Rechercher dans ce blog

vendredi 3 juin 2011

Etude comparative: Vlaams leeuw, Bluesette et Chant des wallons

Un hymne, nom masculin, est un chant, un poème lyrique à la gloire d'un personnage, d'une grande idée, d'une nation, d'une patrie. Une hymne, nom féminin, est, dans la liturgie catholique, un poème religieux que l'on chante au cours de l'office divin; il en existe des versions innombrables qu'il s'agisse du texte ou de la musique.

Les hymnes, au masculin comme au féminin, ont un pouvoir fédérateur. Le sujet (ou l'objet) de ce qui donne lieu, grâce à eux, à rassemblement et communion, n'est pas nécessairement noble, loin s'en faut. Mais y a-t-il une réelle différence entre les pélerins de Lourdes qui chantent à l'unisson de plusieurs milliers de voix des cantiques à Marie et les supporters d'un match de football? Oui, une quand même: il y a moins de violence et d'agressivité à Lourdes que dans les stades et à leurs abords.

Quand l'hymne est mis en musique, celle-ci dit beaucoup de ceux qu'il/elle fédère. Prenons, par exemple, le God save the queen, l'hymne national britannique.

http://www.youtube.com/watch?v=AwziS2aE6Ww

La musique évoque la grandeur, la majesté (soumise à Dieu néanmoins) et une certaine permanence (le rythme lent évoque une forme de continuité). Ce n'est pas pour rien que Valéry Giscard d'Estaing a donné ordre, sous sa présidence, de jouer la Marseillaise sur un tempo plus lent, moins martial et moins conquérant. Le peuple britannique peut aussi se trouver réuni autour des hymnes (nom féminin) de la religion anglicane et de quelques tubes: "Rule Britania" et "Land of Hope and glory" de Edward Elgar. Il en est particulièrement ainsi lors des Proms organisés au Royal Albert Hall de Londres. L'ambiance ressemble parfois un peu à celle d'un stade de foot, en plus policé, l'événement n'en est pas moins aussi populaire.

http://www.youtube.com/watch?v=E3sMZbsWLkA&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=LvOtbSqeejg&feature=player_embedded

L'hymne national en Belgique est la Brabançonne ... pourquoi une brabançonne, alors que le Brabant n'est qu'une petite partie de la Belgique? Je sens poindre l'explication: les français chantent bien la Marseillaise et Marseille n'est pas toute la France. Certes, mais les anglais, eux, chantent la reine, Dieu et l'Angleterre. Qui connaît les paroles de la Brabançonne en Belgique? Un premier ministre flamand, interrogé à ce propos, n'a-t-il pas entonné les premières mesures de la Marseillaise?

http://www.youtube.com/watch?v=hixFGwNuIqI&feature=related

Pays complexe faits d'entités multiples, la Belgique dispose aujourd'hui aussi d'hymnes régionaux. Ils sont, comme tous les autres, très révélateurs.

La Flandre, qui n'existe pas ... puisque la Constitution parle d'une région ET d'une communauté flamandes (art. 2 et 3) aime à se serrer les coudes en chantant le Vlaams Leeuw.


Les wallons tentent de se réunir autour du Chant des Wallons, mais c'est un masque: les liégeois dont la principauté couvrait à la fois des territoires sis en Wallonie et en Flandre, et pas les moindres, préféreront toujours le Valheureux liégeois ou le Magna vox millénaire.

Magna vox: http://www.youtube.com/watch?v=2b3fCOmpUtY


Et à Bruxelles? Bruxelles, une région à part entière qui a aujourd'hui permis une fédération Wallonie-Bruxelles ... quand les flamands considèrent encore Bruxelles comme la capitale de la Flandre et une part de leur territoire envahie par trop de non flamands. Seul un hymne surréaliste pouvait convenir. Peut-être: Viva Boma, patates met saucisses. Ou alors Bluesette du "brusseleir" Thoots Thielemans. C'est le choix qui a été fait ...

Bluesette: http://www.youtube.com/watch?v=yKnG_9q4crA

Heureusement, cela aurait pu être ceci:

http://www.youtube.com/watch?v=FhqlXScVaK0&feature=related

Avec le Vlaams leeuw, il est clair qu'on a intérêt à marcher au pas! Et des bruits de bottes surgissent on ne sait pourquoi ...

http://www.youtube.com/watch?v=Yw5Pk-rDjFM
http://www.youtube.com/watch?v=_3L9QJIJepA

Avec le Chant des wallons, on est dans un autre registre. La musique est plus dansante, elle invite à la farandole, au cramignon, comme on dit à Liège. Ce n'est pas de l'insouciance mais de la bonhomie. Le flamand n'est pas bonhomme, en règle générale.

Le Valheureux liégeois  est tout aussi dansant. Les liégeois, qui le chantent, gardent une nostalgie de leurs 800 ans de principauté indépendante. On leur a imposé, depuis, bien des régimes: hollandais, français, belge, wallon mais ils restent liégeois dans le fond de leur coeur et ne rêvent qu'à une chose: qu'on leur rende ce qu'on leur a enlevé, soit un tiers de la Wallonie et une part de la Flandre. L'hymne principautaire est, comme le Chant des wallons, plus dansant que défilant.

Quant à Bruxelles et Bluesette, je trouve que c'est un bon choix: Thoots Thielemans, le bruxellois, a fait une carrière mondiale et sa musique invite à la convivialité, la rencontre et la douceur de vivre. Ne s'agit-il pas des qualités que les étrangers mettent en avant quand ils parlent de la Belgique?

jeudi 2 juin 2011

Gilgamesh

J'ai entrepris de lire l'épopée de Gilgamesh, afin d'élargir mes références littéraires. Je suis déçu.

Ce n'est pas la première fois que des acteurs de la presse offrent à leurs lecteurs de grands textes pour un prix démocratique. Il s'agit ici de la collection L'anthologie du savoir, une collection dirigée par Jean Daniel et co-éditée par le Nouvel observateur et CNRS Editions, et plus particulièrement du volume intitulé Mythes et légendes - Les plus grands textes de Gilgamesh et Shiva à Prométhée. Je me suis arrêté jusqu'à présent au seul Gilgamesh.

Je ne voudrais pas verser dans la caricature, mais aux pages 40 et 41, le Combat singulier, dans sa version hittite, m'est rapporté de la sorte:

"(Lacune de six lignes)


... tout
... ils s'empoignèrent
... au loin.


(Lacune de deux lignes)


(Gilgamesh prit la parole et dit, ajoute le traducteur):

... à Enkidu, " .... ce que ..."


(Lacune de dix lignes)


... le roi (le traducteur ajoute encore: "prit la parole, pour dire"):
... à l'avenir."

Les traductions du CNRS ne me mènent vraiment pas très loin.


Cela dit, Gilgamesh fait des rêves fort troublants, un peu comme moi dans le fond, sauf que mes rêves à moi sont tellement complexes intellectuellement que je me réveille le matin (c'est-à-dire vers 3h30 du matin, épuisé ... le rêve n'évolue plus, il tourne en boucle et je ne sais plus quoi faire).

Gilgamesh a une mère omnisciente (un atout ou un handicap?).

Un passage est saisissant:

"Ma mère, j'ai fait un second rêve. Sur mes cuisses, 
dans la rue d'Uruk-la-Grande-Place,
une hache gisait,
et autour d'elle, les gens se rassemblaient.
Moi, en la voyant, je me suis réjoui.
Je l'ai aimée comme une épouse,
je l'ai couverte de caresses; je l'ai saisie pour la mettre à mon côté.
La mère de Gilgamesh, l'omnisciente (dit à Gilgamesh: 
La hache que tu as vue c'est un homme.
Tu l'as aimée, tu l'as couverte de caresses comme une femme ...)
C'est-à-dire que j'en ferai ton vis-à-vis.
Gilgamesh eut ainsi l'interprétation de son rêve."


Je tiens à souligner que ce qui figure entre parenthèses représente les ajouts du traducteur pour combler les trous du texte.

Que faut-il penser de tout cela?






Il se pourrait que Gilgamesh ait ressemblé à cela, mais, j'en conviens, la photo date un peu.

mardi 31 mai 2011

C'est une fée du logis, cet homme-là

Omar est venu m'aider à faire le grand nettoyage ce matin.

Il est originaire de Guinée (Conakry), il est arrivé en Belgique, après un passage en France. Il n'aime pas la France, ni les français. Il a des papiers pour trois mois, son dossier de demandeur d'asile est en cours, mais ses chances sont très minces de pouvoir rester en Belgique et d'avoir un permis de travail. Il ne mendiait pas, quand je l'ai rencontré. Il proposait des DVD, bien entendu pas très légaux, contre un peu d'argent, question de dignité. Je préfère encore cela aux nombreux mendiants et leurs chiens, souvent belges, qui, sans rien vous offrir, vous demandent une petite pièce. Je lui ai acheté un DVD que je n'ai bien entendu pas regardé, mon fils Sam, si. Je l'ai invité à boire un verre et à me raconter un peu sa vie. Sam, dans ce genre de circonstances, a toujours l'air de m'en vouloir. Il ne comprend pas comment je peux offrir un verre ou un café à un étranger inconnu. Ne l'était-il pas, quand je l'ai accueilli comme fils?

J'ai revu Omar quelques jours après. Je suis son premier ami belge. Et j'ai assisté en direct à la nouvelle: on l'appelait de Guinée pour lui annoncer qu'il était papa d'une petite fille. Imaginez-vous à sa place! Alors, son seul ami belge a été prié de parler à presque toute la très nombreuse famille ... pour se réjouir avec eux. Des photos arriveront dans quelques jours. La Guinée est trop lointaine pour envoyer des SMS ou des photos avec son portable et, pour avoir accès à internet, il faut aller à Conakry, à 80 km du village où vit sa famille.

Omar m'aide aujourd'hui à faire le grand nettoyage de mon appartement. Rien ne l'arrête. C'est une fée du logis.

Nous avions, mes fils et moi, surnommé entre nous, mon ancienne femme de ménage Bertha, alors qu'elle s'appelait Christine et que je persistais à l'appeler, dans une espèce d'oubli récurrent, Sabine. Bertha, à cause de la "Grosse Bertha". Bertha/Christine était un as du plumeau et de l'aspirateur. Elle garantissait à mon logis, d'homme encore en activité, un semblant de propreté, mais il ne fallait pas aller dans les coins, ni espérer de grands chantiers. Bertha/Christine ne prenait pas de risques: elle devait faire attention à son dos, ne pas trop se pencher, ne pas trop s'étirer; bref, elle parlait beaucoup de ses enfants et faisait ce qu'elle peut, c'est-à-dire peu.

Omar qui est petit (165cm), musclé, agile, travailleur et consciencieux est en train de donner un coup de frais à mon appartement. Il a escaladé avec une agilité peu commune le balcon pour atteindre les zones que je croyais impossibles à atteindre de mes fenêtres en façade. Un moment, j'ai redouté qu'il ne saute dans la corniche du voisin pour avoir un meilleur accès au quart droit supérieur de la vitre, inaccessible à tout être normalement constitué, sauf lui (merci l'architecte!). Pour le moment, il déplace la cuisinière - la gazinière comme disent plus justement mes cousins bretons - et on en découvre des choses derrière une gazinière! Rien ne l'arrête, ça "blingue", ça sent le propre et ça reluit.

Moi, j'ai fait les bois. Cire d'abeille sur tous les meubles de famille. J'adore, cela sent tellement bon. Tout cela sur fond de musique africaine (nous avons branché le lecteur MP3 de Omar sur ma chaîne stéréo).

Je vais suggérer que l'on revoie complètement l'image de "Monsieur propre"... je détiens le challenger!

lundi 30 mai 2011

L'art de la traduction

J'ai toujours aimé traduire. Je veux dire mettre des mots sur d'autres mots pour les rendre compréhensibles à d'autres.

Quand j'usais mes fonds de culottes chez les bons pères (on se demande aujourd'hui, s'ils l'étaient toujours), j'étais régulièrement le premier en version latine, j'étais un peu moins bon quand il s'agissait de traduire en français du grec ancien et je n'aimais pas ce l'on appelait alors "le thème" (traduire du français en latin ou en grec ancien). Les mêmes qualités et défauts se manifestaient au cours de néerlandais (2ème langue) et anglais (3ème langue). J'avais aussi opté pour un cours, où il fallait être volontaire, d'allemand (une heure par semaine sur le temps de midi qui, dans mon collège jésuite était fort long de 12h05 à 14h10, pour favoriser la pratique du sport en équipe, activité que j'essayais de fuir par tous les moyens ... la chorale, les équipes de vie chrétienne et le cours d'allemand).

Le professeur d'allemand s'appelait monsieur Drösch. En fait,  au collège tous les professeurs de langue étrangère venaient soit de la région flamande (appelée aujourd'hui: Vlaanderen, c'est-dire non pas LA Flandre, comme on le dit souvent, mais LES flandres, car Vlaanderen est, me semble-t-il, un pluriel), soit de la région germanophone du pays: ils s'appelaient Drösch, Comoth, Geelen, Pomé, Costermans ou de Droogh. Monsieur Drösch avait une heure par semaine, sur le temps de midi, pour nous révéler des choses, plus que pour nous apprendre à parler la langue de Goethe.

Il nous lisait des poèmes que nous ne comprenions pas nécessairement pour nous familiariser avec le son, le rythme, les intonations, l'accent tonique. Il s'emportait sur l'accent des rhénaniens comparé à celui des berlinois (cela pouvait durer dix minutes). Je regrette qu'il ne nous ait pas fait connaître l'allemand chanté (il y avait pourtant tellement de possibilités). Et puis, il nous proposait des tableaux de mots en colonnes: français, néerlandais, allemand, anglais. Il nous montrait les similitudes et les différences, les racines qui se déclinent différemment, le "ung" en allemand qui devient "ing" en néerlandais, les origines germaniques, saxonnes ou normandes. J'adorais ce cours et j'adorais monsieur Drösch, ce grand monsieur un peu déguiguandé, lymphatique et débonnaire. J'ai suivi son cours pendant quatre ans à raison d'une heure par semaine sur le temps de midi comme volontaire.

Avec le recul, je réalise que monsieur Drösch m'a inspiré quand je suis devenu professeur à la faculté de droit. J'avais inconsciemment pris le parti d'enseigner le droit comme monsieur Drösch nous enseignait l'allemand. Un mélange de mots, de références, de comparaisons, de similitudes, d'évolution et de pourquoi. Comprendre plutôt qu'agir, sans ignorer le réel.

J'ai fini par découvrir qu'il n'y a pas de place pour les monsieur Drösch à l'université. Bien qu'étant docteur, l'université n'avait déjà pas voulu de lui à l'époque. Un professeur de droit, ai-je découvert, doit apprendre à parler la langue juridique avec efficacité, comprenez pour agir. La méthode Drösch n'a pas la cote chez les fervents de l'enseignement du droit positif qui préfèrent penser à l'utilisation professionnelle la plus grande possible et, si possible, la plus immédiate.

Mon maître es langues m'aurait-il abandonné? Pas tout à fait et cela m'a permis de renouer avec tous mes autres "professeurs de mots" que j'oppose à mes "professeurs de chiffres", le professeur de gymnastique ne comptant pas à mes yeux, qu'il me pardonne. Lui et moi étions incompatibles ... il me mettait 20/40, par lassitude, malgré mon évident manque de coopération.

Dans ma vie professionnelle, je n'ai cessé d'exercer l'art de la traduction: dire le plus justement possible et de la façon la plus compréhensible possible un message donné qui n'est pas nécessairement, ni souvent, compréhensible. C'est à cela que servent les pédagogues.

Pendant près de quinze ans, j'ai aussi collaboré à une revue juridique bilingue où les membres du comité de rédaction, flamands et francophones, étaient appelés à se traduire les uns les autres. J'adorais cet aspect du travail ainsi fourni en commun, à une réserve près. La plupart des traductions que nous étions appelées à valider étaient souvent du "petit nègre", une espèce de mot à mot inélégant qui semblait satisfaire les autres membres du comité de rédaction, tous avocats, sauf moi qui, au delà des mots, pensait à dire les choses avec style tout aussi fidèlement.

Depuis quelque temps, je communique avec un correspondant colombien, qui est professeur d'anglais là-bas. Il entretient son français en lisant mon blog. J'ai entrepris de traduire en français les poèmes qu'il a publiés, en anglais et en espagnol, récemment. Et cela me réjouit vraiment.

dimanche 29 mai 2011

Un vraiment beau dimanche

J'ai été réveillé par le jour.  Que rêver de mieux? Les rêves que je faisais dans mon demi sommeil commençaient à m'ennuyer. Je ne leur trouvais pas d'issues. Et comme j'occupais seul ma couche, c'est généralement le cas, personne à côté de moi n'était là pour me réveiller. J'ai donc accueilli le jour et me suis levé à 6 heures du matin.

Si j'avais été au monastère, j'aurais pu aller à l'office (matines et laudes). A défaut, j'ai décidé d'aller marcher. A cette heure, il n'y avait personne en rue, mais je percevais les bruits de la vie. Les oiseaux bien sûr, qui sont connus pour être des lève-tôt et, sur l'autre rive, les commerçants de la Batte qui installaient leurs étals. Il doit régner, sur l'autre rive, dans les bistrots, une ambiance un peu semblable à celle mythique qui régnait jadis, à Paris, dans le quartier des Halles.

Petit café et croissant au Randaxhe et quelques mots aux habitués.

Puis, j'ai entrepris de faire mon marché: gruyère d'alpage, fraises de Wépion, coppa picante, asperges de Malines, thé à la menthe chez mon ami Youssef, jus de fruit frais, une belle dorade, quelques légumes de saison. Et, à chaque fois, la même ritournelle: "Au revoir, à la semaine ...!" J'aime beaucoup entendre cela, car cela instille dans ma vie une continuité, des attaches.

D'habitude, après le marché, quand je ne vais pas à la messe, je consacre une heure au repassage. Une activité que beaucoup ont en horreur. Moi pas dès lors que je l'accompagne de musique, que je chante avec ou ... que je me branche sur la messe télévisée de Fr2. Aujourd'hui, elle était retransmise de l'île de la Réunion. S'il est un endroit au monde où j'ai vraiment envie d'aller un jour, c'est bien là. Une île qui porte tellement bien son nom. Un modèle exceptionnel de métissage et de cohabitation. En plus, les paysages y sont grandioses. Je me suis souvenu, ce matin, que deux amis d'hier y vivaient.

Début d'après-midi, j'ai décidé d'aller place Saint Lambert, là où quelques jeunes ont choisi de camper, de s'indigner et de refaire le monde. Je suis arrivé, en plein milieu de la première AG, une autre doit avoir lieu, le soir, vers 21 heures. J'y suis resté 2 heures et demie quand même, intervenant modestement dans les débats.

Ce qui est amusant, outre la logistique d'une petite république auto-gérée, c'est chez ces jeunes gens la question des mots et de leur sens.

Une grande partie des débats a tourné autour des mots. Comment appeler leur mouvement pour un blog et un site Facebook? Assemblée, rassemblement, espace de parole, campement, camp, démocratie populaire, rejet du mot démocratie (dévoyé et donc mal perçu ...). Il fallait à la fois rattacher l'initiative à un mouvement "mondial", disaient-ils, et indiquer l'attache liégeoise. "Occupent-ils ou investissent-ils" la place Saint Lambert? Ces jeunes-là ne sont point rétifs aux nuances, simplement elles se négocient.

J'aurais pu me lasser très vite devant tant de palabres, mais j'ai préféré rester d'un point de vue sociologique.

Puisque la parole était libre, je l'ai demandée et on me l'a donnée:
- un premier texte, issu des cogitations de la veille, était soumis au vote de l'AG. Il était rédigé sous la forme d'un long catalogue: "las de ceci, las de cela ...". J'ai dit que se définir par le refus n'était pas constructif et que le mouvement serait sans doute mieux perçu s'il construisait son texte sous la forme de désirs et d'espoirs (pour les moyens, on verra après);
- certains ont reproché à l'auteur du texte de ne pas parler simplement, d'utiliser des mots et des concepts ... question vraiment délicate, vieille comme le monde! J'ai essayé de faire comprendre que sans les mots, rien n'est possible;
- enfin, un passage du texte soumis au vote, portait sur la représentativité de ceux qui étaient là. D'accord, chacun ne représente que lui-même. En même temps, les participants à cette AG n'étaient-ils pas en train de se structurer, pour être reconnus et avoir une visibilité. J'ai posé la question s'ils estiment que le pouvoir directement exercé par les citoyens peut réellement se passer d'intermédiaires et de structures? Et finalement de représentants.

Je ne sais pas si je serai le bienvenu à l'AG de demain, car ce soir, je me repose.

J'ai aimé que, parmi les participants, il n'y avait pas que les habituels alternatifs, mais aussi des étudiants, dont pas mal d'espagnols, et même des grand-mères et moi. C'est ce qui m'a le plus interpelé, la sympathie des personnes plus âgées pour ces jeunes en ébullition qui refont le monde. Comme une nostalgie de ne pas l'avoir pu faire.

Lâchement, j'ai décidé de finir mon après-midi place du Marché, en sirotant un mojito très capitaliste. J'y ai été rejoint par mon fils et deux de ses amis qui, comme moi apparemment, veulent bien être révolutionnaires, mais à mi-temps.

Après leur départ, j'ai un peu prolongé ma présence en ces lieux fort agréables. Paolo est passé... il a toujours besoin de sous, surtout à la fin du mois. Lui, au moins, il ne vous propose pas des cartes postales ... et aussi des crayons (comme Christian, dit Dudule), il vous propose des livres. Je lui ai d'ailleurs dit que je pouvais lui donner des livres que je ne lirai plus pour accroître son stock. Je lui ai ainsi acheté deux ouvrages: Patrick Rambaud, Chronique du règne de Nicolas Ier (je l'ai déjà lu, mais je l'offrirai à mon père) et Jankélévitch, Le pur et l'impur.


Après cela, mes lunettes de presbyte ne m'empêchant pas de jeter un regard par dessus, feignant de lire, j'ai observé les garçons (et même les hommes ... pfftttt).

Il y a, le dimanche après-midi, place du Marché, une exceptionnelle concentration de beaux mecs.

Etant attablé à la terrasse de l'établissement qui jouxte le Petit Paris, LE bar gay de la place du Marché (mais ils sont tous un peu gay friendly le dimanche), j'ai pu observer tout à loisir: les vieux homos qui font ce que font tous les vieux, les homos qui n'en ont pas l'air et pourraient très bien se trouver dans une tribune du Standard, les jeunots qui en ont l'air et ... le pire: le couple de 45-50 ans, hyperbronzé, looké, ne cessant de passer la main dans des cheveux mi-longs coupés le vendredi par leur coiffeur, avec lunettes solaires évidemment, n'ayant rien à se dire et posant, vérifiant à tout instant si on les remarque.

Mon mojito valait bien ces intéressantes observations.



L'art aborigène et le vivant

Il y a quelques années, lors d'un séjour à Amsterdam avec P.,  j'avais découvert et visité longuement un magasin (très) spécialisé dans l'art et la culture aborigènes. J'y avais acheté quelques gravures et cartes postales. J'étais séduit par la simplicité des moyens et la grande beauté de ce qu'il m'était donné de voir. Tout cela est resté dans la maison que j'habitais hier avec A.

Voici quelques exemples.










Pourquoi étais-je à ce point ému et attiré? Les couleurs, les figures, l'ordonnancement de  celles-ci. Oui sûrement.

L'abstraction? J'y ai cru jusqu'à hier. Ces artistes représentent au contraire la réalité, une réalité qu'ils ne peuvent pas connaître pourtant, mais qu'ils parviennent à représenter.

Ceci me pose question.










Ce que vous voyez ici, ce n'est pas de l'art aborigène, mais des photos de  cellules vivantes.

samedi 28 mai 2011

Les indignés

Le mouvement lancé par Stéphane Hessel - l'indignation - semble se répandre.

Il y a maintenant des indignés dans plusieurs villes d'Espagne. A Barcelone, leur campement provisoire a été évacué par la police en prévision d'un match de football! Tout un symbole. Car, s'il est bien un exemple  que ces indignés doivent refuser, c'est bien celui du football (clubs, joueurs, supporteurs, fédérations et fric).

Le mouvement fait tache d'huile. Est-ce la parole de Stéphane Hessel ou une contagion du printemps arabe?

A Liège, quelques indignés ont planté leur tente place Saint Lambert. Pour combien de temps?

N., le copain de Sam, est très impliqué dans tous les mouvements de protestation locaux. Avoir un père réviseur d'entreprises peut assurer, je le pense, une vision alternative, par opposition. Sam, lui, est toujours partant, pour dénoncer et suivre son copain.

Face au G8, ces initiatives citoyennes sont évidemment dérisoires. Il ne faudrait pas pourtant les traiter avec mépris ou condescendance.

Les chefs d'Etat du G8, unanimes, ont pris parti pour soutenir financièrement le "printemps arabe". Il est vrai, les aspirations individuelles et politiques là-bas ne seront jamais effectives, si l'économie n'y est pas soutenue. Pour le moment, une promesse a été faite par les Etats du G8 ... mais à quelles conditions? dans l'intérêt de qui?

Les indignés pourraient bien devenir les vigilants de nos sociétés.

Cette indignation, au niveau local et je l'espère au-delà, est un appel à un autre ordre entre les hommes de par le monde.