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vendredi 9 décembre 2011

La raison pour avoir raison

"Avoir raison" ... une formule qui suscite la réflexion.

Je ne me serais pas posé la question, si je n'avais lu sur facebook l'hommage rendu par un ancien étudiant à un de ses professeurs (il ne s'agit pas de moi) , qu'il citait : "on peut avoir raison seul, et tort avec le plus grand nombre". La formule est belle et fait mouche. Seul contre tous. Seul à avoir raison, les autres étant  censés fatalement avoir tort. Les autres sont tellement bêtes, il est vrai. La raison ne les inspire pas (suffisamment ou exclusivement). C'est à un point tel qu'ils sont à peine fréquentables.

Dans "avoir raison", il y a deux mots "avoir" et "raison", qui sous-entendent leurs contraires "ne pas avoir" et "tort".

"Avoir raison". Curieuse expression, n'est-il pas ? "Avoir" veut dire que l'on possède quelque chose. Ce que l'on possède, on le détient en propre, on peut le partager aussi. On peut agir ou penser selon la raison, cela suffit-il pour "avoir" raison ? Le monde ne se réduit pas à la raison pure. Heureusement.

Le culte (je dis bien : le culte) de la raison, comme critère absolu de lecture de la réalité, n'appelle-t-il pas les mêmes critiques que celles que l'on peut faire à certains religieux "dogmatiques", qui se fixent un autre absolu, peut-être, mais aussi rigide dans le fond que celui de la raison ?

"Ne pas avoir" suggère que la raison puisse conduire au doute, à la remise en question. Mais, on préfère généralement parler plus de ses certitudes que de ses doutes. Un professeur, à mes yeux, s'il veut être utile, doit faire part de ses doutes.

"Tort". Avoir tort. Reconnaître s'être trompé. Avoir eu une mauvaise perception de la réalité. Une opinion mal ajustée. Une faiblesse dans le raisonnement. Le reconnaître surtout. Il est rare qu'un livre, chez les penseurs, soit écrit pour dire : je me suis trompé, ne fût-ce qu'un peu. Quand un auteur prévient ses lecteurs que ce qu'ils vont lire est la pensée de quelqu'un qui a raison, et qu'il revendique le fait d'avoir raison contre tous, on est en droit de s"interroger ...

Pour avoir raison, il faut, à mon avis, ne pas se contenter de raisonner, de faire appel à son intelligence, aussi brillante soit elle ; il faut aller à la rencontre des gens, de ceux qui pensent moins bien, mais ont des tas de choses à dire. Il faut tenir compte de ce qu'ils disent, pour ouvrir son esprit.

User de sa raison pour avoir raison me paraît un chemin limité.

Dans le fond, je me méfie autant des apôtres de la raison que des apôtres de la religion. Je poursuivrai donc mon chemin là où il doit aller.

jeudi 8 décembre 2011

Psaume

Mon partage, Seigneur, je l'ai dit,
c'est d'observer tes paroles.
De tout mon coeur, je quête ton regard ;
pitié pour moi selon tes promesses.
J'examine la voie que j'ai prise :
mes pas me ramènent à tes exigences.
Je me hâte, et ne tarde pas,
d'observer tes volontés.
Les pièges de l'impie m'environnent,
je n'oublie pas ta loi.

Ps. 118

Chacun en pensera ce qu'il voudra, mais ces mots d'hier sont les miens aujourd'hui.

Désaccord

"Manifester sans aucune chance d'efficacité, ce n'est pas se battre, c'est s'agiter, comme font ces combattants vaincus qui tirent absurdement des coups de fusil en l'air pour protester contre leur défaîte. Faire d'un rituel aussi vain une obligation est encore moins justifié".




C'est en ces termes qu'un professeur, aujourd'hui émérite de la faculté de droit, mais très admiré par un petit cercle, s'est exprimé sur Facebook, à propos de la manifestation qui a réuni à Liège, hier, aux alentours de 20.000 personnes pour protester contre la décision d'Arcelor Mittal de fermer la phase à chaud dans le bassin sidérurgique liégeois. Il me paraît évident que la manifestation d'hier entendait certes exprimer une inquiétude ponctuelle, mais qu'elle entendait aussi dénoncer les travers du néo-libéralisme mondialisé.

Hier, le recteur de l'Université de Liège avait invité la communauté universitaire a témoigner de sa solidarité avec les manifestants, car c'est une part de l'avenir de notre région qui est en cause et bien au-delà une réflexion sur les valeurs dans nos sociétés. Il me semble, comme lui, que l'université a un rôle à jouer à cet égard, en suscitant le débat et en nourrissant la réflexion pour l'avenir. Tel était le sens de la proposition du recteur. Ces débats ont d'ailleurs eu lieu. La suspension des activités universitaires était suggérée.

Certains collègues, et néanmoins amis, ont refusé de jouer le jeu. Ils ont maintenu leur cours, non pas nécessairement pour le donner, mais pour expliquer pourquoi ils refusaient de ne pas donner cours. Je n'ai pas pu les entendre évidemment et ils ont peut-être expliqué des choses fort intéressantes aux étudiants en quête d'individualisme, de liberté de penser, d'esprit critique. Je respecte leur choix.

Moi, qui suis bien moins admirable que tous mes collègues et n'ai pas leur envergure intellectuelle, pense modestement ceci :

- "manifester", c'est aussi et peut-être surtout exprimer une émotion, une inquiétude, une révolte. Cette expression est nécessaire. Je ne comprends pas que certains ne comprennent pas cela, à moins qu'ils ne soient imperméables à certaines émotions ou à toute forme de manifestation collective de celles-ci ;

- parler d'un "rituel vain" est un jugement de valeur aveugle ; peut-être n'est-il pas vain pour certains de se sentir entourés, soutenus ? Autrement dit, le jugement posé est fort orienté. En quoi l'émotion mériterait-elle moins de place que la raison ?

- l'avis exprimé ressemble à celui d'un observateur froid et extérieur, qui pense bien entendu, et dit ce qu'il pense, mais que répond-il à l'inquiétude de ceux qui manifestaient ? Les 20.000 manifestants d'hier auront appris, grâce au penseur, qu' "ils s'agitent, mais ne se battent pas". L'issue du combat leur appartient-elle seulement ? Et que proposent donc les penseurs observateurs ? Moi, qui n'ai pas grand chose à proposer à ces manifestants, je m'abstiens à tout le moins de les juger ; je les soutiens avec empathie ;

- le recteur n'a imposé ni grève, ni manifestation ; bien au contraire, me semble-t-il. Il a appelé à une solidarité. Sa démarche inspire le respect. Chacun était libre. Donc, le prof qui avait décidé de maintenir son cours pouvait le donner, les bâtiments n'étaient pas fermés, les étudiants désireux de manifester prenaient aussi le risque de rater ce cours. Alors pourquoi maintenir son cours, sans le donner, juste pour expliquer à ceux qui sont là pourquoi il n'a pas été suspendu ? Connaissant les étudiants qui ont toujours peur de rater quelque chose au cours, surtout les filles, l'attitude ne me parait pas saine. Elle ressemble à une posture, dans le sens de prendre la pose, pour se démarquer. Il faut en convenir, cette attitude assure toujours son lot d'admirateurs.

lundi 5 décembre 2011

Le gouvernement Elio Ier

Plusieurs constatations sautent aux yeux, concernant l'inespéré gouvernement Elio Ier :
- les partis flamands qui le composent ne lui donnent pas la majorité en Flandre ;
- sauf le P.S. (+6), tous les partis qui le composent sont des partis qui ont perdu des sièges, lors des élections de 2010 ;
- deux partis avaient alors été particulièrement sanctionnés : l'Open VLD (-5) et le MR (-5) ... étrangement, ils se retrouvent au pouvoir, avec des exigences importantes ;
- les partis verts ne sont pas associés à l'aventure, alors qu'ils n'ont pas démérité ; les autres partis comptent néanmoins sur eux pour faire passer la réforme de l'Etat tellement exigée par les partis flamands.

Le PS n'accroît pas son nombre de ministres
Le MR, malgré le désaveu, conserve la même représentation ...

dimanche 4 décembre 2011

Des hommes et des femmes dans la rue

La Belgique se réveille avec un gouvernement ... après 538 jours de négociations, de psychodrames et de conflits idéologiques. Que représente ce gouvernement ?

Vu "la crise", on ne pouvait sans doute aller que vers un gouvernement  d'union (plus ou moins) nationale. Je dis bien d'union : c'est-à-dire une union de sensibilités politiques différentes. Union ou compromis, on vérifiera à l'usure. Les nationalistes flamands, ayant paralysé tout effort pendant des mois, se sont exclus d'eux-mêmes. Leur avenir politique est maintenant le suivant : jouer sur le mécontentement en Flandre pour encore se renforcer, dès les prochaines élections communales. C'est un excellent pari : car, demain, il n'y aura bientôt plus que des mécontents dans ce pays. La NVA pourra ainsi toujours affirmer qu'elle détenait la solution à tous les problèmes, mais qu'on n'en a pas voulu. Sans résultat tangible à son actif, elle arrivera ainsi à encore augmenter le capital de sympathie dont elle bénéficie auprès de l'électorat flamand. Je l'ai dit, c'est un excellent pari, mais un pari fort médiocre.

Le nouveau gouvernement issu de ces 538 jours de négociations a déjà perdu beaucoup de temps, il lui reste les deux tiers du temps de la législature pour travailler efficacement et la fin de celle-ci sera bien entendu déjà axée sur les élections suivantes. Il faudra faire vite, plus vite en tout cas que pendant les négociations. Or, ce gouvernement semble bien fragile, divisé par des courants idéologiques antagonistes. Après avoir consacré des jours et des jours à une réforme institutionnelle de l'Etat, à la demande de deux partis flamands, la néfaste NVA et le pâle CD&V - qui en avaient fait un préalable à toute autre discussion - le volet socio-économique a été réglé en relativement peu de temps, sous la pression des marchés et les contraintes européennes, sans grande vision d'avenir, sans recul : un travail de comptables appliqués jouant avec les mesurettes proposées par chaque parti. C'est donc cela le projet d'avenir offert aux citoyens ? Suffira-t-il de leur vanter l'accord sur BHV et de leur parler de la crise et des marchés pour les convaincre de la rigueur, voire de l'austérité?

Quand les choses importantes sont venues sur la table - le volet socio-économique, le reste étant broutille -  on a vu qui était qui. Des socialistes, plus ou moins durs ou mous, des centristes humanistes indéfinissables et toujours imprévisibles, des libéraux, plus ou moins aussi, mais toujours arrogants, comme si l'arrogance et les convictions libérales allaient souvent de pair. Les verts ont été éjectés, pour négocier ce deuxième volet. On les voulait bien pour disposer d'une majorité des deux tiers sur le volet institutionnel, mais, pas pour le volet socio-économique. Ils risquaient de faire basculer l'union nationale trop à gauche peut-être ?  Dommage. S'il y a bien une mouvance politique qui prône l'union et rejette les frontières intra-nationales, c'est bien Groen/Ecolo pourtant. Conscient des enjeux de ce monde, ils trouvent déplacées les divisions linguistiques des autres.

Ce qui me frappe, dans les propositions qui font l'objet de ce budget, que je ne connais encore que par la presse, relève de ceci :

- il n'y a pas de plan concret de relance de l'activité économique (mais est-ce encore une compétence fédérale, ou régionale, ou les deux et qui doit faire quoi ?) ;

- on fait porter par les plus fragilisés sur le marché de l'emploi un poids extrêmement lourd (chômeurs, demandeurs d'emploi, jeunes en stage d'attente, pré-pensionnés, pensionnés), comme s'ils étaient tous des profiteurs d'un système. Mais quel emploi leur offre-t-on ? Et qui finance le système ? L'Etat réduit le nombre de ses fonctionnaires, car il faut sabrer dans les dépenses, disent les libéraux. Les entreprises ? Il faut les aider à être plus compétitives, avec moult avantages fiscaux et autres. Les plus grandes d'entre elles, celles qui pèsent le plus lourd, en termes d'emploi, ne cessent pourtant pas de licencier et de délocaliser, quand bon leur chante, malgré les avantages offerts. J'attends des politiques libéraux qu'ils révèlent, un jour, en un tableau, le nombre d'emplois que leurs ministres, en charge des questions économiques et financières, dans les gouvernements où ils sont actifs, ont créés et supprimés. Cela serait fort instructif.

- il n'y a rien sur la régulation et l'encadrement des marchés financiers, à peine sur la spéculation, rien sur une séparation entre les banques de crédit et les banques d'affaires ;

- on supprime, sans crier gare, les aides aux particuliers qui ont fait le choix d'une énergie durable, alors que, pendant ce temps, à genoux devant les arrogants dirigeants d'Electrabel, le gouvernement en devenir a réduit au minimum minimorum la contribution de cette société privée sur la rente nucléaire ;

- j'allais oublier les classes moyennes ! Que fait-on des classes moyennes et quand fait-on partie des classes moyennes ? Il faut, si j'ai  bien compris, avoir un revenu qui vous situe au dessus des mal nantis - qu'il faut protéger par bonne conscience - et en dessous de ceux qu'il faut protéger aussi, parce qu'ils représentent l'argent, l'espoir, le potentiel d'investissement du pays, dit-on. Une étude a fixé, je crois, le revenu mensuel moyen des classes moyennes entre 1240 et 3000 euros net. Dorénavant, la catégorie des mal nantis va être un peu élargie : on sera plus souvent qu'avant un mal nanti (fiscalement parlant, bien entendu, mais est-ce bien rassurant ?). Alors que le MR s'est présenté comme le défenseur des classes moyennes, il est aussi le signataire d'un accord portant de 15 à 21 % le taux du précompte mobilier sur les intérêts, soit le produit du mode de placement préféré des bons pères de famille dans les classes moyennes. Mon père n'en croit pas ses oreilles, lui qui n'est pas gauchiste. Déjà qu'il a dû subir la menace d'un impôt allemand de 17 % sur la retraite de 85 euros qu'il touche chaque mois pour avoir été enrôlé de force pour travailler en Allemagne, lors de la deuxième guerre mondiale. Mon père en effet ne s'est pas enfui dans le sud de la France - en avait-il les moyens ? - comme d'autres de ses congénères. Le MR, le parti qui défend les classes moyennes, a su imposer en négociation un choix qui interpelle : ne pas trop toucher aux intérêts notionnels, dont on a certes retenu les abus, mais dont personne ne semble capable de démontrer rigoureusement l'effet bénéfique. C'est le propre des mesures libérales. Elle repose toujours sur un acte de foi : le marché libre conduit toujours à l'utilisation la plus opportune des ressources. Même la réalité n'est pas capable de déstabiliser un dogme.

- quant aux autres, ceux qui se situent un cran au dessus des classes moyennes, on leur impose ceci: une maigre contribution, s'ils recueillent un peu trop de revenus de leur patrimoine (mais pas d'impôt sur la fortune). En outre qu'ils se rassurent : une nouvelle "déclaration libératoire unique" (ce sera la troisième !) leur permettra de rapatrier, sous nos nuages, leurs capitaux massés (ou planqués ?) à l'étranger. On passera l'éponge sur toutes leurs turpitudes, une contribution symbolique suffira ... Ceci est contradictoire, quand on évoque par ailleurs, de manière incantatoire, un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. La DLU est un autre exemple type d'une mesure d'inspiration libérale. Le ministre Reynders, triomphaliste, s'est beaucoup vanté du succès des DLU précédentes. Les régularisations - entendez par là, les arrangements entre bons amis - ont bien entendu rapporté un peu d'argent à l'Etat. Quant à l'affectation des fonds rapatriés, aucune information. Ont-ils été utiles à l'économie belge ? Nul ne le saura jamais. Un emprunt de l'Etat belge a été lancé, il y a quelques jours et il rencontre un succès inattendu. Si j'ai bien entendu, les experts du gouvernement en affaires courantes attendaient 200 millions, on est à plus de 5 milliards ! Vous m'avez bien entendu. Il n'est pas nécessaire d'inventer des choses alambiquées : quand l'Etat sollicite le bon père de famille, celui-ci répond présent. Vous rendez-vous compte du nombre de milliards apportés ainsi au budget de l'Etat ? En décidant que le taux du précompte resterait de 15 %, tout en affichant un taux d'intérêt de 4 %, le gouvernement en affaires courantes a fait fort et coup double. Il a aussi, comme qui dirait, désavoué les mesures du nouvel accord gouvernemental. Est-il nécessaire de préciser que la tentative d'aligner le taux du précompte mobilier sur les intérêts par rapport au taux du précompte mobilier sur les dividendes n'était pas une revendication socialiste. On s'indignait plutôt à droite que les pépères, comme mon père, ne paient que 15 % sur leurs placements prudents, alors que les flamboyants investisseurs à risque (oh ... que j'aime le risque, dirait un des Frères Jacques) devaient payer sur leurs dividendes 25 % de précompte. Quelle injustice ! Vous voyez à quoi cela tient !

Alors des hommes et des femmes vont descendre dans la rue. Seront-ils tous des syndicalistes de gauche ? Je n'en suis pas sûr. Est-il déplacé de penser qu'un nombre grandissant de citoyens  désire un autre modèle de société, d'autres valeurs ? Pour cela, il faut formuler des valeurs qui ne sont pas les valeurs dominantes. Il faut inventer et convaincre.

L'ermitage Saint Antoine à Bernister

Le lieu est au bout du bout d'une route serpentant dans les forêts sur les hauteurs de Malmédy, là où le relief est escarpé. Se niche là un ermitage fondé au XVème siècle et dont les bâtiments actuels datent de 1793. Une chapelle et un lieu d'habitation pour l'ermite.

Je me suis, un jour arrêté, à cet ermitage, alors qu'il était encore occupé par le père Winandy, un moine bénédictin de l'abbaye de Clervaux, qui terminait là dans la solitude une vie aux dimensions internationales.
C'est un lieu de solitude mais peu éloigné de la ville : l'ermite y descendait une fois par semaine pour faire ses courses et passer à la banque. De  temps en temps, des visiteurs s'arrêtaient chez lui. Il les accueillaient. Pour vivre, il réalisait des traductions. Dieu était sa compagnie.


Je n'ai pas pu trouver de photo de l'ermitage sur le net, en voici une gravure.



Les  frères de Wavreumont, tout proches, ont décidé d'assurer un avenir à l'ermitage aujourd'hui déserté. Un avenir à définir en partie encore, si j'ai bien compris. Il ne faudrait pas que ce lieu historique et attachant meure et s'écroule. Une A.S.B.L. a été créée "Les amis de l'ermitage Saint Antoine". J'en suis membre depuis ce matin, avec une grande joie.

Passez par ce lieu, c'est un haut lieu, si vos promenades vous conduisent par là ...

http://www.mini-ardenne.be/encyclopedie.php?display=view&fichetitre=Ermitage%20de%20Bernister

vendredi 2 décembre 2011

Le seul jour où j'ai manifesté dans la rue

Excepté contre l'allongement du service militaire obligatoire, quand j'avais dix-sept ans, je n'ai plus jamais participé à aucune manifestation. Il faut dire que j'étais jeune alors et que l'enjeu était de taille : ne devient pas militaire qui veut ! Alors imposer à tous les garçons (et uniquement aux garçons) un service militaire me paraissait une aberration. Pourquoi pas les filles ? J'ai été ainsi, précocement, à l'âge de dix-sept ans, un ardent défenseur de l'égalité entre les hommes et les femmes. Je n'en ai jamais obtenu aucun remerciement cependant. Quant aux objecteurs de conscience, ils me semblaient être de dangereux gauchistes, alors que moi j'étais catholique !

Imaginez-vous une armée composée de militaires comme moi qui s'effondrent ou fuient à la moindre déflagration, s'évanouissent à la vue de la moindre goutte de sang, contestent les ordres du sergent parce qu'il les trouve mal appropriés ... J'ai dû être pendant six semaines la terreur de l'armée belge : le conscrit qu'on ne peut pas objectivement réformer et pour lequel on cherche désespérément une affectation. Officiellement, j'ai donc été, pour l'armée belge, brancardier de combat, mon efficacité en ce domaine n'étant toutefois pas garantie. Il faut dire qu'un jeune officier vétérinaire nous apprenait les premiers soins.
Le choix était peut-être justifié, la guerre n'est-elle pas souvent une boucherie ? Moins officiellement, j'ai été le ""coq en pâte" de deux demoiselles, fort civiles, dans un service affecté à la médecine militaire. Ces deux demoiselles aimaient le thé, les gâteaux et l'opéra et avaient un sens de l'humour décapant. En leur compagnie, j'ai pris quelques kilos, ri beaucoup et un peu commenté les conventions de Genève sur le droit humanitaire en temps de guerre. En cette compagnie, j'étais comme un poisson dans l'eau. Le retour à la réalité n'était pas alors trop difficile - j'étais marié - même s'il s'agissait de tout autre chose. Simplement, c'était moins drôle. Il n'y avait pas de légèreté, juste des exigences et des désirs à combler sans cesse.

Par la suite, devenu professeur d'université, il eût été fort marginal, par rapport au corps auquel j'appartenais, de défiler ...  : "en toge, monsieur le Doyen ?". Non, la toge est réservée à d'autres usages : la remise des diplômes, les docteurs honoris causa, les Te Deum. Dommage. Pourtant quelques toges, parmi les citoyens, cela honorerait l'université. Faut-il considérer que la toge est liée à un ordre établi  et qu'elle n'a dès lors aucun pouvoir pour faire avancer celui-ci ?

J'ai beaucoup d'admiration pour toux ceux qui ont le courage de défiler pour des causes justes. Je regrette d'être aujourd'hui devenu trop frileux (je veux dire hésitant) pour cela. Bien entendu, je connais la réponse : ces manifestations n'ont de toute façon aucun effet, surtout quand elles contestent des décisions déjà prises. Moi, je leur vois un mérite au moins : elles expriment une conscience ; elles dénoncent ; elles mettent le doigt sur les dérives de nos sociétés. Il faut en effet dépasser la forme (qui peut déplaire) et se concentrer sur le fond.

J'en reparlerai.