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mercredi 13 juillet 2011

Quels sont les sujets de préoccupation des juristes?

Le commun des mortels ne sait pas nécessairement de quoi est fait le quotidien des avocats (à l'exception des avocats d'assises médiatisés).

Malgré l'effort requis, j'ai lu de bout en bout le dernier numéro d'une revue belge de jurisprudence fiscale (F.J.F., n° 2011/121-150, juin 2011). Cette revue donne une image quasiment instantanée de ce qui se plaide devant les cours et tribunaux en Belgique et au-delà en matière fiscale. C'est extrêmement instructif.

Voici une compilation, inspirée des mots-clés de la revue, de ce qui se conteste, et a donc fait le quotidien des avocats fiscalistes pendant les derniers mois:

Abus 
Affichage non conforme
Défaut de signature sur un acte
Dissimulation d'une identité
Emploi des langues ("une réclamation en anglais est nulle, mais pas irrecevable, il suffit de la réintroduire en néerlandais"!)
Fraude - Droit de choisir la voie la moins imposée
Harmonisation européenne - Disparités entre les régimes fiscaux nationaux - Discrimination - Conflits d'interprétation
Motivation insuffisante
Point de départ du délai: le jour d'envoi ou le jour de réception?
Pouvoir d'appréciation du juge (à limiter: contrôle marginal)
Preuve insuffisante
Preuve obtenue illégalement (par l'administration)
Violation du secret de l'instruction

On constate, à la vue de ce relevé, que le métier de l'avocat fiscaliste (mais il doit en être de même dans d'autres disciplines juridiques) porte sur deux axes: les manquements et les imprécisions. L'avocat se nourrit intellectuellement et matériellement des failles du système. Par ailleurs, les questions de procédure représentent à peu près les deux tiers du contentieux. Je constate aussi, ayant participé au comité de rédaction de cette revue pendant près de quinze ans, que les causes de conflit ne changent pas. On ressasse toujours les mêmes sujets. Je trouve cela désespérant.

Je dois en convenir, mon enseignement consacrait à ces failles (manquements et imprécisions) à peine 10 %, et à la procédure, à peine 10 % aussi, car il y avait bien d'autres choses à dire. Evidemment, si l'on décide que l'enseignement universitaire doit préparer ses futurs jeunes diplômés à être immédiatement opérationnels sur le marché, en tant que plaideur, la proportion aurait dû être 50/50 peut-être.

C'est ainsi qu'on reproche, de manière récurrente, aux professeurs d'université de n'être pas assez orientés vers la pratique, d'exposer des principes, de s'interroger sur les buts et les intentions des législations et sur leur mode de confection. Autant de choses inutiles, le plus souvent, pour un plaideur.

Cela dit, tous les juristes ne choisissent pas de devenir plaideur.

lundi 11 juillet 2011

La Flandre en fête

La Flandre, ce 11 juillet, s'auto-congratule et roule des mécaniques à l'occasion de la célébration de la "Bataille des éperons d'or", une bataille qui, en 1302, à Courtrai (Kortrijk), a opposé des milices flamandes au roi Philippe le Bel de France. Il s'agissait d'une question de taxes. On se battait alors, avec des armes, quand on trouvait les impôts trop élevés. Les flamands de Belgique (à bien distinguer des flamands de France) voient aujourd'hui dans la victoire des milices créées par leurs boutiquiers contre le Roi de France le symbole de leur indépendance. Bref, déjà à l'époque, ils chassaient le "fransquillon" qui, par définition, les exploite et leur fait payer des impôts qu'ils jugent indus puisqu'ils profiteront à d'autres qu'eux-mêmes. A cette époque lointaine, les flamands n'étaient point hostiles aux wallons. Et sans l'intervention de renforts venant de Namur (capitale actuelle de la Wallonie), tout aussi remontés contre la France, ils n'auraient sans doute jamais remporté la victoire. De là vient peut-être la devise de la Belgique "L'union fait la force". Qui sait?



La bataille des éperons d'or, enluminure



La bataille des éperons d'or
selon Nicaise de Keyser (1836)


La bataille des éperons d'or
selon James Ensor


Aujourd'hui, il y a un formateur, mandaté par le Roi. Il y a un texte amendable (il n'est pas "à prendre ou à laisser"), proposé par ce formateur qui, après un an (!) de négociations et de palabres, tente de faire une synthèse équilibrée et, à certains égards, audacieuse des différentes positions.

Face à cette note, il y a la NVA, le parti qui dit "non" à tout et refuse de se mettre à la table des négociations sur la base de ce texte "inacceptable", ce même parti qui, depuis des mois, refuse aussi toute rencontre avec les autres partis autour d'une même table. Puis, il y a le CD&V, le parti qui dit "je ne sais pas, mais cela devrait être comme la NVA". En face,  il y a le VLD et son président Alexander de Croo qui, prenant de la bouteille, estime que cela ne peut plus durer et est prêt à une négociation sans la NVA. Il y a le SPA, le parti de Johan Vande Lanotte, qui est prêt à négocier aussi et a produit la note la plus constructive de toute cette épouvantable histoire. Puis, il y a le petit parti Groen, qui est aussi ouvert à la négociation qu'il ne mènera pas - c'est à souligner - sans ses alliés d'Ecolo.

Ils sont quand même gonflés ces flamands du CD&V: ils ne reviendront éventuellement à la table des négociations que si le formateur réécrit sa note de synthèse pourtant jugée équilibrée par à peu près tout le monde (7 partis sur 9, patronat, syndicats, presse flamande et francophone).

Qu'est-ce que cela veut dire?

Ce parti se dit prêt à se retrouver à une table de négociation, mais à la condition expresse que le texte à négocier soit préalablement réécrit dans le sens qu'il souhaite ! Non, ce n'est pas une hallucination ! Il n'y a évidemment pas de négociation possible quand une des parties décide unilatéralement, avant même que la négociation débute, de ce qu'elle veut trouver dans l'accord final. Il n'y a alors plus rien à négocier du tout. C'est le propre des pouvoirs totalitaires. Ils ne cèdent rien, parce qu'ils sont persuadés d'être tout. Les autres face à eux peuvent s'épuiser, ils n'en obtiennent rien.

C.D.&V. et N.V.A. ne cessent de parler d'une révolution copernicienne pour la Belgique. Elle est connue: ils ne veulent plus entendre parler d'un Etat fédéral belge, mais d'une confédération entre la Flandre et la Wallonie (avec des statuts particuliers pour Bruxelles, qui serait en Flandre, avec une possibilité de co-gestion, et la partie germanophone du pays, qui ne s'est jamais plainte d'avoir été rattachée à la Région wallonne). Tout ceci provisoirement avant l'indépendance totale de la Flandre, comme Etat au sein de l'Union européenne; mais pas seulement Etat, a précisé Bart de Wever, car il faut que la Flandre devienne un Etat-nation, pas un Etat fédéré, comme la Bavière, le Québec ou le Wisconsin. C'est clair, non?

Je ne parviens pas à croire que tous les flamands soient totalitaires. Je suis même sûr du contraire. Qu'ils soient désireux d'une plus grande efficacité de nos trop nombreux niveaux de pouvoir, je les comprends; qu'ils soient lassés des querelles autour de BHV, je les comprends aussi. Qu'on les ait abreuvés de slogans sur les wallons fainéants, sur les transferts de la Flandre vers la Wallonie, cela ne m'étonne pas; certains usent de tous les moyens, même le mensonge, pour se faire une place dans l'arène politique. Mais apparemment une large fraction des flamands est nationaliste. Cela est inquiétant, car les nationalismes sont synonymes de régression et de repli. Ils nourrissent autour d'un concept flou d'identité nationale tout ce qu'il peut y avoir de plus détestable dans une société.

J'aime beaucoup la vision de Johan Vande Lanotte pour une Union Belge, fédération de quatre Etats (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Germanie).

Mais qui dit Etat dit territoire ... cela promet avec les nationalistes flamands! Pourtant, quand on contemple l'histoire, les frontières ont toujours fluctué au fils du temps, des conflits, des arrangements, des alliances, des mouvements de population. Aucune frontière ne peut jamais prétendre être définitive.

Un Etat implique-t-il une seule langue (sur le modèle républicain français)? On voit bien un peu partout dans le monde que ce n'est pas le cas et qu'il s'agit d'une vision du passé.

Récemment, le Maroc vient de reconnaître à la culture et à la langue amazigh (berbère) un statut national. Au Maroc, on parle donc trois langues et, si l'arabe est la première langue officielle, le français est la langue du droit, des affaires, de l'enseignement supérieur et d'une partie de la presse. Précisément ce que les flamands radicaux ne peuvent accepter chez eux.

Prenons un autre exemple: l'île Maurice. La constitution ne mentionne aucune langue officielle. L'anglais est utilisé pour l'administration (les anglais ayant été les derniers à administrer l'île avant son indépendance). Le français est la langue du monde des affaires et de l'information (presse et télévision). La population au quotidien parle des tas de langues différentes et un créole passe partout. Et personne ne se plaint.

Quand je vois l'extrême créativité de la Flandre dans le domaine des arts et de la création (mode, chanson, théâtre, architecture ...), je ne parviens pas à croire que ces créateurs soient des flamands repliés sur eux-mêmes attendant la création d'un Etat flamand pour être reconnus.

On a souvent dit que la Belgique est le laboratoire de l'Europe. Si tel est le cas, au vu de la situation actuelle, je ne donne pas cher de l'avenir de l'Europe.


Illustrations sonores

Wannes van de Velde: De flamingant ne me traitez
http://www.youtube.com/watch?v=6BE4W7Vp-Cc&feature=youtu.be

Jacques Brel: Les flamingants
http://www.youtube.com/watch?v=fGpV8rX-9oA&feature=related

samedi 9 juillet 2011

Le plaisir des mots à la liégeoise VI

Il y a longtemps que je n'ai plus consacré un article aux expressions locales, en usage chez moi, qui ne sont pas moins françaises que les autres. Il faudra s'y faire quand la Wallonie sera rattachée à la France!

Athénée: établissement public d'enseignement secondaire général. Dans l'enseignement catholique, on préfère parler de "collège" pour les garçons et de "lycée" pour les filles. Maintenant que ces établissements sont devenus mixtes, on ne sait plus à quel saint se vouer. Bref, notre terminologie diverge pour le moins du vocabulaire français. Le baccalauréat s'obtient, en Belgique, après trois ans à l'université; il couronne les études secondaires en France et donne accès à l'université.


L'athénée Saucy à 50 mètres de chez moi


Ballotin: il s'agit d'une boîte en carton raffinée destinée à accueillir des pralines (c'est-à-dire des chocolats). La praline est un chocolat de luxe qui peut parfois relever du grand art chez certains chocolatiers. On offre, et on s'offre, volontiers un ballotin de pralines en Belgique.




Coupérou: une culbute "roulé-boulé". J'ai toujours trouvé plus drôle de faire un "coupérou" qu'un "roulé-boulé" tellement plus prétentieux.

Craquelin: lors de nos vacances en Bretagne, ma grand-mère mangeait et ramenait toujours en Belgique des craquelins. Il s'agissait d'espèces de biscottes en moins séduisant, généralement non salées ... bref, des biscuits cuits à l'eau bouillante selon, paraît-il, une recette du Moyen-Age. L'appellation "craquelin" viendrait, selon Wikipedia, du néerlandais "crakelinc" (qui craque sous la dent). Information à vérifier. L'influence du néerlandais sur la langue bretonne depuis le Moyen-Age a-t-elle été jamais vraiment étudiée? En Belgique, un craquelin est un "cramique" sans raisins. Le craquelin et le cramique sont des pains briochés, avec du sucre perlé, sans ou avec des raisins de Corinthe. Avec mes parents, le dimanche, nous allions parfois nous promener dans la vallée de l'Amblève et nous nous arrêtions souvent à l'auberge de Monthouet qui n'existe plus. Une petite maison qui croulait sous la verdure. Le patron était russe, il servait comme goûter du cramique, avec du beurre et du chocolat chaud (ou du café).

 Un craquelin de chez moi



Des craquelins de ma grand-mère.
On voit tout de suite la différence entre l'ascétisme de ma grand-mère
et mon goût des bonnes choses.



Un pain cramique


Glo: Se dit d'une pâtisserie très (trop) riche, du genre gâteau avec du beurre, du chocolat fondu, de la crême pâtissière, de la crême fraîche, de la crême au beurre, du rhum, du gâteau de Savoie, de la mousse au chocolat ... généralement le tout ensemble. Ma mère a toujours aimé ce qui est "glo". Moi pas évidemment, qui n'accepte comme pâtisserie que les gaufres au fruits et les croûtes aux pommes, aux fraises ou aux framboises.



Exemple de gâteau "glo"


Margaille: j'aime beaucoup ce mot, il désigne une dispute, une querelle, mais avec une nuance de légèreté. Il évoque ces disputes qui ne durent qu'un temps parce que les protagonistes ont un peu trop la tête près du bonnet, alors qu'ils ne sont pas de mauvais bougres.

Potiquet: un pot (un petit pot, par exemple, un pot à crayons). Un pot est toujours et nécessairement là où on le place. Il n'a pas voix au chapitre et, s'il était sollicité, il n'aurait rien à dire. En français, on pourrait peut-être parler dès lors d'une potiche. Mais le mot "potiquet" va au-delà de cela. Il s'agit bien d'un petit pot, mais où l'on peut déposer de multiples choses que l'on veut cacher ou ranger. Mon fils Sam a ainsi une tendance certaine à transformer tous les pots de mon appartement en "potiquets". C'est comme cela que je le comprends en tout cas.

Tirer son plan: je  vois déjà quelques lecteurs, l'oeil égrillard, penser à plein de choses bien machistes. Je vais les décevoir: celui qui tire son plan est simplement quelqu'un qui se débrouille. "Trek ta plan", dit-on en brusseleir. Il n'y a que les français qui pensent à autre chose.

vendredi 8 juillet 2011

Bordon, babelutte et cuberdon

Aujourd'hui, j'ai envie de parler de friandises, après l'épisode social des "Chokotoff", évoqué il y a quelques semaines.

Quand j'étais petit garçon, je repassais mes leçons, en chantant ...  Certes, mais j'aimais aussi les friandises!

Ma préférée: le "bordon", soit un bâtonnet à sucer d'une dizaine de centimètres, aux différents parfums; mon parfum préféré était rhubarbe pour le petit côté acidulé. Le "bordon" était très dur et il fallait sucer longtemps pour l'absorber. En suçant bien, on pouvait aussi lui donner une forme acérée qui en faisait une arme redoutable pour piquer ses condisciples en cour de récréation. Cette friandise a totalement disparu du marché, trop artisanale sans doute et ne comportant pas assez de colorant.

Les "babeluttes" m'étaient connues par la famille du frère de mon père, qui a toujours aimé aller "à la mer", c'est-à-dire "à la Côte", qu'on appelait alors "la Côte belge", mais qu'il faut appeler aujourd'hui "de Vlaamse kust". Nous, nous allions en Bretagne. La famille de mon oncle donc nous ramenait, à chaque fois, une boîte de "babeluttes". Il s'agit d'un caramel dur, voire très très dur, à base de beurre, de miel et de vergeoise. D'après Wikipedia, la vergeoise est un sucre brun foncé provenant d'un sirop de betteraves, après affinage. C'est un sucre à consistance moelleuse, coloré et parfumé par les cuissons successives. Recuit une fois, le sirop donne de la vergeoise blonde; deux fois, de la vergeoise brune, plus foncée et à l'arôme plus particulier. En Belgique, on l'appelle souvent "cassonade". Et dire que j'avais toujours cru, jusqu'à aujourd'hui, que la "cassonade" était du sucre roux à base de canne à sucre!

J'ai toujours eu en horreur les "babeluttes" et, quand il fallait en déballer une, pour remercier, c'était pour moi un véritable sacrifice. La ville de Veurne (Furnes), en Flandre occidentale, est, paraît-il, le berceau de la "babelutte". Mais il existe aussi des "babeluttes" de Lille, ville flamande en France. Tiens, comment dit-on, "babelutte" en flamand? En fait, à Bruxelles, tout le monde sait ce qu'est un "babbeleir", quelqu'un qui bavarde à tort et à travers. D'après des auteurs savants, le mot "babelutte" viendrait du flamand "babbelen" (bavarder), quant au "utte", il serait une forme ancienne de "uit". Bref, cela veut dire que, quand on mange une "babelutte", toute conversation devient impossible. Est-ce parce qu'on est alors subjugué par le goût de la friandise ou par le fait qu'elle colle trop aux dents?

Babelutte de Furnes:



 Babelutte de Lille:


Caramel mou:




Ma mère, elle aimait les "lards" et en mettait toujours dans mon assiette de Saint Nicolas. Je détestais cela, c'était trop mou. Le "lard" est une gomme, un gélifié, un mélange de sucre et de gélatine qui se décline en version "au chocolat" ou "sans chocolat". Le lard étalon mesure une dizaine de centimètres et colle vaguement aux doigts. Mais nettement moins qu'aux dents et au palais. Bien que l'âge ne soit pas une contre-indication pour en manger, il est à éviter par ceux qui portent un dentier.








A cette époque aussi, une petite madame tenait une minuscule échoppe, rue Saint Gangulphe, elle tapait avec un petit marteau sur d'énormes morceaux de sucre colorés avec des saveurs différentes. J'adorais la voir travailler avec son marteau et "suçotter" les petits morceaux de "chique" qu'on lui achetait. Aujourd'hui, une entreprise locale tente de vendre le même produit sur les marchés, mais je ne retrouve pas les saveurs naturelles d'antan, le sucre éteint l'arôme.

Le "cuberdon" est encore autre chose. Je n'ai jamais vraiment aimé cette friandise, trop sucrée à mon goût. Je préférais les "soleils": de l'hostie et de la poudre citrique. On y mettait le bout de la langue. Dans mon enfance, il n'existait qu'une seule variété de cuberdon, à la framboise. Le cuberdon, dont la recette est secrète, se caractérise par un extérieur un peu cassant et un intérieur mou, gélatineux. Il est fait d'une pâte de fruits sucrée, travaillée à la gomme arabique et aromatisée aux extraits de fruits. Il ne se conserve que peu de temps. Le cuberdon est une spécialité vraiment belge puisque son court délai de conservation rend son exportation malaisée. Il en existe aujourd'hui, fabriqués par une entreprise artisanale de Seraing, à tous les goûts possibles (même spéculoos!). Mais s'agit-il encore de cuberdons?

Deux grandes écoles s'opposent sur l'origine du mot "cuberdon". Pour certains, il s'agirait d'une altération de l'expression "cul de bourdon", ce qui est plausible, mais pas sûr. Dans les régions picardes de Belgique, on l'appelle plutôt "chapeau de curé" ou "chapeau de prêtre";  et à Bruges, "neusje" (petit nez). Il semble bien que l'origine de la friandise soit picarde. Il n'en reste pas moins qu'une entreprise flamande d'Eeklo, qui fabrique des cuberdons depuis 1954, a obtenu de l'Office flamand d'agro-marketing la reconnaissance du produit comme produit régional flamand. Les autres producteurs nationaux rient jaune et apprécient. Bientôt, la crevette grise de la Mer du nord deviendra un produit régional flamand!






Ici, il ne s'agit point de cuberdons,
mais de Caramels fous.
http://www.lescaramelsfous.com/


Mais la pire des friandises a toujours été pour moi le "lacet". Une friandise noire, à base de réglisse, collante, peu amène, présentée sous la forme d'un ruban qu'on "chique", puis qu'on laisse là, pour le reprendre quelques heures après, avec les dents un peu noires. Bèèèrk.

Je réalise que mes préférences en matière de friandises en disent long sur ma personnalité. Les initiés comprendront sans doute.

mercredi 6 juillet 2011

Le cinéma dans la tête

La soirée, hier, était douce. J'avais envie de me promener au bord du fleuve en écoutant de la musique.

J'ai d'abord pris un bon quart d'heure à retourner tout l'appartement pour retrouver mes écouteurs. Bien entendu, Sam les avait empruntés, sans me le dire. Il considère, depuis toujours, que ce qui est à moi est à lui et ne comprend pas, quand je le lui dis, que ce n'est pas le cas.

Comme il n'a pas manqué de me le faire remarquer, lorsque je suis rentré, "si tu avais eu tes écouteurs, tu n'aurais peut-être pas pu faire une rencontre".

Je n'étais pas sorti pour faire une rencontre. Je voulais profiter agréablement de la fraîcheur du soir.

Les bancs publics sur le quai étaient déjà bien occupés. Par  rapport à l'année dernière, beaucoup moins de maghrébins et de plus en plus d'africains noirs. Les maghrébins de mon quai ont généralement le mérite de  bien se tenir. Je ne puis en dire autant malheureusement de leurs collègues africains plus au sud: ils boivent, ils sont entourés de filles plus provocantes les unes que les autres, ils sont bruyants et souvent cela dégénère en dispute, voire en rixe. Il faut alors appeler la police.

Depuis que je suis soupçonné de draguer les arabes, quand je me promène au bas de chez moi, je ne sais plus quelle attitude prendre pour avoir l'air le plus indifférent possible. J'ai quand même bien droit à la douceur du soir sur le quai en bas de chez moi!

Il restait une place sur un banc occupé par un jeune arabe "bien comme il faut". Je le trouvais beau, mais je ne savais pas, à ce moment précis, à quel point il était beau. Le contact s'est noué après un passage tonitruant à moto de quelques jeunes femmes de l'autre groupe. Il me dit alors: "qu'est-ce qu'elles veulent? qu'est-ce qu'ils cherchent? Il me dit aussi: "ils se perdent".

C'est lui qui m'a sorti de mon isolement voulu. Nous avons parlé pendant des heures, sur un banc, en dessous de chez moi. Sam est rentré vers minuit, en faisant attention à ne pas me réveiller, alors que j'étais toujours là, sur le quai, à parler avec Mohamed ... et je suis rentré à deux heures du matin!

Il m'a beaucoup parlé de sa vie, des droits de l'homme, de Mohamed VI et nous avons beaucoup parlé de religion aussi pendant plus de quatre heures. Il voulait me dresser le portrait du bon, du vrai, musulman.

Mohamed est beau physiquement, comme on peut l'être encore à 28 ans, mais plus encore par son âme.

Nous avons parlé - c'est lui qui l'a voulu - de la prière, des obligations liées à la religion, de l'amour du prochain, du pardon, du partage avec les plus pauvres, de la peur de Dieu et de l'amour de Dieu, de l'importance de faire au moins une fois dans sa vie un pélerinage, de la sexualité aussi. Tous ces sujets nous rendaient très proches l'un de l'autre, car il y avait peu de différences entre nous. Je n'irai pas jusqu'à dire que ce garçon est un saint, mais je puis dire sans hésiter qu'il est sain.

A certains moments, je me retrouvais projeté en arrière du temps de Az. A d'autres, j'étais merveilleusement heureux de  cette nouvelle rencontre. Il chassait les insectes importuns que ma chemise blanche attirait. Nos poignées de mains témoignaient d'une connivence. Nous nous sommes quittés l'un et l'autre heureux, en laissant ouverte la possibilité d'une autre rencontre.

Bien entendu, ce n'est pas négligeable, il souhaite se marier et avoir des enfants.

J'ai très envie de le revoir sur le banc en dessous de chez moi et je suis sûr que, ce soir, j'irai voir s'il est là.

Qu'est-ce qu'on peut se faire du cinéma, dans la tête, à mon âge!

dimanche 3 juillet 2011

Les moines ne manquent pas d'humour

Ce matin, frère Hubert célébrait la messe, mais l'homélie était confiée à frère Renaud qui, bien que prieur, n'est pas prêtre.

Inénarrable frère Hubert, quand il décide de se lâcher!

Voici plus ou moins les termes de son mot d'accueil:

"Frères et soeurs, vous aurez constaté que notre assemblée dominicale est particulièrement nombreuse ce matin. Elle est gonflée en effet par un fort contingent de petites soeurs qui sont venues passer quelques jours chez nous, en retraite. En retraite? Non. Elles devraient avoir les traits tirés suite aux privations et un sourire béat nourri par la contemplation. Or, elles sont guillerettes, pleines d'allant, d'enthousiasme, débordantes d'idées et de projets. Il en restera nécessairement quelque chose, vu que "ce que femme veut, Dieu le veut"!

L'évangile de ce jour nous confronte à une parole déconcertante. On vous a beaucoup parlé d'hébreu et de grec récemment (allusion aux homélies de frère Etienne); ce matin, il me semble que la liturgie nous invite à tout autre chose.

Mon joug est léger, dit Jésus. Cette parole est particulièrement interpellante pour un moine, qui vit le joug, le cilice, de la vie communautaire au quotidien et ... a en plus renoncé aux plaisirs de la chair!

Frères et soeurs, frère Renaud va devoir nous expliquer tout cela en détail!"

Bref, le début de la célébration était à la joie: les petites soeurs gloussaient, les habitués riaient, les moines aussi chacun selon son tempérament plus ou moins extraverti.

Renaud n'a pas relevé le défi du joug ... sans doute réserve-t-il sa réponse pour un prochain "chapître" (on préfère à Wavreumont parler de réunion communautaire ... cela a un avantage on ne s'y fait pas "chapîtrer").

Renaud a fait une belle homélie sur la juste place de l'étude et du savoir, d'une part, de l'ouverture à la rencontre, d'autre part. Toujours la même réalité: l'équilibre.

Parler "de" Dieu et parler "à" Dieu.

Je n'en dis pas plus, je retiens cette brève formule. Elle me parle beaucoup et me nourrira pendant plusieurs jours, j'en suis sûr.

Je pense aussi que la vie en communauté n'est pas une épreuve aussi longtemps que les membres de la communauté peuvent rire ensemble et d'eux-mêmes.

Ah oui, les petites soeurs étaient des "petites soeurs de Jésus de Charles de Foucauld", des contemplatives insérées dans le monde. Le moins qu'on puisse dire est que la pyramide des âges, chez les petites soeurs, donne la part belle aux jeunes, mais dans un bel équilibre. Il se dégage en tout cas de leur communauté une vitalité et une modernité qui m'impressionnent. On est loin, avec elles, des couvents sclérosés et des nouvelles communautés si chères à Jean-Paul II et à Monseigneur Léonard.

samedi 2 juillet 2011

Ecouter avec empathie sans se sentir jugé

Je suis souvent confronté à la situation suivante dans ma sphère familiale: un membre de la famille essaye d'exprimer à un autre ce qu'il éprouve, ce qu'il ressent, et l'autre n'entend rien, parce qu'il vit cela comme un jugement et, plutôt que d'accueillir ce qui lui est dit, cherche à se défendre contre ce qu'il ressent comme une agression. Au lieu d'écouter, il  pense d'abord à se justifier.

Cela est triste pour celui qui tente d'exprimer ce qu'il a sur le coeur. Car, il aimerait être entendu. Mais, pour être entendu, il faut que l'interlocuteur s'oublie lui-même et fasse l'effort de rejoindre ce que l'autre éprouve, ressent et vit. Je constate que cela est bien difficile.

Tu me juges. Combien de fois ai-je entendu cette réplique! Tout avis, tout sentiment, tout propos qui ne va pas dans le sens du poil - je veux dire de l'approbation - est perçu comme un jugement. Cela est inquiétant.

Celui qui se sent toujours jugé, dès qu'on lui oppose une autre vision que la sienne, doit être bien fragile. Il a sans doute construit un édifice intérieur et extérieur dont les bases ne doivent pas être très solides. Si elles l'étaient, il ne serait pas ainsi sur la défensive. Il n'est pas sûr de lui.

Je trouve une autre raison de m'inquiéter dans cette idée même de jugement. Le monde n'est pas fait de ceux qui ont raison et de ceux qui ont tort. Il devrait être fait uniquement de gens qui cherchent. Alors, bien entendu, quand on pense avoir raison et qu'un avis est émis par celui qui est présumé avoir tort, le jugement n'est pas loin. Il serait peut-être profitable de renverser de temps en temps la perspective. Ceux qui jugent doivent accepter d'être jugés.

Le plus important n'est-il pas dans l'écoute, dans l'accueil de l'autre, quand il nous invite à partager ce qu'il vit ou ressent?

J'ai trouvé, pour ma part, cette écoute et cet accueil chez ma psy. Je me dis souvent qu'elle vit aussi, dans sa vie, des questions, des souffrances, des blessures, dont elle n'a pas à me parler. Cependant, son écoute n'aurait pas la même qualité, s'il n'y avait aussi ces questions, ces souffrances, ces blessures.

Ouvrir son coeur pour accueillir l'autre, dans le concret de la vie, sans barrières, sans jugement, n'est-il pas le seul chemin pour ouvrir son coeur au "Tout autre"?