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samedi 31 mars 2012

Quel étrange système électoral que le système électoral français

Tous les cinq ans (avant c'était sept), on assiste, en France, à un combat des chefs, comme du temps d'Astérix.

Les chefs en présence n'ont pas tous un "gabarit suffisant" (comme a déclaré Bernadette Chirac, à propos de François Hollande, avant de regretter son propos peut-être excessif). Disons qu'il y a, dans ce combat, des chefs qui sont là pour faire de la figuration et donner, peut-être, aux français l'illusion de la démocratie.

Certains sont complètement folkloriques, tel le sieur Cheminade. D'autres se demandent ce qu'ils font là (Eva Joly, Patrick Poutou). Ils sont là parce qu'on leur a demandé d'y être, pour garantir une certaine diversité. Ils défendent mollement leurs idées ; à vrai dire, ils n'en ont rien à foutre. Ils pensent, à juste titre, je vais y revenir, que c'est lors des élections législatives qu'ils devront se battre, pas aux élections présidentielles. D'autres encore, comme Nicolas Dupont-Aignant, y croient "dur comme fer". Laissons-le croire. Notons qu'ils ont tous dû recueillir 500 signatures d'élus pour pouvoir être candidat. Les élus qui ont soutenu monsieur Cheminade sont sans doute des adeptes du second degré. Dire que Marine Le Pen a failli ne pas obtenir les 500 soutiens requis ! Un coup de com, un de plus, pour se présenter en victime ? Elle a trouvé ces derniers soutiens à la toute dernière minute. Car s'il s'est trouvé 500 élus pour soutenir monsieur Cheminade, il devait bien s'en trouver autant pour soutenir la candidate du Front national, vu qu'à certains égards, ils ne valent pas mieux l'un que l'autre ; je pense à la crédibilité de leur programme. Je comprends toutefois les élus : il est plus facile de soutenir un doux dingue, sans aucune chance, qu'une candidate tout aussi dingue, mais au potentiel de dangerosité bien plus grand. Il est quand même étonnant de voir, dans une démocratie, des "déjà élus" décider de qui est digne ou non de concourir à une future élection et donc de définir préalablement l'offre qui sera présentée aux électeurs. Au vu du résultat final, on se demande à quoi cela sert vraiment. A quoi peuvent bien ressembler les candidats qui n'ont pas obtenu les 500 candidatures, car il doit  bien y en avoir, enfin je le suppose ? Evidemment s'il y avait 24 candidats, et non dix, comment le C.S.A. pourrait-il régler le temps de parole de chacun ? Car, en effet, à partir d'une certaine date, tous les candidats admis à la joute, doivent être traités sur un pied d'égalité en ce qui concerne le temps de parole. Cela est assez grotesque. Les gros calibres ont déjà occupé l'antenne bien avant. On voit alors défiler tous les plus ou moins farfelus, sympas parfois au demeurant. Comme ils n'ont pas toujours grand chose à dire, les chaînes d'information diffusent leurs déclarations en boucle pendant la nuit pour leur assurer la même audience qu'aux autres. Non vous n'êtes pas en Belgique, mais en France.

Restent cinq chefs sur dix qui comptent : deux poids lourds et trois poids moyens. Tout le monde sait depuis bien des semaines déjà que tout se jouera entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les trois poids moyens sont : Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Une observation en passant concernant les deux poids lourds : François Hollande est présenté par le parti socialiste, après une élection primaire interne au parti ; à l'UMP, rien de tel, le Président actuel et à nouveau candidat est aussi le chef du parti qui le présente à l'élection. Pourquoi s'embarrasser d'une primaire quand on sait de manière absolue qu'on est assuré d'une très large majorité ? Je ne sais pas, mais moi, cela me fait penser à certains régimes politiques où le chef est incontesté et obtient au moins 95 % des voix, lorsqu'il se soumet à l'élection des siens (ce qui, dans certaines dictatures, représente toute la population, qui n'a d'ailleurs pas d'autre choix que de voter pour le chef).

Le premier tour viendra confirmer ce que tout le monde sait déjà. Ni Le Pen, ni Bayrou, ni Mélenchon n'ont aucune chance de figurer au second tour. Obligatoirement, ils vont devoir inviter leurs électeurs à reporter leurs voix sur un des deux candidats poids lourds, ou à s'abstenir. Gagnons du temps : qu'ils indiquent, dès le premier tour, leur préférence. C'est le vote "utile" dont parle François Hollande. C'est aussi ce que recommande Daniel Cohn-Bendit, qui trouve la campagne longue, ennuyeuse, sans souffle, sans vision de l'avenir.

Le résultat final pourrait ainsi apparaître dès le premier tour, rendant le second inutile. Faites un petit effort les petits et moyens candidats, désistez-vous, indiquez votre consigne de vote éventuelle et réservez-vous pour les législatives, car c'est au Parlement que vous pourrez travailler, si le scrutin majoritaire vous en laisse la possibilité.

Y aurait-il déni de démocratie ? Pas du tout, vu que les élections présidentielles sont suivies d'élections législatives donnant à toutes les opinions, toutes les tendances, le loisir de s'exprimer. Avec une dose de proportionnelle, cela serait naturellement encore mieux. Mais les élus français sont tellement attachés à "leur" circonscription acquise au scrutin majoritaire qu'ils ne sont sans doute pas prêts pour un système proportionnel. N'est-ce pas après avoir constaté que le scrutin majoritaire avait fait basculer à gauche toutes les conseils régionaux, sauf un, je crois, que le toujours génial président Sarko a commencé à parler d'une "dose de proportionnelle", encouragé immédiatement par Marine Le Pen.

Voilà ce qui est étrange dans le système décrit : après une première sélection par des élus, on propose aux électeurs français un choix de candidats censés représenter plusieurs tendances, sachant très bien dès le départ que cette sélection ne sert pas à grand chose. Si cette sélection par les élus a pour but de désigner les plus crédibles, elle ne remplit de toute évidence pas son rôle. Que se passe-t-il ensuite entre les deux tours ? Des négociations, des alliances, des reports de voix, prévisibles dans la plupart des cas, mais qui échappent aux électeurs. Quel est le sens de tout cela ? De bétonner une majorité de gouvernement ? Mais alors pourquoi les électeurs sont-ils invités, quelques semaines après, pour une élection législative, à nouveau majoritaire et à deux tours ? Pour confirmer ou destituer les barons dans leurs baronnies ? Pourquoi les présidentielles viennent-elles avant les législatives ? Ne serait-il pas plus simple d'élire le président sur la base de la majorité au parlement ? Ou de voir les deux blocs les plus importants (au-delà des partis) présenter chacun un candidat soumis au vote du parlement, comme pour les présidents d'assemblée, par exemple. Non, la France a besoin d'un monarque et elle se complaît à penser qu'aujourd'hui elle l'élit.

Si j'étais citoyen français, je me sentirais quelque peu désorienté. En plus, le vote en France n'étant pas obligatoire, n'est-il pas à redouter que vont seuls voter ceux qui se reconnaissent dans ce système pour le moins complexe et peu transparent ou votent sans comprendre. Le taux d'abstention est toujours un sujet clé lors des élections françaises. Au caractère artificiel de tout ce qui précède, s'ajoute, si le taux d'abstention est élevé, la question de la légitimité réelle des élus. Pensez donc, ce que l'on appelle la majorité en France peut très bien ne pas correspondre du tout à la majorité réelle. Pour compenser cela, on parle de politique d'ouverture. Sarko, toujours lui, a fait entrer, par exemple, dans son gouvernement des personnalités de gauche. Ce qui me gêne profondément, c'est qu'il s'agit alors du fait du Prince plutôt que la volonté de l'électeur.

Bref, je ne comprends pas vraiment ce système. Mais je ne suis pas politologue et tiens sans doute encore des propos de café du commerce.

vendredi 30 mars 2012

Peut-on être à la fois contre la peine de mort et pour l'avortement ?

Voilà huit jours que j'hésite à publier ce post. Tant pis, je me lance. Je vais déplaire et choquer.

Peut-on être à la fois contre la peine de mort et pour l'avortement ? Et inversement, peut-on être à la fois pour la peine de mort et contre l'avortement ? Cela ne me semble pas clair du tout, en tout cas dans la tête de ceux qui ont manifesté le week-end dernier, pro ou anti avortement, à Bruxelles. Il eût été intéressant d'y faire un sondage conjoint sur les deux sujets auprès des participants. Mais, je ne veux pas polémiquer.

Je vais aborder aujourd'hui un thème fort difficile. A Bruxelles, le week-end dernier, deux manifestations ont eu lieu l'une pour la défense du "droit" à l'avortement, l'autre pour "la défense de la vie".

J'ai éprouvé un profond malaise, tellement ce sujet délicat se voit réduit, lors de ces manifestations, à deux factions idéologiques qui s'opposent, depuis plus de trente ans, sans beaucoup de finesse ni de profondeur dans les arguments.

Avant tout, il faut le dire et le répéter sans cesse, l'avortement est TOUJOURS un épisode douloureux dans une vie. Je le sais, j'ai cheminé avec un jeune couple concerné. Je connais aussi le travail de ceux qui accompagnent de jeunes mères songeant à l'avortement afin de les convaincre d'abandonner plutôt leur enfant et de le confier à l'adoption. Leur générosité ne fait aucun doute, leur idéalisme non plus. Malheureusement, ces croisés de la vie ne mesurent pas toujours bien les conséquences de la solution qu'ils recommandent tant pour la mère que pour l'enfant. Dans leur idéalisme pro-vita, ils semblent ne pas connaître grand chose des aléas, des écueils et des échecs de l'adoption, a fortiori dans ce contexte. Pour sauver une vie encore en devenir, ils sont prêts à créer de grands problèmes autant chez la mère invitée à abandonner son enfant que chez l'enfant abandonné à la naissance pour être adopté. Certes, des adoptions sont réussies, mais toutes ne le sont pas. Il n'y a donc pas une solution miracle, mais plutôt des issues boîteuses.

On aimerait entendre, sur l'avortement, d'autres propos que des clichés dogmatiques et des pétitions de principe.

Eric de Beukelaer a dénoncé, sur son blog, l'idée d'un "curseur" qui déterminerait à quel moment le foetus peut être considéré comme un être vivant. Il faut bien reconnaître que la question de savoir s'il faut poser le curseur à 5 ou à 14 semaines ne résiste pas longtemps à l'analyse. Cela a été l'option du législateur pourtant. Je suis d'accord avec Eric de Beukelaer ... mais il ne répond pas à la question ce faisant. Il n'offre aucun critère de discernement. J'aurais aimé qu'en tant qu'exprimant sa foi, selon la tradition biblique, il donne une vision étayée. La question mérite en effet d'être abordée d'un point de vue biologique, anthropologique, culturel, et, je le pense, aussi religieux.

http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/2012/03/26/avortement-blabla/

On aimerait, dans le fond, que ce débat soit inspiré. Il ne l'est pas.

Je vais sans doute choquer (particulièrement, je le sais, de nombreuses femmes qui n'ont pas pu enfanter). La réalité est pourtant celle-là : des femmes tombent (comme on dit) enceintes, sans l'avoir désiré (par légèreté, par manque de précaution, suite à un viol, qu'importe finalement) ; d'autres, qui désirent enfanter, n'y arrivent pas ou avec difficulté. Les premières pensent à l'avortement, les secondes à la fécondation in vitro et à tous les moyens possibles pour réaliser leur désir. Les unes et les autres méritent autant d'attention. Mais il s'agit toujours d'un désir, bien ou mal vécu. Je ne suis pas une femme, donc je ne puis éprouver  ce qu'une femme éprouve quand elle porte en elle la vie. Je constate simplement que les femmes ne sont pas d'accord entre elles sur le fait qu'être femme signifie aussi (obligatoirement, accessoirement, fatalement ...) la vocation d'être mère. Dans ces discours-là, on ne parle guère des pères de toute façon. Comme si la question de l'avortement était une question de femme à régler entre femmes (et accessoirement avec les politiques). Quel mépris des hommes !

A partir du moment où il s'agit de désir, la loi peut-elle apporter une réponse adéquate ? N'est-ce pas plutôt aux psys d'aider ces femmes à gérer leur désir ou non-désir ?

Il n'en reste pas moins qu'une réponse de la société est attendue : toujours ce besoin de dire ce qui est bien et ce qui est mal et à partir de quand il faut interdire et punir. C'est le rôle du politique.

Le législateur, en ce qui concerne l'avortement, a donc défini un délai raisonnable. Son critère est biologique, il se définit par le nombre de semaines d'existence du foetus. On peut discuter sur le nombre de semaines ; cela est un peu ridicule. Chercher un curseur biologique est, je le pense, en l'espèce, non seulement inadéquat, mais non fondé.

Eric de Beukelaer réfute, dans son blog, cette idée d'un curseur. Il ne dit pas toute la vérité. Car il situe bien le cursus quelque part : au moment où l'ovocyte se voit fécondé et ouvre la voie à une vie possible, quoique aléatoire. C'est un choix. Mais il s'agit bien d'un curseur, il devrait le reconnaître. Pourquoi à ce moment-là ?

Au risque d'être frappé d'hérésie, je m'étonne de ne pas entendre, dans les milieux croyants, plus de subtilité. La vie est multiple : elle commence avec la division de la cellule. J'avais cru cependant comprendre qu'entre l'amibe et l'homme, il y a une différence : un degré de conscience différent. L'homme n'est pas qu'un être vivant, il est appelé à devenir une personne, un fils aimé de Dieu, créé "à son image et à sa ressemblance".

Or, la Bible, quand elle parle de Dieu, parle beaucoup du souffle de Dieu, l'anima. Ce souffle qui donne vie. Les guérisons réalisées par Jésus reposent, d'ailleurs, dans de nombreux cas, sur ce principe: la vie s'insuffle et, pour la réveiller, il faut  communiquer son souffle pour permettre à l'autre de retrouver vie.

Est-il hérétique de considérer que le petit d'homme ne naît, en tant que personne, qu'à partir du moment où il pousse son premier cri, c'est-à-dire où il inspire pour la première fois le souffle de la vie et respire de manière autonome ? Est-il inconvenant de penser qu'il ne devient, qu'à ce moment précis, totalement un être "à l'image de Dieu et à sa ressemblance" ? Ce moment symbolique pourrait constituer un curseur clair et signifiant, avec en outre un fondement biblique. Pourquoi n'a-t-il pas été retenu, voire discuté, dans les milieux catholiques ? A vrai dire, je n'en sais rien.

Je n'ai pas de réponse à cette question. Sans compétence aucune, je me suis permis d'ouvrir une brèche. Je vais peut-être le regretter.

J'entends déjà les objections possibles ...

- le premier cri, le premier souffle, n'est pas propre à l'homme, il en va de même de tous les vertébrés ... or, la vie existe aussi chez les invertébrés ;
- le premier cri, le premier souffle, n'est pas propre à l'homme, il en va de même de tous les vertébrés et on ne demande pas à un mouton d'être une personne ;
- la mère qui porte, dans son ventre, un enfant en devenir sait que cette vie en elle, n'est pas elle ; le père lui est obligé de croire la mère sur paroles. Cela dit, quand on voit, les efforts que certains doivent faire pour "rompre le cordon ombilical", on ne m'enlèvera pas de la tête que peu de mères acceptent l'autonomie de leur rejeton, tant elles considèrent qu'ils font partie d'elles-mêmes.

Il apparaît en tout cas qu'on ne naît pas à la vie en une fois, cela peut même prendre des années. Ce qui repose la question du curseur. Pour ma part, à ce stade de ma réflexion, entre le souffle et l'amibe, je trouve plus signifiant le souffle que l'amibe. J'ai plus l'âme symbolique que scientifique.

A ceux qui vont me lire, je tiens à dire que mon propos n'est pas de stigmatiser ou de condamner. J'ai essayé une certaine lecture, qui est peut-être erronée. Je fais preuve ici de beaucoup d'humilité. Simplement, il m' a semblé que tout n'était pas dit et j'ai cherché à dire autre chose.

Je suis, par conséquent, ouvert à toute critique un peu argumentée.

jeudi 29 mars 2012

Valse

VALSE

Quel que soit le songe
Où l'âme se plonge
Il faut au mensonge
Une vérité

Quel que soit le drame
Où l'acteur déclame
Il faut à la flamme
Une obscurité

Quel que soit le vase
Où l'amour s'embrase
Il faut à l'extase
Un goût de péché

Quel que soit l'espace
Où le rêve passe
Il faut à la grâce
Une liberté

Jean-Claude Carrière

mardi 27 mars 2012

Chansons et romans d'amour

Je ne sais plus exactement quand, mais j'avais réalisé une compilation de chansons pour mes parents, avec des chanteurs de leur époque. Mes parents n'ont pas, comme moi, le besoin de vivre en musique. Pourquoi, un jour récent, ont-ils décidé d'écouter le CD que je leur avais offert ?

Ils ont été bouleversés par la chanson de Charles Trenet "Que reste-t-il de nos amours ?". Elle les a fait pleurer tous les deux. Je n'en sais pas plus. Je ne puis donc interpréter leur émotion : y avait-il de la nostalgie, des regrets ? Ou l'émotion d'avoir vécu ensemble pendant 60 ans, avec autant de joies que d'épreuves ? Il me semble souvent, quant à moi, qu'ils oublient les joies pour se concentrer sur les problèmes.

L'amour entre deux êtres a été, et sera toujours, une source d'inspiration pour les artistes, les poètes, les écrivains, les chanteurs, les cinéastes.

J'ai beaucoup appris sur l'amour en écoutant des chansons. Une forme en somme toute simple, singulièrement inspirée chez Françoise Hardy, Jacques Brel ou Charles Aznavour. Et en mode pas si mineur que cela chez Charles Dumont. L'exaltation de l'amour, les désillusions, les doutes de l'amour. J'ai ainsi appris que l'amour était moins simple que je ne croyais et qu'on ne me le disait. Mon ami, P., lisait et disait ses amours au travers des chansons. Il m'a appris beaucoup. Celui qui a un coeur ouvert à l'amour éprouve souvent le besoin de mettre des mots sur ce qu'il éprouve. Alors quand les mots d'un autre plus grand conviennent, pourquoi ne pas s'y référer ?

Quelques exemples :

Charles Trenet : Que reste-t-il de nos amours ? Je choisis cette version d'un Charles Trenet âgé, parce que je pense à mes parents âgés
http://www.youtube.com/watch?v=ttxb2wlsTHM&feature=related

Françoise Hardy: Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin
http://www.youtube.com/watch?v=t4bl_2N_OcU

Françoise Hardy : Fais-moi une place (ou Julien Clerc)
http://www.youtube.com/watch?v=2uLkVn7wlQ0

Françoise Hardy : A quoi ça sert ?
http://www.youtube.com/watch?v=vqRBDopJ3Ts&feature=related

Jacques Brel :  La chanson des vieux amants
http://www.youtube.com/watch?v=H1DpjXQUDsI


Charles Aznavour : L'amour c'est comme un jour (et tellement d'autres)
http://www.youtube.com/watch?v=9H1p2rVAHOc

Charles Dumont : Les amants
http://www.youtube.com/watch?v=m92LKxFDoHE&feature=related

A cette époque, il y aura bientôt vingt ans, où l'amour faisait irruption dans ma vie sous une autre forme, à tous égards, j'ai aussi trouvé les mots pour décrire ce que j'éprouvais dans quelques romans.

J'évoquerai ici trois auteurs : Michel Tremblay (québecois, comme son nom l'indique), Yves Simon (le chanteur reconverti) et René de Ceccaty.

Michel Tremblay (Le coeur découvert, Babel/Actes Sud, 1996).




"Il aurait voulu avoir une relation suivie et simple ... il avait même envie de bâtir quelque chose ; pas nécessairement une histoire d'amour ... mais peut-être une amitié privilégiée qui frôlerait l'amour de près sans en comporter les conséquences si souvent désastreuses. Mais tout ça n'était pas clair ..."


" Je ne voulais sous aucun prétexte lui donner l'impression qu'il me devait fidélité et obéissance uniquement parce que nous vivions une superbe aventure ... Il était libre de ses agissements et de ses déplacements. C'est du moins ce que je lui ai dit. C'est drôle comme il nous arrive de maquiller nos vrais sentiments quand la peur entre en ligne de compte ... "

Yves Simon (Le prochain amour, Grasset, 1996)  :



 "  Il est de toute évidence que celui qui aime le plus vit en permanence avec une douleur qu'il s'oblige à accepter ..." 

"L'amour, c'est du plaisir et de la souffrance. Evidemment, si l'un envahit l'autre, on s'écarte de la vie et de l'amour ... Das le cas d'Irène, il y a une seule chose à laquelle vous devez veiller, une seule, c'est que le malheur ne l'emporte jamais sur le plaisir, auquel cas, ce ne serait plus une histoire amoureuse, mais un chemin de croix "


" ... une telle rencontre des corps est rare. Fusionnelle, magique, elle nous surprenait autant qu'elle m'effrayait, et lorsque nous nous apercevions que le jour avait baissé, qu'il s'était déroulé pour tout l'univers, sans nous, nous défaisions nos bras et nos jambes l'un de l'autre comme des jumeaux tristes, malheureux d'avoir à continuer de vivre séparés, éloignés, elle et moi, d'un gouffre d'à peine quelques centimètres "


" Que signifie pour vous aimer cette femme ? L'intranquillité ".

René de Ceccaty (Aimer, 1996, Gallimard)




" L'important n'est pas tant le regard que l'on porte sur autrui, si chargé de désir soit-il, que celui qu'on accepte d'autrui. Ce qui compte, c'est l'échange de regards, le dialogue qui en peut naître ... "


" Qui étais-je pour exiger d'être aimé d'amour ? N'était-il pas déjà miraculeux que ce garçon soit venu vers moi et ait tenté de m'aimer ? 


" J'agis comme agissent les amants qui se sacrifient et veulent que l'autre, pour moins souffrir, ignore le sacrifice ... Je voulais le délivrer de moi ".

La minorité silencieuse

" Vous savez que, jadis, je faisais de la politique comme tout le monde.
Je m'occupais de minorités agissantes.
J'organisais des réunions publiques clandestines.
Et au cours d'une ces réunions, tandis que j'exposais mon programme,
alors que la majorité de la minorité était d'accord avec mes idées,
je remarquai, à côté de moi, un  homme qui ne disait rien.
Inquiétant, non, un homme qui ne dit rien !
Je ne sais pas si vous l'avez constaté,
mais quand un homme ne dit rien
alors que tout le monde parle,
on n'entend plus que lui !
Redoutable !
Je n'en continuai pas moins mon exposé ...
mais je commençais à faire attention à ce que je disais.
De temps en temps, je me tournais vers celui qui ne disait rien,
pour savoir ce qu'il en pensait ...
Mais comment voulez-vous savoir ce que pense qui ne dit rien ... et qui en plus écoute ...
Car, de plus, il écoutait !
Je me dis : "Il est en train de saper ma réunion. Abrégeons !"
J'ai dit : 
- Mes amis, puisque vous êtes tous d'accord avec mes idées ...
Quelqu'un s'est levé.
Il m'a dit : 
- Monsieur, tout compte fait, nous serions plutôt de l'avis de ce monsieur qui n'a rien dit.
Et ils ont quitté la salle !
Sauf celui n'avait rien dit.
... Restés seuls, je lui ai dit :
- Monsieur, bravo !
Je viens de parler à ces gens pendant une heure et ils ne m'ont pas écouté.
Vous, vous n'avez rien dit et ils vous ont entendu !
Chapeau !
Il m'a regardé, il a sorti sa carte, y a griffonné quelque chose dessus et me l'a tendue.
Et j'y ai lu :
" Bien que sourd et muet, je suis entièrement d'accord avec vos idées. "
Alors depuis ...
je ne m'occupe plus que de la majorité silencieuse ".


Raymond Devos (bien entendu)







dimanche 25 mars 2012

Un beau texte de Grégoire de Nysse (mort en 394)

Supposons quelqu'un qui, par la pleine chaleur de midi, chemine, la tête brûlée des rayons du soleil, toute l'humidité de son corps aspirée par cette flamme, le sol est rude que foulent ses pieds, la route est rocailleuse, aride. Mais voici tout à coup qu'il rencontre une fontaine dont les eaux sont limpides et coulent transparentes ; ses flots en abondance lui offrent doucement d'étancher sa soif. Va-t-il s'asseoir près de cette source et se mettre à philosopher sur sa nature, à en scruter l'origine, le comment et le pourquoi, examinant avec soin les questions que se posent les faiseurs de vains discours, à savoir qu'une vapeur venue d'en haut, dans les profondeurs de la terre bondit et devient un filet d'eau, ou que les veines de la terre, débordant des profondeurs d'en bas, s'écoulent pour jaillir en source ? Ou plutôt, congédiant tout cela, ne se penchera-t-il pas pour approcher ses lèvres des eaux vives, rafraîchir sa bouche, combler son désir et remercier celui qui a fait ce don ?


Es-tu assoiffé ?
As-tu jamais connu le désert ?
A quoi t'es-tu abreuvé ?
Ta soif est-elle assouvie ?

Manger de saison

Je ne puis concevoir un dimanche matin, avec ou sans messe, sans un passage sur le marché de la Batte.

J'aime l'ambiance, le fait d'entendre les gens parler différentes langues (français, wallon, italien, espagnol, arabe, néerlandais, allemand). J'aime retrouver, semaine après semaine, mes commerçants habituels, ceux qui m'offrent de bons produits et leur amitié au fil du temps. Si je dois vivre un jour "à l'écart du monde", c'est sans doute l'aspect du monde que je regretterai le plus. Il faut dire que j'ai déjà renoncé à beaucoup de mondanités depuis longtemps, par choix, par paresse ou par fatalité. Je ne sais pas vraiment si je me suis privé de quelque chose en n'ayant pas vu le dernier film ou spectacle à voir, ou entendu le dernier concert-événement. J'ai tellement raté d'événement culturels dans ma vie que je me demande comment je survis encore ! Quand je vois la vie de mon ami Jean-Pierre, je me dis que sa vie est, sur ce plan, palpitante. Peut-être n'ai-je pas, comme lui, le besoin de palpiter tout le temps ...

Ce matin, au pied de la Passerelle, des représentants d'Ecolo distribuaient un fascicule intitulé "Manger de saison. C'est trop bon". Je l'ai accepté avec d'autant plus de chaleur que cela correspond parfaitement à mon mode de consommation (le vin se consommant en toute saison ... sauf l'infâme Beaujolais nouveau).

21 recettes de chefs, avec quelques trucs. Des choses simples, mais, me semble-t-il, goûteuses.

Bien entendu, certains légumes ne se trouvent pas partout : les topinambours, les patissons, les orties, les panais ou les carottes jaunes, par exemple. Quant à la cardamome ... Je me souviens avoir mangé une glace à la cardamome, dans un restaurant parisien aujourd'hui disparu, je pense, il s'agissait du "Dos de la Baleine". Avec qui étais-je encore, P. ou N. ?

Un jour, j'ai été invité chez la connaissance d'une connaissance qui avait servi des pommes de terre mauves. Cela m'avait intrigué d'autant qu'il habitait non loin de la centrale nucléaire de Tihange ! On trafique aujourd'hui, comme on veut, la couleur des légumes, parfois de manière naturelle, semble-t-il. Mais dans quel but ?

Parmi les recettes proposées par Ecolo, je compose mon menu comme suit :

- Goulée de soupe aux jeunes orties ;
- Filet de sandre en vert et jaune ;
- Croquant de maquée fermière aux fines herbes.

En dessert, je propose : le véritable café liégeois en cafetière ou les poires à la liégeoise (poires cuites, dans un sirop de café et crème fraîche à volonté).

Pour d'autres recettes : www.ecolo.be/recettes