans les coins, ni espérer de grands chantiers. Bertha/Christine ne prenait pas de risques: elle devait faire attention à son dos, ne pas trop se pencher, ne pas trop s'étirer; bref, elle parlait beaucoup de ses enfants et faisait ce qu'elle peut, c'est-à-dire peu.

Omar qui est petit (165cm), musclé, agile, travailleur et consciencieux est en train de donner un coup de frais à mon appartement. Il a escaladé avec une agilité peu commune le balcon pour atteindre les zones que je croyais impossibles à atteindre de mes fenêtres en façade. Un moment, j'ai redouté qu'il ne saute dans la corniche du voisin pour avoir un meilleur accès au quart droit supérieur de la vitre, inaccessible à tout être normalement constitué, sauf lui (merci l'architecte!). Pour le moment, il déplace la cuisinière - la gazinière comme disent plus justement mes cousins bretons - et on en découvre des choses derrière une gazinière! Rien ne l'arrête, ça "blingue", ça sent le propre et ça reluit.

Moi, j'ai fait les bois. Cire d'abeille sur tous les meubles de famille. J'adore, cela sent tellement bon. Tout cela sur fond de musique africaine (nous avons branché le lecteur MP3 de Omar sur ma chaîne stéréo).

Je vais suggérer que l'on revoie complètement l'image de "Monsieur propre"... je détiens le challenger!

dimanche 16 janvier 2011

Un dimanche sous le soleil d'hiver

J'aime le soleil d'hiver, beaucoup plus que le soleil d'été. Il y avait aujourd'hui un petit air de printemps. On revoyait de jeunes amoureux se bécoter sur les bancs publics et les gambettes des joggeurs s'étaient dénudées. Quant à moi, traînant mes douleurs, j'ai, après le marché, lu sur un banc au soleil. Puis, j'ai flirté quelques moments avec l'eau de la Meuse.

J'aime le soleil d'hiver parce qu'il est plus lumière que chaleur.
Ses rayons pourtant donnent à la peau une sensation de douceur.
Et peut-être cela rend-il les gens plus doux.

Fin d'après-midi, j'ai rejoint, pour une autre pause lecture, la terrasse du café Randaxhe, dont il semble que je ne puisse plus me passer. Il y avait du monde.  J'ai trouvé une petite place entre deux autres lecteurs: un monsieur de mon âge adepte de la bicyclette et une jeune maman avec son micheton (j'ai appris par la suite qu'il s'appelait Aloys ... comme l'évêque de Liège, un prénom peu répandu).

Qui a pris l'initiative de la conversation? Je crois bien que c'est moi. Audace! J'ai commencé avec le cycliste (psychologue) qui est rapidement parti sur l'évangile de Thomas, les apocryphes, etc. Je me sentais en terrain connu. Abordant la symbolique des écritures, j'ai souligné combien une lecture des textes avec les clés de la psychanalyse pouvait être intéressante.

Nous entendant, la jeune maman est alors intervenue. Elle a étudié la philosophie à l'université, est en cure psychanalytique et s'intéresse beaucoup aux religions.

Nous n'avons pas vraiment réussi une conversation à trois; je passais plutôt de l'un à l'autre.

J'ai aussi joué au grand-père avec Aloys (11 mois) qui m'avait adopté. Etre adopté était pour moi source d'une très grande joie.

J'ai poursuivi longtemps la conversation avec la jeune maman. C'est étrange comme parfois des choses essentielles peuvent se dire à une terrasse de café. Elle m'a conseillé plusieurs lectures. Elle habite la rue derrière chez moi et a deux autres enfants. Il n'a, à aucun moment, été question du père de ses enfants.

C'est bête, mais j'ai envie de dire: "merci" pour tout cela.

vendredi 31 décembre 2010

2011

Nous allons, cette nuit, passer de 2010 à 2011. En soi, cela ne signifie rien. 2011 ne sera ni pire, ni meilleur que 2010. Je n'en dirai pas autant de 2012 ...  Des prophètes de mauvaise augure annoncent en effet pour 2012 la fin du monde, rien moins que cela.

Il est vrai qu'en 2012 des perspectives inquiétantes se profilent:
- la Belgique n'aura toujours pas de gouvernement;
- Sarkozy pourrait être réélu à la présidence de la République française pour un deuxième mandat;
- Berlusconi pourrait être toujours en place;
- la Chine aura racheté davantage encore de fleurons de notre industrie pour s'approprier nos technologies;
- Poutine aura repris la place de Medvedev et Medvedev se battra pour prendre la place de Poutine;
- l'Eglise catholique n'aura plus de pape ... mais monseigneur Léonard se présentera en sauveur;
- la reine d'Angleterre se présentera en public sans chapeau, ni couronne, pour la première fois;
- le président Gbagbo sera de retour;
- Ben Laden sortira de sa grotte;
- un tsunami est prévu à Ostende;
- les américains éliront un nouveau président nommé Bush Jr2;
- un volcan islandais paralysera une fois de plus toute l'aviation;
- des tomates transgéniques bleus seront en vente dans les supermarchés;
- les petits pois seront carrés et on ne pourra pas en exiger des ronds;
- une viande de synthèse sera commercialisée;
- les jeux olympiques d'hiver en Russie devront être annulés faute de neige;
- Brigitte Bardot, au bout de ses forces, laissera à leur triste sort les phoques et les ânes ...

J'en passe et des meilleures, car nul ne peut prédire de quoi demain sera fait.

Alors, je me dis qu'en attendant 2012, autant essayer d'aborder 2011 avec grandeur d'âme et en profiter!

Bonne année à vous qui me lisez et que je ne connais pas nécessairement!

mercredi 1 décembre 2010

Superpositions et remix

Un ami cher, à l'occasion d'une semaine passée ensemble, avait réuni la musique qu'il aime en espérant que je l'aime aussi. Ce fut presque toujours le cas. Notre seul désaccord portait sur  Cocorosie; je l'ai d'ailleurs taquiné pendant tout le séjour à propos de cet improbable duo féminin, nord-américain.





Il y avait une musique qu'il n'osait pas trop me faire entendre, parce qu'il craignait qu'elle soit trop violente pour mes oreilles. Il se trompait. Il s'agissait avant tout d'une démarche musicale que les moyens électroniques décuplaient: celle consistant à superposer deux (trois, quatre ...) musiques indépendantes l'une de l'autre avec pour résultat d'étonnants moments d'harmonie et d'autres de friction, de tension (ce que mon ami avait sans doute jugé trop violent pour moi).

Je ne me rappelle plus ce qu'il m'avait fait entendre alors et je n'en trouve pas de trace dans ma bibliothèque iTunes. Je l'interrogerai à ce propos. Cela ne m'avait pas paru violent, plutôt intéressant.

Comme il aime bidouiller, il s'est livré à sa première expérience, offerte sur internet.

http://soundcloud.com/mharinho/mix-ape-001-mharinho?utm_source=soundcloud&utm_campaign=share&utm_medium=facebook&utm_content=http%3A%2F%2Fsoundcloud.com%2Fmharinho%2Fmix-ape-001-mharinho

Le résultat est, je trouve, plutôt séduisant.

Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas ici de recycler, d'arranger autrement, des choses existantes. L'emprunt et le recyclage en musique ont toujours existé. J'invite mes amis plus compétents que moi à en faire l'illustration. Il s'agit, pour mon ami, de superposer.

Pour bien comprendre, je vais prendre quelques exemples.

Le célèbre Ave Maria  de Gounod est né d'une improvisation de Gounod sur le Premier prélude du Premier livre du Clavecin bien tempéré de J.S. Bach. La suite harmonique du célèbre Canon de Pachelbel a inspiré, depuis qu'elle existe, tout ce que la musique compte de compositeurs, qui n'ont cessé de broder au départ du même matériau, jusqu'à Charles Trenet et Michel Sardou ... Dans tous ces cas, l'intervenant prend une base et la ré-utilise. Ce n'est pas de cela que parle mon ami.

Plus proche de cette idée de superposition, me revient en mémoire une pièce chantée par les King's Singers sur un disque consacré aux mélodies anglaises traditionnelles. Une mélodie y est associée parfaitement à ce qui ressemble fort à un prélude de J.S. Bach pour violoncelle. Il y a ici un souci de superposition harmonieux jouant sur les éléments constants de la musique (Oh Waly, Waly, sur le  CD Whatching the white weat).





Une autre forme est celle du métissage. Yehudi Menuhin et Ravi Shankar, par exemple. Ici, l'objectif est d'aboutir à une fusion, malgré les traditions différentes. Cela est d'une grande richesse, mais il s'agit encore d'autre chose.







Ce qui est intéressant, dans la démarche de mon ami, c'est de considérer que la superposition puisse ne pas aboutir, dans tous les cas, à une fusion harmonieuse et que la tension et la friction puissent être aussi un message à écouter.

Bien entendu, je dis tout cela en étant bien conscient de mon incompétence.



jeudi 1 octobre 2009

1er octobre 2009

France Telecom, Tecteo, la Poste, les hôpitaux publics, la justice, les prisons, les chemins de fer, l'université. Eux, ceux qui décident, ils n'ont cessé - et ne cessent - de nous parler de libéralisation, de concurrence, de marché, de mondialisation, de taille critique (ce qui veut toujours dire la plus grande possible), de techniques "manageuriales", de compétitivité.

On peut constater les fruits de cette politique bornée: ne juge-t-on pas un arbre à ses fruits? De plus en plus de travailleurs en colère ou humiliés, sans emploi, des villages, des villes, des régions "que l'on oublie", des usagers outrés .. et, ce qui est relativement neuf, mais non le moins inquiétant, des suicides (sans compter les dépressifs, les "burn out" ... etc.). La vie ou la mort? Un arbre qui produit la mort, et non la vie, ne peut qu'être infecté par une maladie. Il a perdu son cycle naturel.

Le travail! Un travail, c'est ce qui donne une dignité. Ne pas être un inutile. Etre utile avec les moyens que l'on a. Chacun! Parce que le défi, il est celui-là. Une place pour tous. Que celui qui est capable de beaucoup fasse plus pour celui qui peut moins. Et, je le crois de plus en plus, il n'y a pas un être humain qui n'ait quelque chose à donner et à partager, même si cela est très peu. Car, très peu c'est parfois beaucoup. Ce discours-là est simplement un discours humaniste. Soit le contraire du chacun pour soi.

Je suis très heureux qu'un ami, sur son blog, répète inlassablement son souci de mettre l'homme avant toute autre préoccupation et d'insister sur le respect auquel chacun a droit.

J'ai été extrêmement choqué par un post sur Facebook d'un de mes anciens assistants (à propos d'une déclaration de la F.G.T.B., le syndicat socialiste belge). Il s'indignait d'une attaque contre les indépendants et sur la possibilité (qui pourrait être mise en cause) pour eux d'exercer leur activité en société. Un indépendant travaille souvent beaucoup, je le concède bien volontiers. Il le fait par idéal, par amour du travail ou par intérêt. Il opposait les indépendants, ainsi voués aux gémonies syndicales, à tous ces assistés sociaux que les syndicats défendent. Tous les fiscalistes le savent, on ne constitue pas une société ... s'il n'y avait un intérêt à le faire (sinon, on ne le ferait pas). Cela constitue même un des sujets les plus traités par les cabinets d'affaires. Ces sociétés sont souvent un écran que tous ne peuvent pourtant pas se permettre de créer.

L'actualité de ces derniers mois n'a-t-elle pas révélé que des mandataires politiques avaient créé des sociétés pour pouvoir toucher plus librement (puisqu'ils ne sont plus alors personnellement les destinataires) des honoraires ou des jetons de présence. Il a été aussi question tout récemment d'un professeur d'université qui, par l'intermédiaire d'une société, a conclu un contrat d'expertise sur 4 ans avec une institution publique pour des montants pharaoniques.

Dénoncer cela, dans mon milieu, est très mal vu. Quand j'en parle, mes assistants se crispent. Il est vrai, il est recommandé aujourd'hui quand on entre à l'université d'avoir aussi un pied dans la pratique. Il devient malaisé, dans ces conditions, de pouvoir encore dénoncer par simple esprit critique ce que l'on est amené à faire par ailleurs. Dychotomie ou schizophrénie?

Peut-on gouverner, en étant désavoué à peu près sur chaque réforme par le sentiment de la population (les élections ne représentent plus rien: elles sont une grand messe pour permettre à ceux qui vivent de la politique de se positionner)? Cette voie est très dangereuse.

Je commenterai à peine les news suivantes. Leur juxtaposition se suffit à elle-même.

Thomas Leysen, le patron de la F.E.B. (Fédération des entreprises de Belgique) a fait part de quelques réflexions:
- "ne touchez pas aux banques" ... En d'autres termes, "ne touchez pas au grizzby";
- une réduction de la T.V.A. dans l'HORECA lui paraît une chose totalement inopportune;
- une fiscalité environnementale est, pour lui, une bonne chose; il estime d'ailleurs raisonnable que l'on renonce à démanteler l'option nucléaire (il n'évoque toutefois pas la question d'une imposition à charge d'Electrabel sur la "rente nucléaire").

http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/532215/leysen-ne-pas-taxer-les-banques.html

Le ministre français du Budget, Eric Woerth, a mis sur la table une piste intéressante: une taxation des revenus de remplacement. Pourquoi celui qui gagne un revenu de remplacement ne paierait-il pas autant que celui qui a un revenu tout court? Il faut faire comprendre cela aux français. Ce qui est drôle, c'est qu'il y a longtemps que ce n'est plus une suggestion en Belgique! Les fiscalistes français semblent toujours tout découvrir après tout le monde. Le discours politique est alors surréaliste, et totalement mensonger, selon deux variantes: "La France est le seul (ou le premier) pays au monde qui ..." (ce qui est généralement faux); "La France ne fera pas ce que les autres font ... Nous avons des valeurs républicaines, etc." (ce qui est généralement tout aussi faux). Bref, la France fiscale ment.

Ils s'emmêlent tous les pinceaux avec leur taxe carbone ou leur taxe sur le diesel: ils veulent avoir l'air écologique, mais sont tellement impressionnés par les lobbies pétroliers, les transporteurs routiers, etc ... qu'ils parlent d'une légère augmentation à la pompe, de manière à ce que cela passe inaperçu.

Il y a un autre mot qui revient sans arrêt, dans le discours, de nos actuels argentiers: les mesures doivent être "indolores". Ceci est, me semble-t-il, l'expression la plus aboutie de la mauvaise foi et de la duplicité.

Alors qu'il s'agit de combler un trou budgétaire gigantesque, ces messieurs nous expliquent qu'on va peut-être payer plus, mais qu'on recevra en échange un chèque énergie ou un crédit d'impôt ... Ils sont quand même très forts! On va vous prendre plus, mais c'est pour vous donner! Et le trou?

Pour clore ce chapitre, le directeur général de l'I.S.I. (Inspection spéciale des impôts, chargée de la lutte la plus pointue contre la fraude fiscale, en Belgique) s'insurge et s'indigne que, sur instruction ou avec la complaisance du ministre des Finances, des régularisations fiscales soient réalisées, de manière parfaitement illégale, moyennant un prélèvement de 3 % parfois seulement. Certains cabinets spécialisés en matière fiscale en ont fait leur manne. Cela doit se payer plutôt bien une transaction à 3 %! Le ministre, quant à lui, s'étonne! L'administration est là pour appliquer la législation. Comment se fait-il qu'elle ne le fasse pas et qu'il n'en sache rien au point de s'étonner?

http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/532420/regularisations-fiscales-devlies-va-interroger-reynders.html

http://www.rtbf.be/info/economie/letat-belge-encourage-le-blanchiment-dargent-isi-146125

En relisant tout ceci, j'éprouve vraiment du dégoût. Mais il fallait que ceci soit dit.

Revenons, aux frais de restaurant. A titre d'exemple. Pour combler le trou budgétaire (déjà), et octroyer quand même à certains des avantages qui soient néanmoins budgétairement neutres, il a été décidé, il y quelques années, d'une limite à 50 % de la déduction de tous les frais de bouche professionnels (impôt sur le revenu et T.V.A.). L'explication fournie était imparable: quand on mange, il ne s'agit pas pleinement d'une activité professionnelle! Aujourd'hui, il semblerait que les restaurants ne soient plus aussi pleins qu'avant. La crise, sans doute? Donc, il faut ramener les mangeurs au restaurant et, tant qu'à faire, lutter en même temps contre le travail en noir, très présent dans le secteur (du restaurateur à ceux que ce dernier emploie en cuisine). Sarko et Reynders ont trouvé la solution: baisser la T.V.A., moyennant un engagement des fédérations professionnelles de l'HORECA, soit à baisser leur prix, soit à déclarer leur personnel en noir, soit à améliorer la rémunération de leur personnel en situation régulière. Je n'ai jamais rencontré, de ma vie de fiscaliste, de mesure plus grotesque.

Dans le cas de la Belgique, et si on admet qu'un effort budgétaire doive être fait, pourquoi n'adopte-t-on pas les mesures suivantes, d'une extrême simplicité:
- les frais de bouche redeviennent des frais professionnels déductibles;
- on autorise chaque citoyen à déduire un certain montant de frais de restaurant de nature privée, chaque année (anniversaires, saint Valentin, etc.);
- pour pouvoir déduire, on peut exiger du restaurateur un justificatif. Comme le consommateur aura le droit de déduire, il va exiger (et vérifier) ce justificatif.

Quant à l'emploi de travailleurs en situation irrégulière, ce n'est pas à la fiscalité de résoudre le problème.

Un dernier constat: les petites banques ont mieux résisté à la crise financière que les autres. Cela veut sans doute dire quelque chose.