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samedi 6 avril 2013

Le premier jour de la semaine


Les quatre évangiles sont d'accord là-dessus : il s'est passé quelque chose, le premier jour de la semaine, le jour qui a suivi le sabbat, en cette fête de la Pâque de cette année-là : plusieurs témoins vont raconter une étrange expérience. Celle d'un tombeau vide. 

Les récits qui nous sont rapportés ne coïncident pas, mais il est intéressant de les confronter.

Celui de l'évangéliste Jean est sans doute le plus crédible, car il raconte ce qu'il a vu et vécu lui-même : " Celui qui a vu a rendu témoignage et son témoignage est conforme à la vérité " (Jn, 19, 35) ; " C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les as écrites " (Jn, 21, 24). Il est le seul témoin oculaire à avoir rapporté ces événements. Les autres (Mathieu, Marc et Luc) rapportent ce qu'on leur a dit. Luc aussi se montre crédible pourtant : "il m'a paru bon, à moi aussi (de composer un récit des événements), après m'être soigneusement informé de tout depuis les origines " (Lc, 1, 3).

La liturgie, cette année, proposait à la méditation précisément les deux récits de Luc et de Jean, celui de Luc, lors le de la vigile pascale (Lc, 24, 1-12), le samedi soir, celui de Jean, le dimanche matin (Jn, 20, 1-9).

Ces deux récits situent l'événement le premier jour de la semaine, le jour qui suit le sabbat, mais ne disent rien de ce qui s'est passé dans le tombeau où Jésus avait été enseveli, avant qu'il ne soit découvert vide. Ils nous racontent, avec des variantes, la confrontation de proches de Jésus avec ce tombeau vide. Ils évoquent aussi une expérience qui repose sur deux piliers : une parole et la perception d'un corps qui s'est donné à voir et à toucher, mais avec réserve.

Le récit de Jean.

Dans la version de Jean, la figure centrale est Marie de Magdala: Marie-Madeleine, celle-là même que Jésus avait libérée de sept démons (Lc, 8, 2), et qui se tenait au pied de la croix, avec Marie, la mère de Jésus, et une troisième marie, la femme de Clopas, la soeur (ou la belle-soeur) de la mère de Jésus, la mère des "frères de Jésus" (Jn, 19, 25) .

Le jour vient à peine de poindre, Marie-Madeleine se rend au tombeau pour se recueillir devant le tombeau de Jésus, son aimé, depuis sa libération des sept démons. Vient-elle les mains vides ? Le texte n'en dit rien.

Quand elle arrive, elle constate que la pierre qui fermait le tombeau a été roulée. Elle n'y pénètre pas. Elle court pour annoncer cette découverte. Elle rejoint Pierre et Jean, le disciple que Jésus aimait. Elle n'annonce pas la résurrection de Jésus, contrairement à ce qu'on entend souvent dire. Elle se borne à rapporter ce qu'elle a vu : le tombeau a été ouvert. Le cadavre de Jésus a peut-être été enlevé : mais par qui ? et pourquoi ? Tel était l'état d'esprit de Marie-Madeleine, à ce moment-là. Son message est le suivant : " On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis " (Jn 20, 2). Marie est à la fois dans l'incompréhension et l'inquiétude.

Informés, Pierre et Jean courent au tombeau pour vérifier les dires de Marie-Madeleine et constater eux-mêmes de visu ce qui leur a été rapporté. Jean arrive le premier. On dit souvent qu'il est arrivé le premier parce que, plus jeune, il a couru plus vite que Pierre. C'est oublier un aspect du charisme de Jean. A plus d'une reprise, il a devancé Pierre et les autres disciples dans la compréhension et la reconnaissance de Jésus (Jn, 13, 24 ; 18-12-16; 21, 20-23). Il n'est pas étonnant qu'il soit aussi le premier en ce moment capital.

Arrivé le premier, Jean ne pénètre pas le premier dans le tombeau ; il a vu des linges  abandonnés, mais laisse la préséance à Pierre.

Qu'en est-il exactement ? Jésus a été enseveli dans un tombeau neuf appartenant à Joseph d'Arimathie, Nicodème étant aussi présent (Jn, 19, 38-39).  Il semble que les trois Marie, présentes au pied de la croix étaient là aussi (Mt, 27, 55-56). Ils ont apporté une quantité considérable d'un mélange de myrrhe et d'aloès, plus de trente kilos (!), une fortune, pour ensevelir Jésus selon les rites des juifs. Ils ont aussi apporté des linges. S'agissait-il de bandelettes (comme on peut lire dans l'évangile de Jean) ou d'un linceul (comme on peut le lire dans les trois évangiles synoptiques) ? Plus que vraisemblablement, il devait s'agir d'un linceul, la tradition des bandelettes étant plutôt égyptienne.

Pierre découvre un tombeau vide, le linceul fourni par Joseph d'Arimathie "affaissé" sur lui-même et le linge qui avait recouvert la tête (pour serrer la mâchoire) roulé à part (Jn, 20, 8). Jean alors entre seulement.

Devançant tous les autres, " il vit et il crut " (Jn, 20, 8). Dans ce récit, c'est Jean, le premier, qui franchit le pas de la foi. Jean ne dit pas en quoi il a cru précisément. Sa foi naît du vide. Seul un aimant peut ainsi trouver le vide habité. Oui, pour Jean, le vide du tombeau est habité. Jean croit parce qu'il aime absolument Jésus. Il faut de l'amour pour décrypter les signes. C'est l'amour qui fait voir la vérité. Il faut aimer pour croire.

Le texte se termine par une mention que je n'avais jamais relevée : " après quoi, les disciples s'en retournèrent chez eux " (Jn, 20, 10). D'autres avaient-ils suivi Pierre et Jean ? On peut le croire. On ne sait toutefois pas quel est alors l'état d'esprit de Pierre, ni celui de ces autres disciples. Sont-ils toujours dans l'incompréhension ou dans la foi ?

Marie-Madeleine était présente lors de la visite par Pierre et Jean et les autres disciples. Après leur départ, elle est restée, encore un peu, se tenant en dehors, près du tombeau, pleurant. Elle reste par amour. Avec Jean, elle exprime cet amour qui transfigure l'événement. Contrairement à Jean, pourtant, Marie-Madeleine n'a pas cru d'emblée.

Marie-Madeleine reste dans le chagrin du Jésus qu'elle aimait corporellement pour sa présence, son regard, ses gestes, son pardon.

Comment va-t-elle basculer vers un autre amour ? Le récit parle de deux anges, d'une rencontre, d'une parole et d'un envoi.

Quand la Bible dit que des anges interviennent, c'est toujours pour donner du poids au message : " Pourquoi pleures-tu ? " (Jn, 20, 13). Il va s'agir pour Marie-Madeleine de passer outre la tristesse et surtout le pourquoi de sa tristesse (" On a enlevé, mon Seigneur, et je ne sais où on l'a mis ") ( Jn, 20, 13).

Jésus alors se fait voir à elle. C'est bien lui, mais elle ne le reconnaît pas. " Pourquoi pleures-tu ? Que cherches-tu ? " (Jn, 20, 15). Une nouvelle fois, la question qui peut l'emmener au-delà de sa tristesse lui est posée. Elle pense avoir affaire au jardinier et lui demande, dans sa logique, que le corps de Jésus lui soit rendu (Jn, 20, 15).

Comment les choses se passent-elles alors ? Elle s'entend appeler par son nom : " Marie  " (Jn, 20, 16). C'est sur cet appel par son nom que Marie va basculer dans la foi. Une parole. Un nom. La réponse : " Rabbouni " (Jn, 20, 16). Le mot qui exprime l'amour toujours vivant.

Il n'est point de foi sans amour. L'amour précède la foi. Je le répète. Les signes sont secondaires : " Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu " (Jn, 20, 29).

Marie pourtant n'a pas encore franchi le dernier pas de sa conversion. Elle aimerait retenir Jésus près d'elle ... " Ne me retiens pas ", lui dit Jésus (Jn, 20, 17). Pour vivre un deuil, il faut laisser l'autre s'en aller. Pour accueillir Jésus autrement dans sa vie, Marie-Madeleine doit accepter ce pas.


Le récit de Luc

Plusieurs femmes, qui avaient suivi Jésus en Galilée (Luc nous dit qu'il s'agissait de Marie de Magdala, de Jeanne, la femme de Chouza, de Marie de Jacques et d'autres femmes) (Lc, 24, 10) se sont rendues, au tombeau de Jésus, chargées d'aromates et de parfums, pour ensevelir le défunt, au petit matin, le premier jour de la semaine (Lc, 23, 55 ; 24, 1). C'était la coutume et, seul, le sabbat, justifiait qu'elles interviennent si tard.

Leur démarche peut toutefois surprendre. Comment allaient-elles pouvoir faire la toilette de la dépouille de Jésus, alors qu'une lourde pierre barrait l'entrée du tombeau ? Pourquoi venir pour faire la toilette mortuaire de Jésus, alors qu'elle avait déjà été faite le vendredi (en présence de Joseph d'Arimathie et de Nicodème) ? (Jn, 19, 38-39) Comp. toutefois, Lc, 23, 55-56.

Elles aussi trouvent la pierre roulée. Elles pénètrent dans le tombeau et découvrent un tombeau vide : le corps de Jésus ne s'y trouve plus. Luc ne fait pas mention du linceul et des autres linges.

Cela ne leur suffit pas pour croire ; " elles ne savaient que penser; elles sont déconcertées " (Lc, 24, 4).

Deux hommes, aux vêtements éblouissants, des anges, vont donner à l'événement son sens. Il en est de même, chez Luc, lors de la transfiguration (Lc, 9, 30) et lors de l'ascension de Jésus (Ac, 1, 10).

Elles étaient saisies de crainte et baissaient leurs visages par terre, quand a retenti en elles cette question : " Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici ..."  (Lc, 24, 5). Il faudra cette question, adressée au plus profond d'elles-mêmes, pour transformer leur vue et leur attente. Il est vrai, nous cherchons souvent Jésus (Dieu) là où il n'est pas.

Une parole aussi va contribuer à leur passage à la foi. Jésus n'avait-il pas dit qu'il fallait qu'il soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu'il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite ? Se rappelant cette parole, elles vont répandre la nouvelle auprès des onze et de tous les autres (Lc, 24, 8-9). Comme pour Marie-Madeleine, chez Jean, une parole est donc le déclencheur. Il en est encore ainsi aujourd'hui. Les chrétiens se fondent sur une parole pour croire.

Elles vont donc rapporter tout cela (leur découverte et le lien qu'elles ont fait avec la parole de Jésus) aux onze apôtres et à tous les autres (combien étaient-ils ?). Ils leur opposent leur scepticisme. Ces femmes délirent. Le témoignage d'une femme n'a, à cette époque, aucune valeur.

Cela déclenche néanmoins une réaction chez Pierre. Il part et court au tombeau, seul apparemment. Faisant le même constat matériel que les femmes, il s'en va de son côté, nous dit Luc, en s'étonnant de ce qui était arrivé (Lc, 24, 12). Pierre, celui sur qui Jésus a fondé l'avenir de son message, n'a donc pas été seulement le premier à le renier, il n'a pas non plus été le premier à croire. Belle leçon d'humilité !


L'autre version

Et si tout ceci était une pure invention ?

Les hommes du Temple avaient bien retenu les  paroles de Jésus et ils ont été les premiers à véhiculer cette idée. N'ont-ils pas demandé à Pilate que le tombeau de Jésus soit gardé pendant au moins trois jours au cas où des disciples auraient l'intention d'enlever le corps pour faire croire à une résurrection ? (Mt, 27, 62-66).

A partir de là, tous les scénarios ont été imaginés :
- l'enlèvement de la dépouille de Jésus, en plein sabbat, mais pour la mettre où ?
- Jésus n'aurait pas été vraiment mort et des complices l'auraient aidé à s'enfuir ... on laisse le choix de la destination ...

Si, comme l'a dit Jésus, on juge un arbre à ses fruits, il est évident que le scénario de la résurrection a porté bien plus de fruits que ce qu'auraient permis ces scénarios alternatifs.








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