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mercredi 9 mai 2012

Le dialogue impossible

Le scrutin majoritaire français y contribue, l'électeur doit obligatoirement se positionner pour l'un ou l'autre candidat. On peut certes voter blanc, ou nul, par protestation vis-à-vis du système ou par incapacité profonde à se faire une opinion sur l'un ou l'autre des deux candidats, à moins que ce ne soit définitivement sur quelque candidat que ce soit. Il y a aussi ceux qui s'en foutent royalement (en République, voilà qui est piquant) et préfèrent laisser aux autres le soin de décider à leur place ce que sera leur avenir. " Que votre oui, soit oui, et que votre non, soit non " (Jc, 5, 12).

N'étant pas voyant, je ne puis prédire ce que seront les cinq années de présidence de François Hollande. Mais d'autres savent apparemment : ils prédisent une catastrophe pour la France, pour l'Europe et pour le monde ! Je me suis aperçu que cette capacité de voyance "catastrophiste" relevait toujours de personnes marquées à droite. Quand la gauche veut créer de l'espoir, la droite répond en annonçant une catastrophe. Quand la gauche ose imaginer d'autres voies, d'autres priorités, les mêmes l'accusent de jouer à l'apprenti sorcier. Un gouvernement de gauche est toujours un gouvernement qui augmente les impôts et dilapide l'argent public ... Vous trouvez cela simpliste ? Moi aussi, mais pour certains tenants d'une société individualiste, libérale et capitaliste, cela ne l'est pas. Le fait de geler le prix de l'énergie pendant trois mois pour permettre à de nombreux ménages de tenir la tête hors de l'eau est vu par d'aucuns comme une atteinte inadmissible à la liberté d'entreprendre. A vous de juger.

Je me permets d'écrire ceci parce que les échanges lus ces derniers jours sur les réseaux sociaux, où je croise pas mal de gens intéressants et intelligents, ici et aux Etats-Unis, m'ont démontré qu'on peut être intelligent et dire n'importe quoi, une fois que l'on touche à l'idéologie politique. Les arguments sont parfois tellement simplistes, tellement conditionnés, dans la bouche de doctes personnes, que l'on se met à douter d'elles, certes  "pas en tant qu'individus, mais pour leurs idées", comme dirait Mgr Léonard. Il est vrai, on peut ne pas partager les mêmes idées et quand même aimer Brahms, par exemple (Wagner, j'ai plus de peine, je l'avoue ... mais pour des raisons strictement musicales).

La campagne présidentielle française a été, sur un point, symptomatique :
- la droite UMPiste s'est constamment refusée à dresser le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy. On aurait aimé un bilan, clair, honnête, transparent, montrant objectivement les réussites et reconnaissant les échecs et des chiffres clairs. "Voilà ce que j'ai fait ; si vous pensez que j'ai répondu à vos attentes, élisez-moi pour un deuxième mandat".  Il n'est pas sain de laisser à l'adversaire le soin de dresser ce bilan. Demain, j'espère que Nicolas Sarkozy dira à François Hollande : "voici l'héritage que j'ai reçu en partage, voici ce que j'en ai fait ... le voici tel que je te le lègue". On pense évidemment à la célèbre Parabole des talents (Mt, 25, 14-30) ;
- il n'est pas sain non plus de traiter l'adversaire de menteur, au vu de ses propositions de gauche, alors qu'on refuse d'admettre son propre bilan de droite, ayant été plus qu'à son tour menteur. "Mais si vous avez le coeur plein d'aigre jalousie et d'esprit de rivalité, ne faites pas les avantageux et ne nuisez pas à la vérité par vos mensonges " (Jc, 3, 14).


Où se trouve le simplisme ?

Je trouve plus de complexité dans le discours de la gauche que dans le discours de la droite, plus d'ouverture et partant plus de subtilité. Cette complexité et cette subtilité ne font apparemment pas peur aux électeurs, puisque la gauche, en France, pourrait bien devenir majoritaire demain à tous les niveaux de pouvoir. Et si ce qui faisait défaut à la droite était un manque d'ouverture et de subtilité ? Je croise plus de doctrinaires à droite qu'à gauche, contrairement à certains clichés. Il n'y a plus beaucoup de communistes de l'ancienne école, mais il y a vraiment beaucoup de néo-libéraux, qui voient encore en tout adepte de la gauche une espèce de "dangereux communiste".

Je ris à la stratégie de cette droite française, aujourd'hui en déroute, qui ne trouve rien d'autre comme argument de campagne pour les législatives de juin que : "la République a besoin d'une opposition". Imaginez donc un seul instant que tous les rouages du pouvoir soient aux mains de la gauche ! On ne peut trouver attitude plus pathétique. La droite, comme on dit, n'a-t-elle pas eu tous les moyens à sa disposition, même un "hyper-président", pour se rendre crédible, pendant cinq ans ? Ne voilà-t-il pas maintenant qu'elle invoque un risque de déficit démocratique au cas où elle ne serait pas assez représentée au Parlement. Oui, cela est pathétique.

François Hollande, comme il est, comme il s'est présenté, a fait du changement sa priorité. Il y a en effet de nombreux changements à opérer, si on ne veut pas se retrouver demain sans plus aucune porte de sortie. François Hollande n'est pas le seul à penser cela en Europe. Il y aura, je le redoute, un jour ou l'autre, un affrontement réel, pour un renversement des priorités, qui pourrait ressembler à une révolution dont les dimensions risquent bien de ne pas être que nationales. La jeunesse en sera plus que certainement le ferment et l'aiguillon. Puisse-cette révolution être pacifique !

Pour la France et pour l'Europe, François Hollande sera peut être celui qui contribuera à infléchir les évidences, à renouveler les processus économiques, à démanteler les certitudes néo-libérales, à réduire l'influence des lobbies,  à renverser les priorités sociales. Je veux y croire. Puisse Angela y contribuer ! Elle se grandirait.  Et Jésus devrait aimer cela !

Aujourd'hui, je relève aussi avec amusement la charge de Didier Reynders contre Guy Verhofstadt ... Le MR (le parti belge"sarkozyste" allant de Didier Reynders à Charles Michel) ne peut plus entendre les propos "gauchistes", mais tellement sensés du président du groupe parlementaire libéral au Parlement européen (Open VLD). Argument suprême pour l'abattre : il fragilise son parti pour les prochaines élections belges ! Tout est dit.

http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/article/736802/tir-liberal-contre-verhofstadt.html

L'avenir de notre monde, de nos sociétés, mérite mieux, vraiment mieux, que des débats stériles entre gauche et droite. Le plus inquiétant est que rares sont ceux à l'avoir compris.

" La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n'avaient qu'un coeur et qu'une âme et nul ne considérait comme sa propriété l'un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun ... Nul parmi eux n'était indigent : en effet, ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu'ils avaient cédé et le déposaient au pied des apôtres. Chacun en recevait une part selon ses besoins " ( Ac, 4, 32-34).

Ce texte met, je le pense, le doigt sur la cause de tous nos dérèglements. Les résultats ne représentent pas le plus important ici. L'origine, le fondement de la vie ensemble, sont au coeur de la parole : eux, ils avaient un coeur et une âme ; ils n'avaient même qu'un seul coeur et une seule âme. Tout le reste en découle.






mardi 8 mai 2012

La vigne et le sarment

Le chapitre 15 de l'évangile de Jean traite dans sa première partie (v. 1 à 17) de la vigne, du cep, du sarment et du vigneron. Jean, plus que les autres évangélistes, s'attache à donner du sens aux souvenirs qu'il relate, témoin direct souvent, témoin indirect parfois. Il écrit plus tard que Luc, Marc et Matthieu, après un long temps de maturation. C'est pourquoi j'ai toujours eu une préférence pour Jean. Il cherche à donner du sens aux événements.

Je ne sais pas si Jésus a réellement prononcé le discours que Jean relate. Est-ce si important ? Dans ma religion, contrairement à l'Islam, jamais Dieu ne dicte directement ce qu'il faut écrire. Il a besoin d'intermédiaires pour donner à sa parole toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, en laissant toujours le prochain chapitre ouvert.

La vigne, le soin qu'elle nécessite, le vin qu'elle produit, veulent dire quelque chose aux populations du Moyen-Orient, à l'époque de Jésus, d'avant (voir Isaïe), d'après, et aussi aujourd'hui. Ce message peut même réunir les croyants de par le monde, quelle que soit leur obédience.

Voici ce que je retiens de ce texte d'une richesse incommensurable.

D'abord, il y a la vigne, le cep, là où le courant de vie circule. Ensuite, il y a les sarments. Ils sont greffés à la vigne. Sans elle, ils n'existent pas ou meurent. Sans elle, ils ne peuvent porter de fruits. Ils meurent parfois aussi parce que la greffe ne prend pas. Le courant ne passe pas.

Je pense ici à certains de mes amis où la greffe n'a pas pris. Ils m'opposent des arguments d'opposition ou de raison, un phénomène de rejet, pourrait-on dire, comme lors de la greffe d'un organe ... aussi vital que le coeur.

Je pense aussi au discours de certains politiques, à des commentaires lus à propos des élections présidentielles françaises.  Je me demandais : à quel courant de vie se rattachent-ils ? Quel est leur cep ?

Quels fruits attend-on de la vigne ?
Quels fruits attend-on lorsqu'on cherche à exister sans elle ?

La réussite, l'argent, le plaisir, le pouvoir, la reconnaissance, une carrière, ... rien du tout parfois, ce qui est peut-être pire, car on acquiert alors la conviction que l'on peut prétendre à tout, sans limite, ni mesure ? Et si, à travers tout cela, se trouvait finalement une profonde incapacité à être rassuré sur ses faiblesses et sur ses manques ?

Qu'attend-on de la vigne ? La vie et la liberté ! Un élargissement de soi, un dépouillement de soi, un autre espace que soi. Pour moi, l'attitude religieuse consiste à reconnaître qu'on n'est pas le seul maître à bord, c'est se projeter au-delà de soi. Etre convaincu et affirmer qu'il y a une autre dimension pour vivre.

Mais n'oublions pas ceci. Le vigneron coupe ce qui ne portera pas de fruit, et émonde les rameaux porteurs pour qu'ils portent encore plus de fruits.

L'expérience est toujours douloureuse. Ce n'est vraiment pas simple de vivre l'éradication en nous de ce qui nous constitue, mais ne véhicule pas la vie. J'en témoigne, tout en étant sûr que cela nous concerne tous. Je crois, pour ma part, que le jeu en vaut la chandelle.




dimanche 6 mai 2012

La campagne présidentielle française vue d'Outre-Atlantique

Un ami d'enfance, médecin, et aujourd'hui directeur de recherches à Los Angeles, a écrit ceci, sur Facebook, à propos de la campagne présidentielle française : 


" De ce côté de l'Atlantique, impossible de comprendre comment un programme socialiste, tel que celui proposé par Hollande peut encore faire rêver un peuple avancé comme la France. Et ce, alors que le monde entier (voir la Chine et Cuba) se détournent de ce système économique qui ne mène qu'à la ruine. Quand il propose un blocage du prix de l'essence pendant 3 mois et l'engagement de 65.000 nouveaux fonctionnaire, je conclus qu'il est non seulement socialiste, mais démagogue en plus ".


J'ai corrigé les fautes d'accentuation et de typographie, 
liées sans doute à un clavier qwerty, quant aux autres ...
Je ne ferai aucun commentaire, j'aurais pourtant bien des choses à dire.
Je suis effaré et navré d'entendre de tels propos, qui se présentent comme reflétant ce qui se pense Outre-Atlantique. D'autant qu'ils sont exprimé par un scientifique, directeur de recherches, bref, quelqu'un qui n'est pas un imbécile. Mais ils ne me surprennent pas. Ce qui fait que j'en suis encore plus navré.
A vous de juger !
Attention cependant, si vous n'êtes pas d'accord, à ne pas faire preuve de la moindre condescendance vis-à-vis des yankees de souche ou d'adoption, un travers "très européen", paraît-il, d'après un commentateur anonyme sur une version provisoire un peu plus engagée de ce texte.

vendredi 4 mai 2012

L'éducation par l'exemple

Au cours de mon parcours universitaire, certains professeurs m'ont paru exemplaires et d'autres pas. Ce sentiment était fort subjectif. J'avais envie de ressembler à certains d'entre eux, à d'autres pas du tout. A quoi cela tenait-il ? Au contenu de leur enseignement parfois. A leur personnalité sûrement. A leur ouverture aux étudiants aussi (dialogue à la pause, confrontation des opinions autour d'un café à quelques uns après le cours, accueil à l'examen oral et souci de toujours expliquer la note mise).  Devenu moi-même professeur, j'ai tenté d'exprimer ce que j'étais tout en me référant à mes modèles. Sans ces quelques modèles, je n'aurais pas été le professeur que j'ai été, bon ou mauvais, ce n'est pas à moi de le dire.

Serais-je aujourd'hui celui que je suis sans le modèle de ma grand-mère ? Une volonté tenace, un dévouement total pour ses trois filles et son seul petit-fils. Mes tantes (de Paris, comme je les appelle) ont dû perturber tous les repères de ma grand-mère. Leur mode de vie était tellement différent. Elle n'a jamais failli à son devoir, mais je n'aime pas ce mot, disons plutôt qu'elle les aimait. Elle est allée à Gardahia, quand il le fallait, elle est allée à Londres, elle a passé de longues semaines horribles, à Paris, quand ma tante A. était à l'hôpital.  Elle a accueilli chez elle sa fille convalescente et lui a donné sa chambre. Elle avait une foi d'hier, mais était ouverte au questionnement. Elle n'a jamais cessé de se poser des questions. Son arbre, dans la foi, était celui de la tradition bénédictine. Je sais aussi qu'elle a eu des doutes dans sa foi, c'est à moi qu'elle les a confiés (j'avais 22 ans, cela m'a marqué à tout jamais). Peut-être s'est-elle confiée à moi parce que j'étais le seul à pouvoir l'entendre dans la famille ? Nous étions les deux bénédictins de la famille.

Les habitants de ma résidence aiment beaucoup mes deux fils. Ils sont, paraît-il, toujours aimables, serviables, attentionnés. Les vieilles grand-mères les adorent. Il faut dire qu'ils les embrassent aussi. J'ignore s'ils me prennent pour modèle. Mais si mon exemple est à l'origine de leur comportement, je puis dormir en paix.

Mais revenons à des choses plus sérieuses, plus didactiques. A l'époque des bons pères jésuites, nous disposions d'une collection de textes appelée "Les modèles français" (6 volumes, un par année). On y apprenait l'histoire de la littérature, mais c'était dans le fond accessoire, on nous confrontait avant tout à des modèles d'écriture. Ils m'ont influencé, je dois le dire, et m'évitent aujourd'hui de m'exprimer comme certains prétendants à la magistrature suprême, en France.

Je crois profondément qu'on devient ce que l'on est au travers de modèles. Ces modèles diffèrent selon les individus, heureusement. Il faut aussi, comme ma grand-mère, être capable parfois de mettre le modèle en question.

Mais il est faux de croire qu'on puisse se construire sans modèle.











jeudi 3 mai 2012

Emotion Ishane

A ce jour, les choses ne sont pas claires, mais la disparition d'Ishane Jarfi et la découverte de son cadavre dans un champ près de Nandrin ont secoué bien des consciences, pas seulement, dans le milieu homosexuel.

A ce stade de l'enquête, il n'est pas encore permis de parler d'un crime homophobe. Mais cela n'est pas exclu non plus. Si c'était le cas, ce serait la première fois en Belgique.

Thierry Delaval a écrit un très beau texte que j'aimerais partager simplement.

http://arcenciel-wallonie.be/web/acw/infos/321--mourir-detre-soi-a-ihsane-jarfi.html


Mourir d’être soi
jeudi, 03 mai 2012 11:31
à Ihsane Jarfi

Aujourd’hui est peut-être la fin de l’insouciance.

Nous vivons dans ce monde au milieu des drames. De tous ces drames fondus en une logorrhée d’images et de mots. Un nuage vaporeux de malheurs indistincts. Des échos lointains à nos oreilles insensibles. Tous ces décibels. L’actu est un vacarme. Assourdissant. Inaudible. Inexpliqué. À fuir, absolument.

Que sont ces sifflements irrités à côté de nos peines. De nos espoirs. De nos vies. De nos envies. Fuyez, bruits bâtards. Laissez-nous respirer. Que notre joie demeure.

Ce cri soudain, émergé d’entre mille et mille fois enchaîné. Ihsane a disparu. Et au bout de dix nuits sans lune, Ihsane est mort.

Ce cri-là ne s’efface. Ce cri-là se grave. Il sourd, étrangement proche. Familier et effarant. Questionnement ahurissant. Ce n’est plus de l’actu. C’est réel. Cela fait terriblement mal. Et ça n’a pas de sens. L’amour vaincu. Mourir d’être soi.

La Belgique vient de connaître le premier meurtre homophobe avéré de son histoire. Ici, à Liège. Maintenant, en 2012. Cela heurte l’entendement.

Arc-en-Ciel Wallonie et toutes les associations LGBT liégeoises sont sous le choc. L’incompréhension est immense. Et d’abord la tristesse. Nous partageons profondément la détresse de la famille d’Ihsane et de son ami Mathieu. Nous nous associons à la souffrance de tous ses amis.

Quatre êtres se sont perdus en perdant Ihsane. Pour ceux-là, c’est affaire de justice. Nous avons confiance. Le pourquoi sera établi.

Reste le comment. Expliquer l’inexplicable. Ou du moins comprendre. Soulever les questions. Celles des processus. Ces processus de haine et de peur qui se construisent subrepticement, dans l’indifférence, dans l’impensé. L’amour, quel qu’il soit, est richesse. Il est rencontre. Il est solidarité. Il est joie. L’amour est une valeur. Une de nos valeurs collectives. Tuer l’amour, c’est renoncer à notre humanité.

Quel inconfort : affirmer que l’amour est de bonne politique. Peut-être même n’y a-t-il pas de question plus politique que celle-là. L’amour est à prendre au sérieux. Pourvu que ce cri soit entendu !

Arc-en-Ciel Wallonie se concertera avec les autorités communales. Il faut reconstruire autrement les qualités de tolérance et d’ouverture auxquels les liégeois sont attachés. Bâtir autrement les chemins de la diversité.

A toutes les autorités cet appel : il n’est pas de fermeté plus grande que de savoir ce que l’on veut.

Aujourd’hui est peut-être la fin de l’insouciance.

Thierry Delaval



Le combat des chefs

Le grand débat qui, en France, oppose, à chaque élection, les deux présidentiables, tient du rituel.

Les experts en sciences politiques expliquent que l'impact de ce débat sur les intentions de vote est minime, et généralement insuffisant pour renverser les tendances quant aux intentions de vote. Alors à quoi bon ?

J'ai lu pas mal de commentaires en France, et en Belgique (puisqu'on s'intéresse en Belgique plus qu'ailleurs aux élections françaises). Ces commentaires ne sont jamais neutres. Chacun a son candidat et n'a aucune envie d'en changer. Pour ces commentateurs, il s'agit généralement de compter les points et de pouvoir exprimer une rancoeur, bien plus souvent qu'une conviction, en dénigrant le challenger. Avec tout le respect que devraient m'inspirer les supporters d'une équipe de foot, le processus est un peu le même que lors d'un match pour une qualification. Je veux dire peu rationnel. J'ai ainsi découvert sur Facebook, au gré des commentaires, de quel bord sont de nombreux anciens étudiants. Ils sont nombreux à ne pas supporter la même équipe que moi. Mais je cherche toujours leurs arguments.

Je m'interroge, suite à ce constat, sur la maturité du jeu démocratique et de ceux qui sont censés l'incarner à tous les niveaux, des candidats aux électeurs.

Les projets des candidats étant connus ... (F. Hollande a publié le sien, bien avant N. Sarkozy, qui , notons-le, refusant de dresser le bilan de sa présidence, n'a jamais vraiment déposé de programme clair), à quoi sert un tel débat ? A mesurer la capacité des candidats à débattre ?  A tester leur capacité à convaincre ? L'exercice porterait-il plus sur la forme que sur le fond ? Un travers bien français. Auquel bien des commentateurs, et peut-être des électeurs, succombent.

Le président de la République française qui sera élu, dimanche, pourrait-il l'être pour des raisons de forme plutôt que de fond ? Si tel devait être le cas, je serais fort inquiet pour la France et pour la France dans le monde.

Que retenir de ce débat, qui fut souvent ennuyeux, sur le fond ? Des propositions rarement, plutôt des querelles de chiffres, des imprécisions, des anathèmes, des mensonges éhontés de la part de N. Sarkozy. Un débat, comme celui auquel j'ai assisté, n'a pas permis d'avancer beaucoup sur la vision du projet proposé aux français.

Alors, oui, N. Sarkozy est bon dans un débat, parce qu'il est agressif et pugnace, au mépris de la vérité. Surtout, lorsque, alors qu'il ment plus souvent qu'à son tour, il n'hésite pas à traiter l'autre de menteur et de calomniateur ... Ce président sortant ne manque pas d'air en tout cas. Certains aiment ça. Il a l'étoffe d'un avocat, sans aucun doute. Cela ne me rassure pas sur lui, bien au contraire.

F. Hollande a fait preuve d'une constante dignité. Il a montré qu'il n'était pas un roquet aboyant comme son adversaire, qu'il maîtrisait les dossiers au moins aussi bien, sinon mieux, que N. Sarkozy. Il a démontré qu'il avait une vision pour la France, pour la France dans l'Europe et dans le monde.

Mais de cela, j'étais convaincu bien avant le débat, moi qui n'ai pourtant aucun intérêt personnel dans cette élection.

D'ici-là, les supporters irrationnels de l'un et de l'autre séviront, dénigreront, éructeront ... plus à droite qu'à gauche, me semble-t-il ... Existe-t-il seulement un clone de Nadine Morano au parti socialiste ? Elle seule suffit à me faire détester encore plus ce que je détestais déjà.

Vous constaterez à quel point il est impossible de parler en toute neutralité d'un tel débat !











mercredi 2 mai 2012

Dieu, ma mère et moi

Le titre du plus récent ouvrage de Franz-Olivier Giesbert ( Dieu, ma mère et moi, Gallimard, 2012) m'a tout de suite interpellé. J'étais dans les rayons de la FNAC et j'imaginais tout ce que j'aurais envie de dire ou d'écrire sous un tel intitulé ! J'avais hâte de savoir ce que F.O.G. avait pu écrire et si d'éventuelles correspondances existaient entre lui et moi.




Incontestablement, la foi de F.O.G. est très personnelle. Elle a été nourrie tantôt par la foi de sa mère, tantôt s'est construite en dehors de celle-ci. Il a eu une chance insigne : sa mère était professeur de philosophie. C'est dire si entre lui et sa mère un espace privilégié de dialogue pouvait exister. Sa mère catholique et vouée à Descartes. Lui, batifolant un peu partout.

F.O.G. ne croit pas au Dieu créateur (il préfère un Dieu immanent en tout); il ne croît guère en la divinité de Jésus; il se dit bouddhiste, musulman, taoïste, manichéen et disciple de Bruno Giordono. Et après cela, paradoxalement, il se dit chrétien par toutes ses fibres et heureux de l'être.

Il est attiré par le panthéisme et, comme moi, voue une grande admiration à Jean Giono. Il tend à prendre ses distances d'une religion trop anthropocentrique, telle que Saint Paul l'a forgée. Il a une affection particulière pour des saintes marginales et un peu, voire totalement folles, particulièrement Sainte Thérèse de Lisieux et, pire encore, Sainte Marguerite Alacoque (laquelle par esprit de sacrifice a mangé le vomi d'un patient qu'elle assistait). Les vies des saints sont parfois assez gore. On y apprend des tas de choses sur Saint Augustin, sur Hildegarde von Bingen, sur Angèle de Foligno, sur Plutarque et Pythagore, sur Max Jacob, André Frossard, Paul Claudel et Simone Weil, sur Descartes, Spinoza et Kant. C'est souvent brillant et de temps en temps un peu vache.

A vrai dire, à la lecture de ce livre, un peu fourre-tout, où l'auteur témoigne d'une immense érudition (je n'ai pas lu le tiers du quart des ouvrages qu'il évoque et qu'il cite), on est pris d'un certain malaise. Lui qui se dit chrétien, ne cite pas une seule fois les évangiles. Il dit même que le dernier endroit où on peut trouver Dieu, c'est la Bible.

Je veux croire en la sincérité de F.O.G., même s'il explique que, jeune, il a entamé, avec un certain succès, une carrière de mystificateur (p. 158).

De cet ouvrage, je citerai le passage suivant :

Descartes n'a jamais essayé de prouver sa propre existence qui, après tout, pouvait être sujette à caution. Pourquoi, alors, s'est-il échiné à prouver celle de Dieu ?
Les philosophes se sont ridiculisés chaque fois qu'ils ont essayé de prouver l'existence de Dieu. Une hécatombe qui a fauché les plus grands d'entre eux de Descartes à Hegel, en passant par Leibniz.
Dieu ne se prouve pas : comme je l'ai déjà dit, il se vit, il se respire, il se boit ...
Il est donc heureux que la philosophie ait abandonné la métaphysique et la question de Dieu pour des sujets plus triviaux laissant le Tout-Puissant aux saintes et aux saints, laïcs ou pas, qui en parlent si bien, avec une force et une poésie de l'autre monde. Avec eux, au moins, on n'est jamais déçu.
La philosophie a perdu en majesté ce qu'elle a gagné en crédit. Elle est retournée au sources, elle ne se mêle plus que de ce qui la regarde : il y avait quelque chose de pathétique à l'observer se tortiller pour percer des mystères qui la dépassaient comme ils dépassent encore les scientifiques de toutes obédiences.


Moins personnel est l'ouvrage de Jean-Christian Petitfils, grand succès de librairie (Jésus, Fayard, 2011).



C'est l'ouvrage d'un historien croyant, qui se veut avant tout historien.

L'auteur suit l'évangile de Jean, le disciple que Jésus aimait, qu'il distingue de Jean, le fils de Zébédée, l'apôtre. Il complète avec des informations que l'on trouve dans les synoptiques (Mathieu, Marc et Luc). Son propos est de mettre les faits, les personnages, les idées dans leur contexte historique, compte tenu des dernières découvertes. Cela aide à mieux comprendre.

Je n'ai pas appris grand chose de neuf, mais il s'agit d'une bonne synthèse de ce que l'on sait aujourd'hui. Le plus intéressant, pour moi, se trouvait dans les annexes concernant la formation des évangiles, les manuscrits de Qumran, etc.